ÉMANCIPATION SUD-AMÉRICAINE
i4 février 1810. — Proclamation de la Junte de Séville aux Hispano-Araérieains, pour les engager à s'organiser eux-mêmes et qui contient ces paroles : « Amé- « ricains, en ce moment^ vous vous voyez élevés à la baute dignité d'hommes li- « bres. Dès ce jour vous n'êtes plus les mômes, courbés sous le joug, regardés avec « indifférence, tourmentés par la cupidité, maintenus par l'ignorance; votre sor,t « ne dépend plus ni des ministres, ni des vice-rois, ni des gouverneurs. 11 est dans « ^os mains. »
La révolution sud-américaine s*appuiera depuis sur cette fameuse proclamation.
19 mai. — Le vice-roi Cisneros apprend la dissolution de la junte de Séville, qui avait refusé de reconnaître le roi Joseph et avait provoqué la négative des colonies à le reconnaître, l'invasion et Toccupation de toute la péninsule, moins Ca- ^a, par l'armée française. Il propose de former une sorte d'assemblée nationale, Composée à la fois d'Espagnols et de fils du pays, pour nommer une junte char- S"^* de représenter la métropole.
22 mai. — Réunion du congrès populaire, formé des habitants notables de la '^ille et des principales autorités espagnoles. — Il se termine par la résolution de ^^mander au vice-roi sa démission et d'investir la Municipalité (Caô/Zr/o), du droit ^e nommer la Junte de gouvernement.
23 mai. — Le Cabildo se réunit pour délibérer sur les événements. La fraction ^pagnole a la majorité et nomme l'ex-vice-roi président de la Junte. La population s'irrite de cette nomination, et, le lendemain, une émeute menace l'assemblée.
Révolution du 25 mai. — Pronunciamifnto de Mayo. — Sous la pression des événements, le vice-roi donne sa démission, suivie immédiatement de celle du Cabildo, et Ton se résout à les remplacer par un certain nombre de députés, nommés directement par le peuple. — Ces députés^ déclarant que le peuple a repris sa souveraineté qu'il avait déléguée au Cabildo pour la déposer entre leurs mains, élisent on pouvoir exécutif composé de neuf membres (Saavedra, Castelli, Belgrano, Ascuenaga, Alberti, Mateu, Larrea, Paso, Moreno),sous le nom de Junte provisoire de gDavernement de la ville et capitale de Buenos-Ayres. — Cette junte doit gouverner au nom du roi Ferdinand VIL — Le Cabildo, après une courte résistance, content à reconnaître son autorité.
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Le pouvoir est aux mains des natirs (fils du pays) et iarévoluUoa est faite.
27 mai. — Circulaire de la Junte aux provinces^ pour les engager à eoToyerdes députés à Buenos-Ayres, afin de s'enlendre sur la direction à suivre dans ces ci^ constances inattendues et d'organiser le pays sur de nouvelles bases. Les députés, élus populairement^ se rendent lentement à leur poste et plusieurs provinces se refusent à en envoyer. ■ ^
Opposition du parti espagnol au nouveau gouvernement. Elio, gouverneur de Montevideo, se refuse à reconnaître Tauiorité de Buenos- Ayres ; la marine espagnole occupe la Plata. La Junte exile aux Canaries le vice-roi Gisneros et ses principaux adhérents. Extrême agitation dans les provinces^ dont les unes acceptent Ut révolution de Buenos-Ayres^ et les autres la déclarent une rébellion. Liniers et les principaux chefs espagnols se mettent à la tète de la résistance; ils sontnata- l^i-' rellement secondés par les gouverneurs de Potosi et de Charcas, mais la population nationale manifeste beaucoup de tiédeur à leur obéir.
Août. — La Junte envoie une expédition commandée par deux de ses membres, Ocampo et Vieytes^ contre Gordova où le gouverneur Gonchas, l'évèque Orellanai Liniers^ les colonels Alleude, Rodriguez et Moreno organisaient la contre-révolution.
Les chefs espagnols sont abandonnés par leurs troupes^ composées en majeur^ partie de natifs, et faits prisonniers. Respectés d'abord par les chefs indépendan et expédiés sur Buenos-Ayres, des ordres spéciaux de la Junte apportés pari D. J.^. Castelli, avocat, Tun de ses membres les plus ardents, ordonnent exécution. Le sauveur de Buenos- Ayres et ses compagnons sont fusillés sous yeux de Castelli à la poste de Cruz-Alta. L'évèque seul est épargné. Cette exécuti aussi cruelle qu'impolitiquc excite une stupeur et une indignation générales, amène dans le Haut-Pérou de sanglantes représailles contre les patriotes (1).
1810-1812. — Premiicrk campagne du Haut-Pérou. — L'expédition Buenos-A; rienne continue sa marche vers le nord, pour y étendre la révolution. Elle est cueillie avec enthousiasme par les provinces de l'ancien Tucuman et ne rencon de résistance que dans le Haut-Pérou, où les petites forces espagnoles, surprises désorganisées, sont battues par le colonel Ralcarce, à Cotagayta (24 octobre), et Tupiza. — Le colonel Ocampo est adjoint à Balcarce, et Castelli est nommé gou neur du Haut- Pérou, où la révolution s'étend jusqu'au Desaguadero. Tout le pa; se soulève contre les Espagnols ; les indigènes, animés par les souvenirs de guerre de Tupac-Amaru, quoique trente années se soient écoulées depuis cet époque, font cause commune avec les indépendants. — Le vice-roi du
(1) La junte fui unanime à édictcr la peine de mort contre Liniers et ses compagnons, colonel Ocampo, sur les instances des principaux habitants de Cordova, et efirajé de sa ponsabilitCf demanda de nouveaux ordres. Celle-ci, pour rompre une fois pour toutes avec parti espagnol, et s'inspirant beaucoup trop des souvenirs du Comité de Salut Public de 93 93, crut devoir persister ; elle envoya même un de Ses membres pour presser cette tion. — Un dcnii-siècle a passé depuis et n'a point justifié encore cette sanglante qui ne s'explique que par rentraînement des esprits et la crainte de voir la révolution co promise. Des exécutions politiques de ce genre, arrivées plus tard, ont porté, oomn>e die, fruits amers, et les partis se les sont tour à tour reprochées. — Puisse l'exemple du pa instruire l'avenir, et l'article si justement acclamé de la Constitution nationale de I86S, abolit la peine capitale en matière politique, ne jamais être une lettre morte !
nomme Goyeneche commandant des forces espagnoles^ et celui-ci pour gagner du t^mps, conclut un armistice avec Tarmée Buenos-Ayrienne^ affaiblie par les comprécédents.
L.'année suivante (1811)> Goyeneche dénonce l'armistice et reprend l'offensive. indépendants^ successivement battus à Guayqui et à Ghibiraya , sont forcés dt'^aiMLndonner la ligne du Rio-Desaguadcro et de se replier vers le sud. Le général l^uyrredon organise et soutient la retraite; il parvient à ramener ses troupes épuisées^ mais en bon ordre^ jusqu'à Salta.
L^insurrection des provinces de Gochabamba^ La Paz, Chuquisaca et Santa-Gruz de la Sierra^ empêche Goyeneche de poursuivre l'armée patriote. Il écrase l'insurrection de Gochabambà^ la plus grave de toutes, et rétablit par la terreur la tranquillité dans le Haut-Pérou. Toutefois de nombreux partisans se lèvent de tous les ^tés et rendent sa position plus difficile. Le 2 janvier 1813, Potosi est replacé sous la domination espagnole et l'armée de la métropole marche sur Salta.
Octobre. — Pour donner quelque sécurité aux frontières du sud et en imposer aux Indiens, la Junte envoie, aux ordres du colonel D. Pedro Garcia, un corps de 500 hommes dans le désert du coté des Grandes-Salines. La colonne parcourt une assez grande étendue de terrain et revient après avoir couru des dangers réels par suite de la mauvaise foi des Indiens, avec lesquels on voulait traiter. — Cette ex ctarsion apporte quelques renseignements sur la géographie de cette partie de la l-^ampa.
Novembre. — Expédition de Belgrano au Paraguay. — La Junte, pour en- ^.■*;âiner le Paraguay dans la révolution, y envoie le général Belgrano avec une pe- ^ armée, espérant que celte simple démonstration suffira pour amener un soucernent de cette province contre les autorités espagnoles. ~ Belgrano organise expédition à La Bajada del Parana, traverse la province de Corrientes par Cu- ^Jzucuatia, demande des auxiliaires dans les Missions^ dont les autorités se mettent ses ordres^ et passe le Parana à Caiidelaria. — D. Bernardo Veiasco, gouverneur ^ la province pour les Espagnols, fait retirer la population. — Belgrano s'interne «uisle Paraguay, passe le Hio-Tebicuary, et, arrivé près de Paraguary, est battu Velasco. Dans sa retraite, il est atteint par les Paraguayens près du Rio-Tatiuary, battu une seconde lois, et forcé de capituler avec les honneurs de la guerre C 10 mars 1811).
Les articles de cettecapitulalion, en admettant la liberté du commerce avec Buet3os-Ayreâ et l'abolition du monopole du tabac, donnèrent aux Paraguayens des idées tj'indépendancc auxquelles ils ne songeaient pas encore.
1811. — Montevideo, — Les autorités espagnoles occupant la ville forte de Montevideo n'ont point reconnu la révolution et ont protesté contre elle. — On y nomme un consed de régence pour remplacer la Junte centrale, nommée en même temps que celle de Buenos- Ayres; celui-ci confie au général Vigodet, récemment arrivé d'Europe pour aller gouverner les Missions, le commandement de la place. Elio prend le titre de vice-roi et capitaine général de la Plata. En cette qualité, il déclare révolutionnaire et rebelle le gouvernement de Buenos- Ayres, et bloque son port. L'escadre espagnole occupe toute la Plata et détruit le peu de forces navales que peuvent réunir les Indépendants.
Agitation parmi les Orientaux, excités par Texemple de leurs Toisins de l'aut rive. La campagne se soulève et proclame son indépendance dans le bourg de Mec^ ^ cèdes.
(28 février). — Les deux frères Artigas, Manuel et José, réunissent de nombre ^jx: corps de partisans. La Jnntc de Buenos-Ayres envoie le général Rondeau po^^j^ organiser cette insurrection. — Le 26 mars, les Espagnols sont battus à S José, le 18 mai à Las-Piedras. et forcés de se renfermer dans la place. — Elio d'entrer en accommodement avec la Junte de Buenos-Ayres, mais, faute de cessions suffisantes des deux parts, on ne peut s'entendre. — Popularité de 1 Artigas dans la campagne orientale. — Les Portugais continuent leurs né^o. dations pour l'admission de la princesse Cariota, comme régente de la viceroyauté.
5 et 6 avril. — Émeute à Buenos- Ayres. On accuse la Junte d'être trop révolutionnaire : Pena, Vieytes, Ascuenega, Larrea sont destitués, et Belgrano appelé pour rendre compte de sa conduite au Paraguay. — La Junte ainsi modifiée or" ganise d'autres juntes dans les provinces pour favoriser le mouvement d'indépen -^ dance contre l'autorité de la métropole, tout en conservant les anciennes fonnc?^ administratives.
Révolution du Paraguay. — Le gouverneur Velasco résigne ses pouvoirs sai» ^ résistance, et est remplacé par une junte formée de trois personnes : Juan Pedr^^^^,^ Caballero, Fulgencio Yegros et Gaspar Francia. — Ce dernier, devenu aussitôt 1^^ ^^. membre le plus influent, provoque la formation d'un congrès qui nomme un pou-^ ^ v voir exécutif composé de cinq membres. Cette nouvelle Junte entre en comrouni- ^^ ^ \t cation avec celle de Buenos-Ayres qui se proclamait, du moins provisoirement, le ^ j^v représentant de l'ancien pouvoir des vice-rois, et stipule l'indépendance locale du ^ ^ Paraguay, déclarant ne s'unir au reste des provinces de la Plata que par un lien •^ fédératif , disposé d*ailleurs à envoyer, à son temps, ses députés au congrès général constituant de toutes les provinces de la Plata. — Le traité conclu et ratifié, Buenos-Ayres renonce à toute nouvelle tentative sur le Paraguay.
23 septembre. — Création du triumvirat ou commission executive. — A la première junte de gouvernement avaient été adjoints un certain nombre de députés, ce qui portait à seize le chiffre de ses membres. Cette assemblée était, en réalité, une sorte de comité de salut public, mais ses divisions intérieures rendaient il certaine l'action du pouvoir. Pour le fortifier on nomme, sous le nom de gouvernement exécutif, une commission de trois citoyens qui, tous les six mois, doivent se nouveler par la sortie de l'un d'eux et l'élection d'un nouveau membre. Paso Chiclana et Sarralea composent d'abord ce triumvirat, qui prend pour D. Bernardino Rivadavia. Cette mesure ne calme qu'à demi l'agitation et l'anai chie que fomentent les assemblées populaires.
Le nouveau gouvernement se décide alors à dissoudre la junte conservatrices:^ '^f établie lors de la révolution, et dont les tendances anarchiques débilitaient le poiflL.^ uvoir (7 novembre).
11 fait publier (22 novembre) la charte provisoire {Estatuto proiHsional), M ^à première qui ait été promulguée dans la Plata, et prend le nom de gOQvememec^ ^«^ supérieur des Provinces- Uni es du Rio de la Plata.
décembre. — Emeute militaire du corps des Patricios; elle est réduite par la
et les plus coupables sont fusillés. — A la suite de cette insurrection « qui
irait point de caractère politique, mais seulement l'imposition de nouveaux rc-
■nents intérieurs pour motif, le gouvernement expulse les députés des provin-
, dont plusieurs formaient partie de la junte et ceux-ci vont porter au loin leur
<x>ntentement. — De cette époque date la rivalité qui commence entre les Pro-
ciaux {Provincianos) et les habitants de Buenos-Ayrcs (Portehos),
1812. — Affaires de la Bande-Orientale. — L'entrée des Portugais dans le absorbe toute l'attention de la commission executive et Toblige à aban- ' iiner Tarmée du nord à ses propres forces ; elle y envoie cependant Belgrano «ir remplacer Puyrredon qui, se trouvant malade, demande son rappel. ■iC triumvirat conclut un armistice avec les autorités espagnoles de Montevideo i s*appuyaient sur le Portugal. En effet, le général Lecor, avec 4,000 Brésiliens Portugais, se dirigeait sur cette ville, appelé par les Espagnols qui y restaient enfermés. — L'Angleterre garantit cet armistice, et les Portugais repassent la fx-onlière. Les patriotes orientaux accusent le gouvernement de les abandonner. — L'armistice dénoncé, la lutte recommence dans la Bande-Orientale. — Le triumvir Sarratea y est envoyé en commission. — Vigodel, qui a remplacé Elio, essaye en ▼aîn de tenir la campagne occupée par les insurgés; vaincu le 31 décembre au irrite, par les généraux Rondeau et José Artigas, il est obligé de se renfermer dans la place de Montevideo, qui se trouve de nouveau bloquée par terre.
3 avril.— Le général Puyrredon, qui vient de s'illusCrer par sa brillante retraite dans le Haut-Pérou, est nommé membre de la commission de gouvernement, en remplacement de Paso, membre sortant. — Il imprime plus d'unité et de vigueur ^u pouvoir exécutif, qui se trouve néanmoins si vivement attaqué par l'assemblée Populaire, qu'il se décide à la dissoudre.
^tfmpiration Alzaga, — L'agitation produite à Buenos-Ayres par cette me- ^•^^ donne au parti espagnol le désir de faire une contre-révolution. Une conspi- "^^îon s'organise, ayant à sa tète D. Martin Alzaga, le plus riche Espagnol de Bue- •^os-^Avrcs ; il avait figuré lors du Pronunciamicnto de Mayo , qu*il comptait •^•^B doute faire tourner au prolit d'un gouvernement local indépendant, mais qui '^^ sortit point des mains de ses compatriotes. La conspiration est découverte ; A*^^ga et plusieurs de ses parents et compagnons sont saisis, jugés et fusillés ■^ juillet 1812). Cette exécution jette la terreur dans le parti espagnol.
Ce gouvernement envoie des secours aux Orientaux et presse le siège de Mon- ^ Video.
^ €Oampagne du Haut^Pérou,^ Belgrano arrive à Tarmée du nord et la réorga-
'^^Sc. Il ne peut cependant arrêter la marche des Espagnols, quoique Diaz Vêlez,
^tUmandant son avant-garde , fasse éprouver à ceux-ci un échec assez grave à
'•îpacha (12 janvier 1812), prenant ainsi la revanche de Sipé-Sipé, où les pa-
^iotes ont été battus quelques mois auparavant.
lie» Espagnols commandés parle général Tristan, sud-américain, natif d'Are- *l^îpa, atteignent Belgrano à Tucuman. Mais ils sont complètement défaits et per- ^^tîl le tiers de leur monde (24 septembre). — Les patriotes reprennent alors Tof
fensivc et marchent sur Salta où Tristan s'est réfugié^ mais où le cernent aussi de nombreux corps de ()artisans qui se sont formés dans toute la campagne. Ptnx\\ ces derniers, se signale Martin Guêmes.
Octobre. — Une émeute à Buenos-Ayres amène le renouYellement total de Va commission de gouvernement que l'on accuse de tyrannie et qui allait être modifiée par l'entrée de Medrano, personnage peu populaire. On nomme Paso, Pen& et Jonte. Le nouveau triumvirat accepte la mission de la convocation, dans le plus bref délai, d'un congrès chargé d'organiser provisoirement le pays, la institution définitive ne devant être proclamée qu'à la paix.
1813. — Première assemblée cùnsfittMnte de la Plata* — 31 janvier, .— Ouverture de l'assemblée générale constituante. — Elle établit l'indépendance ei« la mère patrie, tout en conservant le nom du roi; mais déclare que tout employa tout militaire, tout ecclésiastique doit être citoyen argentin. — Abc»lition des ai* ^ mes royales et adoption de l'écusson argentin actuel. — Abolition de la nobles^^ et des majorais. — Déclaration de la liberté des esclaves à naître, et abolition la mita ou presse des Indiens, pour les travaux des mines dans le Pérou. —En séparant, après une session qui a duré une année entière, l'assemblée concentre X ^ pouvoir exécutif dans une seule main, sous le nom de Directoire suprême. D. Gervasio Posadas est nommé directeur (22 janvier 1814).
Le but avoué de l'assemblée est de réunir toutes les provinces compoj^ant 1*j cienne vice-royauté sous une même direction, dont le siège eût été à Ayres , c'est-à-dire de continuer le même système centralisateur du vice-roi so« — ^ une autre forme. — Les provinces accueillent ces intentions avec défaveur.
Guerre de la Bande-Orientale, — Le gouvernement argentin, dirigé par P^^*** sadas, pousse le siège de Montevideo. Le général Vigod«*t, maître des eaux de ^ Plata, essaye un débarquement à San-Lorenzo, dans la province dcSanta-Fé, à ^ fois pour y réunir des partisans et pour y faire des vivres dont la place g*^^ Montevideo commence à manquer. Ix débarquement est repoussé par le coloii^^*^' San-Martin, et l'escadrille espagnole ne rencontre sur les bords du Paranaet ^^^ l'Uruguay que des ennemis (3 février 1813).
Rondeau et Artîgas continuent le siège de Montevideo, mais déjà la division entre ces deux chefs. Rondeau est dévoué au gouvernement de Buenos-Ayres, A tigas affecte une indépendance complète. La question du congrès^onstitua amène une rupture. Conformément aux ordres qu'il a reçus de BuenoS'^A] Rondeau veut faire élire aux Orientaux un certain nombre de députés, chargés les représenter au congrès de Buenos-Ayres. Artigas prétend que les Orientai sont très-capables de se gouverner eux-mêmes, et refuse de se prêter à l'exécutii de cette mesure. Cette divergence amène sa retraite avec les bandes qui lui obéi sent; et Rondeau, restant seul avec ses troupes argentines, le siège de Montevii
se trouve en partie abandonné. I-e directorat déclare Artigas traître à la patr '^^
mais les Orientaux se rangent du parti d'Artigas.
Opérations dans rarmée du Noid, — Belgrano, vainqueur à Tucuman, attaquer Tristan qui, avec le reste de son armée, s'est cantonné dans Salta. A une bataille sanglante, Tristan capitule avec tout son monde (20 février 1813;^
proTince de Poiosi et tout ic sud du Haut-Péfou retombent aux mains des patriotes. iVotivei armistice avec Goyeneche, qui empêche Belgrawo de profiler de la victoire iplëte qu'il vient de remporter à Salta. Le général l^zueia remplace Goyeneche et rétablit Tarmée espagnole sur un respectable. Pendant que Belgrano, cantonné à Potosi^ cherche à faire parler aux populations les idées d'indépendance qui viennent de triompher dans la t^iata^ Cochabamba et Santa-Cruz de la Sierra sont de nouveau occupés par patriotes.
Belgrano est complètement défait par Pezuela dans la pampa de Yiicapujio, le septembre^ et le 14 novembre suivant dans celle d'Ayouma. — Les restes de l'armée argentine se replient sur Potosi qu'ils évacuent, puis sur Jujuy et Salta , poursuivis de près par les Espagnols. Mais Toccupation de Cochabamba et de Santa- Cruz de la Sierra par les patriotes, les nombreuses montoneras (corps de partisans) qui le harcèlent^ empêchent Pezuela de profiter de la victoire. H se contente de réoccuper le Haut-Pérou tout entier et d*y rétablir Tautorité de la métropole.
1814. — Le colonel San-Martin est envoyé pour remplacer Belgrano que l'on rappelle bientôt après à Buenos-Ayres pour Ty mettre en jugement. L'armée du Pérou se réorganise à Tucuman et compte rapidement 4,000 hommes.
Cette attitude vigoureuse empêche Pezuela de pousser plus avant ses succès. En même temps, les partisans du Haut-Pérou, organisés par Arenalès, ceux de Salta, sous les ordres du célèbre guérillero Martin Guëmes, harcèlent de tous côtés l'arasée espagnole et Tobligent à se concentrer. San-Martin^ sur sa demande, quitte i'^LTmée du Nord et y est remplacé par Rondeau, forcé d'abandonner la direction dma siège de Montevideo, par suite de sesdifrérends avec Artigas.
Le directeur Posadas envoie le général Alvear remplacer Rondeau, et prendre '-^ direction du siège de Montevideo. Il profite également de son autorité, incontes- ^^^alors, pour armer une petite escadre qu'il place sous les ordres de Brown. Celui- <^i remporte quelques avantages (mai 1814), et force les Esi>agnols à se renfermer ^'^•Jisleport. Enfin, ne recevant aucun secours de l'extérieur, voyant sa garnison la population de la ville épuisées par la famine et les maladies (le scorbut avait truit un quart des habitants), Vigodet se décide à capituler, après avoir soutenu siège pendant vingt-deux mois (20 juin 1814). — Ce succès donne aux patriotes fcOOO prisonniers, un matériel complet d'artillerie et des magasins d'équipement ien fournis. Le général Soler est chargé de garder celte conquête; mais elle est ^ ^^périeusement réclamée par Artigas, qui en attribue tous les honneurs à son ^^mée. La guerre civile commence dans la Bande Orientale. Artigas accuse le gou* ^€rnement de Buenos-Ayres de tyrannie, et il entrahic dans sa lutte contre lui •^ provmces d'Entre-Rios et de Santa-Fé.
Posadas nomme Alvear au commandement de l'armée du Nord, en remplace- Yuentde Rondeau. Cette nomination est mal accueillie par Tarmée, qui se divise en deux camps, l'un en faveur de Rondeau, l'autre en faveur d'Alvear. Celui-ci, instruit à temps de l'opposition de Tarmée, s'arrête à Cordova, puis revient à Buenos- Ayres où sa victoire de Montevideo lui a donné une haute inûuence. — Des sociétés secrètes se partagent la ville, et chacune pousse ses candidats au pouvoir. — Cette agitation amène une véritable anarchie et donne à plusieurs membres influents du gouvernement ridée de revenir à la monarchie, en empruntant uîi prince à la famille royale d'Espagne.
1815. — L'acte d'indiscipline commis par l'armée du Nord amène D. Genrasic PoJ^adas à donner sa démission (9 janvier iSlo). 11 est remplacé par Alvear comme directeur suprême. — Négociation secrète pour obtenir le protectorat de FAngle terre : elle échoue; mais Rivndavia^ Sarratea et Beigrano sont déjà partis poui l'Europe, afm d'y nég<Kier rétablissement de la monarchie constitutionnelle dans la Plata (28 novembre 1814).
AWear continue la négociation commencée par Posadas. — Les envoyés argentin! demandent à Charles IV, alors retiré à Rome, d'envoyer son fils, l'infant D. Francisco de Paula, dans la Plata, à la condition de le faire roi constitutionnel des royaumes-unis de la Plata, du Chili et du Pérou. Les événements de 1815 en Europe et la chute de Napoléon, sur Tappui duquel Charles lY aurait pu compter, engagent ce pripce à refuser. Les négociateurs cherchent alors à entrer en arrangement avec Ferdinand VU, mais celui-ci déclare ne vouloir accepter que la soumission pure et simple des Hispano-Américains. — Une grande expédition de 15,000 hommes sous les ordres du général Morillo, se prépare dans les ports d'Espagne pour la Plata ; les nouvelles de la révolution du Venezuela la font diriger à cette destination.
Querelles du directeur Alvear avec Artigas, qui continue les hostilités contre les Argentins. Le directeur fulmine de nouveaux décrets contre lui et exige du Cabildo deBuenos-Âyres une proclamation qui le met hors la loi. Artigas attaque alors les troupes argentines cantonnées dans la Bande-Orientale. Son lieutenant Fructuoso Rivera bat le colonel Dorrego, et le général Soler se trouve obligé d'abandonner Montevideo, qui ouvre ses portes à Arrtigas. Celui-ci, maître de la Bande-Orientale, envahit TEntre-Rios et Santa-Fé, proclamant partout « la nécessité de se soustraire '( au joug que les dictateurs de Buenos-Ayres veulent faire peser sur les provinn ciaux qui, dans ce cas, n'auraient fait que changer de maître, puisque le direc- R teur n'est qu'un roi déguisé... » 11 appelle toutes les populations à l'insurrection contre le gouvernement central, qui ne représente à leurs yeux que Fancienne vice-royauté avec son omnipotence, et la guerre en plus. Cordova s'unit à Santa- Fé, et Buenos-Ayres se trouve menacé par les dissidents commandés par Artigas, qui prend le titre de chef des Orientaux et protecteur des peuples libres.
Ce soulèvement presque général, qui s'appuie sur le principe encore mal défini et surtout mal compris de la fédération , amène de fait la séparation des divers gouvernements de la vice-royauté en plusieurs provinces. — Santa-Fé, ancienne lieutenance de Buenos-Ayres, s'érige en province séparée, TEntre-Rios se partage entre rEntre-Rios proprement dit et Corrientes, auquel un décret du directeur Posadas a rattaché les Missions.
Cette agitation générale amène la chute du directeur Alvear, qui cherche en vain à combattre les dissidents et dont l'armée s'insurge à Fontezuelas (13 avril 1815), pendant qu'il marchait sur Santa-Fé, tombée au pouvoir d'Artigas. Le Cabildo essaye en vain de le soutenir; le général donne sa démission et s'exile au Brésil.
Ces événements amènent la dissolution de l'assemblée nommée en 1813. Le Cabildo ou municipalité reprend le gouvernement et fait nommer par la population de Buenos-Ayres. à suffrage direct, une Junte d'observation, qui, le 5 mai suivant, proclame le Statut provisoire (Esfatuto jjrovisional), qui consacre l'idée fédérale. Rondeau, général de rarmée du Pérou, est nommé directeur, et en son absence, le colonel Alvarez, chef de l'émeute militaire de Fontezuelas, le remplace.
Le nouveau gouvernement fraternise avec Arligas, retire tous les décrets lancés contre lui et lui offre même de lui livrer ses ennemis, concession qu'Artigas a la jioblesse de refuser.
^M^JB, réaction poursuit tous les partisans de Tancicn directeur. F^cndant ce temps, San-Martin avait cédé le commandement de Tannée du Pérou àE^ondeau, et s'était retiré dans la province de Guyo, dont il est nommé gouverne ut et où il commence à organiser Tannée des Andes.
ondeau reprend Toffensive contre les Espagnols^ mais il est vaincu à Sipé-
Sii>^ (29 novembre 1815), et le Pérou retombe une troisième fois entre les mains
des royalistes. Pezuela veut envahir les provinces du Nord ; il est de nouveau ar-
rè'té par les corps de partisans, organisés par Guëmes. Celui-ci, qui en vient à
i^iaer à Salta le même rôle qu'Artigas dans la Bande-Orientale, se trouve en dis-
àdence avec Rondeau, et combat à la fois les Espagnols et Tarmée buenos-
ayrienne.
Les concessions faites par le nouveau gouvernement ne rattachent pas davantage Artigas à Tunité buenos-ayrienne. Ce chef domine dans la Bande-Orientale, l'Entre-Rios, Gorrientes et Santa-Fc, et provoque la séparation des autres provinœs. Gordova se déclare indépendante ; pour arrêter Tincendie, Rondeau y envoie le colonel Lamadrid, qui va visiter la Rioja et Santiago del Estero, lesquelles manifestaient aussi Tintcntion de se séparer du gouvernement du Tucuman. Ces mesures, toutes dans le sens de Tunité, exaspèrent Artigas, qui s'est constitué le champion de Tautonomie des provinces. — La petite armée, que Buenos-Ayres avait dirigée sur la province de Santa-Fé et qui avait occupé sa capitale, est vaincoc. Belgrano, envoyé pour réparer cet échec, se voit impuissant, et est forcé par le soulèvement de ses troupes, de se retirer à Buenos-Ayres. Une émeute renverse le directeur Alvarez, et la Junte d'observation nomme le général Balcarce <lirecteur. Celui-ci se hâte de traiter avec Artigas (avril 1816).
1816. — Congrès de Tucumak. — Le statut provisoire du 5 mai 1815 avait <iécidé la réunion d'un congrès général, formé de députés de toutes les provinces, ^D de faire une nouvelle constitution, et Ton avait indiqué Tucuman pour le lieu «ieleur réunion, ce point étant le plus central des Provinces unies. Malgré Tanardiie générale et TinditTérence des populations fatiguées de la guerre civile, les députés se réunissent dans cette ville, où les sessions du congrès s'ouvrent le 24 Diars 1816. Quoique le Haut-Pérou soit occupé par les Espagnols, qui dominent JQSqu'à Humaguaca, les réfugiés des provinces qui le composent n'y figurent pas moins (Chuquisaca, Mizque, Cochabamba). Quant à la Bande-Orientale, à TEn- Ire-Rios, Corrientes et Santa-Fé, en lutte ouverte avec Buenos-Ayres , elles n'envoient point de députés; Cordova n'envoie les siens que plus tard.
Le congrès fut ainsi composé : Buenos-Ayres, 7 députés ; — Cordova, 5 ; — Chuquisaca, 4 ; — Tucuman, 3; — Calamarca, 2; — Santiago-dcl-Estero, 2 ;
— Salta, 2; — Mendoza, 2; —La Rioja, 1; — San-Luis, 1 ; — San-Juan, i;
— Mizque, 1; — Cochabamba, 1 ; — Jujuy, 1. Dès le principe, les tendances centralistes, c'est-à-dire de la continuation du
système de la vice-royauté, autrement dit, de la concentration du gouvernement à Buenos-Ayres, et celui de rautonomie des provinces, rehées seulement par un système fédératif, sont en présence. — Un troisième parti, celui des monarchistes,