Â* RÉGION ENTRE LE SALADO ET LA PREMIÈRE LIGNE DE SIERRAS DU SUD
Côte DE l'Océan. — District del-Tordillo. — Ce district prend son nom d'une grande lagune et d'un bois situés au sud et non loin du Rio- Salado. Le terrain est excessivement plat et semé d'un nombre considérable de petites lagunes qui y maintiennent l'humidité des pâturages, et rendent le canton précieux pour l'élève des bêtes à cornes. Le voisinage de la baie de San-Borombon, dont les rives sont excessivement plates , contribue encore à l'humidité du sol , et l'on y souiïre peu des sécheresses. Sa superficie et de 40 lieues carrées, et la population de 2,000 âmes. L'élève du bétail est naturellement l'industrie principale^ cependant on fait un peu de charbon dans les bois du Tordillo.
C'est une ferme entourée de quelques habitations formant hameau, et située à 48 lieues de Buénos-Ayres, qui sert de chef-lieu. Il n'y a ni église ni écoles.
-District delAjo. — Au sud du Tordillo et sur la côte de l'Océan, le cap Saint-Antoine marquant l'extrémité sud de l'embouchure de la Plata. Le canton est dans les conditions du précédent pour le nombre des lagunes, l'humidité du sol et du climat, et la qualité du pâturage; on y trouve un peu de bois et de la tourbe. — Superficie : 120 lieues carrées; — 3,000 habitants.
Une estancia du nom d'Ajo, à 60 lieues de Buenos- Ayres, sert de chef-lieu et de résidence au juge de paix. Il n'y a ni église ni écoles.
District de Monsalvo, anciennement Tuyu. — Au sud de celui del-Ajo; la côte de l'Océan y est un peu plus^ élevée. On y voit toujours beaucoup de lagunes, et l'on y rencontre un peu de bois vers la côte. La superficie est de 130 lieues carrées, la population de 2,000 habitants disséminés dans les estancias.
La ferme de Monsalvo, à 57 lieues de Buénos-Ayres, est le séjour des autorités du canton. Il n'y a ni église ni écoles.
District de la Mar-Chiquita. — Ainsi nommé d'un petit lac qui communique avec l'Océan, et reçoit quelques ruisseaux descendus des montagnes Del-Vulcan. La côte est assez accidentée, on y voit des bois clair-semés, diverses lagunes ; en somme, c'est un canton fort pittoresque. Les pâturages sont de qualité supérieure, le bétail est nombreux et de belle taille, aussi les estancias abondent. La superficie du district est de 350 lieues carrées, et le nombre des habitants de 2,200 ; ce chiffre est actuellement en progrès, par suite de l'immigration.
Le hameau de la Mar-Chiquita^ situé près de la côte, à 98 lieues de BuénoS'Ayres, n'a que quelques maisons. Dans son voisinage se trouve un saladero, et il a été question d'y établir un port qui rendrait de grands services à tout le sud-est de la province. Mais ce projet n'a encore pu être réalisé, quoique le gouvernement provincial l'ait fait étudier.
District de la Loberia , partie septentrionale. — Ce district n'a pas de limites marquées vers le sud, car il s'étend le long de la côte, depuis la Laguna de los Padres et le cap Corrientes , jusque dans le voisinage de Bahia-Blanca. On lui assigne 1 ,200 lieues carrées de superficie et un millier d'habitants; mais il n'est peuplé que vers le Vulcan et non loin de la mer, où l'on trouve quelques estancias, en particulier celle de la Ballenera, qui sert de limite aux voyages des courriers du sud. La circonscription des districts de la Mar-Chiquita et de la Loberia doit être réformée , en établissant pour limite entre eux la sierra del Vulcan.
Le district actuel n'embrasse que la partie voisine des montagnes, et l'on a placé le chef-lieu sur le versant septentrional, près de la Laguna de los Padres (la lagune des Pères), où les Jésuites avaient, en 1746, une mission, celle de la Virgen-del-Pilar, qu'ils furent obligés d'abandonner. Ce beau canton est maintenant semé d'estancias; la Société rurale fondée en 1832 avait cherché à y faire des établissements qui n'ont pu se réaliser qu'aujourd'hui , mais par d'autres mains et à la suite de ventes et cessions faites à des particuliers. L'estancia de la Laguna est à 104 lieues de Buenos- Ayres et sert de chef-lieu au district. De l'autre côté de la Sierra, il n'y a que des fermes isolées et fort exposées aux excursions des Indiens.
Intérieur des terres. — District del-Pilar, — Ce grand district, de 250 lieues carrées de superficie et de 4,000 habitants , s'étend au sud du Rio-Salado, et à l'ouest de ceux du Tordillo et de Dolorès. Il est excessivement plat et offre un nombre considérable de lagunes, ce qui lui donne les conditions de végétation et de climat analogues à celles des précédents. On s'y limite à l'éducation du bétail.
Le chef-lieu est une simple estancia, à 48 lieues de Buénos-Ayres, où réside le juge de paix. 11 n'y a ni église ni école.
District de Dolorès. — Beaucoup moins étendu, mais bien plus peuplé que les précédents, puisqu'il n'a que 32 lieues carrées de superficie et possède 7,000 habitants. C'est un terrain absolument plat, un peu sablonneux et semé d'innombrables lagunes qui le rendent
éminemment propre à Télève du bétail. Le climat est assez froid, et la végétation n'y a plus rien des pays chauds. Les fruits mûrissent tard et ne sont pas sucrés comme ceux de l'autre côté du Rio-Salado; mais l'excellence de ses pâturages, la multitude de ses estancias et Imdustrie de ses habitants font de ce canton le plus riche de tous •ceux du sud.
Dolorês, — son chef-lieu, à 51 lieues de Buénos-Ayres , était, il y a trente ans, un simple poste militaire avancé vers le sud ; c'est aujourd'hui la quatrième ville de la province. Sa population est de i,000 âmes ; elle compte un grand nombre d'étrangers , parmi lesquels beaucoup de Basques français et espagnols, gens éminemment actifs, laborieux et entreprenants, qui s'y sont domiciliés depuis six années. On y voit de beaux magasins, des écoles, une maison commune, une belle place et une grande et magnifique église en construction, édifice entrepris sur un vaste plan et qui exigera du temps et des sommes considérables pour son achèvement. Dolorès, qui est la vraie capitale du sud de la province et graudit à vue d'oeil, dont la population est riche et industrieuse , ne reculera pas devant l'exécution d'une telle œuvre. Ce bourg est désigné comme point extrême du chemin de fer du Sud. En attendant,, deux services de diligences y sont établis et communiquent avec Buénos-Ayres et avec le Tandil situé à 45 lieues plus au sud. L'embouchure du Rio-Salado est à 15 lieues de Dolorès. Dans les années pluvieuses, on s'en est servi comme d'un port pour communiquer avec Buénos-Ayres; la rivière avait alors assez d'eau pour recevoir des navires de cabotage qui venaient par la Plata et la baîe de San-Borombon.
District del-Vecino. — Ce district, de 73 lieues carrées de superficie, s'étend, vers le sud-ouest, entre les districts du Tandil et de Monsalvo. Son sol, absolument plat, humide et semé de lagunes et de baûados, dont l'un a donné son nom au district, est dans les mêmes conditions que celui de Dolorès ; aussi le nombre des grandes estancias y est-il considérable et s'y occupe-t-on plus de l'élève du bœuf que de celle du mouton. La population est de 2,000 âmes.
La ferme del Vecino^ à 53 lieues de Buénos-Ayres, sert de cheflieu; il n'y a encore ni chapelle ni écoles.
District del-Tandil. — Tout à fait dans le sud de la province et limité par les petites chaînes du Sud : Tandiléofu , Tandil, Chapaléofu etLos-Huesos, d'où descendent quelques ruisseaux qui vont se perdre dans les plaines du nord. De tous ces cours d'eau, qui portent le nom de la montagne d'où ils vicnnenî, le plus importiint est le Chapoléofu,
ruisseau aux eaux claires et abondantes , qui finit par aller se perdre dans les bas-fonds du district del Vecino, à 30 lieues de sa source. Les autres ne sont guère que des filets d'eau de 8 ou 10 lieues de cours. On donne à ce district une superficie de 400 lieues carrées et 4,000 habitants, mais ses limites sont arbitraires dans le sud. Nous ne nous occuperons que de ce qui est au nord de la Sierra. — Les plaines très-légèreraent ondulées et couvertes de pâturages substantiels qui forment ce canton, se relèvent doucement en approchant du cordon montagneux qui le limite au sud. Cette ligne de hauteurs, dans ses croupes les plus élevées, telles que celles de Tandiléofu, peut avoir une altitude absolue de 400 mètres. Les estancias de ce district sont généralement d'une grande étendue ; quelques-unes, déjà anciennes, ont un véritable bois artificiel autour d'elles. Les peupliers, les saules , les acacias, y atteignent une grande taiUe sous un climat frais et venteux.
Le village actuel du Tandil, au pied des croupes du Tandiléofu et à 93 lieues de Buénos-Ayres, occupe la place d'un ancien fort devenu maintenant inutile et qu'on laisse tomber en ruines ; toutefois le gouvernement y entretient un corps de troupes de ligne pour la sécurité du canton, menacé toujours par les Indiens. Le bourg, entouré de cultures en bon état, compte quantité de maisons à terrasse, une église , un cabildo , une école , et une population de 1,500 âmes; il est le siège d'une grande activité commerciale. La distance qui le sépare de Buénos-Ayres est franchie en dix jours par les caravanes de charrettes dans la belle saison ; le service des diligences du Sud y touche deux fois par semaine (1).
(1) Les environs du Tandil sont assez pittoresques, grâce au voisinage de la Sierra. L'une des collines les plus rapprockées présente le phénomène curieux, mais bien connu en Europe, d*une pierre branlante. C'est un gros rocher triangulaire , haut de 4 mètres , large et épais de 5, qui forme le couronnement d'un entassement de gros blocs de gneiss. Cette pierre gigantesque pose en équilibre sur le piédestal monolithe qui la supporte par un pédicule étroit et arrondi s'adaptant à une sorte de mortaise naturelle, et laisse entre le bloc et son support un espace vide. Le simple effort d'un homme un peu robuste suffit pour mettre en mouvement cette masse énorme et la faire osciller sur sa base, laquelle, étant inclinée elle-même, rend le phénomène plus curieux. — Aux alentours du Tandil, et même dans les rues du village, un calcaire sans consistance et un peu argileux eflleure la superficie du sol; on en a tenté l'exploitation, mais l'absence de bois en rend le travail impossible d'une manière suivie, quoique la qualité de la chaux produite ne soit pas mauvaise. En creusant des puits à 10 mètres de profondeur, on a mis au jour des fragments d'ossements fossiles trop en mauvais état pour être déterminés. — Les roches de la Sierra sont très-compactes et couvertes de lichens; on y trouve des gneiss, des mica-schistes, des granits, des quartz, et en quelques endroits, mais rarement, des grès ; le calcaire ne se rencontre que dans les ondulations qui partent du pied des collines et jamais au sommet de ces dernières.
La situation du Tandil est fort avantageuse pour le commerce, car le village est bâti à l'endroit où les croupes du Tandileofu et du Tandil laissent, en s' abaissant, une large ouverture qui permet de passer sans difficulté, par des terrains simplement ondulés, de l'autre côté de la sierra. C'est l'endroit que choisissaient les Indiens du sud pour faire leurs invasions dans cette partie de la province, et l'on y avait bâti, en 1828, le fort Independencia, dans le but de le fermer. Le bourg qui a remplacé ce fort sera nécessairement l'entrepôt destiné à satisfaire les besoins de toute la population , qui se portera et se porte déjà dans cette région.
District del-AzuL — A l'ouest de celui du Tandil et limité par la ligne de hauteurs qui portent le nom de Los Huesos, Amarilla, Azul, et à l'ouest par la petite rivière de ce nom, laquelle, après un cours de trente lieues, va se perdre dans les bas-fonds du Saladillo. Ce district a une superficie de 390 lieues carrées, et sa population es considérable , relativement du moins, car elle atteint près de 20,000 âmes. Le sol est fertile, également propre à l'élève des bêtes à laines et à celle des bœufs et des chevaux; aussi les estancias y sont-elles nombreuses et riches. S'il y avait des bras, l'agriculture s'y développerait sur une large échelle, car celle que Ton fait près du chef-lieu est des plus avantageuses. Plusieurs tribus alliées dlndiens de la Pampa réunis ont leur principal campement sur la limite du canton; on vil en bonne intelligence avec eux, et depuis six ans ils n'ont point troublé sa sécurité.
El'Azul, à 77 lieues de Buénos-Ayres, chef-lieu du district, est un très-gros bourg ou plutôt une ville toute neuve, avec église, cabildo, écoles, une garnison de troupes nationales commandées par un officier supérieur. Sa population, déjà de 3,000 âmes, augmente tous les jours par suite du grand nombre de Basques, de Français, d'Italiens , etc., etc., qui viennent s'y établir. On y a fait de grandes plantations et construit deux moulins à eau destinés à la mouture des blés du canton qu'il fallait envoyer moudre ailleurs, et fort loin. Ce bourg n'a pourtant que peu d'années d'existence, et a remplacé un ancien fortin pareil à celui du Tandil. On fait beaucoup de commerce à l'Azul, non-seulement avec la campagne, mais encore avec les Indiens campés à deux petites lieues de l'autre côté du ruisseau, qui forment là un groupe permanent d'un millier de familles. Ces tribus, placées sous l'autorité du cacique Catriel, qui commande à 800 lances, reçoivent un subside du gouvernement. Elles élèvent des bœu£s, des moutons, de la volaille, vont dans les pampas chasser
COlfF. AEGBlCTUIlt. -* T. lU. 5
l'autruche et le chevreuil, tissent des ponchos, des ceintures, etc., el vendent aux chrétiens le produit de leur chasse et de leur industrie, ou les échangent contre des objets de manufacture européenne. Plusieurs enfants des tribus suivent les écoles ; presque tous parlent espagnol, et Ton peut prévoir le moment où aura lieu une véritable fusion avec les blancs. Depuis que TAzul est devenu une ville, on a peu à craindre des Indiens insoumis , et presque tout le versant nord de la sierra s'est peuplé ; aussi les erres y ont considérablement augmenté de valeur.
District de Las- Flores. — Au nord de celui de TAzul, et de 190 lieues de superficie. Le terrain y est légèrement sablonneux et traversé par quelques lignes de medanos fort peu élevés, entre lesquels se trouvent de nombreuses lagunes. Le ruisseau de Las-Flores, qui vient de la sierra de Tapalquen , traverse tout le canton et dans la saison pluvieuse arrive jusqu'au Rio-Salado, dont il forme la branche méridionale. — La population est de près de 4,000 habitants, occupés presque exclusivement de l'élève des hôtes à cornes. Il n'y a d'agriculture que dans quelques fermes et près du chef -lieu.
Le village de Las-Flores^ à 46 lieues de la capitale, date seulement de 1856, et ne compte guère que 500 âmes. On y a construit récemment une chapelle et des écoles. — Vers l'ouest existe le petit poste fortifié de la Esperanza, où il y a une garnison.
District del Saladillo. — A l'ouest et au nord- ouest du précédent, et en partie sur la frontière. Il a 190 lieues carrées de superficie. Le terrain y est analogue à celui de Las-Flores, par la nature du sol, ses medanos et ses lagunes. L'Arroyo-Saladillo, salé ainsi que l'indique son nom, s'y perd dans des bas-fonds et arrive rarement au Rio-Salado, excepté dans les saisons très-pluvieuses. Ce district n'a que 1,500 habitants, à cause du voisinage des Indiens, et Ton ne s'y occupe que de l'élève du bétail; le nombre des fermes augmente beaucoup depuis trois années. Le chef-lieu est une estancia de ce nom, à 40 lieues de Buenos- Ayres. Il n'y a ni église ni écoles. Près de là se trouve un ancien fortin tour à tour occupé et abandonné, suivant l'état de la frontière.