‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 8 sur 60 · SIERRAS DE LA YENTANA ET DE GUAMINI · texte numérisé non relu

SIERRAS DE LA YENTANA ET DE GUAMINI

Cette vaste région est formée par une grande plaine herbeuse, de 30 lieues de large et de 50 de long, traversée par les ruisseaux qui

descendent de ces deux lignes de hauteurs. La côte de l'Océan, à Touest et au sud-ouest, les deux cordons montagneux au nord et au sud, les pampas indiennes à l'ouest, la circonscrivent. — Le climat est assez froid, et la végétation arborescente à peu près nulle. On n'y rencontre guère dans la partie occidentale et aux pieds des sierras de la Ventana et de Guamini que des Indiens nomades, les colons se li* mitant au versant sud de la première ligne de sierras et au voisinage de rOcéan.

Le territoire que nous appelons Entre-Sierras répond au sud des districts du Tandil,de l'Azul et de Tapalquen. Il commence à être occupé par quelques fermiers qui s'y sont établis dans des estancias fortifiées, et le gouvernement fait parcourir ces cantons par des colonnes volantes qui s'établissent momentanément dans divers campements défendus par des fossés et des rangs de pieux, et en changent suivant les besoins de la défense.

La partie voisine de la mer, au-dessous du cap Corrientes et des pointes de Los-Mogotes et de San-Andres, forme le sud du district de la Loberia^ qui, comme nous l'avons déjà dit, n'a point de limites bien marquées de ce côté. Du ruisseau de la Ballenera jusqu'à Bahia- Bknca, la côte de l'Océan est signalée dans quelques cartes sous le nom à^ pays du diable^ sans doute à cause des dunes sablonneuses, de l'aspect désolé du rivage et des vents qui y régnent. Cette dénomination est tout à fait impropre, car, sitôt qu'on est un peu éloigné de la côte, on trouve d'excellents pâturages, des terres fertiles et de nombreux ruisseaux qui, naissant dans la haute plaine de l'Entre- Sierras, viennent se jeter dans l'Océan ; tels sont, en commençant par le nord, celui de la Ballenera, oii finit la partie habitée du canton de la Loberia, l'Arroyo de las Bruscas, le Fangoso, le Moro, le Pautanoso, le Quejen-Grande, le Claramelo, le Mulponleofu, le Mostazas et ses affluents, etc. L'un d'eux, le Quejen-Grande , a même assez d'eau pour recevoir des navires de cabotage. Tout ce territoire n'est point encore peuplé. Les côtes seulement sont fréquentées par des baleiniers de toutes les nations, qui viennent y poursuivre la baleine et y tuer des phoques, fort abondants dans ces parages.

Le district de Bahia-Blanca termine au sud-est cette région, et embrasse le petit bassin du Rio-Naposta, qui, descendant de la sierra de la Ventana, reçoit le Léon ou Sauce-Chico, qui vient de la même montagne, mais du versant sud, et court se jeter dans l'Atlantique, par une embouchure assez profonde pour former un port capable de

recevoir un assez graud nombre de navires (1). On donne approximativement à ce canton 420 lieues de superficie, mais il n'a aucune limite fixe, et la population se concentre autour de la petite forteresse qu'on a construite en 1828, lorsqu'on fonda une colonie dans le delta du Rio-Naposta. Les fermiers des petites estancias des environs doivent, lorsqu'une invasion d'Indiens menace, remiser leurs animaux sous le canon du fort. Le Rio-Naposta, qui constitue là le port de Belgrano, débouche au fond de la grande baie semée d'Iles que l'on a désignée sous le nom deBàic-BlsLiiche^Bahia-Blanca^ sans doute à cause de ses sables. Sa profondeur est assez considérable pour que les gros navires marchands puissent entrer dans la rivière, sans même attendre la marée, pourvu qu'ils soient aidés par le vent, le chenal ayant plus de 10 mètres d'eau (Rapport de M. Pellegrini, qui déclare d'ailleurs que 230 navires peuvent trouver un abri dans ce port). Le débarcadère est à 2 kilomètres du bourg. La plage est tour à tour couverte et découverte par les marées, et il est besoin d'améliorer ses abords. On peut dire que cet établissement est à l'état rudimentaire.

Les environs, quoique assez battus du vent incommode, surtout

(1) Une commission exploratrice dirigée par un ingénieur distingué , fort anciennement établi à Buénos-Ayres, M. Charles Pellegrini, rarchitecte du théâtre de Colon, a été envoyée sous le gouvernement du D^ Alsina, au commencement de 1859, pour étudier à fond le territoire de Bahia-Blanca et les moyens de développer promptement et sûrement, dans ce canton, les éléments de prospérité qu'il renferme. Cette commission y a séjourné deux mois et a levé une carte dont la publication est commencée ; mais elle n'a pu étendre ses études bien loin, à cause du voisinage des Indiens. Le rapport de M. Pellegrini, président de la commission, a été publié dans la Revista del Plata de 1860, excellent recueil rédigé par ce savant, promoteur aussi intelligent que zélé de tout ce qui peut contribuer à l'avancement du pays. On y trouvera une foule de détails pratiques sur l'état actuel et l'avenir de ce district si important , détails dans lesquels le cadre restreint de notre travail ne nous permet pas d'entrer , mais que nous avons cherché à résumer d'une façon concise , tout en restant exact.

M. Bravard, paléontologiste, mort si malheureusement dans le tremblement de terre de Mendoza, a étudié Bahia-Blanca en 1856, et a publié, l'année suivant(*, à Buenos- Ayres , la carte de ce canton avec les coupes géologiques du terrain. Il y a reconnu : le limon alluvial et les sables des bords de la mer et du Naposta comme formation actuelle; — des sables argilo-calcaires contenant des coquilles terrestres et lluviatiles, des sables grossiers réunis par un ciment calcaire, des couches de coquilles marines appartenant au diluvium ; — la tosca, ou argile sableuse des pampas, un calcaire grossier et poreux, un sable argileux grisâtre, semé de noyaux calcaires, tous deux sans fossiles, enKn une marne grise, — tout cela faisant partie de son terrain quaternaire. — Les roches métamorphiques du terrain primitif composent exclusivement les chaînes de la Ventana , de Curra-Malal ou Curumalan et de Guamini.

Le naturaliste Alcide d'Orbigny assista à la fondation de Bahia-BIanca en 1828 ; il accompagnait alors r ingénieur Parchappe, que le gouvernement avait adjoint au colonel Ëstomba pour organiser cette colonie.

près de la côte, par les poussières sableuses qu'il charrie, sont fertiles ainsi que le prouvent les cultures qu'on y a établies, et de plus susceptibles d'une irrigation aussi étendue qu'on le voudrait, par suite de la pente du Léon et du Naposta, lesquels ont une foule de petits rapides qui pourraient en outre être utilisés pour des établissements industriels de toute espèce. Les arbres forestiers et fruitiers qu'on y plante viennent bien ; mais les incendies répétés des pâturages gênent leur développement. Avec une augmentation un peu notable dans le nombre des habitants, la culture pourra s'étendre avec facilité surles bords des deux ruisseaux; ajoutons que toute la plaine qui se rapproche de la Ventana est des plus favorables à l'élève du bétail. Près du port on trouve d'excellente terre à brique dure, et à l'embouchure du Léon, de la tourbe, d'autant plus avantageuse à exploiter que ce canton n'a que quelques broussailles. Il y a donc là tous les éléments nécessaires pour une bonne colonie. En ce moment la population du canton n'excède pas 1,300 habitants, tous concentrés dans le bourg et aux environs.

Le bourg de Bahia-Blanca a une petite forteresse qui tombe en ruines, et que l'on abandonne avec raison pour un autre système de défense, qui consiste à construire des maisons à terrasses crénelées, se soutenant les unes les autres en cas d'attaque des Indiens. Il y a deux écoles et une simple chapelle en mauvais état. Par la voie de terre on compte 163 lieues de ce port à la capitale, mais cette route n'offre point de sécurité, et l'on préfère profiter du service à vapeur subventionné par l'État, qui tous les mois fait un voyage de Buénos-Ayres à Bahia-Blauca et Patagoues.

En 1833, le gouvernement avait fondé sur l'Arroyo-del-Leon, à 12 lieues du bourg, la colonie de la Nouvelle Bome. Les colons étaient des soldats de la légion italienne qui devaient y former un centre agricole destiné à amener le peuplement du canton et à contenir les Indiens. L'entreprise n'a point réussi; le colonel Olivieri, qui commandait, fut assassiné dans une émeute militaire, et l'établissement abandonné. Les colons qui restèrent s'établirent dans le bourg de Bahia-Blanca,dont la population a augmenté un peu depuis cette époque.

On voit que le gouvernement de Buénos-Ayres a déjà fait beaucoup d'efforts pour coloniser cette partie importante de son territoire. Cela se comprend, car le port de Bahia-Blanca est bon et bien placé; il sera le débouché nécessaire et commode d'une région riche vers laquelle la population commence à se diriger, par suite de la hausse énorme du prix des terres dans l'intérieur de la province, et

de là bonne qualité du terrain et des pâturages. Si ce mouvement continue, dans quelques années les Indiens, contenus par cette population croissante, seront forcés de renoncer à leurs incursions, et alors Bahia-Blanca, délivré de ce voisinage incommode, pourra développer les éléments de prospérité que lui donne sa situation.

6^ RÉGION DBS RIVIÈRES COLORADO ET NEGRO ET CÔTE DE l'OCÉAN PATAGOlflEN.

Cette portion du territoire comprend le sud du district de Bahia- Blanca, la côte maritime, les bouches du Bio-Colorado et du Bio- Negro, le terrain compris entre les deux fleuves ou Entre-Bios du Sud. De toute cette étendue de pays, un seul point est peuplé, c'est la colonie du Carmen, autrement dit Patagonès, sur le Bio-Negro, à 12 lieues de son embouchure. Le reste est occupé par les nomades, ou, pour mieux dire, reste désert.

Au sud de la baie de Bahia-Blanca, on signale une autre baie, celle de Brighman, qui n'est visitée que par les baleiniers. Il y a du reste là un certain nombre d'Iles peu connues, mais où la pêche des phoques est facile, et dont plusieurs ont du guano.

La côte de l'Océan, jusqu'au Colorado, continue à, être sablonneuse et semée de dunes de hauteur variable. Les bouches du Bio-Colorado, au nombre de deux, offrent un bon mouillage. (Voyez d'ailleurs tome I, page 164.) — La baie de la Union, où elles s'ouvrent, a été reconnue et décrite par Fitzroy (1). Le courant y est de deux milles à l'heure ; la profondeur varie de 5 à 8 mètres.

Vingt milles plus bas, on trouve la baie de San-Blas également accessible .

Enfin se présente la bouche du Bio-Negro, et un peu au-dessous s'ouvre, en pleine Patagonie, le grand golfe de San-Mathias. A partir de la baie de San-Blas, les côtes sont plus élevées et un peu moins sablonneuses. De l'autre côté du Bio-ljïegro commence une série de collines qui bordent la mer, et vont se joindre à la sierra de San-

(1) Voyez : les cartes des côtes de TAmérique du Sud, de l'Ile Sainte-Catherine au cap Horn, d'après les documents les plus récents, numéros 1 et 2, par Robiquet, Paris, 185G ; — la carte de^ pnivinces de la Plata par Arrowsmitli, dressée sur les documents fournis par sir Woodbine Parish, publiée a Londres vers 1851 i — FiUroy et King, Voyages ofthe ad^ venture and BeagU, k Xbxn, in-8®, London, 1839, — Danwin, Geoiogicals observations on south America, 1 vol. îd-S'', Londoo, 18âl .

Antonio, haute de SOO mètres, riveraine du golfe de San-Mathias à rouest.

Le terrain voisin de la mer est stérile ; mais, en s'éloignant de la côte, on trouve de bons pâturages ; cependant les terres, dans cette région, semblent moins bonnes que vers le nord. Quant à ce que Dous nommons YEntre-Rios du Sud^ on n'en connaît guère que la partie qui forme la rive gauche du Rio-Negro ; cette bande de terrain est susceptible d'une bonne culture, mais on n'a point, ou du moins, on n'a que fort peu de renseignements sur les terres situées à quelques lieues de là. Il paraît que la plaine qui commence aux berges des deux fleuves, et s'étend vers le sud et le nord, est assez aride par intervalles, et qu'une fois que l'on a perdu de vue les rivières, les pâturages sont peu abondants (1).

District de Patagones, — Ce district est situé tout entier sur le Rio-Xegro, dont il occupe la rive droite depuis la mer. Ses limites De sont point déterminées ; on peut cependant évaluer à une quarantaine de lieues carrées l'espace occupé par la population, qui s'élève à 2,000 âmes, dont 1,400 pour le bourg et le reste pour la campagne. Il y a quelques estancias et beaucoup de culture près de la rivière. Le terrain est parfait pour les céréales, les arbres fruitiers d'origine européenne, et surtout pour le pommier et la vigne ; aussi l'agriculture suffit-^»lle largement aux besoins du canton. Les deux rives du Rio-Negro se peupleraient rapidement, à cause de leur fertilité et de la possibilité de l'irrigation, si Ton avait de la sécurité à l'endroit des Indiens. La rivière est bordée à une demi-lieue de distance par une série d'ondulations dites cuchillas du Nord et du Sud, au sommet desquelles commence la pampa, tantôt verte, tantôt desséchée, suivant la saison. Lorsque le pays a été suffisament protégé, des charrettes ont pu aller facilement jusqu'à l'Ile de Choelechel, située à 70 lieues du Carmen. — Les Indiens des environs font partie des tribus que l'on voit autour de Bahia-Blanca, mais il en vient d'autres du sud du Rio-Negro, et qui appartiennent aux tribus de Tehuelches, Moluches et Huilliches, qui vivent nomades dans les plaines de la Patagonie. Leur commerce avec les blancs, lorsqu'ils sont en paix, consiste en plumes d'autruche, peaux de guanaque, couvertures et ponchos.

Carmen ou Patagones, à 230 lieues par terre de Buénos-Ayres, et bâti sur la rive gauche de la rivière, est le chef-lieu. La situation est

(I) Vojez la carte du Rio-Negro en cinq feuilles, d'après le plan de Descalzis, publiée àan b Bavista del Plata de 1 854, par M. Pellegrini,

excellente, puisque les navires peuvent remonter jusque-là, et sont en toute sécurité dans son port ; la barre de la rivière demande à être franchie à marée haute, quoique la profondeur soit en moyenne de 5 mètres. Comme la passe est étroite, on y a besoin d'un bon pilote. Cette petite ville, qui prospère depuis quelques années, a une église fortifiée en construction de l'autre côté de la rivière, où il se forme un nouveau village ; la rive gauche a une chapelle, des écoles, un cabildo, une caserne avec une petite garnison que la garde nationale soutient au besoin, et un assez bon nombre de maisons à terrasse. Carmen est entouré de cultures et de plantations de tous les côtés, et son commerce commence à avoir quelque importance. L'exportation est toujours basée sur les produits de l'industrie pastorale , cuirs, laines, etc., etc. Le commerce avec les Indiens ne laisse pas d'être lucratif.

La région au sud du bourg de Patagones, jusqu'au golfe de San-Mathias, n'est occupée que par les Indiens. Elle est peu fertile, et n'a de pâturages que dans la saison des pluies.

Page 1