C. F. Quiril-Fetici , ex Testamento Eitts
» Tefessad , étant situé à cinq lieues sud est de Cher-cheJI , me paraît être la Tipasa des anciens : car Ptoloméc, en fixant Tipasa à quatorze lieues à Test , et à quatre lieues trois quarts au sud de Césarée, scloigue très peu de cette position; et l'auteur de l'Itinéraire d'Antouin , en plaçant sa Tipasa Cotonia à trois lieues de Césarée, lui donne précisément la même distance que moi. De plus, en changeant l'f en p, Tefessad aura à peu près la même consonnance que Tipasa,
• Différens écrivains du sixième siècle assurent que quelques habitans de Tefefsad , qui étaient orthodoxes, ayant eu la langue coupée par les Ariens, recouvrèrent l'usage de la parole , et racontèrent leurs malheurs.
■ Toute la côte , depuis Tefessad jusqu'à Alger, est ou montagneuse ou très boisée; ce qui fait que les belles plaines de Mettidjiah ,
qui sont au-delà, se trouvent par ce moyen abritées du vent du nord.
* El-Co-li-ah est à un peu plus d'une demilieue du bord de la mer, sur la même chaîne de montagnes que Kobber-Ro-miah , dont il est à quatre lieues au nord-nord-est. C'est un beau village vis-a-vis de Mettidjiah , et qui a environ trois cents toises de circuit ; les montagnes de l'Atlas et la ville de Blidah le dominent Je ne connais point d'autre Heu plus près de Tefessad ; ce qui me fait croire que c'est ici le Cdsœ Calventi de l'Itinéraire d'Antonin.
» A une lieue et demie au nord - nord - est d'el-Co-li-ah est l'embouchure de la Ma-zaflran , rivière qui n'est guère inférieure au Chélif. Son principal affluent, qui vient de Maliana, s étant joint à un autre qui descend de Ham-mam \1 c— ri-ga , prend le nom d'Oued-el-Ham-mam ; une lieue et demie plus loin, on l'appelle Oueddjer. Elle serpente ensuite dans les vallées du mont Atlas , et fait un si grand nombre de tours et de détours, que je la passai quarante fois dans une heure de temps. L'Oued -Chiffa et l'Uik sont ses deux autres affluens les plus considérables. Le premier prend sa source dans les montagnes d'Ouiez*ra, un peu au nord-est de Me-dia ; l'autre vient de la partie
du mont Atla9 qui est au-dessus deBlidah. Le Ma-zaffran doit vraisemblablement son nom à la couleur foncée de ses eaux , qui approche de celle du safran.
» La partie du pays qui est située au nord du Chélif , entre les rivières Arhîou et Maliana, est habitée par des Kabyles qui n'ont point encore été subjugués par les Turcs , grâce à l'inaccessibîlité de leurs montagnes. Mais Tniss et Cher-chell, que Ton peut attaquer par mer, ainsi que les territoires des Bcui-Madouny, des Ouelled-Fairiss , des Béni Rachid , et des habitans de Merdjedjah , qui campent dans le voisinage des OuelledSpaihi, des Uxéire et des Lataff , sont exposés chaque été au pillage des armées turques. Toutes ces tribus leur sont soumises. Les suivantes sont indépendantes, savoir: les Chirfa, qui habitent à l'est des OuelledBoufrid , et au nord de Mazouna; les Ouelled-Mafa et les Gorya qui viennent après les Chirfa, ayant les montagnes de Mirdjidjah et des Béni- Rachid au sud. Les Larhaat campent vis-à-vis d'El-Khada-rah, près des bords de la rivière Teffsert ; puis au-delà les Gorbies (c'est-à-dire les habitations de boue), les Béni- Yifraet lesBéni-Menasser, qui occupent le pays montagneux entre Maliana et Cher-chell. Les
Bouhalouan sont encore plus loin à l'est, près de Hamman-Mériga et des bords de l'Ouedjer.
Ils habitent aussi un pays montagneux , mais riche , situé à l'ouest de Mettid jiah. Cette tribu descend des anciens Machusiens.
» Merdjidjah, village dont les murs sont en terre, appartient à une tribu qui est sous la domination des Turcs. Il est situé sur une hauteur, à environ deux lieues de Sinaab, et n'est remarquable que parce qu'il est sous la protection d'une famille de marabouts qui héritent de père en fils de cette dignité depuis plusieurs siècles.
vBéni-Raehid, le Béni-Àrax des géographes modernes, est à trois lieues au sud-est de Mcrjidjah, et à trois quarts de lieue au nord de la rivière Foddah , position très différente de celle que lui donnent Sanson et Duval, qui le placent au sud et au sud-ouest de Masagrao. Cet endroit, autrefois considérable, renfermait une citadelle, et environ deux mille maisons. Ses habitans étaient bons soldats, et leur dominalion s'étendait jusqu'à el-Caliah et Mascara; mais les choses sont aujourd'hui bien changées. La citadelle est en ruine, les deux mille maisons sont réduites à quelques chaumières ; et ses habitans, par suite de l'oppression sous la-
quelle ils gémissent , sont devenus aussi pusillanimes qu'ils étaient braves. Cependant, leurs figues et leurs autres fruits soutiennent leur ancienne renommée, et le disputent, quant à la grosseur et au goût, à ceux des Béni-Zérouall. Marmol fait de cette ville le Villeburgum ou Villa-Vicus de Ptolomée , tandis que Sansou dit que c'est son Bunobora. Toutefois, le premier étant à l'ouest du Portus-Magnus* et le second à l'ouest de Cartcnna, ni l'un ni l'autre ne peuvent occuper les positions que leur assignent ces auteurs.
v En descendant les montagnes de Béni-Rachid , on aperçoit el - Herba , ancienne ville romaine qui a plus de huit cents toises de circuit. Elle est située sur le bord du Chélif, à deux lieues à l'est-sud-est du village des Béni- Rachid. Elle est bornée au nord par une plaine étroite, mais fertile. J'y ai vu plusieurs petites colonnes de marbre d'une couleur bleuâtre , et qui étaient d'un très bon style; malheureusement leurs chapiteaux , d'ordre corinthien , avaient beaucoup souffert. On y voit aussi plusieurs tombeaux semblables à ceux de Memountorroy.
» A deux lieues trois quarts à Test d'el-khadarah, et à une petite dislance du Chélif, gisent
les ruines d'une autre ville romaine du m?me nom et de la même étendue que la précédente.
Ici le Chélif commence à serpenter à travers une plaine fertile ; et les montagnes de l'Atlas , qui, depuis le territoire des Béni - Zérouall jusqu'à Khada-rah, dominaient le cours de cette rivière, en sont à deux lieues au nord.
• Maniana ou Maliana , comme les habitans rappellent indifféremment, est situé sur ces montagnes, à quatre cents toises au-dessus de la plaine , et à deux lieues à l'est-nord-est d'el- Herba. En le voyant de loin , on croirait que cet endroit renferme de beaux édifices et de nombreuses antiquités. Mais on est mal récompensé de la peine que l'on s'est donnée pour y monter: car on ne trouve, au lieu d'une ville, qu'un petit village dont les maisons sont couvertes en tuiles au lieu de terrasses, suivant l'usage du pays. Maliana a cependant de remarquable qu'il est bien arrosé au nord ouest du mont Zcckar ; qu'il est environné de beaux jardins et de vignobles ; et enfin que la vue y domine sur les territoires des Djendill , des Matma-ta et d'autres tribus arabes, jusqu'à Mé-dea. Au printemps, les dévots d'Alger, de Blida et du voisinage, y viennent dévotement baiser la
châsse de Sidy-Youseph, le saint tutêlairedc la ville.
v Jl existe cependant à Maliana quelques fragmens d'architecture romaine; et j'ai vu dans une muraille moderne un cippe portant une inscription qui , si elle se rapporte à la famille de Pompée, répand un nouveau jour sur répigramme de Martial (i) : car il paraîtrait alors que le petit-fils de ce grand capitaine, et probablement aussi sou arrière-petit-fils, ont
été enterrés à Maliana, Voici cette inscription : •
Ç. Pompeio C. N. F. Quirit. Ciementi Pa....
Diiur ex Testamento.
Q. Pompeio F, Quir. Rogati Fratris mi Pompeia Q. P.
Mabra Posuit*
» Ptolomée et l'auteur de l'Itinéraire d'Antonin diffèrent au reste matériellement quant à la position de Maniana : car le premier place cette ville à dix minutes a l'ouest d'Oppidoneum ou Oppidum-novum, et le dernier à dix-huit minutes à l'est. En outre, Ptolomée met près
( i) Voyez epigraïunics de Martial, lir. v.
(Note du traducteur.)
de quatre degrés entre leurs latitudes respectives. Nos doutes à cet égard ne peuvent donc être levés que par la parfaite identité des noms, et par la présomption que la Maliana de l'Itinéraire d'Antonin est la même ville que la Maliana de Ptolomée; opinion qui prouverait aussi que les Mont es-Caraphi sont nôtre Gibel-D j ickar, et qu'il s'est glissé de nombreuses erreurs dans les tables de Ptolomée, puisque, suivant ces ces tables, il faudrait aller chercher la ville de Manianaet les Monles-Carapkik je ne sais quelle distance dans le désert.
» A trois lieues à l'est-nord-est de Maliana , et à peu près â moitié chemin entre le Chélif et la mer, sont les Ham-mam ou sources de Mériga (l'Aquœ Calida? Colonia des anciens).
Le plus grand et le plus fréquenté de ces thermes est un bassin de douze pieds carrés et de quatre de profondeur . L'eau quiy bouillonne constamment s'élève à un degré de chaleur à peine supportable. Du grand bassin elle s ecoule dans un moindre, qui est particulièrement affecté à l'usage des Juifs, auxquels il n'est pas permis de se baigner avec les Mahométans. Ces deux bains étaient autrefois renfermés dans un bel édifice, où Ton trouvait toutes les commodités nécessaires; mais ils sont aujourd'hui
en plein air, et â moitié remplis de pierres et de décombres. Néanmoins, ils attirent toujours au printemps une grande affluence de valétudinaires. On les dit très efficaces dans les rhumatismes, la jaunisse, et plusieurs autres maladies.
» Un peu plus haut, sur la colline, est une autre source thermale, mais dont la température est trop élevée pour que Ton puisse s'y baigner ; ce qui a suggéré l'idée d'en diriger l'eau , au moyen d'un tuyau , dans un petit bâtiment voisin , où on la reçoit sous la forme de douches.
» Entre cette source et celle de la partie inférieure delà colline, se trouvent les ruines d'une ancienne ville romaine aussi étendue qu'el- Herba ; et à quelque distance de là , des tombeaux et des cercueils en pierre, dont quelquesuns, à ce que Ton ma assuré, étaient d'une très grande dimension. Muzeratty, le dernier calife ou gouverneur de cette province, m assura avoir vu un os de cuisse tiré d'un de ces tombeaux , qui avait trente-six pouces de long; assertion qui me fut confirmée par d'autres Turcs. Toutefois , lorsque je me rendis moi - même aux sources de Mériga , six mois après , je ne pus rien découvrir de semblable, et les tombeaux
trois dachekras qui y sont contigus, est à trois lieues trois quarts au nord-est de Sidi-Ferdji ; et à une demi* lieue plus loin , à l'ouest-nordouest, se trouve le Ras-Acon-natter, qui est le cap Caxines de nos cartes modernes. 11 y a dans cet endroit une source de bonne eau , des maisons en ruine, et les vestiges d'un aquéduc qui servait vraisemblablement à conduire l'eau de cette source à Sidy-Ferdji ou à Via, Edrisi place son Hur entre ce promontoire et le Ras el-Amouche. La distance est, à la vérité , la même , mais la navigation du golfe est moins dangereuse que notre auteur la représente.
» Le Mers - el - Dhabanue ou Port-des-Mouches est à une demi lieue à lest du Ras - Àconnatter. A une lieue un quart au-delà, eu tournant au sud - est , ou entre dans le port d'Alger. »
Cette ville, qui depuis plusieurs siècles brave les Etats les plus puissans de la chrétienté , est située par les 36 e 47* de latitude nord , et o* 44* de longitude est du méridien de Paris. Elle est bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline qui se prolonge jusqu'au bord de la mer. Excepté la principale rue, toutes les autres sont étroites et d'une
malpropreté extrême. Les maisons , qui ont la plupart trois étages, sont surmontées de terrasses badigeonnées â la chaux , ce qui donne à la ville un aspect particulier. On y entre par six portes. Ses murailles, qui sont flanquées de tours carrées, ont quarante pieds de haut du côté de la mer, trente pieds du côté de la campagne, et douze pieds d'épaisseur. Leur partie inférieure est en pierre de taille, et leur partie supérieure en briques. Les fossés ont vingt pieds de largeur sur sept de profondeur. Elle est défendue, outre sa citadelle qui s'élève dans sa partie haute, par un grand nombre de batteries disséminées tout le long de la côte, et sept forts , dont l'un, établi dans l'île de la Lanterne, protège le port, et deux autres la rade et les approches de la place du côté de la mer. Le port, formé par une petite île qui est jointe au continent par un môle , a cent trente toises de long sur quatrevingts de large, et quinze dans sa plus grande profondeur. Les bâtimens y sont les uns sur les autres , et usent beaucoup de câbles pour s'y maintenir en hiver. Lorsque \e vent souffle du nord, la mer y occasione un grand ressac, et fréquemment de nombreuses avaries.
11 n'y a ni places ni jardins dans la ville. On
y compte dix grandes mosquées et cinquante petites, trois grands collèges ou écoles publiques , outre un grand nombre de petites» cinq bagnes destinés à renfermer les esclaves du deylik, douze bains publics ordinaires, et soixante-deux è vapeur, une église catholique, une synagogue* cent cinquante fontaines publiques, etc. Les maisons sont généralement construites en pierre et en briques, de forme carrée, et assez solides. Il y a â peu près dans toutes une cour pavée au milieu, proportionnée à leur grandeur, et autour de laquelle règnentdes galeries soutenues par des colonnes, et où sont les appartemens. Les portes*. des chambres, qui sont presque toujours de la hauteur de la galerie , touchent au plancher, qui est fort élevé; ces portes sont à deux battans. Les chambres sont éclairées par de petites fenêtres, mais surtout pat les portes , qui procurent suffisamment de jour. Les galeries sont surmontées d'une terrasse qui sert de promenade aux personnes de là famille, et pour faire sécher le linge. 11 y a ordinairement sur l'un des côtés un petit pavillon de travail , d'où l'on peut facilement observer ce qui se passe en mer : ce qui intéresse toujours beaucoup les Algériens. Il y a sur chaque terrasse
une échelle pour communiquer avec les maisons voisines , dont la partie supérieure est toujours ouverte; et cependant, malgré cette facilité de pénétrer chez autrui , on n'entend jamais parler de vols. Il est vrai que toute personne inconnue qui est trouvée dans une maison est punie de mort.
On remarque particulièrement à Alger le palais du dey , les mosquées et les casernes , au nombre de cinq; chacune d'elles peut loger six cents hommes. Il y a aussi plusieurs maisons très belles , pavées en marbre du haut en bas , dont les galeries sont soutenues de colonnes aussi en marbre , et les plafonds du travail le plus précieux , mais qui n'ont aucune apparence extérieure. La plupart d'entré elles ont été bâties par des deys, des pachas ou de riches négocîans.
Il y a plusieurs fondues ou auberges; ce sont de grands corps de bâti mens apparténans à des particuliers , et qui renferment plusieurs cours , des magasins , et des chambres à louer. C'est là que vont loger les marchands turcs du Levant, et autres, qui arrivent à Alger avec des marchandises, et qui y trouvent toutes les commodités nécessaires pour leur commerce.
Il n'est pas rare d'y voir même des soldats ,
qui préfèrent s'y loger à leurs frais que d'être à la caserne.
Mais il n'y a à Alger ni auberges ni hôtels pour les chrétiens: ils y seraient d'ailleurs à peu près inutiles , à cause du petit nombre d'étrangers libres qui y abordent. Les chrétiens qui sont appelés à Alger par un motif quelconque descendent , soit chez les personnes auxquelles ils peuvent être recommandés , ou chez les consuls de leurs nations, qui se font toujours un plaisir de les recevoir. Quant aux pauvres voyageurs du pays, il y a des espèces de tavernes tenues dans les bagnes par des esclaves du gouvernement, et où l'on trouve, en payant , à peu près ce qui est nécessaire à la vie.
Alger ne possède point non plus d'eau douce ; et, quoique chaque maison ait une citerne, on en manque souvent par suite de la rareté des pluies ; mais on a suppléé à cet inconvénient en y conduisant, au moyen de canaux , l'eau d'une belle source située près du fort de l'Empereur, à une dcmi-lieue de son enceinte. Tous ces tuyaux , qui alimentent les fontaines publiques, se terminent à un réservoir commun qui est au bout du môle, et où les navires fout leur approvisionnement. A chaque
fontaine il y a, pour la commodité des passans , une tasse qui y est scellée. L'eau qui se perd , soit en buvant , soit en la tirant dans les vases destinés à cet effet , se réunit , et est conduite par d'autres tuyaux dans des égoûts et des cloaques où se rendent les ordures des maisons, et qui communiquent à une grande fosse située près de la Marine , d'où toutes les immondices se jettent dans le port; ce qui produit une grande puanteur à la porte du môle durant les chaleurs (i). »
On ne connaît pas exactement la population d'Alger, que l'on évalue à 80,000, » 55, 000 et même 180,000 individus , tant Mahométans que Juifs et chrétiens.
Les puissances chrétiennes, qui, jusqu'à présent, n'ont pas jugé à propos de se réunir pour détruire ce repaire de forbans , l'ont cependant souvent fort maltraité. C'est ainsi qu'il a été bombardé , en 1 682 et 1 685 , par les Français aux ordres de l'amiral Duqucsne , et en 1688 par le maréchal d'Estrées ; en 1770 et 1772 , par les Danois; en 1783 et 1784, par
(•) La plupart de ces détails sont extraits de l'Histoire d'Alger par Laugier de ïassy. Les autres uous appartiennent. {Noie du traducteur.)
les Espagnols; et enfin en 1812 et 1816 par les Anglais et les Néerlandais. Nous croyons devoir rapporter ici succinctement les différentes circonstances de ce dernier bombardement.
Le 20 mai 1816, les Algériens ayant massacré des travailleurs anglais , français et espagnols, qu'ils surprirent dans une église de Bona , cet attentat fit pousser un cri d'indignation dans toute l'Europe, et le cabinet de St. -James résolut d'en tirer une satisfaction éclatante. À cet effet, l'amiral Exmouth, qui venait de conclure différens traités avec les puissances barbaresques , et notamment avec Alger , eut de nouveau le commandement de la flotte destinée à agir contre cette régence. Il fit en conséquence voile de Portsmouth le 24 juillet 1816, ayant sous ses ordres la Reine Charlotte, vaisseau de 110 canons , et onze autres bâtimens de guerre. Obligé de relâcher à Plimouth par suite d'une tempête , il y fut rejoint par le contre -amiral Milne, qui commandait deux vaissèaux de ligne, quelques frégates et corvettes. A Gibraltar, il réunit encore à son escadre cinq chaloupes canonnières et un brûlot, et accepta la proposition du vice-amiral hollandais Van-der-Capellen, qui lui offrit sa coopération avec six frégates. Le 26 août , à une
heure après midi, i escadre combinée se présenta devant Alger, au nombre de trente-deux voiles. Le lendemain, lord Exmouth envoya un parlementaire chargé d'une dépêche par laquelle il proposait au dey, comme une satisfaction de sa dernière agression , les conditions suivantes : i° la délivrance des esclaves chrétiens, sans rançon; 2° la restitution de tout l'argent que le dey avait reçu pour la rançon des captifs sardes et napolitains; 3° une déclaration solennelle qu'à l'avenir il respecterait les droits de l'humanité, et traiterait tous les prisonniers de guerre d après les usages reçus parmi les nations européennes ; 4° la paix avec le roi des Pays-Bas , sur les mêmes bases qu avec le prince - régent. Le dey ne répondit à cette proposition qu'en faisant tirer sur la flotte anglaise. Aussitôt l'amiral Exmouth fit embosser ses vaisseaux à demi-portée de canon sous le feu des batteries du port et de la rade. Luimême se plaça à l'entrée du port, tellement près des quais, que son beaupré touchait aux maisons, et que ses batteries, prenant en écharpe toutes celles de l'intérieur du port, foudroyaient les canonniers algériens, qui se trouvaient à découvert. Cette manœuvre, aussi habile qu'audacieuse, eut le plus effrayant
( 3oo )
succès. Les Algériens, pleins de confiance dans leurs batteries, ainsi que dans la valeur des équipages de leurs navires, dont les com m andans avaient ordre d'aborder les vaisseaux anglais , se croyaient tellement à l'abri d'une attaque de ce genre, qu'une populace innombrable couvrait la partie du port appelée la Marine , dans l'intention d'être spectatrice de la défaite des chrétiens. Toutefois, l'amiral anglais, éprouvant quelque répugnance à porter la mort au milieu de cette multitude imprudente, lui fit, de dessus son pont, signe de s'éloigner. Mais, soit que son intention bienveillante n'eût pas été comprise , soit mépris de la part de ceux auxquels il s'adressait, ils n'y eurent aucun égard ; et ce ne fut qu'après avoir été témoins de l'épouvantable ravage produit par les premières bordées des vaisseaux anglais qu'ils se dispersèrent avec des cris affreux. Néanmoins les troupes turques , et surtout les canonniers , ne partagèrent point cette terreur subite, et, quoique écrasés par l'artillerie anglaise, ils ne cessèrent pas un seul instant de riposter avec vigueur de toutes leurs batteries, dont quelques-unes étaient montées de pièces de soixante livres. Le feu se soutenait de part et d'autre déjà de-
( 3oi )
puis plus de sis heures, et ne faisait qu'accroître l'acharnement dés Africains, quand deux officiers anglais firent demander à l'amiral la permission d'aller dans une embarcation, attacher une chemise souffrée à la première frégate algérienne qui barrait l'entrée du port. Cette résolution hardie , à laquelle l'amiral acquiesça, eut un plein succès. Un vent d'ouest assez frais mit bientôt le feu à toute l'escadre barbaresque ; et cinq frégates , quatre corvettes et treute chaloupes canonnières devinrent en un instant la proie des flammes. Le vaisseau amiral, qui lirait sans interruption depuis cinq heures et demie, de tribord sur la tête du môle, et de bâbord sur la flotte algérienne, était jonché de morts, lorsque, vers neuf heures et demie du soir, il faillit être embrasé par le contact d une frégate ennemie qui était en feu, accident que Ton parvint toutefois à éviter. Une demie-heure après, lord Exmouth, ayant achevé la destruction du môle, se retira dans la rade, et, le lendemain 28, la flotte anglaise entra en vainqueur dans le port d'Alger. La perte de l'escadre combinée s éleva à i~5 hommes tués et blessés. Celle des Algériens fut immense : des rapports ultérieurs 1 évaluèrent à près de six mille hommes. Le3o
août, un traité de paix fut conclu aux conditions suivantes : i° L'abolition perpétuelle de l'esclavage des chrétiens; 2° la remise, le lendemain* à midi, de tous les esclaves qui se trouvaient dans les Etats du dey, à quelques nations qu'ils appartinssent; 3° le remboursement de toutes les sommes reçues par le dey, depuis le commencement de cette année, pour le rachat des esclaves ; 4° une indemnité au consul britannique pour toutes les pertes qu'il avait éprouvées par suite de son arrestation; d° enfin, desexcuses publiques faites par ledey en présence de ses ministres et officiers, et au consul en particulier, dans les termes dictés par le capitaine du vaisseau la Reine Charlotte. On sait comment le dey d'Alger a respecté ce traité.
Quelques terribles qu'aient été les différentes leçons données à cette puissance par les nations européennes, on conviendra cependant qu'elles n'eurent , les unes et les autres , qu'un médiocre résultat , en comparaison de la pacifique négociation du gouvernement français en 1802, et qui fut appuyée non par une armée nombreuse, mais parla toute-puissance d'un grand nom (i).
(1) Nous donnons ici textuellement, et d'après le Mo-
« Alger, dit Shaw , vu sa distance et sa position par rapport à Teffessad , doit être l'an-
niieur du y septembre 1802., les deux seules lettres écrites dans cette circonstance , et qui méritent d'être plus connues qu'elles ne le sont.
« Bon aparté , premier consul, au très haut et très magnifique dey d'Alger ; que Dieu le conserve en prospérité et en gloire !
» Je tous écris cette lettre directement , parce que je sais qu'il y a de vos ministres qui vous trompent et qui vous portent à vous conduire d'une manière qui pourrait vous attirer de grands malheurs. Cette lettre vous sera remise , en mains propres, par un adjudant de mon palais. Elle a pour but de vous demander réparation prompte , et telle que j'ai droit de l'attendre des sentimensque vous avez toujours montrés pour moi. Un officier a été battu dans la rade de Tunis par un de vos officiers rais. L'agent de la république a demandé satisfaction , et n*a pu l'obtenir. Deux bricks ont été pris par vos corsaires, qui les ont menés à Alger, et Jes ont retardés dans leurs voyages. Un bâtiment napolitain a été pris par vos corsaires dans la rade d'Hyères, et par là ils ont violé le territoire français. Enfin, du vaisseau qui a échoué cet hiver sur vos côtes , il me manque encore plus de i5o hommes, qui sont entre les mains des barbares. Je vous demande réparation pour tous ces griefs; et, ne doutant pas que vous ne preniez toutes les mesures que je prendrais en pareille circoustance, j'envoie uu bâtiment pour reconduire en France les 1 5o hommes qui me manquent. Je
cien Icosium placé dans l'Itinéraire d'Àntonin, à dix-neuf lieues de Tipasa. Léon-l'Africain et
vous prie aussi de vous méfier de ceux de vos ministres qui sont ennemis de la France; vous ne pouvez en avoir de plus grands; et si je désire vivre en paix avec vous, il ne vous est pas moins nécessaire de conserver cette bonne intelligence qui vient d'être rétablie, et qui seule peut tous maintenir dans le rang et dans la prospérité où vous êtes ; car Dieu a décidé que tous ceux qui seraient injustes envers moi seraient punis. Que si vous voulez vivre en bonne amitié avec moi , Une faut pas que vous me traitiez comme une puissance faible ; il faut que vous fassiez respecter le pavillon français, celui de la république italienne, qui m'a nomméson chef, etqne vous me donniez réparation de tous les outrages qui m'ont été faits.
» Cette lettre n'étant pas à autre fin, je vous prie de la lire avec attention vous-même, et de me faire connaître, par le retour de l'officier que je vous envoie, ce que vous aurez jugé convenable. »
Réponse .
« Au nom de Dieu, de l'homme de Dieu , maître de nous, illustre et magnifique seigneur Mustapha-Pacha, dev d'Alger, que Dieu laisse eu gloire;
» A notre ami Bonaparte, premier consul de la république française, président de la république italienne.
» Je vous salue; la paix de Dieu soit avec vous. n Ci- après, uotre ami, je vous avertis que j'ai reçu votre lettre, datée du 20 messidor. Je l'ai lue : elle m'a été re-
Ma r mol nous disent qu'on l'appelait autrefois Mesgana , du nom d'une famille africaine. Son
mise par le général de votre palais , et votre vékil Dubois- Thainville. Je vous répouds article par article.
» i° Vous vous plaignez du rais Ali-Tatar. Quoiqu'il soit un de mes joldaches , je l'ai arrêté pour le faire mourir. Au moment de l'exécution , votre vékil m'a demandé sa grâce en votre nom , et pour vous je l'ai délivré.
» 2* Vous me demandez la polacre napolitaine prise , dites-vous, sous le canon de la France. Les détails qui vous ont été fournis à cet égard ne sont pas exacts ; mais, selon votre désir, j'ai délivré dix-huit chrétiens composant son équipage; je les ai remis à votre vékil.
» 3° Vous demandez un bâtiment napolitain qu'on dit être sorti de Corfou avec des expéditions françaises. On n'a trouvé aucun papier français; mais, selon vos désirs, j'ai donné la liberté à l'équipage , que j'ai remis à votre vékil.
» 4° Vous demandez la punition du rais qui a conduit ici deux bAtimens de la république française. Selon vos désirs je l'ai destitué; mais je vous avertis que mes rais ne savent pas lire les caractères européens; ils ne connaissent que le passeport d'usage ; et pour ce motif il convient que les bâtimeus de guerre de la république française fassent quelque signal pour être reconnus par me* corsaires.
» 5° Vous demandez cent cinquante hommes que vous dites être dans mes Etats; il n'en existe pas un, Dieu a voulu que ces gens se soient perdus, et cela m'a fait de la peine.
» 6° Vous dites qu'il y a des hommes qui me donnent des couseils pour nous brouiller. Notre amitié est solide et an-
( 3oG )
nom actuel est Àl-dje-Zeire ou Al-dje-Zeirah , comme on devrait plutôt le prononcer, et qui
cieone; et tous ceux qui chercheront à nous brouiller n'y réussiront pas.
» 7° Vous demandez que je sois ami de la république italienne. Je respecterai son pavillon comme Je vôtre, selou vos désirs. Si un autre m' eût fait pareille proposition , je ne l'aurais pas acceptée pour un million de piastres.
» 8* Vous n'avez pas voulu me donner les deux cents mille piastres que je vous avais demandées pour me dédommager des pertes que j'ai essuyées pour vous. Que vous me les donniez ou que vous ne me les donniez pas, nous serons toujours bons amis.
»9° J'ai terminé avec mon ami Dobois-Thain ville, votre vékil, toutes les affaires de la Calle , et Ton pourra venir faire la pèche du corail. La compagnie d'Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement. J'ai ordonné au bcy de Constantine de lui accorder tout genre de protection.
» io° Je vous ai satisfait de la manière que vous avez désirée pour tout ce que vous m'avez, demandé ; et pour cela vous me satisferez comme je vous ai satisfait.
» 1 1* En conséquence, je. vous prie de donner des ordres pour que les nations mes^ ennemies ne puissent pas naviguer sous votre pavillon, ni avec celui de la république italienne, pour qu'il n'y ait plus de discussion entre nous, parce que je veux toujours être ami avec vous.
» 12* J'ai ordonné à mes rais de respecter le pavillon français à la mer. Je punirai le premier qui conduira dans mes porta uo bâtiment français.
signifie, dans la langue du pays, Vile, dénomination qu'elle a reçue , non , comme dit Léon-l'Africain , é cause de son voisinage des îles Baléares , mais de ce que le môle oriental du port était séparé du continent, même après la conquête des Turcs. Dans leurs lettres et leurs écrits publics, les habitans appellent leur ville Àl-djé-Zeire Megerbie , c'est-â-dire de l'île de l'ouest , pour la distinguer d'une autre ville du même nom qui est située près des Dardannelles.
» Les collines et les vallées des environs d'Alger sont couvertes de maisons de campagne et de jardins où les plus riches habitans vont passer l'été. Toutes les maisons sont badigeonnées à la qfiaux, et entremêlées d'arbres fruitiers et autres qui produisent l'effet le plus agréable, vues de la mer (1). On recueille dans les jardins , qui sont arrosés par de nom-
» Si , à l'avenir, il survient quelque discussion entre nous , écrivez - moi directement , et tout s'arrangera à l'amiable.
» Je vous salue ; que Dien vous laisse en gloire. »
Al««r, le »3 de Uluue de Ralnad-Eooel, r«n de l'Hégire m?,
(1) On assure que le nombre des premières s'élève à 10,000, et celui des derniers à 20,000,
(Note du traducteur.)
breux ruisseaux , une grande quantité de melons , de fruits et de légumes.
» A une lieue et demie sud-est d'Alger, est la rivière Haratche, qui prend sa source audelà des montagnes des Béni-Mousah, et, après sëtre réunie à la Oucd-el-Kermez ou la Rivière des Figues , arrose le pays le plus fertile des Mettidjiah. Elle est beaucoup plus considérable que la Ma-zaffran , et on la passait autrefois sur un pont qui n'était pas éloigné de la mer. Marmol et quelques historiens plus modernes disent que Ton trouve sur ses bords les ruines de Sasa , autrement appelé le Vieux- Alger ; mais je n ai jamais pu découvrir ces ruines, ni n'en ai même entendu parler dans le pays.
Cette rivière, ou le Hamise, qui se jette dans la mer , à deux lieues et demie plus loin au nordest, est peut-être leSavus de Ptolomée, quoique ni l'une ni l'autre ne soit dans la position qu'il indique, c'est-à-dire à vingt minutes au nord d'Icosium.
» Le Hamise est un peu plus petit que la Haratche, et prend sa source dans les hautes montagnes de Béni-Djaut, à huit lieues au sud. Dans les districts de Mogata et d el-Hhothra elle porte le nom d'Arba-taehe-el-Mokdah, ou des Quatorze-Gués , et sur le territoire de
Mettidjiah celui de Hamisc, de Souck-el-Hamise, ou la Foire du Cinquième Jour , d'une foire qui se tient sur ses bords. Léon-l'Africaîn appelle cette rivière Seffaia , nom qui ne diffère pas beaucoup de l'ancien Savus. Toutefois , je n'ai pas ouï dire qu'on l'appelât aujourd'hui ainsi.
y> Temendfose ou Métafose esta deux lieues au nord del'Hamise. C'est un cap un peu élevé où les Turcs ont bâti , du côté qui regarde Alger , un petit château-fort destiné à la défense d'une rade que forme ici la côte , et qui était autrefois une des stations des habitans du pays. On y voit encore les vestiges d'un ancien cothon ou bassin. Il existe aussi sur cette côte des ruines de la même étendue que celles de Tefessad. Il y a la même dislance, c'est-àdire six lieues , entre ces ruines et Alger, que celle indiquée dans l'Itinéraire d'Antonio , en* tre Rusguniœ-Colonia et Icosium.
» A l'est de Temendfose est une petite baie remarquable par le grand nombre de cours d'eau qui s'y jettent. La Regia , qui est à deux lieues trois quarts de Temendfose , ne coule qu'en hiver. Il y a, vis-à-vis de son embouchure, une petite île qui en est éloignée d'environ quatre cents toises. La Bodouô , qui est aussi consi-
( 3io )
rable que la Haratché, tombe dans la mer à une lieue à Test de Regia ; les Turcs lui donnent , dans son passage à travers la montagne escarpéè de Hammal , le nom de Domus-el- Oued ou la Rivière du Sanglier ; mais les Maures et les Arabes l'appellent Kadarah , du nom dû district où elle prend sa source. Après la Bodouô vient la Corsoe , et ensuite la Merdass, qui sont à une demi-Heûe Tune de l'autre. Un peu au-delà de cetlti dernière rivière sont les sources de Chrob-oùl-hrob, où les barques des chrétiens vont quelquefois fairede l'eau. Lisser, rivière beaucoup plus grande que la Hàracthe, et qui arrose un pays très fertile , a son embouchure a quatre lieues de Merdass, et à huit de Temendfose ; quelques-unes de ses sources se trouvent dans un district montagneux àu sud* sud-ouest. Les Arabes nomment son bras oriental Asise , et son bras occidental Oued-el- Zeitoune , ou la Rivière des Olives ,»à caiise de la quantité considérable de ce fruit que l'on recueille sur ses bords. La Bichebêche, l'Achire, la Mailah et la Zagouah, se jettent dans la Zeitoune. L isser repond au Serbetis de Pto- 1 ornée, en ce qu'il est plus près de Hmgunia que liusuccurœ, le Dellys moderne.
• Tout le pays situé sur les bords dë ces riviè-
res , c'est-à-dire entre les montagnes de l'Atlas et la mer, est cultivé par les Rassouta, qui habitent près du Hamise ; par les Dorgana et les Maracheda, qui campent près delà Boilouô et de la Corsoe ; et par les Djibil , les Geuse, les Béni-Hamid et les Adrooua, qui se tiennent entre Tisser et le Bouberak. On ne sait où retrouver les anciens Rusicibar, les Modunga, les Cisse et les Addume , que Ptolomée place sur cette côte.
»Djinnett, par ou nos marchands exportent beaucoup de blé en Europe, est à une lieue au nord -est de Tisser. C'est une petitebaie avec une assez bonne rade , et qui est probablement le Mers-el-Dadjadje ou le Pont-aux-Poules dont parle Edrisi. On m'a dit que le nom de Djinnett, qui signifie paradis , avait été donné à cet endroit, à l'occasion d'une barque qui y était entrée merveilleusement au moment où les matelots se croyaient sur le point de périr. La côte, qui est assez unie depuis Temendfose, commence ici à devenir escarpée et montagneuse. A trois lieues plus loin à l'est on trouve l'embouchure de la Bouberak, qui sert de limite à celte province du côté de Test.
» La Bouberak prend sa source dans le territoire des Zoouâh, à dix lieues au sud-est.
(3ia)
Après avoir serpenté dans les montagnes de ce territoire, elle entre sur celui des Se-boue, ou elle prend le nom de Nissa. Vis-à-vis de Borgh, elle reçoit le ruisseau de Bogdoura, qui descend des montagnes de Djordjora et autres du voisinage ; après quoi elle se dirige pendant trois lieues à l'ouest, coule ensuite à travers les montagnes de l'Àbdel-Ouairet au nord, et porte le nom de Bouberak jusqu'à son embouchure dans la mer. Je vis cette rivière au mois de mai. Il y avait trois semaines qu'il n'avait plu, et elle était alors de la largeur du Chélif.
• Blida et Mé-dea sont les seules villes que Ton trouve dans l'intérieur de la province d'Alger. Elles ont chacune environ huit cents toises de circuit ; mais elles ne sont entourées que de murs en terre, à peu près en ruine. On y remarque quelques maisons à toits plats; toutefois, la plupart ressemblent à celles de Maliana.
L'une et l'autre sont d'ailleurs environnées de jardins et d'habitations agréables, et parfaitement arrosées , la première par un ruisseau voisin , d'où on conduit l'eau, au moyen de canaux , dans toutes les maisons ; et la seconde par différents aquéducs, dont quelquesuns paraissent être de construction romaine.
Ces deux villes sont situées sur les bords de la
Ma-zaffran : filîda à cinq lieues , sur le versant septentrional du mont Atlas, et Mé-dea à trois lieues au-delà , sur le versant opposé de cette montagne. Il s ensuit queBlidaet Mé -dea étant à peu près sous le même méridien, dans des positions analogues relativement au Hammam- Mériga (l'ancienne Colonia Aguœ-Calidœ\ et différant très peu, quant aux noms, peuvent être considérées, celle-ci comme occupant remplacement de la Lamida, et l'autre celui de la Bida-Colonia de Ptolomée.
» Les historiens mahométans que Marmol a suivis prétendent que Mé-dea a pris son nom du Kalif-cl-Mahadi ; à quoi Marmol ajoute qu'avant l'administration de ce calife on l'appelait Elfara , nom qui ne diffère pas essentiellement &U$$ara, Tune des villes que Ptolomée place dans le voisinage de Lamida. Toutefois, je pense qu'Ussara doit être à quelques lieues plus â l'est, là où sont les ruines de Djoueb ; que Médea a bien certainement été fondée par les Romains, et que tout ce queel-Mahadi peut avoir fait, c'est de l'avoir rétablie.
• On voit encore à Mé-dea la fontaine dont parle Marmol ; mais je -n'ai pas pu y découvrir les inscriptions qu'il y vit et qu'il copia. Léonl'Africain ne fait aucune mention de celte ville,
non plus que de celle de Blida; et cependant ces deux villes devaient étrq plus considérables de son temps que Mazouna , Mascara et d'autres dont il nous a laissé U description. Ce qu'il dit de Medna, la Medua de Marmol, répond, â quelques égards, â notre Mé-dea, excepté en ce qui concerne sa position , qui est loin d'être la même (1),
» Les Sommata, qui vivent sous la protection de Sidy-Braham-Baraheisa , habitent les montagnes qui sont à l'ouest de ce méridien , et les bords de la rivière Quedjer. A l'est sont les Mez?ya, qui occupent les montagnes de Fernan, c'est à-dire dos lièges. Il y a aussi d'autres dachekras dans cette partie du mont Atlas, qui va en a inclinant du côté de Yis-Moute, source d'eau excellente.
• LesBéni-Sala et les Béni-Halil sont les principales tribus de Kabyles, qui se trouvent dans le voisinage de Blida. Au sud est le territoire des Ourza , où la rivière C&fia prend sa source. A | est des Béni-Ha|il et des Ourza , habitent les Béni-Masoude et tes, Béni-Bou^Ï£bGoube ;
(*) Blida a été presque entièrement détruit par un tremblement de terre qui s'est fait sentir dans tonte la régence d'Alger, le a mars i8^5. ( Noté du traducteur).
viennent ensuite lesBéni-Selin et les Béni-Halifa . qui possèdent une grande partie de la plaine située le long des bords delà rivière Bichebéche, puis les Béni-I-Yaite, et près d eux une branche de l'ancienne tribu des Magrôouah , du territoire desquels la vue embrasse les plaines de Harnza. Les Zerouaila etlesMé-gata ne sont pas éloignés de la rivière des Quatorze - Gués, et les H il 1 aila avec les Béoi-Haroune habitent au commencement du versant opposé de la montagne de Ha m mail, assez près de la rivière de Zeitoune. Le ruisseau de Lethnuny prend sa source dans les montagnes des Hiliaila. Au-dessous de celle des Béni - Alfoune , la rivière Zeitoune se joint à l'Oued-el-Azise, et prend le nom d'isser. Les Ouelled-Azise sont des Arabes qui habitent au sud-est des Béni-flaroune, entre te territoire des Béni-Alfoune et le mont Djordjora. On trouve ensuite les Inchelôoua et les Bouganie, au-dessus des fertiles plaines de Castoula. Les Flisa s'étendent depuis les bords de l isser jusqu'à ceux de la Bagdoura ; et de l'autre côté de cette rivière sont les Béni-Koufy^ les Béni-Batrounc et les Beni-Maugelett. Près des bords de la Nisshah campent les Achenôoua , les Bohinoune et les Ferdeoua ; et au-delà les Adini, les Béni-Bettin et les Béni-Frôsin , après
quoi on entre dans le district montagneux des Zoououah.
• Le Djord jora , qui est la plus haute montagne de la Barbarie , a huit lieues de long , et s'étend du nord-est au sud-ouest. C'estj, d'une extrémité à l'autre, une chaîne de rochers escarpés qui servent d'asile à différentes tribus de Kabyles, et les préserve de la domination des Algériens. De toutes ces tribus les plus importantes sont lesBéni-Aliaet les Béni-Littaka, qui habitent au nord -ouest, du côté des Béni- Koufy; et les Béni-Yala au sud-est, dans le voisinage des Ouelled-iVJansoure. Le territoire de ces Kabyles renferme un très grand étang , qui est environné de terres en culture. En hiver, le sommet du Djord jora se couvre presque toujours de Neige, circonstance qui est constamment suivie d'une espèce de trêve parmi les tribus qui campent sur les deux versans opposés , lesquelles se haïssent profondément , et sont toujours en état d'hostilité ensemble. Le Djord jora, par sa position entre le Buscurium ou Dellys, et Saldis ou Bougia, doit être le mont Ferratu* dont parlent les géographes du moyen âge.
» En se dirigeant à l'ouest , on trouve au sud de l'Atlas et deSommata une branche desBou-
halouhan, et les Arabes Zenaga-ra et Boudarna. Ces tribus habitent un beau pays , très diversifié, et bien arrosé. On voit à Ain-Alhride les ruines d'une ville ancienne.
» A trois lieues au sud-sud-est des'Boudarna, et à la même distance au sud-ouest de Mé-dea , sont les districts fertiles d'Ouamre et d'Amoura . qu'arrose l'Harbine. Ce ruisseau, qui est formé des sources du Mé-dea , se jette dans le Chélif près d'Amoura. On trouve sur ses bords des ruines considérables , au milieu desquelles est une belle fontaine. Les Arabes appellent ces ruines Herba , nom qu'ils donnent aussi à plusieurs autres lieux, et qui signifie une ville sac* cagée. Ce doit être ici la Casmara de Ptolomée, puisqu'il la place au sud , entre Aquœ-Calidœ et Blida, position qui ne convient pas À Ain- Athride.
• Les Réga et les Hou-ara , tribus arabes qui occupent le voisinage, s'étendent jusqu'à Borouak-ïah et au sanctuaire de Sid y-Ben-Tyba , qui est à trois lieues au sud de Mé-dea, sur les bords du Chélif, à l'est. Les Ouelled-Braham, ainsi que les sources de la Bichebêche, sont à trois lieues à l'est de Mé-dea. A la même distance au sud , est le district de Borouak-Iah, ainsi nommé de la grande quantité de borouak
ou de Ha$ta-Regi$ qu'il produit. Les el-Elma sont la tribu la plus considérable du district de Borouak-Iah, où il existe une source thermale appelée Ham-man-el-Elma, et les ruines d'une grande ville que ces Arabes nomment aussi Herba; c'est probablement le Tigis des anciens.
• Près du Borouak-Iah sont le sanctuaire de Sidy-Nedja, et les sources dé l'Oued- Achyre ou Ghai-er. Au sud de ces sources se trouvent les Orbya ou les Salines, la où l'Oued-el-Mailah commence son cours. L'eau de cette rivière est un peu saumâtre. Avant de se joindre à la Zagouan , elle reçoit la Bichebèche et rOued-Chai-er. Les Béni-Solyman et les Ouelled^Taan campent dans le voisinage. Au sud de ceux-ci, dans la province de Titerie, habitent les Arabes Joueb, dans le territoire desquels existent les ruines d'une ville qui pourrait être Y A $gara de Ptolomée.
■ La rivière Zagouan coule è trois lieues à l'est des Kobbah : une branche des Arabes Gastoula habite ses bords. Cette rivière prend sa source dans le pays des Ouelled-Haloufe , qui occupent toutefois les districts montagneux situés au sud , quoiqu'ils fassent quelquefois des excursions jusqu'à Gibel-Dira, dans la
province de Titerie. Avant sa jonctioa avec la Zeitoune, la Zagouan reçoit la Mailah.
• En quittant le territoire des Castoula , on entre dans les grandes et riches plaines de Hamza, qui s'étendent jusqu'aux monts Ouannougah , et sont habités par les Ouelled-Drise, les Miriara, les Fairah, les Drid, les Maintenan, et autres tribus de Bédouins. Sidy-Hamza, marabout d'une grande célébrité , a donbé son nom à ces plaines , et on y voit son tombeau près du rocher de Magrôua.
» L'Oued Ado use coule â travers ces plaines, et y reçoit plusieurs ruisseaux. Les deux principaux s'unissent à un quart de lieue de leurs sources, et forment la Phamaah, qui est peutêtre la Phœmius de Ptolomée. »