‹ Description géographique, physique, philologique, etc., de cet étatChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE IV (i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV (i

Du gouvernement d'Alger, du dey, de l'aga et des autres officier» de la milice, etc.

A dater de l'infructueuse expédition de Charles -Quint, la régence d' Alger resta longtemps sous la domination directe du grand-seigneur, qui la gouvernait par un pacha ou viceroi. Mais comme l'administration de ces fonctionnaires ne tarda pas à devenir très oppressive,

qu'ils s'emparèrent de tous les revenus de l'Etat , et même des fonds que la Porte envoyait pour payer la milice turque , dont la solde manquait souvent , et dont le nombre n'était jamais au complet , cette milice députa, au commencement du 17 e siècle, un certain nombre de ses membres au sultan , pour lui exposer ses griefs , et lui représenter que si ces désordres continuaient d'avoir lieu , le mal ne ferait qu'empirer, et que les Arabes et les Maures se trouveraient bientôt à même de secouer le joug des Ottomans, en appelant à leur secours les chrétiens , avec lesquels ils entretenaient tou-

(1) Tout ce chapitre est tiré de l'Histoire d'Alger, par Uugier-de-Tassy. {Note du traducteur.)

jours des intelligences secrètes; après quoi ils proposèrent n'élire parmi la milice un homin»* doué des capacités nécessaires, et qui, sous le titre de dey (1), serait chargé du gouvernement du pays, de lever le tribut sur les Arabes et les Maures de la campagne, lequel serait employé à la solde des troupes, qui seraient toujours tenues sur le pied de guerre; de pourvoir à tous les besoins de l'Etat; en un mot, qui serait à même de se soutenir par ses propres forces, sans avoir recours à la Porte. Ils s'engagèrent d'ailleurs à reconnaître toujours le grand-seigneur pour souverain, à respecter son pacha, à qui l'on continuerait de rendra les honneurs accoutumés, à lui payer le Irait* ment qui lui était alloué, à le loger, et à l'entretenir, ainsi que toute sa maison, etc. , à condition toutefois qu'il n'assisterait qu'aux divans généraux , où il n'aurait que voix consultative Le grand-visir goûta d'autant mieux ces raisons, que cette nouvelle manière de gouverner épargnerait drs sommes considérables

(i) Quelques auteurs français croient que Ton doit écrire deï ou </<//, mot qui signifie en turc oncle maternel. Le dey porte en outre les titres de beglerbeg (prince des princes), et de seraskîcr (gcucralisime.)

{Note du traducteur.)

à la Porte , et que la milice serait mieux entretenue, et vivrait en meilleure intelligence 11 fit en conséquence agréer au grand - seigneur les propositions des députés, et expédia les ordres nécessaires pour leur exécution. A leur retour à Alger, ceux-ci les communiquèrent au pacha, qui se vit contraint de s'y soumettre. La milice nomma aussitôt un dey, et établit de nouvelles lois, qu'on lui fit jurer d'observ< r et de maintenir, sous peine de mort. Les pachas se contentèrent d'abord de leur pouvoir négatif; mais ils finirent par se former un parti assez puissant dans la milice pour faire étrangler les deys qui les offusquaient , et en mettre d'autres à leur place qui leur étaient plus dévoués. Mais Baba-Ali ayant été élu dey en 1710. malgré le pacha alors en fonction . il le fit arrêter et embarquer pour Constantinople, en le menacaut de le faire mettre à mort, s'il osait remettre le pied à Alger; puis il envoya aussitôt un ambassadeur à la Porte , pourvu de présens pour les visirs , les sultanes et les grandsofficiers du sérail , et chargé de représenter au grand-vizir que l'expulsion du pacha avait été motivée sur ses intrigues, et que si on ne l'avait pas fait mourir, c'était à la seule considération du grand-seigneur; qu'au reste la milice

était si outrée contre les pachas, qu'il serait très difficile de la contenir dans les bornes du devoir, si la même chose se présentait de nouveau; que peut-être même les massacreraitelle, ce qui serait un grand scandale et un affront irréparable aux sublimes commandemens de la Porte; qu'enfin puisqu'un pacha était inutile et préjudiciable aux intérêts du gouvernement, il convenait mieux de n'en plus envoyer, et d'honorer le dey du titre glorieux de pacha ; ce qui fut accordé.

Depui s cette époque, le dey se regarde comme souverain indépendant, allié seulement de la Porte-Ottomane, dont il ne reçoit aucun ordre, mais seulement des capigi-bachis ou envoyés extraordinaires, qu'il ne voit jamais de bon œil. Il est maître absolu , commande les forces de terre et de mer, dispose des emplois et des grâces, récompense et punit à son gré, et ne rend compte de sa conduite à personne. Toutefois, sa sûreté exige qu'il en agisse avec beaucoup de circonspection , afin d'éviter les fréquentes et dangereuses révolutions que suscite très souvent l'inconstance d'une milice féroce, difficile à contenir, et envers laquelle il faut en user avec une excessive rigueur, ou avec une extrême bienveillance.

D après les lois du pays, l'élection d'un dey doit se faire à la pluralité des voix de la milice. Lorsque le trône vient à vaquer, toute celle qui se trouve à Alger se réunit à cet effet dans la maison du dey. Là , l'aga fie général de l'infanterie) demande à haute voix qui la milice veut élire pour dey ; alors chacun donne sa voix, et celui qui réunit la pluralité est nommé. Tous les soldats s'écrient aussitôt ensemble, en le revêtant d'un cafetan, et en le portant bon gré malgré sur le siège royal : A la bonne heure , ainsi soit-il; que Dieu lui accorde (en le nommant par son nom) 'félicité et prospérité ; à la bonne heure, ainsi-soit-il ! Le cadi lit ensuite à haute voix les devoirs qui lui sont imposés, et lui dit, entre autres choses, que Dieu Ta a])pelé au gouvernement de l'Etat et au coin mandement de la milice ; qu'il doit user de son pouvoir pour punir les médians et favoriser les justes; mettre tous ses soins à faire prospérer le pays ; fixer le prix des denrées en faveur des pauvres , etc. ; après quoi tous ceux qui sont présens lui baisent la main , et lui promettent soumission et fidélité. Une heure ou deux suffisent pour l'accomplissement de cette cérémonie , qui ne se manifeste au dehors que par quelques coups de canons tirés des châteaux.

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Mais il s'en faut bien que le choix d'un dey se fasse toujours paisiblement; car tous les Turcs de la milice étant également aptes à être élevés à cette fonction, il y en a toujours quelques-uns de plus ambitieux que les autres, et qui fomentent des conspirations dans le but de s'emparer du pouvoir, en sacrifiant celui qui en est revêtu. Celui qui, dans ce cas, peut réunir le plus de partisans, et tenir la chose secrète jusqu'à ce qu'ils parviennent conjointement à s'introduire dans le palais du dey, est à peu près certain de le supplanter après l'avoir inhumainement massacré. Cela fait, il est aussitôt revêtu, par ses partisans, du cafetan de la victime, et proclamé de la manière suivante : Prospérité à un tel, que Dieu a voulu élever au gouvernement de l'Etat et de la guerrière milice d 1 Alger l sans que les membresdu divan, qui sont présens, osent proférer uu seul mot , parce qu'ils savent qu'ils paieraient de leur vie la moindre opposition. Ils s empressent, au contraire, de donner l'exemple de l'obéissance, en baisant les premiers la main du nouveau dey. Il arrive assez ordinairement que celui-ci, afin de récompenser ses adhérens, fasse étrangler tous ceux qui étaient attachés à l'administration de son prédécesseur, principalement

quan t ils m se soumettent pas de bonne grâce.

Le dey est l'esclave des esclaves. Il vit dans une continuelle méfiance, toujours occupé a déjouer les trames qui menacent ses jours, méditant et exécutant de sinistres vengeances contre ceux qu'il soupçonne de nourrir des projets ambitieux. Mais ce sont les têtes de l'hydre qui renaisssent à mesure qu'on les coupe. Souvent las d'une pareille existence , il en est qui cherchent à s'y soustraire par la fuite dans les montagnes du Couco. Toutefois , ce moyen ne ne leur réussit pas toujours, et souvent ils sont tués avant d'avoir pu mettre leur projet à exécution, surtout si on les soupçonne d'emporter de l'argent.

Lorsqu'un dey est massacré par le peuple , ses femmes sont dépouillées de tout ce qu'il a pu leur donner, et ses enfans sont réduits à la simple paye de soldats, et exclus de toutes les charges de l'Etat. Si , au contraire, il meurt de mort naturelle, ce qui est fort rare, il est révéré comme un saint ; on l'enterre avec cérémonie, et on n'inquiète point sa famille.

Quelquefois l'élection d'un dey est suivie immédiatement de plusieurs autres. On a vu , par exemple, dans le même jour, six deys massacrés et sept élus. On ne fait pas plus de diffi-

culté de reconnaître un Turc qui s'est fait dey par un assassinat, que celui qui est légalement élu, parce que , disent les Mahométans, ce qui doitarriver est écrit detouttemps,etn arrive que par la volonté éternelle et immuable de Dieu.

Le dey ne sort de son palais que pour assister à certaines cérémonies, d'ailleurs peu nombreuses. Ce palais est un bâtiment qui appartient â l'État. Il est non seulement affecté à la résidence du dey, mais il est encore le siège de l'administration, de la justice, des finances, etc. Lorsque le dey est marié, il habite une maison particulière , avec ses femmes , ses enfans , ses domestiques. Il est d'ailleurs astreint à être presque toute la journée sur son trône , qui est placé au fond d'une grande salle du rezde-chaussée, afin de rendre justice à tous ceux qui viennent la lui demander. Ce trône est un siège de pierre garni de briques, couvert d'un tapis de Turquie , et par-dessus d'une peau de lion. Il s'y assied après la première prière appelée caban, qui se fait â la pointe du jour, et y reste jusqu'à la seconde appelée dohor, qui a lieu un peu avant ou après midi , selon la saison. Il monte alors dans son appartement, y fait la prière, et y dîne seul, ou avec quelquesuns de ses officiers. Dès qu'il a dîné , il rc-

tourne à son siège, où il reste jusqu'à la troisième prière ( lazaro ) ; il remonte alors de nouveau dans son appartement, y entend une espèce de musique composée d'une grosse caisse et d'une musette; puis il soupe, s'entretient familièrement avec quelques amis, et se couche de fort bonne heure. Pendant tout le temps qu'il vaque à ses fonctions , il est assisté de quatre secrétaires d'État appelés hojias ou cogias, qui sont assis daus un bureau élevé à sa droite, et toujours prêts à exécuter ses ordres; ils ont chacun diiFércns registres pour inscrire , examiner et vérifier tout ce qu'ordonne le dey. Il est également environné du trésorier d'État , du bachaoux , des chaoux et de l'interprète de sa maison , aucun desquels ne peut s'absenter un seul instant tant qu'il est présent. C'est devant lui que sont portées toutes les causes , tant au civil qu'au criminel , et que chacun, depuis le premier jusqu'au dernier sujet de l'État , est admis à venir exposer sa cause , qui est jugée séance tenante saus frais, sans appel, et sans l'intermédiaire de qui que ce soit.

Vis-à-vis du palais du dey se trouve uiuvaste salle où s'assemblent les plus anciens officiers de la milice, et où ils se rendent à l'heure

que le dey va occuper son siège, et n'en sortent que quand il se retire. Sur des bancs , à droite et à gauche de la porte du palais , sont assis d'autres officiers des troupes , qui y restent également pendant tout le temps que le dey est sur son trône, afin qu'il ait toujours quelqu'un prêt à exécuter les ordres qu'il peut avoir à donner, et que les particuliers soient sûrs de trouver à qui parler.

L'aga de la milice commande ordinairement toutes les troupes qui sont en garnison à Alger. Ce n'est à proprement parler qu'un poste d'honneur, une dignité, destin» V à récompenser les services de l'ollic ier qui en est revêtu; car il ne sort point d'Alger pendant tout le temps qu'il est en fonction. C'est le plus ancien soldat de la milice qui occupe ordinairement cet emploi , lequel ne dure toutefois que deux mois lunaires, afin qu'un plus grand nombre y aient part , chacun y étant appelé à son tour. Pendant ces deux mois, le • titulaire a a peu près les mêmes attributions que nos commandansde roi On lui remet tous les soirs les clés de la ville; c'est en son nom que se donnent les ordres aux troupes ; et c'est dans sa maison que les Turcs sont punis secrè lement, soit par la bastonnade, soit par la pri-

son ou par la mort , d'après les ordre* du dey.

Il y a une maison particulièrement affectée au logement de cet officier. Il est d'ailleurs entretenu aux frais du gouvernement, qui paie sa table, ses domestiques, etc. ; il reçoit en outre 2,000 pataques-chiques (') pendant la durée de son commandement. 11 ne peut avoir durant ce laps de temps avec, lui , ni femmes ni enfans , et ne peut sortir que pour assister aux divans généraux , et à la paye des troupes, qui se fait en son nom de deux en deux lunes. Il sort alors toujours â cheval, et précédé de deux ebaoux qui crient à haute voix : Prenez garde à vous, voilà i'aga qui passe ! précaution assez nécessaire dans une ville dont les rues sont fort étroites et ordinairement obstruées d'une manière ou de l'autre. Dès que les deux lunes de son commandement sont passées, il jouit de la haute-paye jusqua sa mort.

Le chaya ou bachi-boluk-bachi est le plus ancien capitaine de la milice, et le successeur de l'aga; c'est aussi un grade auquel on parvient par ancienneté. Il préside à l'assemblée d'officiers, qui se réunit vis-à-vis de la raai-

( 1 ) Environ (>j 9G0 ira u es.

{Note du traducteur.)

son du dey ; il y reste tant que celui-ci est à son poste, et décide souvent de petites causes qu'il lui renvoie, soit qu'il ait trop à faire, soit pour tout autre motif. L assemblée qu'il préside est composée des aya-bachi$, corps très distingué, composé de vingt - quatre vieux capitaines ou chefs de compagnies, qui ont cédé leurs places à de plus jeunes officiers , et dont le plus ancien devient, successivement , et chacun à son tour, chaya, puis aga. Ils prennent toujours place d'après leur rang d'ancienneté. Ce sont les conseillers du divan. Us doivent constamment accompagner le dey, et le suivent immédiatement dans les cérémonies publiques. Ils portaient autrefois des plumes blanches à leurs turbans; mais cet usage est tombé en désuétude. La durée des fonctions du chaya est de deux lunes , après lesquelles il devient aga.

Les mezouls-agas sont d'anciens agas de la milice. Us sont exempts de tout service, et peuvent vivre où bon leur semble ; ils sont fort respectés. Ils assistent aux divans généraux lorsqu'ils le jugent à propos; mais ils n'y opinent point. Ils sont quelquefois aussi appelés auprès du dey pour avoir leurs avis.

Les ayas-ùachis sont d'anciens boluk-bachis

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ou capitaines vétérans d'infanterie , parmi lesquels on choisit, comme nous lavons déjà dit, les i lia vas et les agas. Les ambassadeurs et envoyés dans les pays étrangers sont ordinairement tirés de ce corps ; ils sont chargés aussi de porter les ordres du dey dans les différentes parties de la régence. C'est également l'un d'entre eux, alternativement, qui assiste à la visite de tous les navires marchands , au moment de leur départ. Cette visite a pour but de s'assurer qu'il ne s'y trouve aucun esclave fugitif.

Les boluks-bachis sont les capitaines de compagnies. Ils parviennent successivement par ancienneté au grade d'aya-bachis , après avoir été unanaga ou commandant de place. Us sont distingués par un bonnet très élevé, et une croix rouge adaptée à un cuir, et qui leur pend sur le dos. On appelle agas des spahis les capitaines des compagnies de cavalerie.

Les oldolhs-bachis sont les lieutenans de compagnie. Us parviennent également par ancienneté à être boluks-bachis, et à d'autres emplois plus élevés. Us ont pour marque dislinctivt; une bande de cuir qui leur descend depuis la tête jusqu'à la moitié du dos.

Ou voit, par ce qui précède, que Ton parvient par ancienneté aux différens grades de la

milice. 11 n'y a jamais de passe - droit à cet égard , et l'observation de cette règle est le plus sûr fondement de l'autorité du dey.

Les vékilards .ou vékilardgis sont les commis aux vivres de l'armée. Chaque tente, qui est composée de vingt hommes, en a un, lequel a soin de fournir et de faire préparer les vivres nécessaires ; il est aussi chargé du transport de la tente, du bagage, etc. Chaque tente a également un cuisinier qui est sous les ordres du vékilardgi. Ces employés portent un bonnet blanc en pyramide.

Les peu sont les quatre plus anciens soldats de chaque compagnie, et les soulachs ou toulachis les huit plus anciens après ces premiers , lesquels portent un bonnet de cuivre. Les soulachis sont distingués par un tuyau ou petit canon de cuivre placé sur le devant de leurs bonnets; ils sont armés de grands sabres dorés. Us servent de gardes-du-corps au dey, et le précèdent à cheval, armés de. carabines, lorsqu'il va en campagne.

Les cattes sont des soldats turcs qui ont sous leur commandement un petit canton ou quelques douares maures, sur lesquels ils prélèvent le tribut, dont ils rendent compte au dey; il y en a aussi un attaché à chaque marché fo-

rain. Ce sout ordinairement des hojias-bachis auxquels on donne cet emploi.

Les sagaïrds ou sagairdgis sont des Turcs armés de lances. Il y en a dans chaque corps d'armée une compagnie de cent , dont le commandant porte le titre de sagaïrdgi-bachi ; ils sont chargés de chercher, de garder et de fournir l'eau nécessaire à l'armée.

Les bers sont des officiers pourvus du gouvernement des provinces et du commande ment des armées; ils sont nommés par le dey.

qui les révoque à volonté. C'est une des fonctions auxquelles on ne parvient pas par ancienneté.

• Leur autorité est absolue là où ils commandent. Us lèvent les impôts dans les villes, le tribut dans les campagnes , et perçoivent en un mot dans l'étendue de leur gouvernement tous les revenus publics, dont ils sont tenus de rendre compte au dey une fois par an , et d'en verser le produit dans le trésor de l'Etat. Toutefois, leur pouvoir cesse dans Alger, où on les reçoit d'ailleurs toujours avec beaucoup de cérémonial dans cette circonstance. Le public juge de l'importance des revenus par le nombre des voitures chargées d'argent qu'amènent ces fonctionnaires; et il en témoigne toujours

sa joie par des cris bruyans. A leur arrivée au palais du dey, celui-ci les revêt aussitôt d'un cafetau. C'est un honneur dont ils cherchent néanmoins à se dispenser quand ils le peuvent, incertains qu'ils sont de savoir quel est le sort qui les attend; s'ils seront traités gracieusement, ou s ils laisseront leurs tètes, malheur qui leur arrive fréquemment pour les punir de leurs prévarications et de leurs concussions, mais surtout pour les dépouiller des biens immenses qu'ils acquièrent généralement par toutes sortes de moyens illicites. Lorsque, sous prétexte de maladie ou de la nécessité absolue de leur présence dans leurs gouvernemeus, ils ne se rendent pas eux-mêmes à Alger, ils se font remplacer par un caït< .

Quels que soient les dangers attachés à leurs fonctions , on peut cependant dire que les beys sont autant de rois dans leurs gouvernemens, et beaucoup moins exposés que le dey aux caprices de la fortune. Ils ne visent qu'à s'enrichir et à amasser des sommes considérables; ce qu'ils ne peuvent faire qu'aux dépens de l'Etat et au détriment des peuples, 11 est difficile, au reste, de les déplacer s'ils ne viennent pas à Alger; et il ne reste alors d'autre moyen de répression que de les faire assassiner par sur-

prise, ce qui arrive quelquefois. Il eu est qui, après avoir amassé de grosses sommes, s'enfuient secrètement en pays étrangers.

Les hojias ou cogia* - bachu , c'est-à-dire grands écrivains, sont les secrétaires d'État. Il y en a quatre. Le plus ancien tient les comptes de la solde des troupes et des dépenses ordinaires et extraordinaires ; le second , ceux des douanes; le troisième, ceux des revenus de l'État ; et le quatrième, ceux des affaires étrangères et extraordinaires. Nous avons déjà dit qu'ils se tiennent constamment dans un bureau près du siège du dey.

Lorsqu'un consul étranger porte plainte au dey de quelque infraction faite au traité existant entre la nation qu'il représente et la régence, ou de quelque autre grief que ce soit , le dey ordonne au secrétaire d'Etat qui tient le registre des traités , de l'ouvrir et de répondre immédiatement aux plaintes du consul.

Le secrétaire lit alors à haute voix l'article que le consul prétend avoir été enfreint. S'il a raison, on lui rend justice; mais s'il se plaint à tort, on lui refuse ce qu'il demande. Les affaires les plus importantes sont ainsi terminées dans le plus court délai.

Les hojias sont nommas par le dey. Ils ne

décident de rien que par ses ordres; mais comme ils sont de son choix , qu'ils sont ses conseillers intimes, et toujours près de lui, ils ont beaucoup d'influence, et leur avis est toujours d'un grand poids : ils le donnent ordinairement en particulier, et parlent rarement en présence des parties.

Le cadi est nommé et envoyé par la Porte- Ottomane avec l'approbation du grand moufti.

Il n'a rien de commun avec le gouvernement , et ne doit s'en mêler en aucune manière; mais il juge et décide , en général , de tout ce qui est du ressort des tribunaux dans les autres pays, et est tenu à cet effet de rester toujours chez lui sans pouvoir en sortir que par la permission du dey; ses jugemens sont gratuits et sans appel. Toutefois, comme un cadi ne vient à Alger que pour s'enrichir, et que sa chargelui coûte toujours cher, il se laisse assez aisément corrompre par les parties. Néanmoins , le dey fait souvent juger dans son divan des affaires litigieuses qui sont de la compétence du cadi , surtout lorsqu'elles sont de quelque importance. En pareil cas il convoque tous les gens de loi de la ville.

Il y a aussi un cadi maure qui rend la justice aux gens de sa nation, lorsque le dey ks lui

renvoie ; mais il ne reçoit aucun traitement, et est entièrement subordonné au cadi turc.

Le hazenadar ou cazenadar est le trésorier général de l'État. Il reçoit personnellement, en présence du dey et des quatre hojias, les fonds provenant des revenus de la régence, et en fait aussitôt le versement dans le hazena ou trésor, qui est une pièce située dans la salle même du divan. Le hazenadar doit tenir un compte général des dépenses de l'Etat; ce qui fait supposer qu'il doit être au moins un peu versé dans la comptabilité. Mais il n'en est pas toujours ainsi; car il arrive quelquefois qu'il ne sait ni lire, ni écrire. Toutes ses opérations se font en présence du divan ordinaire. Il est aidé d'un commis turc, appelé contador, qui fait les fonctions de caissier. Celui-ci a aussi quatre employés en sous-ordres , dont deux Juifs , l'un pour vérifier les monnaies douteuses, et l'autre pour pesertoutes les espèces qui se perçoivent. Il fait connaître à haute voix toutes les sommes qu'il reçoit et paie; et le hojias-bachi en prend note sur son registre.

Le chekelbelcd est un fonctionnaire chargé de la police de la ville; il est â la nomination du dey. Sa maison sert de lieu de réclusion aux femmes d'un certain rang qui ont mérité de

subir cette peine, et qui y sont punies secrètement, comme les Turcs dans la maison de Paga. Lorsqu'il se trouve au nombre des esclaves du dey quelques femmes ou filles de distinction dont il peut espérer une bonne rançon, il les confie à la garde du chekelbeled jusqu'à ce qu elles soient rachetées.

Le pitremelgi ou bethmagi, c'est-à-dire directeur de la chambre des biens, est chargé de s'emparer, au nom du dey, de toutes les propriétés , tant meubles qu'immeubles , qui échoient à l'Etat, soit par l'esclavage ou la mort d'individus qui n'ont ni enfans, ni frères, et dont il est tenu de rendre un compte exact. De peur que Ton ne cache le décès de quelqu'un , nul ne peut être inhumé sans une autorisation de sa part ; et comme les cimetières sont tous hors de la ville, il y a un commis à chaque porte pour recevoir ces autorisations.

Lorsqu'un individu meurt en ne laissant ni enfans , ni frères , le pitremelgi se saisit de ses biens, en payant toutefois le douaire de la veuve. S'il a des maisons, soit de ville ou de campagne, il les fait soigneusement fouiller, afin de s'assurer qu'il ne s'y trouve pas d'argent caché. Cette précaution provient de ce que beaucoup de gens riches enfouissent leurs tré-

sors, et préfèrent passer pour pauvres, afin de n'être pas inquiétés par le dey, qui autrement pourrait leur demander de l'argent sous prétexte des besoins de l'Etat, les condamner à des amendes pécuniaires considérables pour la plus légère faute , ou même confisquer leurs biens sur le moindre soupçon d'avoir conspiré contre sa personne.

Le hojia ou cogia - pingié est le contrôleur général. 11 est chargé de recevoir tout ce qui revient à l'État , pour sa part des prises faites en mer; il en fait la remise sur Tordre du dey, soit pour être vendu de la main à la main , soit à l'enchère publique, et en lient compte aux secrétaires d'Etat.

Leshojias ou cogiasdu£/ej7i'jfc (i) sontlesécrivrains du dey. Us sont au nombre de quatrevingt , et ont tous différons emplois. Les uns sont charges de la distribution des vivres aux troupes, d'autres delà perception des droits sur les maisons , les boutiques, les jardins, les métairies , etc. ; et d'autres de celle des droits imposés à l'entrée de la ville, sur le bétail, le cuir, la cire, l'huile et les autres productions du pays. 11 s en tient toujours deux à chaque porte,

(i) C'est-à-dire les domaines du dey.

(Note du traducteur.)

quelques-uns auprès du dey, et quelques autres auprès des secrétaires d'État; il y eu a aussi qui s'embarquent sur les gros bâtimens armés en course.

Le drogman ou interprète de la maison du dey est un Turc qui sait lire et écrire le turc et l'arabe. 11 traduit toutes les lettres que le dey reçoit, soit de Maroc , de Tunis , ou des différentes parties de la régence , ainsi que celles des Algériens prisonniers chez les diverses nations chrétiennes. Il est dépositaire du sceau ou cachet du dey, qu'il ne quitte jamais , et scelle en sa présence les traités , les ordres , les dépêches , etc. Le dey ne signe jamais aucun écrit; le sceau où est gravé son nom tient lieu de sa signature. Le drogman est toujours aussi auprès du dey, pour servir d'interprète aux Arabes et aux Maures qui viennent par un motif quelconque lui parler.

Les chaoux sont des espèces de sergens de la maison du dey. C'est un corps très considéré, et se qui compose de douze Turcs sous les ordres d'un bachaoux, chaoux- bachi ou grand-prévôt 11 y a eu plusieurs bachaoux qui ont été élus deys. Leur habillement est vert avec une écharpe rouge; ils ont pour coiffure un bonnet blanc en pointe. Il ne leur est pas permis de porter au-

cune arme offensive ou défensive, pas même un couteau, ni un bâton ; et cependant ils arrêtent souvent les Turcs les plus puissan9 et les plus à redouter, sans éprouver jamais la moindre résistance Mais on ne les emploie que dans les arrestations des Turcs, parce qu'ils croiraient au-dessous d'eux de mettre la main sur un chrétien, sur un Maure ou un Juif. H y a un pareil nombre de chaoux maures, qui sont chargés des mêmes fonctions envers les Maures, les chrétiens et les Juifs ; mais il ne leur est pas permis de porter un ordre à un Turc.

Les deux baehaoux (celui des Turcs et celui des Maures) se tiennent toujours auprès du dey, pour recevoir ses ordres et les faire exécuter par les chaoux , qui sont constamment de service dans son palais.

Lorsque le dey a ordonné de faire comparaître un individu en sa présence , il ne faut pas que le chaoux qui a reçu Tordre de l'amener s'avise de revenir sans en être accompagné. S'il ne la pas trouvé, et qu'il apprenne qu'il est â la campagne , il va l'y chercher ; et si par hasard il ne peut savoir où il est , il fait publier par un crieur public que ceux qui le savent aient aussitôt à le déclarer, sous peine d'être punis. Si l'on apprend ensuite que quelqu'un

Tait caché ou fait évader, le délinquant est alors puni très sévèrement , mis à l'amende, et quelquefois même puni de mort , si l'affaire intéresse directement le dey ou l'État.

Les gardiens-ùachis sont des Turcs qui ont le commandement des bagnes du deyliket le soin des esclaves. Chaque bagne a unjdecesgardiensbachis à leur tète, et il y a un bachi-gardien-bachi qui fait tous les soirs l'inspection des différens bagnes, répartit les esclaves pour les travaux journaliers, ou pouraller en course, fait punir ceux qui se sont rendus coupables de quelque faute, et rend compte chaque jour au dey de tout ce qui se passe. C'est aussi lui qui ordonne les différens préparatifs concernant 1 es bâti mens destinés à mettre en mer. Ordinairement c'est un des plus anciens rais ou capitaines de corsaires qui occupe cette place ; son pouvoir est très étendu.

Le rai* de la marine ou capitaine du port est un fonctionnaire d'une haute distinction , et qui jouit de beaucoup de crédit. On ne parvient point à cet emploi par ancienneté , mais par la seule volonté du dey, qui choisit ordinairement pour le remplir une personne âgée, expérimentée dans la marine, et de bonnes mœurs. Cet officier en a plusieurs autres sous ses ordres, appelés gardien* du port. Lorsqu'il

arme quelque navire, il se rend à bord avant qu'Usaient mouillé dans le port; et après avoir pris tous les renseignemens qu'il a besoin d'avoir, il va aussitôt en rendre compte au dey, et transmettreles ordres de celui-ci aux capitaines. Dès que les bâtimens sont entrés dans le port, il conduit ceux-ci devant le dey, qui les interroge. 11 est aussi chargé de la visite de tous les navires des puissances chrétiennes qui sont sur leur départ , afin de s'assurer qu'ils n'enlèvent pas d'esclaves.

Il est juge absolu de tous les différends qui s'élèvent dans le port. Seulement, dans les cas graves, il convoque l'amiral et tous les rais dans le lieu de leur assemblée ordinaire, c'est-àdire au bout du môle. Là , il leur soumet l'affaire, qu'ils décident à la pluralité des voix, en commençant par le plus ancien ; après quoi il en fait son rapport au dey, avant que de faire exécuter le jugement , qui est d'ailleurs toujours confirmé.

Il commande la galiote de garde, qui est armée pendant tout l'été, et destinée à inspecter la côte chaque jour avant la nuit, et à aller reconnaître les bâtimens qui se présentent devant le port pendant le jour.

L'amiral n'est pas le plus ancien officier de

la marine , mais celui â qui il plaît au dey de dooner le commandement du princi pal bâtiment de l'Etat. Ha le pas et les honneurs sur tous les autres capitaines, qui toutefois, excepté en mer, ne dépendent de lui qu'autant qu'il leur plaît. Néanmoins, lorsqu'il est reconnu pour un homme de capacité, le dey lui renvoie souvent la décision des affaires de la marine, et les capitaines, ainsi que les marchands , s'adressent volontiers à lui pour terminer leurs différends.

Les rais, ou capitaines de corsaires, forment un corps respecté et très considéré à cause des richesses que leurs courses procurent au pays, dont ils sont les plus fermes appuis. Chaque capitaine a une part dans la propriété du bâtiment qu'il commande , et les autres intéressés le laissent ordinairement maître de tout ce qui concerne l'armement , ainsi que de déterminer le moment qu'il juge le plus convenable pour se mettre en course ; ce qu'il fait quand bon lui semble, à moins cependant que son navire ue soit mis en réquisition pour le service

de l'Etat ; car alors il ne peut se dispenser de s'acquitter de ce service, qui ne consiste cependant qu'à transporter les garnisons des places maritimes de l'une à l'autre. Du reste, ces officiers n'ont aucune part dans le gouvernement,

et ne jouissent d'autre considération que de celle qu'ils s'acquièrent personnellement par leurs services , leur bonne réputation et leur bonheur. Un capitaine n'a point de traitement, et n'a part aux prises que comme armateur.

Les soute-rais sont les officiers de corsaires. Ils sont au choix des capitaines, et n'ont pas non plus d'appointemens ; mais ils ont quatre parts de prises.

Les topigi-bachiê sont les maîtres canonniers, et sont aussi au choix des capitaines. Il y en a un dans chaque corsaire qui remplace le rais, soit en cas de mort ou de maladie; ils n'ont que trois parts de prise. Lorsqu'ils possèdent de quoi s'intéresser dans un armement, ils parviennent facilement , ainsi que les officiers subalternes, à avoir un bâtiment sous leurs ordres.

Le mézouard est le lieutenant-général de police. Il a une compagnie de gardes è pied qui ne reçoivent d'ordres que de lui directement. Il observe et se fait informer de tout ce qui se passe dans la ville pendant le jour, la parcourt fréquemment pendant la nuit, et rend compte tous les matins au dey de ce qui est arrivé de nouveau durant les vingt-quatre heures. Il a plein pouvoir sur les femmes de mauvaise vie.

Elles sont sous son autorité particulière , et il en perçoit un tribut, pour lequel il verse tous les ans environ 24,000 francs dans le trésor de l'État. Toutes ces femmes sont renfermées dans sa maison, où elles sont distribuées par classes. Dès qu'il découvre quelque femme ou fille dont la conduite n'est pas très régulière , il a le droit de s'en saisir ou de lui faire payer une amende, pourvu qu'il puisse la surprendre une fois en flagrant délit. Au reste, il lés loue aux Turcs et aux Maures qui viennent lui en demander. 11 est chargé aussi des exécutions à mort, ainsi que de faire donner la bastonnade, quand il en reçoit l'ordre du dey. C'est toujours un Maure qui occupe cet emploi, lequel est très lucratif, mais fort méprisé.

La justice, tant civile que criminelle, se rend ici d'une manière très sommaire, sans écriture, sans frais et sans appel , soit parle dey, le cadi, ou le rais de la marine. Lorsqu'il s'agit de dettes, de conventions pécuniaires, ou autres traités de la môme nature , le demandeur porte plainte directement au dey. La partie inculpée est aussitôt citée, amenée par un chaoux, et iuterrogée par le dey sur les différentes circonstances de l'affaire. Si le débiteur nie la dette , le créancier indique des témoins

que Ton va chercher immédiatement, et dont on reçoit les dépositions , si ce sont des gens bien famés, autrement ils ne sont pas admis à déposer. Si la dette est prouvée, le débiteur reçoit quelques centaines de coups de bâton sous la plante des pieds , et est condamné à payer le double de sa créance. Si, au contraire, le demandeur est convaincu d'en avoir imposé au dey, c'est lui qui reçoit la bastonnade, outre qu'il est obligé de payer à l'accusé la somme qu'il lui a demandée.

Si le débiteur avoue la dette, et qu'il prouve par des raisons valables ou vraisemblables qu'il n'a pu l'acquitter à l'échéance , le dey s'en contente, lui demande combien illui fautde temps pour se libérer (ce qui ne peut toutefois aller au-delà d'un mois), et lui accorde huit jours de plus. Mais si à l'époque fixée il n'a pas rempli sa promesse , sur la première réquisition du créancier, un chaoux se rend chez lui, fait descendre ses meubles dans la rue, et en vend publiquement jusqu'à la concurrence de la somme due, qu'il porte au créancier, sans en rien déduire pour frais ou tout autre motif. Si le débiteur est un homme non établi, il est mis en prison jusqu'à l'entier acquittement de ce qu'il doit , ainsi que des intérêts, sans au-

cun adoucissement , excepté quand il plaît au créancier d'en accorder. Une fois payé , celuici va remercier le dey, qui ordonne alors la mise en liberté du prisonnier.

Il en est a peu près de même de toutes les autres espèces de causes. 11 n'y a que les contestations en matière de divorces et d'héritages qui sont portées devant le cadi, lequel ne doit faire qu'appliquer la loi, sans aucune interprétation, souverainement et sans appel. Dans le dernier cas, il fait dresser un inventaire des biens en litige; et, après avoir entendu les parties , il juge et donne à chacun ce qui lui revient.

Pour ce qui est de la justice criminelle, il est admis en principe qu'un Turc, quel que soit le crime qu'il ait commis, ne peut jamais être puni en public. Mais il est conduit à la maison del'aga de la milice, où, selon la gravité du délit, et d'après les ordres du dey, il est étranglé, reçoit la bastonnade, ouest condamné é une amende pécuniaire. La sentence est prononcée par l'aga, et exécutée à l'instant même. Quant aux Maures , aux Juifs et aux chrétiens, aussitôt que le dey a prononcé la peine de mort contre quelqu'un d'entre eux , le coupable est conduit sur la muraille au-dessus de la porte

de Babazon , d'où il est précipité avec une corde de laine au cou, dont lune des extrémités est attachée à un pieu planté en terre. 11 est des condamnés qu'on laisse tomber sur des crocs en fer fixés aux murailles, et dont les corps y restent jusqu'à ce qu'ils tombent en lambeaux: ce sont ordinairement des voleurs de grand chemin qui sont condamnés a ce terrible supplice. De plus on brûle vif, hors de la porte de Babalouet, tout Juif qui est seulement soupçonné d'avoir agi ou mal parlé du dey ou du gouvernement.

Lorsqu'un coupable ne mérite pas la mort, on lui administre sur-le-champ le nombre de coups de bâton auxquels il est condamné, c'est-à-dire depuis trente jusqu'à douze cents, qui sont comptés très exactement.

Les voleurs sont punis sévèrement ; mais les esclaves peuvent friponner avec impunité : car ils en sont toujours quittes pour une correction plus ou moins sévère de la part des personnes auxquelles ils parviennent à dérober quelque chose.

Le Maure qui est surpris volant la moindre bagatelle est aussitôt condamné à avoir la main droite coupée, à être promené sur un âne, le visage tourné vers la queue, sa main pendue

au cou , et précédé d'un chaoux qui crie :

« Voilà la punition réservée aux voleurs. »

Tout marchand qui est convaincu de vendre à faux poids est puni de mort. On parvient cependant quelquefois à faire révoquer la sentence à force d'argent.

Les Juifs ont leurs magistrats et leurs propres juges , auxquels le dey renvoie les affaires de leur nation. Mais les parties qui se croient lésées peuvent en appeler au dey.

Les chrétiens libres sont jugés par leurs consuls respectifs, sans aucune intervention du dey, qui , au contraire, prête à ceux-ci, quand le cas échoit , l'appui de son autorité pour l'exécution de leurs jugemens. Mais si un chré* tien a une contestation avec un Turc , un Arabe ou un Maure , la cause est alors portée devant le dey , qui prononce la sentence en présence du consul de la nation à laquelle appartient le chrétien , et qu'il fait toujours appeler en pareil cas. Quelquefois aussi , lorsqu'il connaît l'équité d'un consul , il s'en remet entièrement

à sa décision.

La garde de la ville d'Alger est confiée à la tribu des Biscaras , que leur émir répartit tous les soirs dans les rues, où ils couchent devant les boutiques des marchands, soit sur des

nattes, des matelas, ou sur le pavé. Ces boutiques sont sous leur surveillance spéciale ; et si par hasard il arrive que Ton parvienne à y voler, ils répondent de la valeur des objets enlevés , paient et sont punis sévèrement. Leur émir doit au dey un tribut annuel , qu'il répartit ensuite sur chacun d'eux.

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