‹ Description géographique, physique, philologique, etc., de cet étatChapitre 7 sur 16 · IO · texte numérisé non relu

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ne On assure , au reste , qu'il y a dans ce moment (i83o) plus de trésors accumulés à Alger surtout en argent ) que dans toute autre ville du monde , et que les sommes qui se trouvent amassées dans les coffres du dey s'élèvent à 1 0,000,000 de piastres, c'est-à-dire plus de 200,000,000 de francs.

Les Etats d'Europe, qui n'ont jamais pu se réunir pour mettre un terme aux pirateries des Barbaresques, ont pris le parti de conclure avec eux des traités de paix toujours précaires. D'un autre côté, les grandes puissances, par une politique peu généreuse, ont long-temps cherché à se conserver la navigation libre de la Méditerranée aux dépens des petites. Cependant toutes consentent aujourd'hui à être honteusement tributaires des forbans d'Alger, sous différentes dénominations. Par exemple , le royaume des Deux-Siciles leur paie un tribut annuel de 24,000 doubles piastres (240,000 francs) , outre des présens de la valeur de 20,000 doubles piastres (200,000 francs J. La Toscane, en vertu d'un traité conclu en 1823, n'est sujette à aucun tribut ; mais son consul est obligé de faire en arrivant un présent de 25, 000 doubles piastres (25o,ooo francs). La Sardaigne, par suite de la médiation de l'Angleterre . est aussi

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exempte do tribut; mais elle paie une somme considérable à chaque changement de consul.

Le Portugal a conclu avec Alger un traité sur les mêmes bases que les Deux-Sicile». L'Espagne ne paie pas de tribut , mais lait des présens à chaque mutation consulaire. L'Angleterre est tenue à un présent de 600 livres sterling (1 5o,ooo francs) à la même occasion, malgré le traité conclu par lord Exmouth ! Les Pays-Bas, qui coopérèrent à l'expédition de cet amiral, sont compris dans le traité en question, et ne paient pas de tribut dans ce moment ; mais le dey ne cherche que l'occasion de rompre ses stipulations avec eux. Par la protection de l'Angleterre , les villes de Hanovre et de Brème ont obtenu les mêmes conditions ; mais, à leur arrivée à Alger, leurs consuls sont obligés de payer de très fortes sommes. L'Autriche, par la médiation de la Porte-Ottomane , est exempte de tribut et de présens consulaires. Quoique par ses traités avec Alger, la France ne lui doive aucun tribut , elle a cependant, jusqu'à ces derniers temps, consenti è lui envoyer des présens. L'Etat de l'église doit à la protection de la France de ne pas payer de tribut. La Suède et le Danemark paient un tribut annuel, consistant en munitions navales, de la valeur de

4,ooo doubles piastres (4o,ooo francs), outre un présent de 10,000 doubles piastres ( 1 00,000 francs ) au renouvellement de leurs traités , c est-à-dire tous les dix ans, et ceux que font leurs consuls en entrant en fonctions. Les États- Unis d'Amérique, par suite d'un traité conclu peu après celui de lord Exmouth pour l'Angleterre , ont obtenu les mêmes conditions que cette dernière puissance.

c Les peuples qui habitent la Barbarie, dit un écrivain judicieux, gémissent sous un joug qu'ils sont impatiensderompre.Esclaves de quinze ou vingt mille Turcs ramassés dans les boues de l'EmpireOttoman, ils sont de m il le manières différentes les victimes de cette audacieuse soldatesque. Leur division en ungrand nombre de tribus, dont les intérêts sont opposés, est cause de cet asservissement , et perpétue leur sujétion. Lesgouvernemens qui les régissent, attentifs aux dissensions de ces sociétés particulières, ne cessent d'alimenter leurs discordes pour les mieux contenir. Us ont surtout recours à cette politique machiavélique quand ils veulent détourner le mécontentement des peuples par des querelles intestines. C'est ainsi qu'ils soulèvent contre telle peuplade dont ils croient avoir quelque chose à redouter une peuplade voisine qu'ils

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font toujours triompher par les secours qu'ils lui prêtent. Mais un pouvoir assis sur une base aussi mobile ne peut avoir jeté des racines bien profondes, et rien ne serait plus aisé que de le renverser.

» Nul secours étranger ne retarderait d'un instant sa chute. La seule puissance que l'on pourrait soupçonner de désirer de la prévenir, l'Empire Ottoman , n'est pas assez satisfait du vain titre de protecteur que les régences lui accordent pour y prendre un vif intérêt; d'ailleurs, depuis deux siècles, la Porte n'a pour ainsi dire pas de marine, et son ancienne milice n'existe plus.

-» Mais à quel peuple est-il réservé de dompter ces forbans qui glacent d'effroi nos paisibles navigateurs? Aucune nation ne peut le tenter seule ; car si l'une d'elles l'osait, peut-être la jalousie de toutes les autres y mettrait-elle des obstacles secrets. Ce doit donc être l'ouvrage d'une ligue universelle. Il faut que toutes les puissances maritimes concourent à l'exécution d'un dessein qui les intéresse toutes également. Ces Etats, que tout invite à s'allier, à s'aimer, à se défendre , doivent être fatigués des malheurs qu'ils se causent réciproquement. Qu'après s'être si souvent unis pour leur destruc-

tion mutuelle , ils consentent donc à prendre les armes pour leur conservation : la guerre aura été du moins une fois utile et juste.

• Il est très présumât» le qu'elle ne serait pas longue si elle était conduite avec l'intelligence et l'harmonie convenables. Chaque membre de la confédération , attaquant simultanément l'ennemi qu'il aurait â réduire , n'éprouverait qu'une faible résistance. Qui sait même s'il en trouverait aucune? Les peu pies conquis, mis tout à coup hors d'état de se défendre, abandonne* raient vraisemblablement à leur fatale destinée des maîtres et des gouvernemens dont ils n'ont jamais senti que l'oppression. Peut-être la plus noble» la plus grande des entreprises, coûteraitelle moins de sang et de trésors à l'Europe que la moindre des querelles dont elle a été si longtemps déchirée.

» On ne fera pas aux hommes d'État qui formeraient ce plan l'injure de soupçonner qu'ils borneraient leur ambition à combler des rades, à démolir des forts , é ravager des côtes. Des idées si étroites seraient trop au-dessous des progrès de la raison humaine. Les pays subjugués serviraient à dédommager les vainqueurs, et chacun des alliés viendrait au partage , en raison du contingent qu'il aurait fourni à la

ligue philantropiquc. Les conquêtes seraient d'autant plus sûres que le bonheur des vaincus en serait la suite. Ces pirates, ces écumeurs de mer, deviendraient bientôt, à laide de bonnes lois, des hommes nouveaux. Élevés insensiblement jusqu'à nous par la communication de nos lumières, ils abjureraient avec le temps un fanatisme que l'ignorance et la misère avaient seules jusque là nourri dans leurs ames, et se souviendraient toujours avec attendrissement de l'époque mémorable de notre bienfaisante conquête. Puisse un semblable projet se réaliser un jour ! »

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