‹ Description géographique, physique, philologique, etc., de cet étatChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Description de Ja province de Mascara ou Tlemsen.

La province de Mascara est bornée au nord par la Méditerranée et la province d'Alger; à l'est par celle de Titerie ; au sud par le Djérid ou Beied ul-Djérid ; et à l'ouest par l'empire de Maroc. Elle a environ quatre-vingts lieues dans sa plus grande longueur de l'est à l'ouest; et, d'après Shaw, vingt cinq lieues seulement, dans sa plus grande largeur du nord au sud (i). Sa surface est presque entièrement entrecoupée de montagnes et de vallées ; mais sa partie septentrionale, c'est-à-dire le littoral delà Méditerranée, et celle qui avoisine le désert d'Angad, sont toutà-fait montueuses. « Ces montagnes, dit Shaw, ont une telle analogie entre elles, et sont si rapprochées les unes des autres, qu'il çst assez difficile de distinguer la chaîne qui forme la continuation du mont Atlas. Toutefois, je crois que cette chaîne se compose des montagnes

(') Shaw n'entend ici que la partie cultivable de cette province appelée le Tell, car sa véritable largeur est d'environ ?5 lieues. (Note du traducteur.)

connues , sous les noms de Souf, de Tell, Tafaroouy, Ellcalla, Béni-Zerouall, Merdjidja, Elcadara et Miliana, qui traversent toute la province, et s'aperçoivent de très loin. On trouve d'abord à l'ouest Tôount , village frontière de l'empire de Maroc, qui est à huit lieues et demie à l'est-nord-est de Maisirda (Maroc), et qui correspond parfaitement à YArtisiga de l'Itinéraire d'Antonin

tLe cap Hone, que les habitans appellent aussi Ras-Honneine et Mcllack, est à environ quatre lieues et demie au nord-est de Tôount , et termine la chaîne des montagnes de Trara.

Comme ce cap est le plus remarquable des différens promontoires situés à l'est de la Moulouia, on peut naturellement supposer que c'est celui que Ptolomée désigne sous le nom de Grand-Promontoire, et qu'il place â peu près de la même manière , quoiqu'il soit , d'après moi, à quelques lieues plus à l'ouest de Siga.Lc petit port d'Honneine., qui est peut-être le Çœcilide l'Itinéraire d'Antonin, n'est qu'à une faible distance du cap Hone. Depuis Honneine jusqu'à Tackom-brit et à l'embouchure de la Tafna dans la mer , c'est - à - dire l'espace d'environ cinq lieues, la côte se dirige au sud-est.

• Vis-à-vis de l'embouchure de la Ta na, on trouve XAcra de Scylax, petite tle qui forme le port d'Harchegoune, où les plus grands bâtimens sont en sûreté.

• Depuislembouchuredela rivière deTafna, la côte se dirige un peu à Test , puis au nord pendant neuflieues, en faisant quelques petits détours jusqu'au Ras-Azintoure , appelé dans nos cartes marines cap Figalo. L'enfoncement de la côte, depuis Me) Jack jusqu'à Àzintoure, forme un golfe considérable que les Maures appellent aussi Harchegouoe, et qui est peut-être le Sinut Uturus de Pomponius Mêla, ainsi que YHaresgot de Léon l'Africain , et de quelques géographes modernes , qui l'ont vraisemblablement pris pour le nom d'une ville.

» Les différens dachekras ou tribus qui se trouvent à l'ouest de la Tafna se nomment Oui- Hasa, du nom des habitans, d'où est peut-être venu celui de la montagne dontparle Léon l'Africain.

» Sur le bord occidental de la Tafna, près de la mer, sont les ruines de l'ancienne Siga 9 qui était une ville royale des rois numides. Son nom moderne est Tackom-brit, probablement le Tebecritum de Léon l'Africain.

• La Tafna, qui est la rivière la plus consi-

dérable de cette province, et qui coule à l'ouest du Chélif, est formée de plusieurs autres moins importantes, et dont les principales sont la Barba-ta, le Sik-ack et Tisser. La Bar-ba-ta prend sa source au sud-ouest , et, autant que j'en puis juger par la situation des lieux, elle reçoit la petite rivière d'Oudjida , avant de pénétrer dans les montagnes de Trara. La Tafna , qui prend sa source dans les montagnes de Béni- Snouse, conserve son nom jusqu'à la mer. Béni- Snouse est le nom d'une tribu qui habite plusieurs dachekras à environ douze lieues au sud d'Harchegoune. Le Sik-ack est un torrent rapide qui se trouve à deux lieues au nord de TIemsen, sur la route de Tackom-brit. Une de ses sources est légèrement thermale , et cependant poissonneuse, d'où lui vient son nom d'Ain-el-Houte ou la fontaine aux poissons.

L'Isser a sa source au sud-est, dans les montagnes des Benisme-al, tribu qui habite les bords du déseft. Abulféda en parle comme d'une rivière considérable ; et , à en j uger par sa position et l'analogie des noms, ce doit être YAssara de Ptolomée , et peut-être Yharis de l'anonyme de Ravène. Toutes ces petites rivières se réunissent à quelque distance de la mer.

» Ainsi , en comparant les lieux et les rivières

que je viens de décrire avec la géographie ancienne, on trouve que la Tafna est la Siga de Ptolomée, Tackom-brit la ville à laquelle il donne aussi ce nom , et Honneine le Gypsaria, ou plutôt le Portus-Cœcili de l'Itinéraire d'Antonin , par la raison que ces diffërens lieux sont situés entre le Grand-Promontoire et la rivière Atsara. Pline, comme Ptolomée, place Siga à Test de la Moulouia , dans la Mauritanie Césarienne. Mais on ne sait que conclure de ce quedit Pline, quand il ajoute que Sigaesl situé vis-à-vis de Malaclia , aujourd'hui Malaga , en Espagne , attendu que cette ville n'étant qu'à soixantetreize lieues à l'ouest nord-ouest de Tackombrit, clic ne serait pas à sa véritable position. De plus, si Siga était sous le même méridien que Malaga (car c'est ainsi qu'il faut entendre ces mots de Pline, ex adverso), la Tingitanie, qu'il avait déjà raccourcie, aurait encore moins d'étendue; et la Moulouia , qui la borne à l'est , ne serait ainsi qu'à vingt-cinq lieues de l'Océan- Atlantique. 11 faut donc donner un autre sens à ce que dit Pline , ainsi que je l'expliquerai ailleurs. Mais dans tous les cas, il est hors de doute que Siga occupe réellement la position que nous lui assignons à quelque distance »!e la Moulouia. Mon opinion , à cet égard , est

foudée sur l'autorité de l'anonyme de Ravènc , et sur celle de l'Itinéraire d'Autouin, qui placent Siga à onze lieues à l'ouest du Flumen- Saisum des anciens. On peut dont conclure de ce qui précède , sans craindre de se tromper, que la Tafna est l'ancienne Siga, et Tackombrit la ville du même nom, qui paraissent Tune et l'autre avoir été connues de Scylax, toutefois avec cette différence qu'il appelle la ville Sigum.

» Après avoir laissé la rivière Tafna et l'île SAcra au sud-sud-est, on arrive à une petite baie que Ton appelle ordinairement le port d'Im-mi-si. Il existe une tradition parmi les Arabes , d'après laquelle ce serait ici le port de l'ancienne ville de Trans-rant , qui n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de ruines, à trois quarts de lieue de la mer, dans la plaine de Zeidoure. Près de ces ruines coule un petit ruisseau qui , après avoir arrosé le pays des Ouelled-Halfa, se jette dans le port d'Im-mi-si. 11 faut que l'une ou l'autre de ces villes soit l'ancienne Camarata, que l'Itinéraire d'Antonin place à une égale distance du Portas- Sigensis et du Flumen-Satsum.

» A trois lieues au nord-ouest du port d'Immi-si se trouve l'embouchure de TOued-el-

Mailah, qui est le Flumen-Salsum ou Rivière- Salée des anciens, ainsi nommé de la qualité sa u mètre de ses eaux ; c'est aussi la signification de son nom arabe. 11 prend sa source dans le Souf-el-Tell, petit district situé à dix lieues au sud-est. Ses eaux, qui sont d'abord très salées, le deviennent moins à mesure qu'il approche de la mer, et qu'il reçoit un plus grand nombre de ruisseaux d'eau douce. Dans la plaine de Zeidoure je trouvai ses eaux beaucoup trop saumâtres et trop pesantes pour être bues. Mais il y en a si peu de bonnes dans ces contrées, que les Arabes y sont habitués, et en boivent sans répugnance.

» Le Si-nan est le plus considérable des petits aftluens de l'Oued el-Mailah. Il prend sa source dans la plaine de Zeidoure , où il serpente agréablement, et change de nom suivant les lieux qu'il arrose. Peu après s'être réunies à l'Oued el-Mailah, ces deux rivières se jettent ensemble dans le golfe d'Harchegoune.

» La tribu de Ceffa occupe le district montagneux situé au nord-nord-est de la rivière d'Oued-el-Mailah. Au bord de la mer est le petit port de Madagh , à trois lieues à l'est du Ras-Azintoure.

9 A deux licucs vis-à-vis de Marlagh est la

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plus grande des îles Ha-biba , où l'on trouve de l'eau douce et un abri pour de petits bâtimens. Sur le continent au sud-est , et au-dessous de Chefla, on aperçoit la petite ville d'Ândalouse, bâtie par une colonie de ces Maures andalousiens qui furent chassés d'Espagne au commencement du siècle dernier.

» À deux lieues et demie au nord-est d'Àndalousc est la plus petite des îles Ha-biba ; et vis-é-vis de cette Ue , l'embouchure de la rivière Kasaab , ainsi nommée des roseaux qui croissent sur ses bords. Cette rivière prend sa source dans les montagnes voisines, et se jette dans une petite baie qui est bornée à Test par le cap Falcon , comme nos matelots l'appellent , et que les Maures nomment Ras-el-Harche-fa, c'est-à-dire le Promontoire-Raboteux. Lorsque je passai près de ce cap , dans le mois de décembre , je remarquai que différentes parties de la côte étaient ensemencées de froment et d'orge , mais que le promontoire luimême était un rocher aride. Ces signes de fertilité pourraient faire douter que ce soit ici le Metagonium de Strabon ; et quoique sa position soit , il est vrai , opposée à celle de la nouvelle Carthage, il n'en est cependant éloigué que de trente lieues; ce qui ne fait pas le

tiers des trois mille stades dont parle Strabon.

» A lest du cap Ras-eUH arche-fa est une belle baie dont le fond est de sable , et qui n'est exposée qu aux vents du nord-est ; les Maures l'appellent le port de Ras-el-Harche-fa. C'est dans cet endroit que les Espagnols débarquèrent dans leur dernière expédition contre Oran .

» Deux lieues plus loin , dans la même direction , se trouve le port de Mers-el- Kébir, le Portus-Magnus des Romains, ainsi nommé par sa grandeur et sa profondeur. 11 y en a un autre â deux lieues de là , sous les murs d'Oran, que les Maures appellent par opposition Mers-el- Seighher, le Petit-Port. Mais comme il est exposé aux vents du nord , les navires n'y mouillent guère que dans la belle saison. Le port de Mers-el-Kébir, Mazalquivir, ou Mersalcabir, comme le nomment les Espagnols , est formé par une langue de terre qui s'avance près de cent toises dans la baie, et l'abrite des vents du nord et du nord-est. Le château coustruit pour sa défense était, lorsque je le vis , plus remarquable pour sa grandeur que pour sa force et son architecture , quoiqu'il y en eût une grande partie, particulièrement à l'ouest , qui était taillée dans le roc avec assez d'art. Tout près de ce château

sont quelques ruines qui u occupent toutefois qu'un petit espace; il pourrait se faire que ce fussent celles de la ville dont parlent Pline et quelques auteurs modernes.

» Si donc on admet que Mers-el-Kébir soit le Porlus - Magnus des anciens, et l'Oued -el- Mailah le Flumen-Salsum , ce dont on ne saurait douter, attendu la ressemblance des noms, ou sentira le peu de fond que l'on peut faire sur ce que les anciens disent de la position et de la distance de ces deux villes. Car l'Itinéraire d'Àntonin porte cent sept milles romains (i) entre le Flumen-Salsum et le Porlus- Magnus; au lieu qu'il n'y en a tout au plus que cinquante-quatre (20 lieues). Ou éprouve le même embarras pour déterminer la position exacte de Crispœ, de Gilva-Colonia , de Castra- Puerorum, et des Portus-Divini, que l'Itinéraire^ d'Antonin place aussifsur cette côte. Si , en prenant Madagh pour Crispœ , ou plutôt pour Gilva-Colonia, et Andalouse pour Castra- Puerorum, l'on double le Ras - Àzintoure , on trouvera que la distance du Flumen-Salsum à Madagh n'est que de neuf lieues et demie , au

(1) 26'i lieues et demie de 3,000 toises , le mille romain étant de toises. ( Note du traducteur).

lieu de douze que porte l'Itinéraire. La différence sera encore moindre entre Gilva et Castra - Puerorum , et entre ce dernier endroit et les Portus-Divinij en sorte que la distance entre les deux premières villes ne sera que de deux lieues trois quarts au lieu de sept et demie; et entre les deux dernières, que de trois lieues trois quarts, au lieu de vingt-trois que Ton trouve dans l'Itinéraire.

» Il existe encore d'autres objections quant au PortusDivini ; car si les anciens n'ont parlé que d'un seul et même heu, il est impossible de faire cadrer ensemble les différentes positions que Strabon et Ptolomée leur ont données relativement au Portu*-Magnu$. Que si ce sont deux ports distincts , tels qu'ils sont indiqués dans l'Itinéraire d'Antonin , il faut que ce soient lesdeuxbaies du Ras-el-Harchefa. Ainsi, en comptant depuis celle qui est située le plus à l'ouest jusqu'au P omis- Magnat, on ne trouve que vingt lieues, au lieu de quinze que porte l'Itinéraire. Il est vrai que Cellarius a en quelque manière remarqué avant moi que Strabon, en plaçant son Portus-Deorum à six cents stades ( 226 lieues) , à l'est de la ville de Siga , en a en quelque sorte fixé la position près de ce lieu.

» Mais quoi qu'en dise Strabon, et quoique toute espèce de bâtimens puissent trouver un abri dans l'un ou l'autre de ces ports contre les vents du nord-ouest et du nord-est, qui sont les plus fréquens et les plus à craindre dans ces mers, il est possible que par ces grands noms de Portas -Divini et Portas- Dcorum les anciens aient voulu parler de quelques autres ports plus sûrs et plus commodes. Ne pourraitil donc pas se faire que le Porlus-Divini fût le Portus-Magnus ou le port <ï Arsenaria? ou celui-ci le Teon-limende P toi ornée; et l'autre, qui est plus à l'ouest, le Teon-limen de Strabon? Leurs positions répondent d'ailleurs à celles qu'indiquent ces auteurs.

• Oran est à deux lieues au sud-est de Mersel-Kébir, et à environ vingt-deux lieues au nord-est de Tlemsen. C'est une ville fortifiée, et qui a près de huit cents toises de circuit. Elle est bâtie sur le penchant et au pied d'une haute montagne qui s'élève au nord- nord ouest, et au sommet de laquelle s'élèvent deux châteaux qui commandent la place. On voit au bord de la mer, à quelques centaines de toises, Mers-el-Seighher, et à l'extrémité nordouest de la baie, Mers-el-Kébir. A une très petite distance â l'ouest de la montagne dont

il tient d'être question, il y en a une autre, appelée, je crois, Mazetta, qui est plus élevée que la première. Elles sont d'ailleurs séparées par une vallée; ce qui fait que leurs sommets paraissent entièrement isolés, et servent de point de direction aux navires en mer. Au sud et au sud-est sont deux autres châteaux, bâtis au niveau de la partie inférieure de la ville, mais entre lesquels serpente aussi une vallée profonde qui forme comme un fossé naturel dans la partie méridionale de la place. Au haut de cette vallée, en passant sous les murs, se trouve une source d'eau excellente, qui a plus d'un pied de diamètre. Le ruisseau qui en sort suit les sinuosités de la vallée, et alimente abondamment les fontaines de la ville. Toute cette vallée offre une multitude d'objets pittoresques , tels que des plantations d'orangers, des chutes, des cascades dont les eaux coulent à travers des bosquets d'une délicieuse fraîcheur. Près de la source il y a un autre château qui défend la ville et les matamores ou fosses où les Arabes conservent leur blé.

» La ville d'Oran n'a que deux portes, qui sont toutes d'eux du côté de la campagne.

Celle qui est appelée la porte de Mer, parce qu'elle est la plus voisine du port , est surmon-

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tée d'une grande tour carrée que l'on pourrait armer en cas de besoin. Près de loutre , appelée la porte de Tlemsen , on a élevé une batterie. La casauba ou citadelle est située au nordouest, dans la partie la plus élevée de la place. Le côté opposé , c est-à-dire vers Mers-el-Seighher, est défendu par un bastion régulier. On peut juger, par ce qui précède , qu'Oran est une place importante ; et que sans la peur panique qui s'empara des habitans lors du débarquement des Espagnols , ils auraient pu opposer une longue résistance. Durant le temps que les Espagnols restèrent maîtres d'Oran, ils y bâtirent plusieurs belles églises , et autres édifices publics, dans le goût des anciens romains, mais avec moins de solidité. Ils ont aussi imité les Romains , en plaçant dans les frises et autres parties de leurs bâtimens des inscriptions en leur langue , qui donnent une médiocre idée de leur style lapidaire (1).

(') Oran fut pris par les Espagnols, sous le cardinal Xi menés, en i5oc); repris par les Maures eu 1708, et eulevé une seconde fois, en i;J2, par les Espagnols, qui toutefois Tout restitue récemment au dey d'Alger, en ne conservant que le château de Mers-cl-Kebir. Oran est situé par les 55* 5o' de latitude nord , et les a° 5o' de longitude ouest du méridien de Paris. (Note du traducteur.)

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