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» Je n'ai trouvé aucune antiquité romaine à Oran ni à Giza , village habité par une petite tribu d'Arabes , et dont le nom a beaucoup de rapport avec la Quiza ou Coionia des anciens, qu'ils placent immédiatement après le Porius- Magnus , c'est-à-dire à peu près dans la position de Giza.
» Pline met sa Mulucha, et Ptolomée sa Chylemath, entre Quiza et le Portas- Magnus.
Il est vrai qu'entre ce dernier endroit et Oran, on passe un petit ruisseau qui prend sa source à une centaine de toises de la mer ; mais il n'y a point de rivière de ce nom plus près que l'Oued-el-Mailah d'un côté, et Sigg de la l'autre. Ainsi cette rivière, qui a tant embarrassé Pline et Ptolomée, n'existe pas, du moins dans la position qu'ils lui assignent.
» En s'avançant au nord-nord-est, on trouve, à quatre lieues de Giza j le petit village de Canastel , qui est situé très agréablement au milieu d'un grand bois d'oliviers, et au pied d'une haute chaîne de montagnes. Cette chaîne, qui s'étend jusqu'à Gibel-Ker au sud , et au cap Ferrât du côté de la mer, sépare les golfes d'Oran et d'Arziou. Les Arabes disent que ces lieux servent de retraite à un grand nombre de lions et de sangliers ; et en effet nous vîmes
des traces de ces animaux dans les bosquets et les vallées que nous traversâmes.
y> A deux lieues au nord-nord-est de Canastel, s'avance le cap Ferrât, qui est le Mesaff d'Edrisi. Ce promontoire est remarquable par un rocher élevé , qui en est à une petite distance dans la mer, et qui a assez de ressemblance avec un vaisseau sous voile.
» À cinq lieues au sud -sud-est de ce cap, est le port d'Àrziou , appelé parles Maures Béni- Zeian, du nom d'une tribu de Kabyles du voisinage , autrefois très considérable. Il a à peu près la même forme que le Portus-Magnus; mais il est plus étendu, et méritait beaucoup mieux l'épithète de Divini que les deux ports dont nous avons parlé. Ptolomée place son Portus-Deorum entre Quiza et Arsenaria, qui ne peut être , comme je l'ai déjà remarqué , que le port d'Arziou; surtout si Giza ou Oran est l'ancienne Quiza. Je dois cependant faire observer ici que Ptolomée ne met son Portas- Deorum qu'a dix minutes à l'est, et à quinze minutes au sud de Quiza; à vingt minutes à l'ouest $Ar$enaria> et à cinq au sud ; ce qui ne cadre aucunement avec le gisement de la côte, ni avec la position des lieux environnans. » Arziou, l'ancienne Arsenaria, est à environ
une lieue de son port, comme le dit Pline; en arrière s'étend une belle et riche plaine de plusieurs lieues de long. Mais vers la mer il existe differens précipices, qui le défendent de ce coté. L'eau dont on y fait usage se trouve audessous du niveau de la mer; ce qui est peutêtre cause qu'elle est un peu saumâtre. Elle provient de différens puits creusés près des précipices dont je viens de parler, et qui paraissent aussi anciens que la ville même. 11 existe parmi les habitans une tradition d'après la* quelle il paraîtrait que leurs ancêtres jouissaient de l'avantage d'avoir de très bonne eau, qu'ils recevaient par un aquéduc. Pour m'en convaincre, ils me montrèrent quelques arches qui, d'après moi, ne sont point celles d'un aquéduc, parce que l'on n'en découvre aucune trace entre Àrziou, la Sigg et le Talilet, qui sont les seules rivières qui pussent l'alimenter. Il faut donc que ces arches soient les débris de quelque autre édifice , dont il serait toutefois difficile dé dire le genre , par le peu qui en reste. Pour suppléer en quelque sorte au manque d'un aquéduc , les fondateurs d' Arziou y avaient fait construire un grand nombre de citernes destinées à recevoir les eaux pluviales. Toutefois, les habitans actuels n'ont pas con-
servé à ces citernes leur usage primitif, et en ont fait leurs demeures.
» On trouve parmi les ruines d'Arziou des chapiteaux, des fûts, des bases de colonnes, et d'autres ruines antiques. Un magnifique chapiteau d'ordre corinthien , en marbre de Paros, sert de support à l'enclume du maréchal du lieu ; et dans la maison du kaide (1 , , je découvris par hasard , à travers les trous d'un tapis de pied en lambeaux , un pavé en mosaïque d'une grande beauté. J'y vis aussi une chambre sépulcrale de quinze pieds carrés , sans niches ni ornemens , mais dont les murs étaient couverts d'inscriptions latines, en lettres capitales romaines.
• À deux lieues au sud d'Arziou , se trouve une vaste étendue de terrain couverte de salines, et d'où les tribus du voisinage tirent tout le sel dont elles ont besoin. Ces salines seraient un véritable trésor sous un aulregou vernement, attendu leur abondance , la facilité qu'offre leur exploitation, celle du transport, et le voisinage de la mer. En hiver tout cet espace ressemble
(i) Nom arabe donné au principal magistrat dans toutes les villes, bourgs et villages de ces contrées, et d'où dérive le mot espagnol alcayde ou alcade,
{Note de l'auteur.)
à un lac ; mais en été l'eau s'évaporant par la chaleur du soleil, le sel se cristallise en très peu de temps.
»En se dirigeant à Test, et à deux lieues d'Àrziou, on voit deux ports à galères pratiqués dans une partie très escarpée et très rocailleuse delà côte. Ils paraissent avoir été autrefois tous deux protégés par un même fort qui s'élevait au-dessus , et qui était abondamment pourvu d'eau provenant d'une montagne du voisinage, au moyen d'un aqueduc., lequel subsiste encore, et pourrait être réparé à peu de frais.
» Un peu plus loin est l'embouchure des rivières de Sigg et d'Habrah, qui se réunissent à environ une lieue avant que de se jeter dans la mer. Le ïalilet , qui descend des montagnes de Taforooui, s'y joint aussi lorsqu'il n'inonde pas la plaine en se débordant.
» La Sigg ou Sikke prend sa source dans les montagnes de Sidy-Ali-Ben-Djoube , à seize lieues au sud-ouest. Dans la plaine de Tessailah on lui donne le nom de Makerra , et celui de Sigg à son entrée dans celles de Mildy. On pourrait croire que la Sigg est l'ancienne Siga, si l'on ne s'en rapportait qu'à l'analogie des noms.
Mais les anciens géographes placent la Siga beaucoup plus à l'ouest. Toutefois , il semble
que le nom de Sigg lui vient plutôt du mol arabe Sikk ou Sakih , qui signifie une rigole , ou un petit fossé destiné â larrosement des terres, tels qu'en font les habitans des plaines de Midly.
• La Habrab a ses sources à vingt lieues au sud. La principale d'entre elles, qui est à Nisrag , sort de terre avec bruit , et une grande impétuosité. On trouve sur la rive gauche, à huit lieues de la mer, une source thermale appelée hammaile ou bain chaud ; il y existe aussi plusieurs anciennes citernes. Jusque-là, la Habrah porte le nom de Tagia ; mais elle prend ensuite celui d'Ouadi-el-Hamman, ou la Rivière des Bains, qu'elle conserve jusqu'à ce qu'elle parvienne, à travers différentes montagnes et vallées , aux mêmes plaines qu'arrose la Sigg , et où elle est connue sous la dénomination d'Habrah, du nom d'une tribu de Bédouins qui campent sur ses bords.
> Les rivières de Sigg et d'Habrah offrent à leur confluent une largeur assez considérable. Leur embouchure s'appelle el-Muckdoh, c'està-dire légué : c'est en effet dans cet endroit que l'on passe ces rivières pour se rendre d'Ârziou à Mostagan , quoique ordinairement leurs eaux se perdent dans les sables , excepté durant la
saison des pluies. Ces rivières, attendu leur position relativement kArsenaria, devraient être le Cartennus de Ptolomée et la Cirât de Marmot; mais, quelques recherches que j'aie faites à cet égard, je n'ai pu trouver aucun nom qui eût le moindre rapport avec la Sigg.
» Masagran ou Mazachran , petite ville entourée d'un mur en terre , est située sur le versant occidental d'une chaîne de collines, d'où la vue plane sur la mer, dont elle est à environ cent toises, et à cinq lieues nord-est d'el Mockdah. L'espace compris entre cette ville et Mostagan est occupé par un grand nombre de vergers, de jardins, et de maisons de campagne, agréablement disséminés le long du rivage. Une chaîne de montagnes qui s'élève au sud-est abrite ce district des vents nuisibles, et lui fournit de nombreux cours d'eau.
Mostagan ou Mustiganin s'élève en amphithéâtre au bord de la mer; mais elle est partout entourée de montagnes du côté de la campagne. Cette ville, qui est un peu plus grande qu'Oran, est , après Tlemsen , la plus considérable de la province. Les habitans assurent qu'elle doit son origine à la réunion de plusieurs villages contigus les uns aux autres , assertion que semblent confirmer d'assez grands espaces vides que I on
remarque dans son enceinte. Au centre, on voit les ruines d'un ancien château moresque qui, par sa construction , paraît avoir été bâti antérieurement à l'invention des armes à feu.
L'angle nord-ouest, qui domine sur la mer, se compose d'une forte muraille en pierre de taille* Mais il y a un autre château fort , bâti plus régulièrement, et où il y a une garnison turque» Cependant, comme Mostagan est dominée par les hauteurs qui l'environnent, sa principale force consiste dans une citadelle construite sur l'une de ces hauteurs, et qui commande la ville et le pays d'alentour.
• La force et la bonté de ses murailles, par* ticulièrement au nord-ouest, portent à croire qu'elles sont l'ouvrage des Romains. Il est vrai que je n'y ai trouvé aucun autre débris d'architecture ancienne. Mais Mostagan et Masagran sont si bien situées, et si bien pourvues d'eau , qu'il est douteux que les Romains ne s'y soient pas établis. Au reste, Pline et Ptolomée assignent à leur Cartenna la même position astronomique que Mostagan , et l'Itinéraire d'Antonin donne la même distance entre Arsenaria et Cartenna, que celle que je trouve entre Arziou, Masagran et Mostagan. Il faut donc que l'une ou l'autre de ces villes, ou pcul-êlre toutes les
deux, aient été colonisées par des habitons de Cartenna ; ou bien , attendu leur proximité et la communauté des terres qui existe entre elles, et qui a probablement toujours existé, qu'elles aient été jadis réunies, et ne formaient qu'une même ville sous le nom de Cartennœ au pluriel, comme Ptolomée l'écrit.
• A trois lieues au nord-nord-est de Mostagan, il existe une source d eau excellente, entourée de ruines. Les Arabes donnent à ce lieu le nom de Kol-mita (c'est à-dire tous morts), en mémoire d'un combat qui se livra près de là , et dans lequel tous ceux du parti le plus faible furent passés au fil de Tépée. La forme de ces ruines, et leur distance à environ une lieue et demie de Cartenna, feraient supposer que ce sont les restes du Lar Castellum de l'Itinéraire d'Antonio.
» A une lieue un quart au nord-ouest de Kol-mita est l'embouchure du Chélif, dont le nom est une corruption du mot Chinalaph, de l'ancienne géographie. C'est la rivière la plus considérable de la régence. Elle sort du Sahara (i), à environ trente lieues au sud-est. Ses sources, que l'on appelle, de leur nombre et de
(i) L'auteur a voulu dire ici le désert d'Angad.
(Noie du traducteur.)
leur proximité mutuelle, Sebbeine-Aine ou Sebaoun-Aioun , c'est-à-dire les soixante-dix sources, se jettent, peu après leur réunion, dans le Nahr-Ouassol, petit ruisseau qui prend alors son nom.
» Delà , le Chélif coule d'abord à Test l'espace de douze lieues, et reçoit le ruisseau de Midroe, situé à dix lieues sud-est des soixante-dix sources. 11 se dirige ensuite du nord au sud, pendant seize lieues, jusqu'au village de Sidy-Ben- Tyba, après avoir traversé le lac Titerie ; puis il tourne à l'est, et décrit une ligne presque parallèle à la côte de la mer, où il se jette par 36* 10' de latitude nord.
» Après l'Harbine, l'affluent le plus considérable du Chélif est l'Oued-el-Foddah ou la Rivière-d'Argent , qui s'y jette à quatorze lieues à l'ouest. Cette rivière prend sa source dans l'Oua-nache-rise, haute montagne dont le sommet est ordinairement couvert de neige, et qui renferme des mines de plomb. Après les grandes pluies, l'Oued-el-Foddah charrie des particules de ce minéral, dont quelques-unes s'arrêtent sur ses bords, et brillent comme de l'argent au soleil, d'où lui est venu son nom. A sept lieues a l'oucst-sud-ouest de l'Oued-el- Foddah, vis-à-vis de Mazouana, le Chélif reçoit
l'Arhiou , qui prend sa source à six lieues au uord-nord-ouest de Sebbeine-Aine , et coule sur une ligne presque parallèle à la Mina; puis cette dernière rivière, dans le district d'el- Mildy-ga , à cinq lieues à l'ouest d'Arziou , et à cinq au sud-est de Gibel-Diss. Elle est formée de deux bras, l'un situé à l'est, et qui prend sa source à seize lieues et demie au sud du point où il se joint au Chélif, et l'autre appelé l'Ouedel-Abdt, à seize lieues au sud-ouest. Ces deux bras, après avoir arrosé chacun environ six lieues de plaine, se réunissent près du tombeau de Djilelli-Ben^Omar, qui était un marabout très estimé. Le Chélif reçoit en outre l'Ouarissa, la Tagia, le Rouina, et quelques petits ruisseaux. Ebn-Said, cité par Abulféda, dit que, comme le Nil, le Chélif croît en été; mais je suis persuadé qu'il n'en est rien.
» INédroma ou Nédrone est situé tout près de ces montagnes, un peu au sud -est de Tooûnt. Cette ville, que sa position favorable et la fertilité de son territoire font supposer avoir été anciennement d'une grande importance, et peut-être même la Celama ou l'&rbara de Ptolomée, n'offre plus aujourd'hui de remarquable que ses fabriques de poteries.
» A sept lieues sud-est de INédroma , s'élè-
( Ml )
vent les montagnes des Béni-Snouse, aussi célèbres pour leurs figues et leurs pommes de pin , que la tribu des Béni-Snouse qui les ha-
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le plus considérable est Tefzra, qui n'est pourtant pas YAstaceiis de Ptolomée.
y> A cinq lieues au sud-sud-est de 1 embouchure de la Tafna est la ville de Tlemsen, comme récrivent les géographes modernes; quoique les Maures et les Arabes l'appellent Telemsam ou Tlemsan. Elle est située sur une hauteur, au-dessous (Tune chaîne de rochers escarpés qu'Edrisi nomme Sachratain, et au sommet de laquelle se trouve un assez grand plateau d où découlent une multitude de sources qui , en se réunissant , forment des ruisseaux et des cascades que Ton voit en allant à Tlemsen. Le ruisseau qu'Edrisi appelle Anasserani est formé par différentes sources qui sont à l'ouest , et met aujourd'hui, comme il le faisait jadis , un grand nombre de moulins en mouvement. 11 y a aussi dans la ville une fontaine très abondante , dont l'eau y arrive par un conduit souterrain ; d'où je suis porté à conclure que comme tout ce pays est rempli de sources , il n'est pas nécessaire de faire alimenter cette fontaine par la Fouara, en Nu-
mi die, ainsi que le prétend Ma r mol. Elle suffit d'ailleurs à tous les besoins des habitans , et des tuyaux en distribuent les eaux dans le château , dans les mosquées , et dans les autres lieux publics.
» A l'ouest de la ville est un vaste bassin carré qui a cent toises de long , et environ cinquante de large. Les habitans disent que les anciens rois de Tlemsen allaient s'y divertir, et que Ton y enseignait la navigation à leurs sujets. Mais il y a plus d'apparence qu'il était destiné à servir de réservoir en cas de siège, parce que, comme le remarque très bien Léon l'Africain, rien n'était plus aisé que de détourner les eaux provenant des sources de Sachratain. 11 se peut aussi que la destination de ce bassin fût d'arroser, dans les temps de sécheresse, les jardins et les habitations qui sont au-dessous. Edrisi parle d'un bassin semblable dans lequel se jetait le ruisseau d'Om-Zahia.
» La presque totalité des murs de Tlemsen est formée d'immenses blocs d'un mortier composé de sable , de chaux et de petits cailloux, et qui a acquis la consistance et la solidité de la pierre. On voit encore sur les murailles l'empreinte des moules qui ont servi à faire ces blocs, et dont quelques-uns ont cin-
quante toises de long, sur une de hauteur et une d'épaisseur.
» Tlemsen était autrefois divisé en plusieurs quartiers, peut-être dans le but de calmer plus facilement les révoltes qui y avaient lieu, ou pour prolonger la défense en cas d'attaque. Du temps d'Edrisi , il existait encore deux de ces quartiers , chacun desquels étant environné d'une haute muraille semblable a celle de la ville même , pouvait être regardé comme une ville distincte. Vers l'an 1670, Hassan, qui était alors dey d'Alger, détruisit presque entièrement Tlemsen pour punir ses habitans de lui avoir été opposés. Au reste il n'existe plus guère qu'un sixième de l'ancienne ville, qui, d'après ce que je puis en juger, pouvait avoir plus d'une lieue et demie de circuit.
» Parmi les ruines de cette ville, particulièrement à l'est , on voit plusieurs fragmens de Colonnes, et d'autres antiquités romaines J'eus occasion d'apercevoir dans les murailles d'une vieille mosquée plusieurs autels dédiés aux dieux mânes ; l'inscription suivante fut la seule que je pus lire:
D. M. S. M. Trebiu$ Âbulas an. LV. M. Trebius Ianvarius fratri carhsimo fecit.
• Grammaye nous apprend que le rabbin Abraham avait vu plusieurs médailles trouvées dans ce même lieu , avec cette inscription : Tremiscoi, ville que je crois avoir été inconnue aux anciens géographes. On a pris souvent Timice pour Tlemsen; mais je crois cependant que cette dernière ville doit être la Lanigara de Ptolomée. Il y a aussi quelque raison de présumer que le nom de Tlemsen n'est pas antérieur aux invasions des Arabes.
• A environ huit cents toises à lest de Tlemsen, se trouve le village de Habbed, où est le tombeau de Sidy • Boumaidian , qui y attire toujours un grand concours d'individus des lieux environnans.
• A peu près à la même distance à l'ouest, était autrefois la ville de Mansourah , qui n'a plus ni maisons ni habitons; mais dont la plus grande partie des murailles , qui sont bâties comme celles de Tlemsen, subsiste encore.
• Ces murs peuvent avoir trois quarts de lieue de circuit, et il y a environ la moitié de sa superficie en culture. Aboul-Hassan , pendant le long siège qu'il fît de Tlemsen , avait le projet de convertir Mansourah en une espèce de forteresse, pour tenir cette première ville plus rigoureusement bloquée. Au milieu de
Mansourah s'élève une haute et belle tour; mais la mosquée à laquelle elle apparteoait a subi le sort du reste de la ville. Il y existe aussi une source très abondante.
» À cinq lieues au-dessous de Tlemsen , sur les bords de Tisser, on passe par le Ilam-man du Marabout Sidy-Ebly, auprès duquel sont des ruines qui appartiennent probablement à Ttbda , ville dont parlent les historiens espagnols.
» Les plaines de Zeidoure commencent à Tisser, et s'étendent l'espace de douze lieues jusqu'à l'Oued -el-Mailah. Cette contrée délK cieuse est arrosée par un grand nombre de sources et de ruisseaux , et habitée par les tribus arabes d'Ouelled-Zeire et de Halfa, qui sont probablement les descendans des anciens Teladu siens.
» Vers le centre de ces plaines, on voit le Charf-el-Graab ou le Pinacle des Corbeaux. C'est un grand rocher pointu , à la base duquel coule un bras du ruisseau de Sinan. A (rois lieues un quart plus loin au nord-est de ce ruisseau , et à treize lieues au nord-nord -est de Tlemsen , on trouve les ruines de la grande ville de Sinan. Elle existait du temps d'Edrisi , qui la place à deux stations de Tlemsen.
» A six lieues de ces ruines, sont lcsGibel-Karkar, grande chaîne de montagnes qui bornent la vue au sud ; et à six lieues au-delà, dans la même direction, les montagnes des Béni-Smil, au revers desquels habitent les Hararr, qui sont les Bédouins de cette partie du désert ( d'Angad ). On donne le nom de Figig à quelques villages qui sont à cinq journées des Béui-Smil, au sud-sud-ouest. Ce district est célèbre par ses plantations de palmiers, qui fournissent des dattes à toute la partie occidentale de la province.
» A un peu plus d'une lieue de Sinan est le gué d'Oued-el-Mailah , dont les bords se composent d'un sable léger. On me montra près de là l'endroit où le vieux Barberousse distribua son trésor, dernier effort qu'il fit pour arrêter la poursuite de ses ennemis, mais qui ne lui servit à rien. Sur une hauteur, à environ quatre cents toises de l'autre côté de la rivière, on voit un sanctuaire moresque avec un grand nombre de matamores creusés alentour. Les religieux attachés à ce sanctuaire ne boivent point d'autre eau que celle de la Mailah.
v Bre-dih, petit district remarquable par un grand étang de bonne eau , est à deux lieues et demie au-delà de l'Oued-el-Mailah. On trouve
ensuite le petit village de Mesergin , à deux lieues et demie au nord-est de Bre-dih , et à la même distance au sud-ouest d'Oran. Mesergin est renommé pour un petit ruisseau d eau excellente qui y coule , et qui inonde ensuite une grande plaine , où l'on cultive toutes sortes de légumes et d'herbages pour le marché d'Oran.
Le Sibkah est une grande plaine sablonneuse , un peu au sud de Mesergin et de Bre-dih , et qui s'étend depuis le Flumen-Salsum au-delà du méridien d'Oran. En été elle est sèche, mais en hiver elle est toute couverte d'eau. Sur sa lisière, à l'est et au sud-est, jusqu'aux salines d'Arziou et à la rivière Talilet, on trouve les douares des Béni-Ammer, tribu nombreuse et guerrière. Ces Arabes ayant été en rapports journaliers avec les Espagnols, pendant le temps que ceux-ci ont été en possession d'Oran, la plupart d'entre eux parlent très bien la langue espagnole.
» Il y a ici une grande chaîne de montagnes qui est parallèle au Sibkah , et que Ton appelle à l'ouest Tessailah, et à l'est ïafarouy. En-deçà de ces montagnes, à six lieues au sud d'Oran, sont les ruines d'Arbailah ou Arbaal, que Marmol appelle Agobel; c'était autrefois une ville considérable.
» À deux lieues et demie en arrière d'Arbailah , se trouvent les ruines de TefFailah , ville dt; la même importance que la précédente , mais située dans un meilleur terroir, nu milieu d'une plaine qui porte son nom. Comme il y avait à Tcflailah une station romaine , et que cette ville est sous le même méridien qu'Oran ou Quizdi nous sommes disposés à croire que c'est l'ancienne Atlaeiiib plutôt que Tefzra; d'autant plus que le nom de Teffailah se rapproche assez de l'ancien nom, avant qu'il eût reçu une terminaison grecque ou latine.
» Toutes les montagnes et les plaines du voisinage sont habitées par les Ouelled-Aly et les Ouelled-Mousa-Ben- Abdallah, qui sont ennemis nés des Ouelled-Zeire et des Halfa. Le territoire situé le long des rivières Makerrah et Tagiah , avant qu'elles baignent les plaines de Midleyctdes Romaliah, appartient aux Hachem, qui, suivant les différentes parties du pays qu'ils habitent, portent les noms de Hachem-Craga , Hachem-Saha-RaouyetHachem-d'Agrise. C'est une des tribus les plus considérables de la partie occidentale de la régence. Ils ne paient aucune taxe, et servent en qualité de volontaires lorsque les Algériens ont besoin de leurs services. »Les plaines de Midley appartiennent au
vice-roi de la province ^ et sout cultivées pour son compte. Sur leur lisière â l'ouest , on trouve le sanctuaire de Sidy-Doud , et tout près de lé , quelques ruines que Ton appelle Abdt-el- Oued. Timice devait être près de ces lieux. Tagolnieinmelt, que je crois être le Tugilmal de nos cartes modernes, est à environ une lieue et demie au sud-sud-est de Mosty-Ganniuc ; à en juger parce qui en reste, cette ville parait avoir été considérable. Les grandes plaines qui se trouvent au-dessous sont très fertiles; elles portent le nom de Rouialiah , qui paraît être dérivé du mot arabe rommel, lequel exprime la qualité sablonneuse de ces plaines.
vEl-Callah, le grand marché des districts environnans pour les tapis et autres étoffes de laine, est à quatre lieues au sud-est de ces plaines, et à huit au sud-sud-est de Mosty- Gannine. C'est une petite ville bâtie sur une hauteur, comme son nom l'indique, et qui est sale, mal percée, sans égoûts et non pavée. Les Turcs y ont une citadelle et une petite garnison. Quelques grandes pierres, et différens autres objets que Ton y voit, portent à croire que c'est la Gitluiou peut-être T^jwirdePtolomée. Dapper et Sanson disent que ce doit êtreYJ toa ou YUrbara des anciens; mais ces deux villes
sont trop près de la rivière Assura et àuPortus* Magnus pour être la ville d'el-Callah. Il y a dans les environs plusieurs villages dont les habitans s'adonnent aussi à la fabrication des tapis.
» A cinq lieues au sud-est d el-CaUah , se trouve la ville de Mascara ou el-Mascar, composée en totalité de maisons bâties en terre. Elle est située au milieu d'une belle plaine, où s'élèvent plusieurs petits villages. Les habitans se sont refusés jusqu'à présent à ce que les Turcs occupent un petit fort qu'ils ont construit pour maintenir les Arabes dans le devoir. Sanson a raison de dire que c'est ici l'ancienne fictoria; mais il se trompe lorsqu'il indique sa distance à vingt-cinq lieues au sud-ouest d'Oran , puisqu'elle n'en est qu'à treize et demie au sud-sud-est.
» Autour des sources de la rivière Abdt, à douze lieues au sud-est de Mascara , sur les bords du désert, existe un assez grand nombre de dachekras, entre autres Frendah, Giran, Tagazoute et Sbibah, qui sont principalement habités par des Arabes. Sbibah est soumis aux Turcs depuis quelque temps; mais les autres dachekras sont situés dans des lieux d'un accès si difficile, qu'ils n'ont pu, jusqu'à présent,
obliger les habitaus à payer tribut. 11 existe à Sb i bah divers fragmens de murailles romaines, d'où Ton pourrait croire que cet endroit est l'ancienne Bitia, comme Giran, par sa ressemblance de nom, pourrait être l'ancienne Arina.
» Outre les Zi-Daamah et les Mahall , qui sont des démembremens de la tribu des Souide, on trouve dans ces quartiers les tribus arabes des Flitah, des MailifF et de Bou-Khammcl. Les Zi-Daamah et les Flitah occupent la plus grande partie du pays qui s'étend jusqu'au désert , entre les méridiens d'el-Callah et de Mascara. Les Ouelled-MailifF sont confinés par le petit district de Madder, et par un ruisseau qui coule à quatre lieues de la Habra. Deux lieues plus loin, à moitié chemin de la rivière Mina, sont les douares des Mahall, qui habitent près de la Fretissah, petit ruisseau dont les bords sont couverts de peupliers ; et au delà ceux de Bou-Khammel , la plus septentrionale de toutes ces tribus, et qui pénètre rarement au sud du Kolmyta et de la rivière Chélif.
» Les montagnes dont j'ai parlé jusqu'ici étant situées entre celles de Trara et d'el-Callah, paraissent être le Durdus de Ptolomée ; et les Angad, les Béni-Snouse, les Beni-Smial, et partie des Souide et des Hachem . doivent être les suc-
cesseurs des anciens Ma$$asylien$ et des Dryites.
» A deux lieues trois quarts à l'est de la Mina, est le ruisseau de Tagia, qui descend des montagnes de Béoi -Zérouall , un peu au nord du Chélif. Ces montagnes couvrent TA1- Had et le district d'el- Mildegah, et sont célèbres par la bonté des figues qui y croissent.
* L'Ouarissa , autre petit ruisseau aussi au nord du Chélif, est à deux lieues du Tagia.
Après avoir arrosé Mazoua , comme la Sigg, il fertilise, par des irrigations, les plaines qui bordent le Chélif.
» Mazoun est située à une lieue au nord du Chélif, au pied d'une longue chaîne de montagnes qui commence un peu à l'ouest de Béni-Zérouall , et se dirige parallèlement au Chélif jusqua Mé-dia. Cette ville paraît avoir été fondée par les Maures , par la raison qu'elle est bâtie comme el-Callah , et ne renferme au» cune ruine de temples ni d'édifices romains, quoi qu en disent Dapper et Marmol. Les auteurs de l'Atlas géographique la désignent comme la Colonia Novi Cas tri et YOppidoneum de Ptoloméc ; mais la table d'Agathodœmonis place ces deux villes trop à l'est pour quecela soit.
> Le pays au nord de Mazouna et des Béni- Zérouall, jusqu'à Gibel-Diss, s'appelle Ma-
Dig
grouah , du nom d'une tribu dont il est souvent parlé dans l'histoire de ces contrées , et qui en occupe encore aujourd'hui une grande partie. Les Ouelled-Oufrid , qui appartiennent aussi â ce district, habitent près de la côte de la Méditerranée , vis-à-vis de l'île des Pigeons. Les Ze-Rysa occupent le pays situé à l'ouest , près de Rommel-Abiad et de Hamise; les Ouel- Icd-Selima et les Ouidam , les montagnes qui sont entre Mazouna et les Béni-Zérouall. Ces derniers parcourent aussi les bords de la Tagia et de l'Ouarissa, et cultivent quelquefois la plaine qui s'étend sur le bord méridional du Chélif. Je n'ai pas pu savoir s'il y avait quelques restes d'antiquités dans le pays des Magrouah; mais je crois cependant qu'on peut les regarder comme les descendans des Machusiens dont parle Ptolomée.
» Kntreles rivières Mina et Àriou gisent les ruinesde Tagadempt, le Torgdentje Tigedent ou Tigendentum de l'Atlas géographique, et que Sanson place à quarante-cinq lieues au sud d'Oran, et à plus de quarante-huit lieues au sudest de Tlemsen. Mais ni cette distance ni cette position ne conviennent au Tagadempt de nos jours, qui est situé un peu au nord des sources de la Mina , à vingt-cinq lieues sud-est d'Oran,
et à vingt-neuf lieues est-nord-est 'de Tlemsen. C'était autrefois une grande ville qui n'a été abandonnée des Arabes que depuis quelques années. Ils y ont d'ailleurs laissé différentes traces de leur mauvais goût en fait d'architecture, et ont eu soin d'abattre et de gâter tout ce que leurs prédécesseurs y avaient érigé de beau et de grand. Si c'est ici la Tignident de Marmol , il est difficile de comprendre comment il a pu avancer que c'était l'ancienne Julia-Cœsarea, qui était certainement un port de mer fort éloigné du lieu où Tagadempt est situé.
» Souamma , autre village en ruine , est à cinq lieues au sud de Tagadempt, sur les confins du désert ; on l'appelle ordinairement la Souamma de Mindass , du nom du territoire environnant.
y> Nador , ville considérable des Arabes gétuliens, à huit lieues au sud de Souamma , est située dans le désert, et bâtie sur une colline que l'on peut prendre pour le mont Malethubalus de Ptolomée. Au-dessous coule la Susellim, rivière qui, au-delà de Go-djida, se perd dans les sables, et devient rachig, comme di- . sent les Arabes, c'est-à-dire qui ne coule plus; ce qui est le cas avec plusieurs autres rivières dcBarbarie,atnsi que le remarque aussi Strabon.
» Go-Djida, situé sur la même chaîne de collines que Nador, mais à six lieues au sud-est, devrait être la Guagida de Sanson, que ce géographe place è vingt-deux lieues au sud d'Oran, et à trente-trois lieues au sud -est de Tlemsen , quoique Go-Djida soit à plus de quarante lieues de Tlemsen , et presque à la même distance d'Oran. L'Atlas géographique fait du Guagida de Dapper et de Sanson la même ville, quoique la Guagida du premier, qui se trouve à trois lieues trois quarts au sud de la Méditerranée , et presque à la même distance à l'ouest de Tlemsen , doive être la Ou-Djida des Tingitaniens.
j> Sur les bords de l'Àriou , à six lieues à l'est de Tagadempt, et à dix au nord de Go-Djida, se trouvent les ruines de Meratte; et deux lieues plus loin, une autre ville en ruine qui s'appelle Lo-Ha.
» La Tarrum, la Vagœ, et la Garra de Ptolomée devaient être dans ce district. Tarrum , se trouvant le plus au sud, et à près de deux degrés dans la même direction que Victoria , est vraisemblablement Go-Djida ou Nador. Vagœ, par sa position d'un degré plus à l'ouest, et de quarante cinq minutes plus au nord, se trouverait ainsi être Tagadempt ou Souamma; vi
Carra , qui est encore plus au nord , près du méridien de Tarrwrn, Meratte ou Lo-ha. C'est du moins ce que je suis porté à conclure, quelque difficile qu'il soit d'ailleurs de fixer exactement , faute de ruines et d'inscriptions antiques, la position des différentes villes dont parient Ptolomée et les autres géographes anciens.
» Le territoire qui environne Lo-ha, et qu'occupent les Souide, la plus puissante de toutes les tribus arabes de ces contrées, est très fertile. Le nom de cette tribu, qui signifie noir, leur vient , dit-on , d'un étendard de cette couleur qu'ils portaient anciennement dans leurs marches. Us ne paient aucune espèce d'impôts , et ne servent les Algériens qu'en qualité de volontaires. Au-dessus des Souide, depuis Tagadempt jusqu'à Sebbeine-Aine, sont les campeînens des Ouelled-Boukor; et derrière ceux-ci ceux des Ouelled-Halif , tribu qui ne s'adonne point â l'agriculture , mais qui se livre exclusivement à l'éducation du bétail. Les anciens Malice* et les Manlurares habitaient probablement ce district.
» A trois quarts de lieue à Test de l'Ariou , est le tombeau de Sidy-Abid . qui s'élève sur les bords du Chélif. Deux lieues plus loin sont
les ruines de Mejoddah , x\ui était une station romaine. Cette ville est bâtie sur une hauteur, au pied de laquelle passe le Chélif. A une lieue et demie de Mejeddah t et à une lieue de la rivière, se trouve le Memoun-turroy, vieille tour carrée qui doit avoir été le tombeau de quelque ancien romain. Les Arabes disent que cet édi- 6ce, ainsi que plusieurs autres du mêmegenre, avaient été bâtis pour y cacher des trésors.
» Les ruines de Menon et de Sinaab, qui étaient anciennement deux villes voisines Tune de l'autre , sont à deux lieues au-delà de la tour en question, sur les bords du Chélif. La dernière, c'est-à-dire Sinaab, me parut avoir en* viron une lieue un quart de circuit; mais je n'y trouvai d'autres vestiges de l'antiquité que quelques pans de mur et de grandes citernes On tient dans son voisinage le Souk-el-Hamisc, ou le marché du jeudi.
y> Le mont Ouan-nache-rise, le Guenseris de Sanson, et le Gansqr de Duval, est à huit lieues au sud-est de Sinaab. Comme il s'élève au-dessus de toutes les autres montagnes du pays, il sert de point de direction aux navires qui fréquentent ces parages. Ce doit être ici le mont Zalacus dePtolomée, et Sinaab son Oppidoneum.
» A douze lieues au sud-sud-est de l'Ouanna -chc -rise , sur les bords du désert , est la bourgade de Tessom-Sily , qui ne se compose plus que d'un assemblage de masures. A huit lieues plus loin sont les ruines de Tockeriah , près d'un petit ruisseau ; et à six autres lieues de Midroe, les limites des Loouât et des Animer, deux puissantes tribus des Gétuliens. Les Animer habitent les montagnes hautes et escarpées où la rivière Adge-di prend sa source; ces montagnes forment une partie du tnons Phrurœsus de Ptolomée.
» Laissant les contrées que je viens de décrire, et remontant au nord, on trouve la haute montagne de Tmolga, au-dessous de laquelle, et sur les bords du Chélif, on voit les ruines d'une petite ville du même nom que la montagne. Une lieue et demie plus loin, on trouve le ruisseau de Roucna , puis les ruines de Ze~ di-my, autre petite ville sur le bord oriental de ce ruisseau.
• £1 Khadah-rah , la Chadra d'Edrisi , est à douze lieues en ligne droite de la rivière Foddah. Elle est située comme Mejiddah sur une colline, et près du Chélif. Ses ruines sont aussi nombreuses que celles de Sinaab. Une chaîne de montagnes qui s'élève sur le bord opposé 1
du Chélif l'abrite du vent du nord; et le Gibel- Doui , autre grande montagne qui en est à huit cents toises au sud-est, donne naissance à un ruisseau qui arrose la plaine environnante. Les belles prairies de ce district peuvent avoir donné leur nom à la ville, el-chuhd-ary signifiant vert. On peut aussi en faire venir l'étymologie du mot chodra, ville, comme qui dirait la ville par excellence , el-Khada-rab ayant été jadis une des villes les plus considérables de l' Afrique : l'abréviateurd'Edrisi a adopté la première étymologie. Mais si Ton admettait la seconde, ce pourrait être une raison pour en inférer qu'el-Khada - rah est XOppidoneum de Ptolomée, plutôt que Sinaab. L'Itinéraire d'Antonin , en n'indiquant que sept lieues et demie entre Oppidoneum-novum et Malliana , place visiblement Oppidoneum là où est aujourd'hui el- Khada-rah; mais si l'on admet l'opinion de Ptolomée , alors son Zucchabbari ( qui est le Succaùra et la Colonia Augusta de Pline), placé sous la même latitude, et à cinquante minutes à l'est d 'Oppidoneum , répondra mieux à cette position. D'après cette dernière supposition Gibel-Doui sera aussi le trions Transcellensis qui , selon Ammien, dominait cette ville. • A une petite distance à l'est, se trouvent les
débris d'un pont en pierre qui est peut-être le seul que l'on "ait jamais bâti sur le Chélif, malgré les inconvéniens que Ton éprouve à le passer, surtout en hiver : car alors il n'est pas rare quel on soit obligé d'attendre quelquefois un moi» pour le traverser en sûreté. Les tribus qui sont à lest des Souide et sur la rive gau- \ che du Chélif, sont d'abord les Béni-Yimmah
qui errent entre la partie méridionale de la rivière d'Ariou , et le méridien du mont Ouannache-rise , et s'étendent jusqu'aux Béni-Mida, qui habitent vers les confins du désert. Audessous des Béni-Yimmah, près de Mejiddah et de Sinaab , sont les Ouelled-Spaihi , et un peu plus au midi, les Ouelled-Uxeire, qui ont les Béni-Yimmah, et le mont Ouan-nache-rise au sud. Les La taff habitent au-delà de la Foddah, à Tmolga , et dans la même direction près de Tessom-Sily, et la partie de Chélif qui y correspond sont les Ouelled-Bou-Samm , et les I-Aite. Les Azise, tribu factieuse, ainsi que les montagnes qui portent leur nom , sont au nord et au nord-est des 1-Aite.Le mont Ouan-nacherise, qui en est à seize lieues et demie, leur sert de limite à l'ouest. Au - dessous d'eux sont les Djendill , qui campent depuis l'angle formé par le Chélif jusqu'aux belles plaines de Maliana.
y> Les Mazices et les Banturares, attendu la position de leur territoire relativement au mont Zalucus, doivent avoir possédé anciennement , non seulement tout le pays appartenant aux différentes tribus que nous venons de nommer, mais encore celui des Souide, des Oulled- Bouker et des Halif, dont nous avons aussi parlé. v