‹ Description géologique de Java et Madoura (volume 3)Chapitre 137 sur 216 · X. LES SÉDIMENTS QUATERNAIRES · texte numérisé non relu

X. LES SÉDIMENTS QUATERNAIRES

Disposition horizontale des sédiments post-tertiaires. Les plissements, auxquels le sol de Java s’est trouvé en butte depuis les temps les plus reculés, et par lesquels les sédiments, y compris les couches tertiaires les plus récentes (ou pliocènes), ont perdu leur position horizontale primitive, paraissent avoir pris fin avec l’époque tertiaire. Tous les sédiments post-tertiaires des lacs et de la mer sont disposés horizontalement ; ceux des rivières suivent la pente des anciens courants qui les ont déposés, ce qui fait qu'ils ont, en général, une légère inclinaison vers la mer, mais que sur une petite distance ils sont aussi sensiblement en position horizontale.

À certaines places on trouve parfois il est vrai des couches quaternaires inclinées; mais 1l faut toujours attribuer ceci à des circonstances fortuites, telles que le passage des eaux au-dessus d’un obstacle, ou le dépôt contre le versant d’une montagne, et non à des plissements généraux du sol, qui n'auraient pu se manifester ainsi localement.

Etat de Ÿava à la fin de l'époque tertiaire. Après le dépôt des étages m, et m, et postérieurement au plissement des couches de ces étages et au relèvement qui l’accompagna, le squelette ou l’arête de Java existait déjà essentiellement; mais ce squelette était d'abord bien plus bas qu'à présent, et puis il ne formait pas une seule chaîne continue, mais était formé de diverses îles.

La plupart des volcans entrèrent alors en activité ; ceux qui existaient déjà étaient petits et bas; l’espace occupé maintenant par les produits volcaniques était alors en partie terrain tertiaire, en partie la mer. Tout ce qui sur notre carte IT est teinté comme quaternaire marin était également couvert par les eaux.

La presqu'île de Blambangan n'existait pas encore; dans la partie orientale de Java, il n'y avait que deux îles, le Ringguit et la chaîne tertiaire entre Pouguér et Gradiagan, qui s'étendait alors probablement plus au Nord. Une troisième grande île occupait la partie méridionale de Java, entre Loumadiang et Toguia; la limite septentrionale de cette île était formée sensiblement par la ligne que l’on peut tracer de Sidoardio vers la côte Sud, à Mantingan, passant au sud du Pandan et au nord du Lawou, à travers Solo et [oguia. Il est même probable que ce terrain ne consistait par en une seule île, mais qu’il comprenait au moins deux îles, séparées par un bras de mer qui passait par la plaine actuelle de Këdiri, et se dirigeait vers l’ancien terrain d’andésite. Le Pandan et la chaîne tertiaire avoisinante formaient une longue arête élevée au-dessus de la mer. La portion septentrionale de Sourabaïa, de Rémbang et de Diapara était, en grande partie, occupée par une mer dans laquelle s’élevaient deux îles, le Boutak, avec le Poutiak et le Lasém, et plus à l'Ouest le Mouriah avec le Tiiléring, deux volcans de leucite qui étaient probablement déjà en activité, de même que le Ringguit et le volcan de Bawéan, mais qui étaient naturellement bien moins hauts qu'à présent. Ensuite, il est probable qu'un bras de mer s'étendait de la côte Nord à celle du Sud, à l'endroit où se dresse à présent le Slamat. Au sud de ce volcan, on trouve du calcaire m, jusqu'à une grande altitude dans la chaîne tertiaire, qui en cet endroit était donc bien plus basse qu'à présent; il se peut donc fort bien que l’arète tertiaire, à l’ouest et à l’est du Slamat, fût si peu élevée dans sa partie moyenne, recouverte maintenant par le Slamat, que la mer a pu s'y frayer un passage. Il semble que déjà à cette époque Java formait un tout continu, depuis le Slamat jusqu'au détroit de la Sonde.

Le long des côtes des îles nommées plus haut, il s’est déposé alors du calcaire; dans la mer néo-tertiaire il s’est formé des coraux.

L'activité des volcans continua dans cette période; et leurs produits se déposèrent, les uns sur les roches miocènes, donc au-dessus des eaux, les autres à leur pied, dans des anses de la mer.

Alors se produisirent les derniers plissements et soulèvements considérables de Java, par lesquels une partie des sédiments calcaires qui s'étaient formés alors furent amenés au-dessus des eaux; on les trouvera indiqués sur la carte par l'indice m,. Ce soulèvement fut très inégal en divers points; à la limite de loguia et de Solo, le calcaire a été soulevé jusqu’à l'altitude de 786 m.; et à celle de loguia et de Baguëlen, mème jusqu’à 900 mètres; par contre, dans le grand terrain calcaire méridional de Kédiri, ce calcaire n’a nulle part plus de 400 m. d'altitude; et bien qu'il ait disparu en partie par érosion, celle-ci aura agi en tous les points à peu près avec la même énergie; et dans tous les cas, ses effets n'auront jamais été si variables qu’ils puissent servir à expliquer la diversité d’altitude de ces calcaires. La force qui a été cause du soulèvement a donc agi en divers points de Java d’une façon très inégale.

Un coup d'œil jeté sur la carte No. IT fait voir que le calcaire existe principalement le long de la côte Sud de Java; et le long de la côte Nord, depuis Madoura jusqu'à Diapara et Sémarang, en passant par Sourabaïa et Rémbang. Il s’est déposé aussi du calcaire au nord de la chaîne de Diwo, dans la grande anse qui s'étendait de loguia à Solo et puis vers l'Est. Au pied septentrional du Lawou, à Gamping, affleure aussi un peu de calcaire; mais la disposition aussi bien que les pétrifications sont peu distinctes; de sorte qu'on n'est pas du tout certain si c’est bien du calcaire m,; il est probable que ce calcaire appartient à l'étage m..

Le long du bord méridional de l’arête du Pandan n'affleure pas de calcaire m,; mais les couches supérieures sont les roches de Sondé, qui selon M. MARTIN sont tertiaires très récentes, pliocènes, et peuvent donc être du même âge que le calcaire m, de Madoura.

À l'ouest de Diapara, le long de toute la côte Nord de Java, le calcaire m, fait encore défaut, à l'exception d’une couple de très petits terrains calcaires adossés au mont d'andésite Kromong en Chéribon.

Comme couches tertiaires supérieures on observe, dans les résidences de Krawang et Batavia, une alternance de marnes et de calcaires contenant beaucoup de cycloclypées, notamment C. annulatus. On n'a pu les séparer des couches inférieures de l'étage m,, ni en vertu d'une disposition discordante sur celles-ci, ni par une différence dans le caractère pétrographique ; on les a donc rattachées à cet étage.

À Madoura, entre les marnes m, et le calcaire m,, on trouve une série de roches, appelées roches de transition, consistant en couches alternatives de marnes et de calcaires; vers le haut, ces derniers prédominent constamment, de sorte qu'il est fort difficile de les ranger dans un des étages; c'est pourquoi les marnes qui n'ont que quelques bancs calcaires ont été rattachées aux marnes m,, les marnes à couches calcaires nombreuses ont été rangées dans le calcaire m,.

Les calcaires des roches de transition comme ceux de l'étage m, contiennent de nombreuses cycloclypées, principalement C. annulatus, la même espèce qui existe, en Java occidental, dans les couches supérieures, ce qui prouve que ces dernières représentent l'étage m, de Madoura.

Bien que dans le partie nord du Java occidental et en d’autres endroits, l'étage m, n'ait pas été figuré sur la carte, il importe donc de se rappeler que Çà et là les couches swpérieures de m, peuvent correspondre, quant mnlère, à Tcelléswde létage m, ; Let qu'elles n’ont pas été marquées comme un étage séparé uniquement parce que la concordance des dispositions et de la composition avec les couches inférieures de m, a rendu impossible une distinction d'avec cet étage.

A la côte Sud de Java, en Préanguer, on trouve à l'Ouest et à l'Est deux grands terrains calcaires, séparés par une région où, le long de la côte, il ne repose pas de calcaire sur les marnes. Il est probable cependant que ces deux terrains se tiennent sous la mer.

Au pied Nord-Est de la chaîne de Kalipoutiang, en Préanguer, ainsi qu'au nord de Nousa Kambangan: puis, au bord septentrional de la chaîne du Karang bolong et au pied sud du Slamat, existe aussi du calcaire m,, ce qui prouve qu’il y avait là à cette époque une grande anse formée par la mer, qui s’étendait peut-être vers le Nord jusqu’au delà de l'endroit où s'élève actuellement le Slamat et qui faisait une île de la partie occidentale de Java (voir plus haut).

Après le soulèvement du calcaire m,, Java prit déjà davantage la forme qu'elle présente actuellement; toutefois les volcans étaient encore bien moins élevés et bien plus petits qu'aujourd'hui et la plus grande partie des plaines, qui sont recouvertes à présent de sédiments quaternaires et modernes, formaient alors un continent tertiaire, ou bien se trouvaient immergées, comme à la côte Nord.

Madoura formait alors, avec la partie septentrionale de Sourabaïa, de Rémbang et de Diapara, une ou peut-être deux îles, séparées de l’arète du Pandan par un bras de mer peu profond, ou rattachées à cette arête par un terrain bas.

Fonction avec l'Asie. Il est plus ou moins incertain si, lors de ce soulèvement, la mer se retira des anses profondes de Java, qu'elle occupait jusqu'aux temps tertiaires les plus voisins de nous, ou bien si ces anses, devenues notablement moins profondes, continuèrent à exister; en effet, les couches inférieures des plaines ne peuvent être étudiées, et il est possible qu'il y ait là encore des sédiments marins. Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à présent on n’a rencontré nulle part des pétrificatigns marines dans les couches quaternaires des anses (mais bien dans celles de la côte Nord; voir plus loin); et il y a même lieu d'admettre que le soulèvement, à l'origine de la période quaternaire,

a été si considérable que non seulement ces anses, mais tout le fond de la mer de Java fut mis à sec, et qu'ainsi il se produisit une jonction avec Bornéo, Sumatra et la terre ferme de l'Asie.

En effet, dans les couches quaternaires de Java on a trouvé des ossements de mammifères, offrant une grande ressemblance avec ceux qu'on a trouvés dans l'Inde anglaise; et comme il est impossible que ces animaux aient traversé les mers, il faut qu'il ait existé jadis une communication entre la terre ferme de Java et celle de l'Asie.

Les opinions sont encore partagées en ce qui concerne l’âge des mammifères fossiles de Java; d'aucuns les considèrent comme appartenant au terrain de Siwalik (miocène récent et pliocène ancien); mais il est plus vraisemblable qu'ils sont tous de la période quaternaire, au plus du néo-pliocène. Dans le nombre, il y a des os d'animaux qui ont vécu essentiellement dans les eaux douces ou dans les marais, ainsi que d'animaux terrestres. Ils ont péri dans des catastrophes volcaniques et ils furent ou bien engloutis dans des courants boueux ou tués par les projections; ou bien, après une éruption qui avait dévasté la végétation, ils mouraient faute de nourriture, ainsi qu'on l’a observé en 1883, après l'éruption du Krakatau.

Affaissement ultérieur du sol. Plus tard, le sol s'est affaissé de nouveau; Java, Sumatra et Bornéo furent séparées l’une de l’autre et de la terre ferme d'Asie. Il n’est guère possible d'évaluer l'importance du soulèvement, n1 de l’affaissement qui l’a suivi; par conséquent, on ne peut pas davantage savoir jusqu'à quelle altitude Java fut à nouveau recouverte par la mer. Il est néanmoins bien certain qu’une partie des sédiments quaternaires, que nous trouvons le long de la côte Nord de Java, entre le détroit de la Sonde et Sémarang, et ailleurs encore, furent déposés dans la mer, puisqu'on a rencontré dans ces couches des coquilles marines, lors du forage de puits artésiens à Batavia et à Sémarang.

Sous une couverture d’alluvium, on a rencontré, jusqu’à la profondeur de 180 mètres, des couches alternatives d’argile et de sable, dont les fossiles ont été examinés par M. MARTIN (Beiträge, Band III, pp. 311 et suiv). Il considère ces fossiles comme p/rocènes ; mais, à mon avis, ils peuvent très bien être plus récents; d’abord parce que la proportion d'espèces encore vivantes du pliocène et du quaternaire de Java n'est pas du tout bien fixée; que le nombre des espèces faciles à déterminer est relativement faible et que de plus dans ce nombre il y en a beaucoup de pefites, qui vivent peut-être encore, mais qu'on n’a pas encore décrites comme telles; enfin, parce que M. MARTIN regarde également comme appartenant au pliocène ancien (terrain de Siwalik) les mammifères fossiles de Java, qui selon M. DUBOIS sont incontestablement plus récents. Des études paléontologiques ultérieures devront trancher

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