G. LA BAIE D'AMBON
(Carte n». lY et proflln flgg. 9 à 11 de l'annexe III).
Afin de compléter Timage géologique d'Ambon, nous devons, pour finir, jeter encore un coup d'œil sur la baie d'Ambon, cette anse profonde qui sépare les deux presqu'îles Hitou et Leitimor.
L'anse fait partie de la mer de Banda, particulièrement profonde, qui entoure Ambon au sud. En avant de l'entrée de la baie, au sudsud-ouest de Tandjoung Alang, et îl une distance de? km. (3.8 milles marins) seulement de ce cap, la mer a encore une profondeur de 1782 m. (990 brasses de 1.8 m.); un peu plus loin de la côte, 11 minutes plus à Touest, la carte marine donne une profondeur de 1905 brasses ou 3429 m ; et la Siboga a observé par des sondiiges, à 11 minutes de la c6te près Kilang (15 minutes au sud de Tandjoung Tial), une profondeur qui n'était rien moins (lue de 4489 mètres.
A l'ouest d'Ambon, on connaît également une grande profondeur, à une distance de 23 minutes; elle est de 1802 brasses ou 3241 m. La baie de Pirou, (jui borne Ambon vers le nord et la sépare de l'île de Céram, ofire probablement aussi des profondeurs considérables, bien (jue moins fortes c^ue les précédentes; mais je ne connais pas de sondages effectués au milieu de la baie, et il est probable qu'ils n'ont pas encore été exécutés.
Les anciennes déterminations de profondeur dans la baie d'Ambon, entre Ambon et Alang, se sont bornées î\ (luclques sondages le long des côtes; on a constaté ainsi (^ue des profondeurs de 60 brasses et au-delà existent déjà près de la côte; la partie de la baie au nord d'Ambon jusfju'au rétrécissement au cap Martafons, et toute la baie Intérieure ont été complètement explorées à la sonde; la plus grande profondeur rencontrée au nord d'Ambon est de 70 brasses (126 m.); à partir de là elle diminue jusqu'à 9 m., en un point situé
entre Roumah tiga et Hatiwi këtjil; elle remonte ensuite à 46 m. à Pest du cap Martafons, pour redescendre dans la baie Intérieure jusqu'à des valeurs comprises entre 25 et 36 m. La profondeur moyenne n'est pas supérieure à 25 m.
Avant 1898, on ne savait rien encore des plus grandes profondeurs du milieu de la baie, entre Ambon et Alang. A ma demande, l'étatmajor de l'-Arend», un bateau à vapeur du gouvernement, commandant N. M. VAN DKR Ham, a effectué de nombreux sondages entre Ambon, Tandjoung Benteng, Batou loubang et Nipa, aussi dans le but de s'assurer si l'on pourrait constater une différence de profondeur des deux côtés de la faille, qui doit probablement exister entre Ambon et Wakal, d'après l'étendue de la commotion produite par le tremblement de terre de janvier 1898. Comme on pouvait s'y attendre, pareille diflérence ne put être signalée, ainsi qu'on peut le voir sur la carte n". IV, où tous les sondages récents ont été consignés et où les profondeurs depuis Roumah tiga jusqu'à Paso ont été empruntées à la carte marine n». 151 : -Kaart van de baai van Araboina door H. A. Meyer, 1840», à l'échelle de 1:30.000 (réimprimée en 1895 à l'échelle de 1 : 40.000).
Entre Ambon et Sahourou, la plus grande profondeur atteint 240 m.; entre Tandjoung Benteng et Batou loubang, elle est de 325 m. Suivant les deux lignes, j'ai construit une section transversale de la baie, à l'échelle 1 : 20.000 pour les longueurs, alors que les profondeurs ont été indiquées aussi bien à la même échelle (ju'à une échelle 4 fois plus grande; les profils sont dessinés dans les figg. 9 et 10 de l'annexe III.
Plus à l'ouest, on n'a pu déterminer la profondeur ([u'en 3 points seulement, car nous n'avons eu ni le temps ni l'occasion de faire une série complète de sondages entre Ambon et Alang. Le premier point est situé sur la ligne (jui relie Hatou avec le cap Batou anjout, î\ 3 km. de ce dernier; le second se trouve à 2400 m. à l'ouest d'Eri; le troisième point est sur la ligne qui joint Hatou au cap Nousaniwi, à 3100 m. de Hatou. En ces trois points, qui sont indiqués sur la carte n**. IV, on a sondé des profondeurs respectives de 450, 500 et 575 m. Ensuite, la Siboga a trouvé en 1898, entre Alang et Tandjoung Nousaniwi, une profondeur de 634 m. Bien que ces points ne se trouvent pas dans la partie la plus profonde de la baie, ils
indiquent cependant que vers l'ouest les profondeurs augmentent très régulièrement jusqu'à la ligne de jonction du cap Alang avec le cap Nousaniwi; au-delà de cette ligne il en est tout autrement, car déjà au sud-sud-ouest de Tandjoung Alang se trouve le point dont il vient d'être question, où les cartes marines accusent une profondeur de 990 brasses ou 1782 m., très probablement la conséquence d'une faille considérable. Au moyen de nos nouveaux sondages, j'ai tracé pour la baie, de 50 en 50 m., des lignes de niveau qui sont représentées sur la carte n". IV ; elles ne peuvent être considérées comme exactes que pour la partie comprise entre Batou loubang et Ambon, car dans la partie occidentale les sondages ont été trop peu nombreux. Mais, des profondeurs que nous connaissons, il ressort avec une certitude suffisante, que le fond de la baie d'Ambon ne descend pas en pente régulière vers la mer de Banda; au contraire, à l'extrémité elle présente un seuil ou degré, où le fond de la baie descend brusijuement, en pente très rai de, de 1000 m. environ vers le fond de la mer de Banda. Ce seuil ou ce degré est produit par une grande faille, qui s'étend au sud de Leitimor et se prolonge probablement le long de la côte sud de l'île de Nousa laut. C'est une des fissures concentriques qui entourent la mer de Banda, et au sujet desquelles j'ai déjà fait quelques remarques dans mon «Voorloopig Verslag over eene geologische reis door h et Oostelijk gedeelte van den Indischen Archipel» (mémoire n". 4L4L).
En ce qui concerne maintenant les bords do la baie d'Ambon, ils doivent aussi Otre considérés comme des lignes de fracture, suivant lesquelles s'est aflfai«sée la partie intermédiaire, pour former ainsi la baie d'Ambon. Nous nous rappellerons ici ce qui a été dit dans la description géologique, qu'en divers points d'Ambon les couches tertiaires récentes et les quaternaires présentent, le long de la côte nord de Leitimor, une faible inclinaison au sud-est, par exemple au nord de Tandjoung Batou merah et en arrière de Halong, et que par suite cette côte du nord est un bord de fracture. Ensuite, qu'à Tandjoung Nousaniwi la position du mélaphyre indienne un point d'éruption, qui se trouvait quelque part dans la baie, au nord-ouest du cap Nousaniwi, et qui doit avoir disparu par effondrement. Le long de la côte du sud, la pente des flancs des montagnes est si
grande, p. ex. au nord de Tandjoung Hati ari et entre Seri et le mont Siwang, qu'il est impossible que la péridotite, dont se composent ces montagnes, ait pu se constituer sous cette forme; celle-ci ne peut résulter que d'un détachement du terrain situé plus au sud, qui est maintenant enseveli sous la mer Le long de la côte orientale, à Touwi Sapo, il existe probablement aussi une faille, car, ainsi que nous l'avons montré plus haut, les couches calcaires y ont une légère inclinaison vers le sud- ouest. Il n'est donc pan douteux que Leîtimor tout entière ne soit bornée, de tous les côtés, par des failles. La ligne qui s'étend le long de la côte nord panse par les sources d'hydrogène sulfuré Tëlaga Birou et Touni ; et il n'est pas irajK)8sible que ces gaz se dégagent précisément en ces endroits-là, parce qu'ils ont pu se frayer le plus facilement une issue par la crevasse.
A Hitou, les fissures le long de la côte sont moins distinctes qu'il Leitimor. Toutefois, les parois nombreuses, escarpées, parfois presque verticales, (jui se montrent à la côte ou très près de celle-ci, rendent très vraisemblable que Hitou est également limitée de toutes parts par des failles; je nommerai seulement les parois abruptes de conglomérats tl Lariké, où il y a même une source d'hydrogène sulfuré; le mélaphyre de Tandjoung Tapi qui finit brusquement à la mer; le granité et la péridotite interrompus à Alang; le mur abrupt de calcaire et de gravier en arrière de Wakal; les parois de brèche et de conglomérat entre Tandjoung Setan et Tandjoung Tomol, qui parfois descendent d'aplomb dans la mer; les couches calcaires de Tandjoung Batou item, les sources d'hydrogène sulfuré le long de la côte, à Toulehou ; les monts très escarpés de brèche et de calcaire à Téngah tëngah, Tandjoung Tial et Souli ; les pieds abrupts des couches de brèche en arrière de Rouniah tiga et de Këmeri. Tous indiquent des soulèvements le long de crevasses qui sont très rapprochées de la côte actuelle.
Quant à Page de ces failles, il importe d'abord de faire remarquer que, d'après les observations faites à l'île de Saleyer, résumées dans mon mémoire n°. 44 et aussi au n°. 43, la formation de la mer profonde de Banda remonte tout au plus au début de V époque miocène supérieure (notre étage mj de Java);«W6 doit peut-être dater de plus tard^ notamment, du defmt de V époque pliocène. L'âge de la baie d'Ambon,
quî fait partie intégrante de la mer de Banda, doit donc être probablement le môme II est vrai que nous avons mentionné plus haut, que même les couches quaternaires les plus récentes ont été soulevées à la côte du nord; mais cela ne prouve naturellement pas que les failles elles-mêmes soient plus jeunes que le (luatemaire ; cela signifie seulement que le long des mêmes fissures se sont produits des mouvements reitcrés, qui ont continué jusque dans la période quaternaire, un phénomène qui a été observé en un très grand nombre d'endroits (notamment dans les bassins houillers de l'Europe).
Il est d'ailleurs probable que toutes les failles d'Ambon ne sont pas également anciennes; ainsi par exemple nous avons déjà parlé cidessus de la faille au sud d'Ambon. Celle-ci a atteint le granité et les grès et se recouvre de matériaux quaternaires; sa formation peut donc remonter à toute période comprise entre les périodes permienne et quaternaire; et il n'est pas impossible qu'elle se soit produite relativement vite après la formation du grès. Nous verrons plus loin, en décrivant le tremblement de terre de 1898, que même à l'époque actuelle il se produit encore des mouvements le long de cette faille.
Afin de donner un aperçu des variations de la profondeur de la baie d'Ambon, entre Alang et Paso, nous avons tra(îé encore, dans la fig. 11 de l'annexe III, un profil longitudinal de cette baie, non pas suivant une ligne droite, mais suivant une ligne brisée (^ui suit les plus grands fonds, dont la situation, dans la partie occidentale de la baie, n'est pas très certaine, pour les raisons données plus haut. L'échelle des longueurs est de 1:100000; les profondeurs sont indiquées de deux façons: d'abord à la même échelle, et puis on les a prises 4 fois plus fortes.
Ija baie de Bagouala, qui commence à Paso, est très peu profonde et est remplie de récifs coralliens. On n'y a pas encore pratiqué de sondages. Les grands fonds ne commencent que hors de la ligne qui réunit les caps Houtoumouri et Tial.
. GEOLOGIE TECTONIQUE.