‹ Description géologique de l'île d'AmbonChapitre 54 sur 62 · RÉSUMÉ DES RÉSULTATS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DES RÉSULTATS

Dans mon mémoire nO, 44 («Voorloopig verslag»), j'ai déjà donné un aperçu succinct de la situation et de la constitution des îles qui entourent la grande mer de Banda; je traiterai cette matière d'une façon plus étendue lors de la description de la partie orientale de l'Archipel.

J'ai déjà fait voir que la région, où se trouve actuellement la mer de Banda, était occupée jadis, en tout ou en partie, par la terre ferme, et que la mer doit son existence à un effondrement, ou plus probablement à plusieurs. Le bord du terrain effondré s'observe encore dans un grand nombre d'îles, dont les plus grandes sont Jamdena, Wetar, Bourou et Céram. La ligne de cassure passe très près des îles Kour, Téor, Manawoko, puis par toute la côte sud-est de Céram, coupe plus à l'ouest quelques parties de Céram et s'étend probablement le long de la côte sud-est de Bourou. Sur cette première crevasse, extérieure ou 'périphérique^ s'est produit le 30 septembre 1899 un violent tremblement de terre, accompagné d'une commotion de la mer, un ras de marée, produit par l'effondrement de parties de la côte à Paulohi et à Téhoro, qui a englouti totalement ces deux localités, en même temps qu'Hatousoua fut complètement inondée et Amahei en grande partie. (')

A une très courte distance de la série des îles, dont font partie Bourou, Manipa, Kelang, Boano et Céram, il y en a une seconde, comprenant Amblau, Ambon, Haroukou, Saparoua et Nousa laut, dont les deux dernières ne sont distantes de Céram que de 6 km..

(1) B. D. M. Verbbek. Eort vorslag^ over do oard- en zeebeving op SOsten September 1899. Annexe au Javasehe Courant du 13 mai 1900, nO. 21.

et qui consistent en partie en roches éruptives jeunes (crétacées?), notamment en andésites, liparites et mélaphyres. Ambon possède en outre des granités et des péridotites, qui apparaissent aussi à Céram, tandis que les roches qui correspondent le mieux à nos andésites à bronzite (elles ne contiennent cependant pas de pyroxène rhombique et Schroeder van der Kolk les appelle des andésites à augite) ne paraissent exister, d'après Martin (mémoire n**. 4L9) que dans la partie méridionale de Houamoual, la presqu'île occidentale de Céram. Il est fort probable que ces îles étaient jadis liées plus étroitement les unes avec les autres et avec Bourou et Céram, et même qu'elles constituaient un ensemble ininterrompu; elles furent détachées de Céram par des effondrements, qui formèrent en même temps les baies de Pirou et d'Elpapouti. Il n'est pas douteux que ces îles ne soient comprises entre des failles, dont les deux principales ont été dessinées sur les cartes qui sont annexées à mon «Voorloopig Verslag» (n**. 4L4L) et à mon «Kort verslag over de aard- en zeebeving op Ceram» ; cela ressort d'ailleurs entre autres de l'allure de la côte sud de Céram, entre les baies de Pirou et d'Elpapouti. On a reconnu en outre l'existence d'une faille à la côte sud d' Ambon, à la forte profondeur de 1782 m. qui s'y manifeste brusquement. Ce sont encore là des crevasses périphériques, dont les no«. 2 et 3 sont en grands traits concentriques à la le cassure dont il a été question plus haut. Quant à la configuration du fond de la mer de Banda plus au sud, ce n'est que dans ces derniers temps que nous avons appris à la connaître, par les belles recherches de l'expédition de la Siboga. (i) On a constaté qu'en allant des bords vers le milieu de la baie les profondeurs n'augmentent pas graduellement, mais que les plus grands fonds, jusque près de 5700 m., se trouvent à l'est de Banda, bien qu'on connaisse aussi de très grandes profondeurs, de près de 6000 m., plus il l'ouest, p. ex. au sud-est des îles Lucipara. Ensuite, une arête relativement peu profonde (2000 à 2600 m.) s'étend des îles Lucipara jusqu'à proximité des îles Banda, de sorte que le fond de la mer de Banda doit être bien plus irrégulier qu'on ne le soupçonnait auparavant.

(1) Bulhtins de l'Expédition de la Sibopra n"\ l à 12, 1899 et 1900. M. Wbbrr. Die Niederl&ndische Siboga-Ezpedition etc. Petermanns Geogr. Mitteilungen 1900, Heft VIII. G. F. Tydrman. Hydrographie Résulta of the Siboga-Expedition. Leiden 1903.

Après l'efiTondrement, divers volcans se sont formés au milieu de la baie, depuis Gounoung Api, au nord de Wetar, jusqu'à Banda; ils sont situés sur une ellipse, que j'ai indiquée dans mon «Voorloopig Verslag» et dont le contour est de nouveau parallèle aux crevasses concentriques mentionnées ci-dessus. Les volcans se trouvent dans la partie sud-est de cette ellipse; dans la partie du nord-ouest il semble qu'il n'y en a pas; pourtant ils y existent peut-être, mais cachés sous la surface. Malheureusement, on n'y a pas encore effectué de sondages en mer profonde.

Ambon est donc séparée de Céram par une faille; et, comme nous l'avons vu plus haut, cette île est probablement limitée de toutes parts par des failles existant à proximité de la côte. De plus, l'île est traversée par une cassure qui, elle aussi, a déjà été signalée plus haut et qui a été reconnue comme une faille à la position du granité et du grès au sud d' Ambon. Plus au sud, cette crevasse ne peut plus se reconnaître, à défaut de couches sédimentaires ; mais il est très probable qu'elle se dirige vers la Labouhan Roupang, par dessus ou le long des montagnes de péridotite Loring ouwang et Eri samau, pour déboucher ensuite dans les profondeurs de la mer de Banda. Du côté du nord, sous Hitou, l'allure de cette crevasse ne peut plus être constatée à la surface, par suite de la couverture de matériaux très récents. Mais ici le tremblement de terre de janvier 1898 nous est venu en aide; il est plus que probable que le prolongement septentrional de notre ligne s'étend par Nipa vers Wakal ; d'abord, les plus grands éboulements des massifs montagneux se trouvent dans cette direction; et puis, de toutes les négories de la côte nord de Hitou, la localité Wakal a été le plus fortement éprouvée par la commotion. On est donc en droit d'admettre que notre faille suit cette direction; et si nous jetons encore un coup d'œil un peu plus au nord, vers la baie de Pirou et l'arête de communication, étrange et étroite, qui relie Klein-Ceram (la petite- Céram ou Houamoual) à Groot-Ceram (la grande Céram), il est naturel d'admettre que la faille se prolonge jusqu'à cet isthme et constitue, avec les effondrements, une des causes du rétrécissement particulier de cette langue de terre. Les roches que j'y ai trouvées consistent toutes en schistes argileux fort disloqués (n'^. 23), à filons

de quartz (n°. 24), où Ton a mesuré toutes sortes de directions (20*», 65^ 70% 75** jusqu'à 80% 88*> et même 110*»); D = 88% 1 = 90*» sont bien les chiffres les plus admissibles ; mais on n'a pu y découvrir aucune faille, du moins aux points que j'ai visités.

Ija faille d'Ambon susnommée, ainsi ((ue celles de la côte occidentale de Hitou, à Lariké, de la côte orientale de Leitimor, à Touwi sapo et d'autres encore, sont îl peu près perpendiculaires aux cassures périphériques de tantôt, et elles doivent être considérées comme des crevasses radiales par rapport A. l'effondrement.

Ambon n'est donc pas une île qui s'est formée isoléçfient; c'est le restant d'un terrain beaucoup plus étendu, dont la plus grande partie a été engloutie par un affaissement de terrain et qui, très probablement, communiquait jadis avec Céram. Une comparaison des roches qui apparaissent dans les deux îles n'est pas encore possible, parce que nous savons encore trop peu de chose de la constitution géologique de Céram, et que même l'âge des sédiments de cette île nous est totalement inconnu. Les schistes argileux qui affleurent à Klein- Ceram ont un tout autre aspect que ceux qui, î\ Ambon, alternent avec les grès ; d'ailleurs, d'après Martin, les premiers communiquent avec les schistes micacés. Il est probable que ces schistes appartiennent à une formation paléozoïquc ou azoïque très ancienne, qui n'existe pas à. Ambon. Par contre, les granités et les péridotites apparaissent dans les deux îles; la diabase, de nouveau à Ambon seule, ainsi que le terrain gréseux (jui, d'après les recherches du Professeur G. Boehm, est probablement d'âge paléozoïque supérieur; un terrain calcaire ancien de Céram, que Maktin a placé provisoirement dans la période jurassique, fait aussi défaut i\ Ambon. Le grand groupe des andésites n'est connu, à son tour, qu'à Ambon seule et à l'extrémité méridionale de Klein-Ceram. Il semble donc que seules les deux roches éruptives, péridotite et granité, existent à la fois dans les deux îles et (^ue les andésites ont apparu exclusivement entre nos Ire et 3e failles, nommées plus haut. H est donc probable que ces crevasses, et les affaissements qui les ont accompagnés, se sont formés après le grès et avant les andésites, donc, pas plus tard que dans la période crétacée, mais peut-être plus tôt; et comme la position des couches dans l'île de Saleyer, au sud de

Célèbes, indique que l'effondrement à la partie orientale de cette île ne peut être plus ancien que le tertiaire supérieur, il s'ensuit que la mer de Banda et les mers voisines ne se sont pas formées en une fois, mais à des périodes géologiques différentes^ par des effondrements reitérés. C'est probablement là la cause des profondeurs si variables de la mer de Banda dans ses diverses parties.

A ces effondrements ont succédé les éruptions des mélaphyres, des liparites et des andésites; à en juger d'après le nombre des roches vitreuses qui accompagnent ces premières, les éruptions doivent avoir eu lieu en grande partie sous la mer. H est probable que les andésites sont un peu plus jeunes que les liparites et les mélaphyres, mais on n'a pu l'établir partout avec certitude. Des soulèvements doivent avoir élevé ces roches au-dessus des eaux, avec les brèches, les conglomérats et les tufs qui les accompagnent; ces soulèvements ont continué jusque dans la période quaternaire et ils s'y sont produits périodiquement, ainsi qu'il ressort de la structure en terrasses des couches de gravier et de calcaire corallien du tertiaire supérieur et du quaternaire. La disposition de quelques-uns de ces calcaires, en couches superposées et non les uns à côté des autres en forme de terrasses, prouve enfin que ces soulèvements ont parfois alterné avec des affaissements du sol.

Les jeunes couches de calcaire et de gravier ne sont pas parfaitement horizontales ; ces roches se présentent il Ambon en couches très faiblement inclinées, qui forment des plis synclinaux et anticlinaux; leur mise à sec ne doit donc pas être attribuée à un abaissement du niveau de la mer, mais à un exhaussement et k un plissement faible de la croûte terrestre.

Page 1