‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 15 sur 94 · G4 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

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rable que tous ceux dont nous avons parlé ; ce terrain seroit composé non-seulement des coquilles d’eau douce que nous connoissons , mais peut-être aussi de bien d’autres productions dont nous n’avons aucune idée, et qui peuvent vivre dans le fond inconnu de masses d’eau douce aussi considérables.

Non-seulement la présence de ce terrain suppose des lacs immenses d’eau douce, mais elle suppose encore dans ces eaux des propriétés que nous ne retrouvons plus dans celles de nos marais, de nos étangs et de nos lacs qui ne déposent que du limon friable. On n’a remarqué dans aucune d’elles la faculté que possédoient les eaux douces de l’ancien monde de former des dépôts épais de calcaire jaunâtre et dur , de marnes blanches et de silex souvent très-homogènes , enveloppant tous les débris des corps organisés qui vivoient dans ces eaux, et les ramenant même à la nature siliceuse et calcaire de leur enveloppe (i).

Article IX.

Des terrains de transport et d' 'alluvion.

Nous devons distinguer ces deux terrains quoique nous en réunissions l’histoire dans le même article.

L’un, le terrain de transport, est composé de matériaux qui ont pu être transportés par les eaux, mais qui n’ont pu y être tenus en réelle suspension parce qu’ils sont généralement trop grossiers et

(i) En examinant les circonstances qui ont accompagné et qui accompagnent encore la formation des calcaires d’eau douce nommés travertin, aux environs de Rome, dans plusieurs autres parties de l’Italie , et dans bien d’autres lieux ; en remarquant la propriété que beaucoup d’eaux minérales possèdent de tenir en dissolution , non-seulement une grande quantité de chaux carbonatée, mais encore de la silice , on est porté à présumer que la plupart des terrains d’eau douce ont été formés par les memes causes, agissant avec bien plus de puissance et sur une bien plus grande échelle à une époque ou les phénomènes géologiques étoient dans leur plus grande activité. M. Méuard-la-Groye nous semble avoir émis à peu près la même idée. A. B.

trop pesans : tels sont les blocs de roches, les cailloux roulés et même le gros gravier.

L’autre, le terrain d’alluvion, est composé de matières terreuses, légères, qui ont dû être tenues en suspension dans les eaux pendant plus ou moins de temps et déposées par elles lors de leur repos : ce sont des sables fins, des marnes argileuses mêlés de débris de végétaux et imprégnés de carbone qui leur donne un aspect brun ou même noir : chacun de ces terrains doit encore être distingué sous le rapport de l’époque de sa formation.

Les uns sont antérieurs aux temps historiques et probablement à la dernière révolution qui a donné à nos continens leurs formes et leur étendue actuelles : les terrains de transport de cette époque sont généralement composés de roches et de cailloux volumineux tels que les cours d’eaux qui traversent actuellement le bassin de Paris ne pourroient les mettre en mouvement dans les crues les plus grandes que l’on puisse admettre; ces terrains et ceux d’alluvion de la même époque sont situés à des élévations ou dans des lieux que n’atteignent plus ou que n’ont jamais pu atteindre les cours d’eaux actuels.

C’est dans les terrains de transport ou d’alluvion de cette époque qu’on trouve de gros troncs d’arbres, des ossemens d’éléphans, de bœufs , d’élans et d’autres débris organiques qui ont appartenu à des êtres organisés dont on ne connoît les analogues dans ces cantons ni actuellement ni dans aucune époque historique , et qui diffèrent même souvent très-essentiellement des animaux et des végétaux qui paroissent le plus leur ressembler dans les climats éloignés.

Nous donnons, dès à présent, comme exemple de ces terrains, i°. les dépôts de cailloux roulés du fond des vallées, et ceux de quelques plateaux, tels que le bois de Boulogne, la plaine de Nanterre à Chatou, certaines parties de la forêt de Saint-Germain, etc. Ces terrains, quoique sablonneux , ne peuvent point être confondus avec le sable des hauteurs. Ils s’en distinguent par leur position plus basse, quoique d’une formation postérieure à la sienne, par les cailloux roulés qu’ils renferment, par les blocs de quarz, de grès, de

silex cariés qui y sont dispersés, etc.; 20. le sol ou limon d’alluvion qui a rempli des vallées ou dépressions anciennes dont la position 11’offre aucune liaison avec les vallées actuelles; tel est le dépôt remarquable et sur lequel nous reviendrons, qu’on a reconnu dans la forêt de Bondi du côté de Sévran , lorsqu’on a creusé la tranchée profonde qui fait partie du canal de l’Ourcq. Cette tranchée a fait voir la coupe d’une ancienne cavité remplie des matières qui composent le limon d’atterrissement, et c’est dans cette espèce de fond de marais qu’on a trouvé des os d’éléphans et de gros troncs d’arbres.

Les autres, ceux de la seconde époque ou de l’époque qui a commencé au moment où nos continens ont pris leur forme actuelle, sont composés de matières plus ténues, de sable moyen, de dépôts argileux et de limon d’alluvion ; ils remplissent le fond des vallées actuelles , surtout dans les lieux où elles s’élargissent ; ils sont exposés à être couverts par les eaux dans les grandes crues ; ils renferment souvent des amas immenses de tourbe : les débris d’êtres organisés qu’on y trouve souvent aussi sont à peine altérés; ils appartiennent à des animaux ou à des végétaux qui vivent encore dans nos cantons ou qu’on sait y avoir vécu : enfin on y rencontre souvent des débris d’ustensiles fabriqués par les hommes. Tels sont les terrains qui forment la plupart des îles de la Seine ; ainsi on a trouvé, en 1800, dans l’ile des Cygnes, en creusant les fondations du pont des Invalides, un bateau en forme de pyrogue enfoui dans le sol d’alluvion qui forme cette île. Tels sont les tourbes de la vallée d’Essone, les troncs d’arbres de l’ile de Chatou, probablement ceux du lieu dit le Port-à-l’Anglois, sur le bord de la Seine au-dessus Paris, etc.

C’est à l’existence de ces débris de corps organisés qui ne sont pas encore entièrement décomposés, qu’on doit attribuer les émanations dangereuses et souvent pestilentielles qui se dégagent de ces terres lorsqu’on les remue pour la première fois après cette longue suite de siècles qui s’est écoulée depuis leur dépôt.

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