CONSTITUENT LE SOL DES ENVIRONS DE PARIS, ET DES
lieux ou chacun d’eux peut être observé (i).
Nous venons de faire connoitre, dans la première partie de ce Mémoire, les caractères et l’ordre de superposition des différentes sortes de roches qui composent le terrain dont nous avons entrepris la description; nous en avons exposé les caractères distinctifs et les principales propriétés, nous avons fait voir l’ordre dans lequel elles ont été placées les unes par rapport aux autres ; nous avons enfin indiqué quels sont les fossiles caractéristiques qu’elles renferment, et nous nous sommes contentés de donner quelques exemples pris des lieux où elles se montrent le plus facilement.
L’objet de cette seconde partie est de faire connoitre , par une description détaillée , la position géographique des diverses sortes de roches ou de formations que nous avons déterminées, et les particularités qu’elles offrent dans les lieux où nous les avons étudiées. Nous combinerons donc ici l’ordre de superposition avec l’ordre géographique.
Nous diviserons en trois régions principales le bassin de Paris tel
(1) Nous donnerons à la suite de la description géographique de chacun des terrains qui entrent dans la structure du bassin de Paris, une indication plus ou moins de'veloppée de quelques terrains analogues, qui sont situés non-seulement hors des limites de notre bassin , mais encore dans des pays très-éloignés , et qui peuvent être rapportés aux six formations des environs de Paris : notre but en cela est de fournir des preuves que notre sol n’est pas dû , comme on l’avoit cru , à une formation locale et accidentelle , et de contribuer à faire voir que la structure de la terre , même dans ce qu’elle a de plus superficiel , a été soumise à des règles qui sont presque partout les mêmes.
Ces additions résultant des travaux et des observations particulières à M. Brongniarl , seront signées des lettres inliales A. Br.
que nous l’avons circonscrit. Celle du nord de la Seine, celle qui est située entre la Seine et la Marne, et celle du midi de la Seine. Nous irons généralement de l’est à l’ouest.
Article premier.
ire. Formation. — Craie.
La craie étant la formation la plus ancienne , et par conséquent la plus inférieure de toutes celles qui constituent le sol du bassin de Paris, est aussi celle qui se montre le plus rarement à nu. Nous ferons mention non-seulement des lieux où on la voit à la surface du terrain, mais encore de ceux où on l’a reconnue par des fouilles plus ou moins profondes.
La craie paraissant former les parois de l’espèce de bassin dans lequel tous les autres terrains ont été déposés , notre but principal a été de déterminer les bords de ce bassin tant au nord qu’au midi. Nous en avons déjà indiqué les limites dans le premier chapitre, il nous reste à les décrire dans celui-ci avec plus d’exactitude.
On a déjà vu que les bords septentrionaux de ce bassin étoient assez faciles à suivre. La première partie visible de cette espèce de ceinture de craie, en partant du point le plus voisin de la rive septentrionale de la Seine à l’est de Paris, commence àMontereau, et se continue sans interruption sensible jusqu’à la Roche-Guyon, sur le bord de la Seine au N. O. de Paris.
Elle passe derrière Provins , devant Sésanne , derrière Montmirail, devant Epernay, à Fimès, derrière Laon, près Compiègne au nord de cette ville, près de Beauvais et à Gisors. Au reste, la carte que nous présentons donnera les bords de cette ceinture plus exactement que la plus longue description.
Nous pouvons d’autant mieux regarder la ligne que nous venons de suivre comme formant les bords du bassin de craie , qu’en sortant de
cette bordure pour s’éloigner de Paris , 011 se trouve dans presque toutes les directions surdesplateauxoudans des plaines de craie d’une étendue très-considérable. Au-delà de ces limites, la craie ne s’enfonce que rarement, et qu’à très-peu de profondeur sous les autres terrains. Elle se montre, comme on le sait, absolument à nu à la surface du sol dans la Champagne. Elle imprime à ce sol une telle stérilité qu’on y voit des plaines immenses non-seulement privées de culture, mais encore arides et absolument dénuées de végétation, excepté dans quelques parties très-circonscrites où des masses de calcaire grossier forment comme des espèces diles ou d’oasis au milieu de ces déserts. Il est telle partie de ces plaines de craie qui , depuis des siècles, n’a peut-être été visitée par aucun être vivant ; nul motif ne peut les y amener, aucun végétal n’y appelle les animaux; par conséquent ni la culture ni la chasse n’y peuvent attirer les hommes.
On fera remarquer à cette occasion que l’argile et la craie pures sout les deux seules sortes de terrains qui soient absolument impropres à la végétation; plusieurs espèces de plantes peuvent être cultivées dans les sables les plus arides si on parvient à les fixer; mais nous ne connoissons jusqu’à présent aucun moyen de défricher en grand ni l’argile ni la craie. Heureusement cette sorte de terrain ne se montre pas fréquemment aussi à découvert que dans les lieux que nous venons de citer; elle est ordinairement recouverte d’argile, de silex, de sable ou de calcaire grossier qui, parleur mélange en diverses proportions, forment des terres propres aux différens genres de culture.
La craie s’élève près de Montereau , sur la rive droite de la Seine , en coteaux de 3o à 4° mètres de hauteur. Elle porte une couche d’argile , dont l’épaisseur est variable. Cette argile appartient , comme nous l’avons dit, à la même formation que celle de Vanvres, d’Arcueil , etc. ; mais elle est plus pure , et surtout beaucoup plus blanche ; et comme elle conserve sa couleur à un feu modéré, elle est trèspropre à la fabrication de la faïence fine. C’est aussi de ces carrières que les manufactures de faïence fine de Paris et de ses environs à plus de dix lieues à la ronde tirent leur argile.
io
7o DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
La craie de Champagne commence près de Sésanne, aux marais de Saint-Gond, où elle est encore recouverte d’argile. A Lanoue et à Changuion, elle paroît immédiatement au-dessous d’un tuf calcaire (i).
Tout le coteau de Marigny, en face de Compiègne, et depuis Clairoy au N. E. (2) jusqu’à Rivecourt au S. O. , est de craie. Cette craie renferme peu de silex.
La craie ne paroît pas à nu sur la rive gauche de l’Oise, mais elle y est à très-peu de profondeur; le sable calcaire qui se trouve sous tous les bancs de pierre calcaire en est l’indice certain. On sait d’ailleurs que tous les puits de Compiègne sont creusés dans la craie.
Nous avons retrouvé la craie près de Beaumont-sur-Oise , de Chambly, à Gisors et à la côte de la Houssoye, sur la route de Beauvais à Gisors. On monte près de ce lieu sur un plateau qui présente la craie presque à nu dans une grande étendue , depuis Puiseux au N. O. jusqu’à Belle-Eglise au S. E. Ce plateau se prolonge ainsi jusqu’à Gisors. Toutes les collines qui entourent cette ville font voir la craie dans leurs escarpemens, et nous l’avons reconnue, soit par nous-mêmes, soit par des personnes dont les rapports méritent toute confiance, le long des bords de l’Epte jusqu’à Saint-Clair. La craie qui est au N.E. de Gisors étant très-relevée forme un plateau qui n’est recouvert que par de la terre végétale d’un rouge de rouille, et mêlée de silex. Celle qui est au S. O. et au S. de cette ville étant moins relevée est revêtue d’argile plastique et de bancs de calcaire grossier.
La craie se montre encore à l’ouest et au N. O. de Beauvais, au-delà de Saint-Paul; elle se prolonge sans aucun doute du côté de Saveignies, comme le prouvent les silex épars dans les champs; mais elle
(1) Les terrains de craie indiqués à l’est de Finies, d’Epernay et de Sésanne , avoient d’abord été placés d’après les Mémoires de Gueltard ; ils ont , depuis notre première édition , été reconnus soit par nous , soit par plusieurs des géologues qui ont étudié et fait connoître le sol de la France d’après les mêmes principes. Nous devons mettre à leur tête M. Omalius de Flalloy , qui a publié de si excellentes observations sur cette partie de la géognosie de la France. Ces terrains sont hors de notre carte.
(?.) Hors de la carte.
DES ENVIRONS DE PARIS. 7i
est cachée par les couches épaisses d’argile plastique, tantôt presque pure, tantôt mêlée de sable, qu’on trouve abondamment dans ces cantons, et qu’on exploite depuis long-temps aux environs de Saint- Paul , du Bequet, de l’Héraulle (i), etc., pour la fabrication des grès de Saveignies et autres lieux.
Nous avons donné Mantes comme l’extrémité occidentale de la ceinture de craie qui entoure Paris au nord de la Seine. En effet, presque tous les escarpemens des collines qui entourent cette ville sur l’une et l’autre rives, présentent la craie surmontée souvent de calcaire grossier, comme on le verra à l’article de cette formation. Nous n’énumérerons pas les points où la craie se présente, la carte le fait voir suffisamment (2). On remarque que cette disposition se continue ainsi jusqu’à la Roche-Guyon.
A la Roche-Guyon la craie est à nu, et elle se continue presque toujours ainsi jusqu’à Rouen. C’est ici que nous la quittons , parce que nous regardons ce point comme le bord du bassin de Paris, puisqu’au-delà on ne trouve plus les gypses qui se sont déposés dans ce bassin particulier.
La ceinture de craie du midi de la Seine, par les raisons exposées dans notre premier article, est beaucoup moins distincte, et laisse de grandes lacunes. Nous allons cependant essayer de la suivre en allant de l’ouest à l’est.
On la retrouve sur la rive gauche de la Seine en face de Mantes, dans la vallée où est placé Mantes-la-Ville ; on peut la suivre jusqu’à Vers •, mais elle ne tarde pas à disparoître sous le calcaire siliceux qui se montre dans ce lieu et ne se remontre plus qu’à Houdan. On la voit à nu à la sortie de cette ville du côté de Dreux (3). Tous les coteaux élevés qui entourent cette dernière ville, offrent sur leur flanc la craie entrecoupée de bancs interrompus de silex. Tout le plateau compris entre Dreux et Houdan est de craie. La
(1) Plus loin, au N. O. de Saveignies; c’est hors des limites de notre carte.
(2) Nous tenons de M. de Roissy les renseignemens sur Mantes.
(3) Ces lieux sont hors des limites de notre carte.
foret de Dreux, le plateau d’ Abondant qui se continue en une plaine immense, et parfaitement plane, sont de craie recouverte par l’argile plastique , le sable , et un agglomérat de silex dans une argile maigre, sablonneuse et rouge.
En allant plus au sud, on entre dans les plaines sablonneuses de la Beauce; ces masses de sable couvrent la craie, et les cachent dans une grande étendue. Il faut aller assez loin, et toujours vers le sud, passer la Loire et les plaines de la Sologne pour la retrouver près de Salbris. Elle n’est pas encore ici précisément à la surface du sol , mais on la rencontre à si peu de profondeur qu’on doit ne faire aucune attention à la petite couche de sable et de terre de bruyère qui la recouvre. Quoique nous ne bayions vue que dans une trèspetite étendue, elle y est bien caractérisée par les silex blonds , et surtout par les oursins qu’ils contiennent, et qui la distinguent essentiellement des marnes blanches avec lesquelles on pourroit quelquefois la confondre , lorsqu’on ne la voit point en grande masse. On peut dire qu’une fois retrouvée dans ce lieu, on ne la perd plus jusqu’à Montereau, qui a été le point d’où nous sommes partis pour tracer la ceinture de craie du bassin de Paris.
Nous l’avons suivie sans interruption depuis Neuvy, sur la rive droite de la Loire, jusqu’à Nemours (i). Ici elle se relève, et forme, sur le bord oriental de la route de Montargis à Nemours, des collines assez élevées, et souvent escarpées; on la voit encore près de Nanteau , à l’est, et du côté de Montereau, où on l’emploie pour marner les vignes. Cette craie est assez dure dans quelques endroits, et ses silex sont blonds ; mais elle reprend ailleurs sa mollesse et ses silex noirs.
Nous venons de faire connoître les points principaux de la ceinture de craie qui entoure le bassin de Paris. La carte fera voir les autres. La craie de tous ces lieux , au moins celle qui forme la partie la plus superficielle du sol, appartient à celle que nous avons nommée craie blanche.
(1) A u sud-est et hors de la carte.
Au-delà de celte ligne, tout est craie dans une grande étendue 5 mais, quelque large que soit cette étendue, on peut cependant la comparer à un anneau ou à une ceinture qui est terminée et comme bordée extérieurement par le calcaire compacte plus ancien qui se montre à la surface du sol comme à Caen , à Bar - sur - Aube , à Dijon, etc.
Une disposition assez remarquable tend à prouver que le terrain qui vient d’être décrit est en effet le bord d’une espèce de bassin ou de golfe ; ce sont les cailloux roulés, souvent réunis en poudingues trèsdurs, qu’on remarque sur plusieurs points de ce rebord, comme on les trouve sur les grèves des golfes encore occupés par la mer.
On les voit très-bien et en bancs immenses près de Nemours, et précisément entre la craie et le terrain de calcaire siliceux qui la couvre.
On les revoit à Moret, près la pyramide; ils y forment encore de très-beaux poudingues.
Le terrain que l’on parcourt en allant de Beau mon t-sur-Oise à Y vri-le-Temple , est entièrement composé de cailloux roulés répandus plus ou moins abondamment dans une terre argilo-sablonneuse rouge qui recouvre la craie. C’est encore ici un des bords du bassin de craie.
On les retrouve du coté de Mantes, entre Triel et cette ville, dans un vallon qui est nommé sur les cartes la V allée des Cailloux.
Du côté d’Houdan , ils sont amoncelés sur le bord des champs en tas immenses : enfin la partie des plaines de la Sologne, que nous avons visitée, depuis Orléans jusqu’à Salbris, est composée d’un sable siliceux , brunâtre , mêlé d’une grande quantité de cailloux roulés de plusieurs espèces. Ici ce ne sont plus seulement des silex, il y a aussi des jaspes et des quarz de diverses couleurs. On remarquera que ce sol de rivage recouvre la craie presque immédiatement, comme on peut l’observer avant d’arriver à Salbris, etc., et qu’il est bien différent des sables du pays Chartrain, de la Beauce, etc., qui ne contiennent généralement aucun caillou roulé.
Le fond de ce bassin de craie n’étoit pas partout uni; il avoit , dans divers points, des protubérances qui percent les terrains dont
il a été recouvert depuis, et qui forment, au milieu de ces terrains, comme des espèces d' îles de craie.
Le point le plus voisin de Paris où il se montre ainsi, c’est Meudon. La craie n’arrive pas tout-à-fait jusqu’à la surface du sol, mais elle n’est recouverte dans quelques endroits que d’une couche mince d’argile plastique. La partie supérieure de cette masse est comme brisée, et présente une espèce de brèche , dont les fragmens sont de craie et les intervalles d’argile. La partie la plus élevée de la masse de craie se voit au-dessus de la verrerie de Sèvres. Elle est à i5 mètres environ au-dessus de la Seine. Cette disposition relève toutes les couches qui la surmontent , et semble en même temps en diminuer l’épaisseur. On peut suivre ce promontoire de craie depuis la montée des Moulineaux, au bas de Meudon, jusqu’aux bases de la butte de Bellevue et dans Sèvres même; les caves et les fondations de toutes les maisons bâties sur le chemin de Bellevue sont creusées dans la craie. Dans le parc de St.-Cloud, les fondations du pavillon d’Italie sont placées sur ce terrain. Elle est souvent dans cette étendue recouverte d’argile plastique, et surmontée de calcaire grossier.
La craie du coteau de Meudon présente quelques faits particuliers que nous croyons devoir réunir ici.
La masse de craie est d’une consistance , d’une couleur et d’une nature assez uniforme ; cependant vers sa partie supérieure elle est plus friable, plus sablonneuse, moins blanche; les ouvriers l’appellent marneuse et n’en font aucun usage. Derrière la verrerie de Sèvres, où elle a été mise à découvert, on remarque dans cette partie supérieure de nombreux canaux ondulés de 3 à 4 centimètres de diamètre à peu près verticaux, mais s’anastomosant et disposés comme le seroient des conduits qui auroient donné issue à un gaz se dégageant du milieu d’une masse pâteuse.
On croit avoir remarqué que la quantité de silex va en diminuant à mesure qu’on s’approfondit; la plus grande profondeur de ces crayères est d’environ i5 mètres au-dessous de la surface de la craie.
Dans la partie supérieure d’uue de ces carrières, celle dont l’ouverture est une des premières en montant le chemin de Meudon, on
a découvert, il y a environ cinq ans, la strontiane sulfatée en cristaux, de 3 h 4 millimètres d’une belle transparence et d’une couleur bleuâtre, dont la forme voisine de celle de la strontiane sulfatée apotome a été nommée Dioxynite par M. Haüy.
Ces cristaux de strontiane se trouvent non-seulement dans les lits de silex les plus voisins de la surface de la craie et sur les parois des jfissures qui traversent les parties supérieures de cette roche, mais encore dans les lits de silex assez profonds, situés au milieu même de la masse de craie, et qui ne paroissent avoir aucune communication avec la surface du sol.
Quoique ces cristaux semblent tapisser l’intérieur des rognons de silex noir, nous croyons devoir faire remarquer qu’ils ne se trouvent que dans des fissures. En examinant les silex qui les renferment, on voit qu’ils ont toujours été fendus , mais que ces fentes sont ouvertes, c’est-à-dire que les deux parois ne peuvent plus s’appliquer l’une contre l’autre à la manière de celles qui résultent d’une fracture actuelle, et que la surface de ces parois diffère encore d’une surface de fracture fraîche en ce qu’elle est raboteuse ou au moins terne; c’est dans ces fentes que se sont déposés les cristaux de strontiane sulfatée qui les remplissent quelquefois presque entièrement. Ce n’est donc pas dans X intérieur des silex et dans des cavités fermées de toutes parts qu’on les trouve, comme cela a lieu pour le quarz qui tapisse quelquefois ces cavités.
La strontiane sulfatée s’est déposée aussi sur les parois des fissures de la craie, en petits cristaux semblables à ceux des silex; elle s’est également déposée dans la cavité des oursins. Cette disposition générale semble indiquer que la strontiane sulfatée n’est pas essentiellement de la même époque de formation que la craie, et qu’elle peut appartenir à une époque postérieure contemporaine de celle des argiles plastiques, mais qui auroit suivi de très-près celle de la craie supérieure et de ces silex , et qui auroit pénétré dans ce sol à la manière des minéraux qui remplissent les filons. Ce que nous allons rapporter , en parlant de la craie de Bougival , paroît conduire an même résultat.
r6 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
Cette même partie supérieure de la masse de craie qui renferme la strontiane, et qui, par la quantité de sable quelle contient , est regardée par les ouvriers comme faisant partie de la craie marneuse , renferme aussi un grand nombre de débris organiques, notamment ces grandes coquilles à texture striée que nous avons désignées sous le nom de catillus Cuvieri , des pecten , des belemnites, des térébratules et beaucoup d’oursins. C’est principalement dans ce lit, mais non pas uniquement, que se sont trouvésles silex à strontiane sulfatée.
Les terrains de craie de Meudon offrent à l’observateur des exemples assez nombreux et très-remarquables de ces cavités cylindroïdes, irrégulières dans leur diamètre et leurs directions qui représentent parfaitement les parois du conduit tortueux d’un puissant cours d’eau. Ces cavités ont une étendue qu’on n’a pas mesurée; non-seulement la surface des silex qui y sont en saillie est couverte de cristaux de chaux sulfatée , mais celle des parois de ces puits et des fentes brille d’une multitude de petites aiguilles cristallines qui échappent par leur petitesse à une détermination minéralogique, mais qui paroissent devoir être de même nature que les cristaux reconnoissables qui couvrent les silex.
La craie se relève également à Bougival près Marly ; elle est presque à nu dans quelques points, n’étant recouverte que par des pierres calcaires d’un grain assez fin, mais en fragmens plus ou moins gros et dissémiués dans un sable marneux , qui est presque pur vers le sommet de cette colline.
Au milieu de ces fragmens, on trouve des géodes d’un calcaire blanc-jaunâtre, compacte, à grain fin, avec des lames spathiques et de petites cavités tapissées de très-petits cristaux de chaux carbonatée. La pâte de ces géodes renferme une multitude de coquilles qui appartiennent à la formation du calcaire.
Parmi ces géodes, nous en avons trouvé une qui présentoit une vaste cavité tapissée de cristaux limpides, allongés et aigus, ayant plus de deux centimètres de longueur.
La division mécanique seule nous a appris que ces cristaux appartenoient à l’espèce de la strontiane sulfatée , et un examen plus at-
tentif de leur forme nous a fait connoitre qu’ils constituoient une variété nouvelle. M. Haiiy, auquel nous l’avons communiquée, l’a nommée strontiane sulfatée apotonie.
Ces cristaux offrent des prismes rhomboïdaux à quatre pans, dont les apgles sont les mêmes que ceux du prisme des variétés unitaire , émoussée , etc., o/est-à-dire 77 degrés 1' et 102 degrés 58'. Ils sont terminés par des pyramides à quatre faces et très-aiguës. L’angle d’incidence des faces de chaque pyramide sur les pans adjacens est de 161 degrés 1 6'. Les faces sont produites par un décroissement par deux rangées à gauche et à droite de l’angle E de la molécule soustractive. C’est une loi qui n’avoit pas encore été reconnue dans les variétés de strontiane sulfatée étudiées jusqu’à ce jour. Son signe
sera È E* 1 2 'E (1).
Les cristaux de strontiane, observés jusqu’à présent aux environs de Paris, sont extrêmement petits, et tapissent les parois de quelques-unes des géodes de strontiane qu’on trouve dans les marnes vertes de la formation gypseuse; mais on n’en avoit point encore vu d’aussi volumineux et d’aussi nets.
En suivant cette ligne on voit encore la craie à Chavenay au N. O. de Versailles, à Mareil, à Maule et tout le long de la Mauldre presque jusqu’à la Seine. Elle se présente toujours de la même manière, mais nous n’avons pas retrouvé dans ces derniers lieux l’argile plastique qui la recouvre ordinairement.
Il paroît qu’elle s’enfonce davantage vers le nord de la ligne que nous venons de suivre, cependant on la retrouve encore à peu de profondeur au sud d’Auteuil. En perçant, dans la plaine du Point du Jour (2), un terrain composé de sable rougeâtre et de cailloux roulés et qui a environ 5 mètres d’épaisseur, on trouve la craie immédiatement au-dessous sans qu’on puisse apercevoir aucun indice ,
(1) Nous ferons connoître à l’article de l’argile plastique un nouveau lieu où cette variété a été découverte.
(2) M. Coupé en avoit fait mention , Journ. de Pbys. , t. LXI, p. 368.
ni de l’argile plastique , ni du calcaire marin qui la recouvre dans d’autres lieux.
Près de Ruel , il faut creuser plus profondément ; on y a percé des puits, dans l’espérance, fondée sur des prestiges rabdomanciques, de trouver de la houille. Ces puits, qui ont été jusqu’à 12 5 mètres au-dessous du niveau de la Seine, n’ont servi qu’à nous faire connoître que la craie existe sous ce sol d’attérissement et qu’elle y a une épaisseur considérable.
Les autres points où se montre la craie sont trop peu importans ou trop rapprochés des limites du bassin pour que nous en fassions une mention particulière ; la carte les fera suffisamment connoître.
La craie se montre encore à la surface du sol après Chaumontel au N. N. E. de Luzarches, qui est situé à environ huit lieues au nord de Paris; on la suit jusqu’au pied de la côte de la Morlaie. Mais à la descente du bois de Royaumont , dans la vallée de la Morlaie, elle disparoît sous des blocs considérables de poudingues siliceux à base de grès qui semblent avoir roulé du sommet des coteaux.
On ne la voit pas à Luzarches même, qui est dans une vallée dont le fond appartient généralement au terrain d’eau douce, mais on l’y a reconnue par des puits creusés pour le même but et sur les mêmes indices que ceux de Ruel, c’est-à-dire , dans l’espérance d’arriver à une couche de houille. On a pénétré ici bien plus profondément, et après avoir traversé toute la masse de craie blanche remplie de silex, on est arrivé jusqu’à la craie tufau.
Le puits dit de la charbonnière est creusé tout près du bourg dans une prairie. On a d’abord traversé un lit de sable , puis une couche d’argile plastique grise et rougeâtre dans laquelle on a trouvé des pyrites et du lignite. On a percé dans la craie un puits qui, en 1818, avoit environ 112 mètres de profondeur; c’est à cette profondeur qu’on est sorti de la craie blanche pour entrer dans la craie tufau, autant du moins que nous avons pu en juger par les morceaux répandus sur les haldes à l’ouverture de ce puits.
Ce sont les petites parties de lignite qu’on a rencontrées et dans l’argile plastique et peut-être aussi dans la masse de craie qui ont donné
DES ENVIRONS DE PARIS. 7g
aux entrepreneurs de ces travaux des espérances bien peu fondées, car il est bien reconnu en géologie que le lignite et la houille n’ont entre eux aucune relation. Il n’est pas absolument impossible de trouver de la houille au-dessous de la craie, cette roche pouvant recouvrir un terrain houiller, mais il n’y a pas plus de probabilité d’en trouver à Luzarches que dans tout autre endroit dont le sol est d’une formation postérieure à celle de la houille.