SUR QUELQUES TERRAINS DE CRAIE
HORS DU BASSIN DE PARIS
PAR M. BRONGNIART
§ I. Craie de France.
En s’éloignant du bassin de Paris la craie , ou disparoît entièrement , et les terrains qui lui sont inférieurs et qui en sont réellement différens , non-seulement par leur nature minéralogique mais par l’époque de leur formation , se montrent à la surface du sol , ou bien la craie blanche disparoît seule , et ses assises inférieures , composées des variétés que nous avons désignées sous les noms de craie tuf au et de craie chloritée3 deviennent superficielles en conservant encore plusieurs des caractères minéralogiques de cette roche , ou bien enfin elle les perd entièrement , et ne conservant plus que les caractères géognostiques tirés de sa structure et des corps organiques ou minéraux qu’elle renferme , elle se confond avec les roches calcaires qui l’ont précédée immédiatement, et devient alors très-difficile à distinguer*
Malgré ces différences et ces difficultés , je vais essayer de rapporter à l’une des trois sortes de craie que nous venons d’indiquer les terrains sur lesquels j’ai assez de renseignemens pour tenter ces rapprochemens.
Les terrains de craie blanche bien reconnus pour appartenir à la même formation que ceux de Bougival et de Meudon , semblent entourer le bassin de calcaire grossier d’une zone assez large non interrompue à l’est, au nord et à l’ouest , mais dont la partie la plus méridionale , située entre Chartres et Nemours , est cachée sous le terrain de sable et de calcaire d’eau douce qui fait suite au terrain de Paris. La carte dressée par M. Omalius d’Halloy , et publiée dans le volume de i8i5 des Annales des Mines , fait voir très-clairement l’étendue et les limites du terrain de craie blanche le plus voisin de Paris. Mais comme la craie ancienne , renfermant les variétés minéralogiques que nous avons nommées craie tufau et craie chloritée, se lie avec la craie nouvelle par des nuances insensibles, on doit désigner en France , comme appartenant en tout ou en partie à la formation des différentes craies, les départemens et les contrées suivantes, en commençant par le nord et allant de l’ouest à l’est.
On remarque d’abord une large zone qui , partant des environs de Valenciennes, comprend une partie des départemens du Nord et du Pas-de-Calais, le département de la Somme, une grande partie de celui de l’Oise, ceux de l’Eure et de la- Seine-Inférieure tout entiers , et les parties orientales de ceux du Calvados et de
l’Orne, c’est-à-dire, les environs des villes d’Honfleur, de Pont - l’Évêque , de Lisieux et de l’Aigle.
La craie blanche , tantôt seule , tantôt accompagnée par la craie tufau, ou même remplacée par elle , s’y présente avec tous ses caractères minéralogiques de couleur , de texture et de structure en grand. Elle y renferme des silex noirs , et si on y avoit cherché avec plus de soin les débris de corps organisés qu’elle contient, il n’y a pas de doute qu’on n’eût trouvé dans tous ces lieux une grande partie de ceux qui la caractérisent , puisque nous pouvons déjà citer presque partout des bélemnites et le spatangus coranguinum. Le mytiloïdes labiatus , autre coquille propre à la craie , se montre au Mesnil , commune de St. - Saulis , près l’Aigle , département de l’Orne , et à Auvermesnil , vallée de Saint-Germain; elle est , dans ce dernier endroit, accompagnée d’ammonites au milieu d’un lit de marne argileuse qui appartient à la craie inférieure.
En allant vers le sud-ouest on suit la craie presque sans interruption dans les parties occidentales du département d’Eure et Loire et dans celui de Loir et Cher aux environs de Vendôme et de Blois. Dans celui du Loiret j’ai reconnu près de Salbris au-dessous du terrain de transport qui forme la plaine de la Sologne , le silex pyromaque blond et le spatangus coranguinum qui caractérisent si constamment cette formation. Plus à l’ouest dans ledépartement d’Indre etLoire, la craie se retrouve au-dessous des débris de calcaire grossier qu’on nomme le falun de Touraine, et cette craie inférieure qui reçoit dans ce pays-ci le nom de tufau, est caractérisée aux environs de Tours , à Luceau près d’Amboise, etc. , par le catillus Cuvien et par les podopsis truncata et striata.
Vers le sud on la suit encore dans le département de l’Indre , dans les environs d’Argenton et du Blanc ; j’ai de ce dernier lieu des silex pyromaques et cornées , le spatangus coranguinum , le mytiloïdes labiatus et la petite espèce ou variété du gryphea columba qui appartient plus particulièrement à la craie tufau (i).
Les’terrains de craie ne se prolongent pas davantage au midi , ils sont interrompus et comme coupés par des terrains plus anciens; mais si on continue à réunir l’histoire de la craie ancienne à celle de la craie blanche, on peut les suivre presque sans interruption, en allant d’abord vers l’est et ensuite en remontant vers le nord , pour aller rejoindre le département du Nord dont on est parti. On retrouve dans la partie méridionale du département de l’Yonne près de Nemours, de Sens et de .Toigny, 1* craie blanche parfaitement caractérisée par la forme de ses collines, par leurs escarpemens en falaise, par ses silex , par ses coquilles et notamment par le spatangus coranguinum et le mytiloïdes labiatus qui se trouvant bien évidemment ici, comme à Rouen dans la craie blanche, lient cette craie avec la craie tufau.
On entre ensuite dans les départemens de l’Aube et de la Marne , qui dépendent
CO Je tiens de M. Coquebert de Monlbret la plupart de ces échantillons et les renseigne— mens qui les rendent instructifs.
d’une province depuis long- temps célèbre par ses plaines crayeuses ; dans les environs deVoid, département de la Meuse, la craie passe par des nuances insensibles au calcaire oolithique du Jura, mais elle se reconnoit encore à sa couleur blanche , à sa texture lâche et aux cidarites, térébratules , etc., qu’on y trouve ordinairement.
La craie se montre encore, mais moins à nu et par conséquent d’une manière beaucoup moins sensible , dans la pointe occidentale du département des Ardennes et dans quelques parties du département de l’Aisne, qui touchant à ceux du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, termine et ferme, pour ainsi dire, le cercle que nous avons parcouru et au centre duquel Paris est placé.
Mais je dois m’arrêter plus particulièrement sur quelques parties de la Normandie, parce que j’ai eu occasion d’y étudier la craie dans ses diverses modifications.
Le premier des lieux dont je ferai mention est la côte de Sainte-Catherine, à l’entrée orientale de la ville de Rouen. La réunion de la craie blanche supérieure à la craie tufau et chloritée inférieure n’y laisse aucun doute sur l’identité de formation de ces deux roches, mais ces dernières contiennent une très-grande quantité de corps organisés fossiles différens de ceux qui se trouvent dans la craie blanche. Cette réunion de circonstances est très -favorable à l’observation en ce quelle donne des moyens de ramener à la formation de la craie des terrains qui au premier aspect offrent des différences très -sensibles et assez nombreuses; ainsi on ne voit plus que ces deux dernières craies au lieu dit le cap de la Hève près du Havre , à Honfleur , etc. (1).
Cette craie inférieure est la même que celle qui a été observée en Angleterre , entre Beachy-Head et Sea-House , sur la côte de Sussex , par de Luc , et si bien décrite (2) par ce géologue, dont les bonnes observations et les justes conséquences datent d’une époque où celte manière d’observer et de décrire en géologie éloit une chose presque nouvelle.
Cette craie ne diffère pas non plus de celle que M. William Phillips a reconnu sur les côtes de France à l’ouest de Calais entre Saugatte et Saint -Pot, et qui paroît correspondre exactement à celle des côtes d’Angleterre , entre Douvres et Folkstone; dans l’un et l’autre lieu, comme dans plusieurs autres endroits, la craie blanche et la craie tufau sont séparées de la craie chloritée ( green-sand des géologues anglais) par un lit plus ou moins épais de marne argileuse bleuâtre (3).
Parmi les coquilles fossiles qui se trouvent dans ces craies et qui paroissent les caractériser, je citerai les suivantes comme venant principalement des trois en-
(1) J’ai observé moi - même la structure de la côte Sainte - Catherine , et celles des falaises de Honfleur jusqu’à Dives ; mais je dois une grande partie des coquilles de ce premier lieu à M. de Saint-Brice , ingénieur au corps royal des mines. C’est de M. Audouin que je liens tout ce que je sais sur la structure du cap de la Hève.
(2) Lettres géologiques à Blumenbacli , p. 200.
(3) Trans. of geol. Soc. Lond. , 1819 , part. ire. , p. 16 , avec profils, etc.
droits que je viens de nommer , c’est-à-dire , de Rouen , du Havre , de Honfleur et même de la continuation de cette côte jusqu’à Dives.
Corps organisés fossiles de la craie tiifau et de la glauconie crayeuse (craie chloritée ) (i) de Rouen , du Havre, de Honfleur, des environs de Dives, etc.
NOMS
Citations , Figures , Synonymes , Lieux, Gisemens particuliers , Observ. et Déterminations. et Observations relatives.
JSTautilus simplex Sow ?
Scaphites obliquus Sow.tab.i8,fig.4-7“(pl.VI,fig.i3)
Ammonites varions., . . Sow.tab. 176. — {pi. VI, fig. 5)...
— injlatus Sow. tab.178. — (pi. VI, fig. 1)..
— rhotomagensis Defr. (pl. VI , fig. 2) , . . .
— Coupei A. Br. (Pl. VI, fig. 3)
— Gentoni Defr. (Pl. VI , fig. 6)..
{ Voisin du Gentoni et du Splen- J dens ; mais ce fragment est trop j petit pour être détermine avec ( exactitude
Hamites rotundus Sow.tab.61 ,fig. 3 . — (pl. VU, fig. 5).
rr, ... (Montf. — Sow.tab. 36. — (pl.VI,
F urrilites costatus j ^ ^ 1
Turbo ? Des moules intérieurs indéterm.
Trochus
Cassis avellana
Podopsis truncata — striata
' Des moules intérieurs qui paroissent pouvoir se rapporter aux trochus de la Perte du Rhône désignés parles noms de T. Gurgitis Rhodani, Cirroïdes (pl.IX.fig.7-
!A. Br. (pl. VI, fig. 10).
Quoique ce ne soit souvent qu’un moule intérieur , il reste assez d’empreintes des diverses parties pour qu’on puisse arriver à la détermination du genre et de l’espèce
Lam. — (Pl. V, fig. 2)
Lam. — ( Pl. V, fig. 3)
Rouen.
Rouen , Brighton.
Rouen , le Havre , où il se présente sous un très-grand volume.
Le Havre.
Rouen. Il acquiert une taille de plus d’un décimètre.
Rouen.
Rouen.
Rouen.
Rouen.
Rouen j le Havre.
Rouen.
Rouen.
Rouen.
Le Havre , les environs de Tours?
Ibid. , Briglrton.
(1) Nous avons dit, p. 1 3 , que les grains verts disséminés dans cette craie n’étoient pas de la chlorite, par conséquent que le nom de craie chloritée, indiquant une composition qui n’est pas exacte , ne pouvoit plus convenir à cette roche composée par aggrégalion de craie , de sable et de fer chloriteux granulaire , et que nous la nommerions à l’avenir glauconie crayeuse.
NOMS
Inoceramus concentrions
Citations, Figures , Synonymes , Observ. et Déterminations.
Lieux , Gisemens particuliers , et Observations relatives.
/Rouen.
Ostrea carinata. . . . . .
— pectinata
Grj-phea columba. . . .
Pecten quinquecosta . .
Pecten intextus
— asper. .
— dubius.
Plagiostoma spinosa. . , — MantelliÇ i)
Trigonia.
(Pl.VI, fig. 1 1). — Park. Trans.'
\ofthe Geol. Soc. of London, vol. Y, I Ipi. i,fig. 4: I
Quoique je n’en possède qu’un j petit fragment je ne doute pas de |
[i’exactitude du rapprochement. . >
Lam. — (PI. III , fig. 1 1 ) Le Havre.
A?n: : !.X.IV:.P': .xx.vin’}Le Hâvre-
Lam. — (PI. VI, fig. 8) Le Havre? Le Blanc; Longleat.
, jSow. tab. 55, fig. 4-8— (pi. IV, MTcS
tfiS- ' / blanche.
A. Br. (pl. Y, fig. jo) Le Havre.
Lam. (pl. V,fig. i) Le Havre.
Defr. (pl. III , fig. 9) Rouen.
{Rouen. Il se trouve dans la craie tufau très-près de la craie blanche , et ne paroît pas différer de l’espèce qui appartient à cette dernière roche. — Brighton.
A. Br. (pl. IY, fig. 3) De la côte de Douvres.
Moule intérieure qui paroîtl 1 indiquer une espèce voisine du J '7>. scabra. Lam. ou du Tr.
\ striata de Sow. qui pourroientj bien être la même espèce. (V oyez I ^pl. IX, fig. 5.)
/Rouen.
Mytiloïdes? labiatus. .
Crassatella
labiatus. Schlot-î Rouen , et dans la craie tufau
Terebratula semiglobosa
— gallina
— alata
— - pectita
— octoplicata
Cidarites variolaris. . . , Spatangus Bufo
— suborbicularis
{Ostracites
heim (pl. III, fig. 4) /de beaucoup d’autres lieux.
r Des moules intérieures qui J ./semblent indiquer des petites es- > Rouen.
(pèces de ce genre )
A. Br. (pl. IX, fig. 2) Le Hâvre.
Lam. (pl. IY, fig. 6) Le Hâvre.
Sow. tab. i38,fig.i .-(pl. IX, fig. 3). Le Hâvre.
(Pl. IV, fig. 8)— Sow. tab. i i8,fig.2? Le Hâvre.
A. Br. (pl. V, fig. 9) Le Hâvre.
A. Br. (pl. V, fig. 4)- Fauj Le Hâvre.
Defr. (pl. V, fig. 5) Env. de Dives dans la craie tufau.
(i) M. G. Mantell nous ayant envoyé , pendant la composition de ce travail , une suite aussi nombreuse qu’intéressante des corps organisés fossiles de la craie , et plusieurs des planches d’un ouvrage qu’il prépare sur la craie des environs de Douvres, nous croyons devoir lui témoigner ici nos remercîmens de cette communication généreuse , et lui
On a dû remarquer que la craie finit au sud de Paris aux confins méridionaux du département de l’Indre 5 elle cesse réellement ici, puisque les terrains qui lui succèdent sont composés de roches qui lui sont inférieures; mais quand on a traversé ces terrains plus anciens on retrouve en allant toujours au S. O. , la craie tufau dans le département de la Dordogne aux environs de Périgueux et notamment à l’ouest de cette ville. Les coteaux élevés et escarpés qui bordent la rivière de Lille, depuis Périgueux jusqu’au lieu dit la Massoulie, sont en craie grise sablonneuse et souvent micacée, c’est-à-dire, en craie tufau qui se présente en masse immense sans assises distinctes dans la plus grande partie de son étendue, mais sa stratification est indiquée par les bancs de silex noirs qui la divisent en couches assez nombreuses. Ces silex appartenant plutôt à la variété que nous avons nommée silex corné qu’à celle qu’on appelle silex pjromaque , sont, comme nous l'avons dit ailleurs , caractéristiques de la craie tufau dans laquelle ils semblent se fondre.
Les coquilles que renferme cette craie sont nombreuses dans quelques points , et quoique je n’aie vu cette colline que très-rapidement (1), j’ai pu recueillir les espèces suivantes :
Liste de quelques coquilles de la craie tufau des environs de Périgueux. Nautilus pseudoponipilius ? Schloth.
Deux Trochus Moules intérieurs indéterminables.
I Les individus sont plus petits et
Ostrea vesicularis Lam. ressemblent à ceux de Luzarches,
(et ceux-ci aux petits de Meudon.
Grj'phea auricularis . .. A. Br. (pl. VI, fig. g).
{Quoique je n’aie vu que la surface intérieure de quelques valves je ne doute pas de cette détermination.
Malgré les différences spécifiques que plusieurs de ces coquilles ont avec celles de la craie , on reconnoît par la masse des ressemblances qu’elles se rapprochent des espèces qui existoient à cette époque plus que d’aucune de celles de toute autre époque.
prouver combien nous l’apprécions en indiquant quelques-uns des fossiles de la craie d’Angleterre . en lui dédiant cette espèce de plagiostome que nous n’avons encore trouvée décrite nulle part, et en sortant ainsi un peu des limites que nous nous sommes tracées. Nous y avons aussi été engagés par un semblable don de coquilles fossiles de la craie que M. Crow vient de nous faire , et qui a considérablement augmenté nos richesses dans ce genre.
(1) C’est en 1808 que j’ai visité cette côte, et que j’y ai reconnu les caractères de la formation de la craie tufau que je rapporte ici.
En allant plus au sud on retrouve encore le terrain de craie dans des lieux où jusqu’à présent on ne l’avoit ni reconnu, ni même indiqué. Je ne doute plus que l’on ne doive rapporter à cette formation les terrains de calcaire gris, dur, sableux, micacé, qui forment le fond du sol aux environs de Bayonne, et notamment la côte et les rochers de Biaritz. C’est en 1808 que j’ai pris celte idée sur l’époque de formation de cette roche. L’examen ultérieur que j’ai fait des circonstances qui l’accompagnent, de sa ressemblance avec certaines variétés d’une des craies tufau , et le spatangus qui vient des environs de Bayonne, et dont je donne la figure pl. V, fig. 6, sous le nom de spatangus ornatus que M. Défiance lui a assigné, me confirment pleinement dans l’opinion qu’on doit rapporter ce terrain à la craie tufau. Cette roche se présente comme une masse continue, dans laquelle on ne peut reconnoître de stratification distincte qu’au moyen des différences de solidité des parties qu1 la composent -, on y remarque, en effet, des zones alternatives d’un calcaire grisâtre, argiloïde ou sableux d’une désaggrégation facile et d’un calcaire dur, comme divisé en une suite de nodules irréguliers plus ou moins renflés, qui restent en saillie sur les escarpemens à la manière des bancs de silex de la craie blanche.
Cette masse renferme un grand nombre de débris de coquilles fossiles qu’il ne m’a pas été possible de déterminer, mais dans lesquels j’ai reconnu des échinites dont le spatangus ornatus fait probablement partie. Je n’y ai vu aucune ammonite.
§ II. Craie cT Angleterre.
Nous ne citerons pas les lieux nombreux où cette roche se montre avec tous le3 caractères tirés de sa couleur, de sa texture , de sa disposition en grand, des corps organisés fossiles qui lui sont propres, caractères que nous avons exposés en' traitant de la craie du bassin de Paris.
Les géologues anglais MM. Buckland , Greenough , Smith , Webster, W. Phillips, Parkinson , Mantell , etc. , ont très-bien décrit ce terrain et l’ont fait connoître par les moyens les plus clairs et les plus certains , c’est-à-dire , par de bonnes cartes , par des coupes et par une énumération précise des roches qui le constituent , des minéraux qu’il renferme et des corps organisés qui y sont enfouis ; ils nous ont appris que dans l’Angleterre proprement dite la craie forme en tout ou en grande partie les comtés de Norfolk, d’Herdfort , de Wilt , de Dorset -, quelle forme également la plus grande partie du Hampshire , dans lequel se trouve l’ile de Wight , cette contrée complètement analogue au terrain de Paris et si bien décrite par M. Webster; le comté de Sussex où se remarquent les côtes escarpées de Beacliy-IIead et de Brighton , dont M. Mantell publie une description aussi détaillée qu’intéressante ; celui de Surrey et celui de Kent, dans lequel se trouveul Gravesend , Folkstone, Douvres, file de Thanet, tous lieux célèbres dans l’histoire de la craie; enfin que les deux rives de la rivière d’Humber, vers son embouchure, appartiennent à la craie chloritée..
Cet aperçu rapide suffit pour nous faire voir que la craie entoure le bassin de Londres, composée du terrain meuble , et de ceux de sédiment supérieur, comme elle entoure le bassin de Paris, composé des mêmes terrains, mais plus solides.
Nous apprenons aussi par les travaux des géologues anglais , que la craie blanche à silex pyromaques est superposée en Angleterre comme en France à la craie tufau et à la craie chloritée qu’ils appellent souvent sable vert ( green-sand ), parce quelle paroît contenir généralement beaucoup plus de sable que la nôtre, que cette craie blanche est quelquefois séparée de la craie tufau par un lit de marne argileuse qui renferme des corps fossiles un peu différens de ceux de ces craies, que ces diverses sortes de craie présentent d’ailleurs , non-seulement la même association de genres dans leurs coquilles, non-seulement des espèces très-voisines des nôtres , mais un grand nombre d’espèces qui sont absolument les mêmes.
Il suffit de comparer les énumérations et les figures données par MM. Sowerby, Parkinson, Webster, Mantell, etc., quelqu’incomplètes qu’elles soient encore, pour être convaincu de ces analogies et pour voir que non-seulement le terrain de craie tout entier correspond à l’ensemble de nos trois variétés par les corps organisés qu'il contient, mais que chacune de ces variétés renferme , en Angleterre comme en France , des espèces de coquilles et des associations d’espèces analogues : ainsi la craie blanche de Gravesend , de Brighton , etc., contient des coquilles, des coraux , des échinites semblables à ceux de la craie blanche de Meudon , de Dieppe , etc. ; la craie chloritée (green sand) de Folkstone , contient des coquilles et d’autres corps marins qui sont souvent de la même espèce qne ceux qu’on observe dans la craie chloritée de Rouen , du Havre , de Honfleur, etc.
Nous ne disons pas que dans les deux pays , les trois sortes de craie soient et parfaitement différentes l’une de l’autre , et parfaitement semblables lorsqu’on les compare sorte à sorte , pays à pays , mais seulement que la somme des différences et des ressemblances est à peu près la même dans les deux pays entre ces trois variétés de roche de la même formation. Il résulte de cette considération, qui est l’application d’une des généralités les plus importantes de la géognosie , qu’on ne peut caractériser ni la craie ni aucune de ses divisions par un caractère unique tiré soit de sa nature minéralogique , soit de sa structure en grand , soit même des corps organisés qu’elle renferme , mais qu’il faut toujours avoir recours à un ensemble de caractères.
Les personnes qui ont réfléchi sur les classifications naturelles ont observé et ont fait remarquer qu’on étoit obligé d’en agir ainsi lorsqu’on vouloit rapprocher , dans des groupes naturels , les corps qui se ressemblent par les propriétés les plus nombreuses et les plus importantes.
§ III. Craie du nord et de l’est.
Nous «niions maintenant suivre, dans les parties orientales et septentrionales de l’Europe , la craie bien caractérisée et assez généralement reconnue pour telle.
Nous l’avons quittée à l’orient de la France , dans les départemens du Nord. Nous la retrouvons en entrant dans le royaume des Pays-Bas; mais , si elle ne présente plus ici la couleur, la texture ni aucun des caractères minéralogiques qu’on a l’habitude d’attribuer à la craie, elle offre tous ceux qu’on peut tirer de sa structure en grand , et des corps organisés fossiles qu’elle renferme.
On peut sans aucun doute rapporter à la formation de la craie la montagne de Saint-Pierre près Maeslricht, ou , au moins , une grande partie de ce terrain, car il seroit possible qu’il fût recouvert dans quelques points par des dépôts plus ou moins épais de calcaire grossier. La roche qui compose les parties inférieures de celte montagne , s’éloigne de la craie blanche par sa structure grenue, sa consistance friable , sa couleur jaunâtre , mais elle ressemble d’autant plus par là à la craie tufau. On ne remarque ici aucune stratification distincte ; la formation sédimenlaire horizontale est indiquée par de nombreux lits de silex qui appartiennent plutôt aux silex cornés qu’aux pyromaques , autres caractères propres à la craie tufau.
Deluc avoit déjà remarqué (i) l’analogie de cette roche avec la craie, et tout en l’appelant sable à cause de sa texture grenue et de sa consistance friable , il fesoit observer que ce sable étoit entièrement dissoluble dans l’acide nitrique. Les coquilles sont inégalement distribuées dans cette masse. Il y a des bancs qui n’en contiennent aucune ; les silex, dit ce judicieux géologue, y sont disposés exactement comme dans la craie , et les bélemnites différentes de celles du calcaire compacte alpin ressemblent à celles de la craie. MM. Defrance et de Schlotheim, etc. , admettent la même analogie.
Près du bourg de Fauquemont, de l’autre côté de la Meuse, presqu’en face de Maestricht, les collines sont de craie tufau à leur base et de sable quarzeux à leur sommet (2).
On remarque dans cette masse puissante de craie friable , des canaux à peu près verticaux ouverts à la surface du terrain de craie , et par lesquels s’écoule , lorsque les circonstances le permettent , le sable qui recouvre ce terrain et qui forme le sol superficiel de la colline de Saint-Pierre; M. Bory de Saint-Vincent a décrit celle particularité remarquable sous le nom d’orgue géologique (3).
(1) Lettres géologiques sur la terre et sur V homme , t. IV, lettres LXXXIII , p. 558, et XC , p. 1 l4 , 121 , 123.
(2) Idem, t. IV, p. 1 3 1 .
(3) Description du plateau de Saint-Pierre de Maëstricht , par M. Bory de Saint-J' i/icent r Ann. des Sc. pliys. de Bruxelles, t. I, 181g.
Malgré la description que M. Faujas a donnée de cette colline et les nombreuses figures de fossiles qu’il en a publiées , il est encore difficile de former une liste un peu étendue des coquilles fossiles quelle renferme , déterminées avec assez d'exactitude pour qu’on puisse les reconnoître avec certitude 5 nous ne pouvons indiquer que les suivantes :
Ostrea vesicularis. Lam. Fauj.
Thecidea radians. Defr. Fauj. tab. XXYII , fig. 8.
Thecidea hierogljphica. Defr.
Spatangus bufo. A. Br. (pl. Y, fig. \. ) ■ — Fauj. pl. XXX , fig. 2.
En s’avançant davantage vers l’est , la craie se montre sur une étendue plus considérable et avec des caractères qui n’ont jamais permis d’hésiter sur sa nature. Il paroît quelle forme le fond du sol des pays d’Oldenbourg et de Hanovre , du Holstein, du Danemarck et de toutes ses îles , parmi lesquelles on a fréquemment indiqué et décrit , comme exemple remarquable de cette roche , la Séelande et l’ije de Moens, ainsi que celle de Rugen vis-à-vis la côte de Poméranie.
Dans ce point les deux rivages de la Baltique en sont composés, car sur le rivage du nord, tous les géologues qui ont étudié ou visité la Suède, MM. Debuch , Hausman , et en dernier fieu M. YVahlenberg, citent les environs de Malmoë comme appartenant à la formation de craie ; sur le rivage du sud , le sol fondamental du Meeklenbourg , de la Poméranie, des environs de Dantzick, etc., appartiennent aussi, sans aucun doute, à la craie. Cette roche n’est pas toujours visible dans les lieux que nous venons de citer, parce que des terrains de transport d’une nature quarzeuse et d’une origine particulière, la recouvrent dans beaucoup de points 5 mais elle s’y manifeste , soit en perçant cés terrains , soit en fournissant les rivages des silex et des coquilles remplies de silex qui lui appartiennent et que la mer a détachés de sa masse.
La craie ne compose pas seulement le fond du sol des rivages de la Baltique , elle s’étend presque jusqu’au pied des montagnes du Harz , de la Saxe , de la Silésie et des Krapacks , car on la voit très-distinctement à Grodno etàCracovie.
Mais notre but n’est pas de présenter l’énumération de tous les terrains de craie qu’on peut connoître en Europe. Ceux que nous venons de citer suffisent pour donner une idée de l’étendue de ces terrains. Nous avons seulement l’intention de faire remarquer que cette craie est souvent semblable en tout à celle de France et d’Angleterre j en rapportant quelques faits particuliers qui tendent à le prouver et qui ont été observés dans différens points des pays que nous venons de citer.
Le spatangus coranguinum , cet échinite que nous avons si souvent désigné comme propre à la craie , a également frappé un observateur qui exerce sa sagacité dans un pays bien différent et bien éloigné du nôtre : M. Wahlenberg le cite comme indiquant des lits de craie sur les rivages de la Scanie (x).
(1) Act. Soc. regûe , Sc. upsal , vol. YIH , p. 5i.
go DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
M. Vargas-Bedemar , en décrivant les terrains de craie des environs de Faxoe en Seelande , et de File de Moens, croit avoir trouvé quelques différences entre cette craie et celle du bassin de Paris -, mais il convient ensuite quelle présente les caractères essentiels qui doivent néanmoins la faire considérer comme appartenant à la même formation que la nôtre. Il est malheureux qu’il n’ait donné ni coupe du terrain, ni détermination, accompagnée des figures nécessaires, des corps organisés fossiles qu’on y trouve. Ce sont les seuls moyens sûrs que l’on puisse employer pour établir les identités de formation (i).
Je choisirai dans la vaste étendue de craie de la Pologne trois points assez éloignés l’un de l’autre, et sur lesquels j’ai des renseignemens particuliers.
Les deux premiers sont dans les environs de Grodno en Lithuanie et de Krzemeniec en Volhinie; la craie y est blanche comme celle de Meudon , elle renferme comme elle des silex pyromaques noirs , des belemnites , mais une espèce qui paroît différente des nôtres , le cidarites vulgans , le plagiostoma spinosa de Sowerby (2) , et probablement d’autres corps organisés fossiles , que le peu d’échantillons que nous possédons ne nous a pas permis de connoître. Il paroît que toute la craie de Pologne présente la même ressemblance, car M. Buckland qui l’a vue en place m’écrivoit en 1820 : « La craie sur laquelle est située le » château de Cracovie, est absolument semblable à celle de Meudon, pleine » d’oursins et de silex. Peut-être est-elle un peu plus dure. Je n’ai pas vu d’ar- » gile plastique en contact, mais j’ai trouvé dans les collections de Cracovie des » coquilles semblables à celles du calcaire grossier et des montagnes subapennines , » qu’on dit avoir trouvé à une petite distance N. E. de Cracovie 5 je n’ai aucun » doute sur l’identité des deux formations. » Les différens terrains de craie que je viens de citer ou de décrire seront regardés , sans difficulté , comme appartenant à cette formation , plusieurs sont même généralement reconnus pour en faire partie , et pour ceux-ci je n’ai fait qu’ajouter des preuves zoologiques aux rapprochemens géologiques qu’on avoit déjà établis. Mais je vais encore rapporter à cette formation des lieux où jusqu’à ces derniers temps on n’a pas reconnu la craie, où ce terrain est même tellement déguisé que je ne ferai pas admettre, sans quelques difficultés , son analogie de formation avec le terrain de craie inférieure ou chloritée auquel je crois pouvoir l’associer. Dans un de ces lieux les
(1) Dans le Taschenbucli, etc., de Leonhard , annee 1820 , p. 4° et suiv.
(2) Je tire ces rapprochemens des échantillons qui m’ont été envoyés par M. Horodecki , professeur à Wilna. Je les avois déjà annoncés dans le Rapport que j’ai lu à l’Académie royale de9 Sciences, le 2 août 1819.
Je tiens également de M. Horodecki des coquilles qui indiquent sur la craie de Lithuanie un terrain de sédiment supérieur semblable a celui des environs de Pans, ^ous leviendious sur ce sujet à l’article du calcaire grossier.
caractères minéralogiques disparoissent entièrement , la position géognostique est obscure, il ne reste plus que les caractères zoologiques (i).
§ IV. Craie chloritée de la perte du Rhône près de Bellegarde.
On observe dans ce lieu remarquable deux terrains très-différens : le premier inférieur , est un calcaire compacte fin , gris , jaunâtre , disposé en assises régulières et presque horizontales, qui ne laisse voir aucune pétrification. Desaussure l’avoit déjà
(i) Il paroît donc convenable d’examiner de nouveau la valeur de ces caractères avant de les employer.
On avoit remarqué, il y a plus de cent ans (*) , qu’on trouvoit presque toujours des différences entre les coquilles et les autres animaux qui vivent actuellement dans les mers et sur la surface de la terre , et les coquilles et les autres corps organisés qu’on trouve fossiles dans toutes les contrées. Ce premier aperçu a été confirmé par un examen plus détaillé , et a conduit peu à peu à cette autre règle , que les dépôts de débris organiques enfouis dans l’écorce du globe y sont disposés comme par générations successives, de manière que tous les débris d’un meme dépôt ont entre eux une somme particulière de ressemblance, et avec les dépôts supérieurs et inférieurs une somme générale de différence. On a cru aussi reconnoîlre que cette dernière somme devient d’autant plus forte ou les différences d’autant plus grandes que ces dépôts sont plus distincts ou plus éloignés l’un de l’autre dans le sens vertical. Cette règle posée d’abord timidement et pour certaines localités seulement (comme on doit le faire lorsqu’il s’agit d’établir des lois qui ne peuvent résulter que de l’observation d’un grand nombre de faits) , cette règle , dis-je , a paru pouvoir s’appliquer à presque tous les lieux observés dans les différentes parties du globe et à tous les débris de corps organisés enfouis dans les couches du globe, à quelque classe qu’ils appartiennent des animaux ou des végétaux; jusqu’à présent les exceptions qui paroissent s’être présentées se sont évanouies par un examen plus scrupuleux ou se sont expliquées par la découverte des circonstances particulières qui ont pu les faire naître. Ainsi, en réduisant cette règle à l’exposé général que nous en avons fait, elle ne paroît susceptible d’aucune objection réelle , et tous les géologues conviennent maintenant que les générations des corps organisés qui ont successivement habité la surface de la terre, étoient d’autant plus différentes de la génération actuelle , que leurs débris se trouvent enfouis dans les couches plus profondes de la terre , ou , ce qui revient à peu près au même , qu’ils ont vécu dans des temps plus éloignés de l’époque actuelle. Par conséquent , lors même que cette succession distincte de générations se présenteroit seule dans la structure de l’écorce du globe, seule aussi elle suffiroil pour établir, comme l’a dit M. Cuvier, que cette écorce n’a pas été formée d’un seul jet. Mais ce caractère de succession dans la formation des couches de la terre est fréquemment associé avec d’autres différences très-notables; telles que la nature des roches , leur structure en grand , leur ordre reconnu de su-
(*) Leibnitz d’abord dans le Mise. Berol. , t.I, p.m ; ensuite Michœlis , professeur à Gœttingue, danslcMag,. 4c Gcctt. — Deluc, dans la XXIVe. lettre, Journ. de Phys., juillet 1792, etc. etc.
remarqué, et il assure que jamais on n’en a trouvé; c’est dans ce calcaire compacte que se rencontrent les cavités étendues et nombreuses au travers desquelles les eaux du Rhône se précipitent.
perposition , les minéraux qui les accompagnent , etc. Or ces circonstances minéralogiques se sont presque toujours trouvées d’accord avec les caractères qu’on tire de la ressemblance générale des corps organisés dans des dépôts regardés comme de même formation d’après leurs caractères géognostiques : et elles se sont aussi trouvées assez constamment d’accord avec leur différence dans le cas inverse.
Néanmoins il est des cas où ces deux classes de caractères , sans être en opposition manifeste , ne se suivent plus : deux de ces cas vont se présenter dans les deux formations que je vais rapporter à la craie chloritée ; il s’agit donc desavoir auquel des deux caractères on doit donner la préférence , pour déterminer l’époque de formation du terrain qui ne les présente plus associés , c’est-à-dire , de répondre à la question suivante :
« Lorsque dans deux terrains éloignés , les roches sont de nature différente, tandis que » les débris organiques sont analogues, doit-on , d’après cette différence , regarder ces ter- » rains comme de formation différente , ou bien doit-on, à cause de la ressemblance géné- » raie et convenablement déterminée des corps organisés fossiles, les regarder comme de » même époque de formation , lorsque d’ailleurs aucun fait de superposition ne s’y oppose » évidemment ? »
Il ne faut pas perdre de vue que l’un des principaux buts de la géognosie est de distinguer les différentes époques qui se sont succédées dans la formation du globe , et de déterminer quels sont les terrains qui ont été formés à peu près à la même époque.
Or on conviendra que des roches de nature très-différentes peuvent être formées dans le même temps , presque dans le même moment , non-seulement dans différentes parties du globe , mais aussi dans le même lieu.
On ne peut se refuser à une conséquence tirée des faits que nous avons sous les yeux , car tout ce qui se passe actuellement à la surface de la terre appartient bien à la même époque géognostique, qui a commencé au moment où nos conliuens ont pris la forme actuelle : et quoique cette époque ait un caractère de stabilité , de faiblesse dans ses phénomènes géologiques et même de repos qui ne permet , que dans des circonstances très-peu nombreuses , la formation de nouvelles roches , il s’en produit cependant encore assez pour nous faire voir, par exemple , que les roches argilo-trappéennes, formées par le V ésuve et par la plupart de nos volcans , les roches calcaires formées par beaucoup de nos sources, les roches siliceuses formées par quelques autres (celles d’Islande , etc. ) , sont assurément Irès-dilférentes minéralogiquement les unes des autres ; mais que les débris organiques qu elles enveloppent ont tous le caractère commun de la génération rétablie sur la terre depuis le commencement de cette époque. Vouloir augmenter le nombre des exemples , et pàr conséquent des preuves d’une semblable vérité , ce seroit allonger sans nécessité une suite de raisonnemens déjà un peu longue.
Il n’en est pas de même des générations des êtres organisés, elles peuvent être, il est vrai , détruites en un instant, mais il faut nécessairement un temps considérable pour les recréer, pour qu’elles prennent en nombre et en variétés le développement qu’elles nous présentent ordinairement. Ce développement suppose une longue série de siècles ou au moins d années
DES ENVIRONS DE PARIS. g3
Mais entre ces bancs et probablement meme au-dessous d’eux se trouvent, comme dans tout le Jura, des lits de marnes très-difl’érens du calcaire dont je vais parler , et qui renferment une assez grande quantité de coquilles. Je n’ai eu connaissance de
qui établissent une véritable époque géognostique , pendant laquelle tous les corps organisés qui habitent sinon toute la surface du globe, au moins de très-grandes étendues sur cette surface , ont pris un caractère particulier de famille ou d’époque qu’on ne peut définir, mais qu’on ne peut non plus méconnoitre.
Je regarde donc les caractères d 'époque de formation , tirés de l’analogie des corps organisés, comme de première valeur en géognosie , et comme devant l’emporter sur toutes les autres différences , quelque grandes qu’elles paroissent ; ainsi lors même que les caractères tirés de la nature des roches, et c’est le plus faible , de la hauteur des terrains, du creusement des vallées , même de l’inclinaison des couches et de la stratification contrastante , se trouveroient en opposition avec celui que nous lirons des débris organiques, j’atlribuerois encore à celui-ci la prépondérance ; car toutes ces différences peuvent être le résultat d’une révolution et d’une formation instantanée qui n’établissent point en géognosie d’époque spéciale. Sans chercher à prouver ce principe par de plus longs raisonnemens , il me suffira de citer un seul fait : les terrains de la Calabre ont été , il y a trente-huit ans , le théâtre de bouleversemens affreux ; des couches horizontales ont été redressées , des masses entières de terrains ont été transportées assez loin et sont venues se placer en stratification contrastante sur d’autres terrains , et aucun géologue n’a proposé de regarder ces masses et ces terrains comme d’une époque géognostique différente. Il faut pour le changement des espèces organisées des circonstances d’une bien autre nature, des phénomènes bien plus généraux et des temps bien plus considérables ; en peu de jours les terrains de la Calabre ont éprouvé des dérangemens comparables à ceux qu’on voit dans les couches des Alpes , et depuis cinq à six mille ans les espèces organisées n’ont pas manifesté de changemens appréciables dans leurs formes ou dans leurs autres qualités.
Je ne prétends pas dire cependant que les caractères tirés de la disposition relative des couches (mais non pas de la superposition évidente ) , de leur nature, etc. , ne doivent pas être employés même avec confiance par le géologue pour déterminer les différentes époques de formation. Seuls ou réunis , avec ceux qu’on tire de la nature des corps organisés fossiles , ils ont la plus grande valeur ; mais je pense seulement et je crois avoir donné de puissans motifs de cette opinion, que lorsque ces caractères sont en opposition avec ceux qu’on peut tirer de la présence des corps organisés fossiles , ces derniers doivent avoir la préférence.
Je ne dissimule pas qu’il faut apporter beaucoup d’attention et de ménagemens dans l’emploi qu’on en fait , je n’ignore pas qu’il faut savoir distinguer et évaluer même l’influence des distances horizontales ou des climats sur les différences spécifiques ; qu’il faut savoir apprécier les ressemblances apparentes, quelquefois même réelles, que présentent dans des formations évidemment très-distinctes , quelques espèces qui ont eu le privilège assez rare de survivre à la destruction de leurs contemporains et de rester toujours les mêmes, au milieu de tous les changemens qui se sont passés autour d’elles. Je n’ignore pas qu’il faut savoir aussi reconnoître les individus arrachés à d’autres terrains et transportés par des causes quelconques dans des terrains plus nouveaux et les distinguer de ceux qui ont vécu sur les lieux et dans les temps que les' espèces auxquelles ils appartiennent doivent
oes corps fossiles que par ce que M. Deluc m’en a dit, et par les échantillons qu’il m’a envoyés ; mais les espèces de ces fossiles , la nature de la pierre qui y est liée, établissent entre ces lits de marnes et ceux qui sont interposés au milieu des bancs de calcaire du Jura, la plus grande ressemblance.
Ce terrain paroissant par sa position tout-à-fait étranger à celui qui m’occupe , je me contenterai d’indiquer ces coquilles, devant réunir l’histoire de leur association , leur description et leur figure , avec celle des coquilles qui appartiennent au calcaire du Jura^ et qui doivent être le sujet d’un autre travail.
Ce sont : — Des gros noyaux intérieurs d’un Strombe que je nommerai Strombus Pelasgi; — des moules intérieurs de mja ou de lutraria, car comme on ne voit pas la charnière il est difficile de se décider sur le genre ; ces coquilles sont entièrement semblables à celles qu’on trouve dans le calcaire du Jura, près de Ligny , département de la Meuse 5 près de Soulaine, département de l’Aube ; à Gondreville près de Nancy, dans le calcaire oolithique de cette formation, etc. ; — un moule intérieur à' hernie ardium voisin pour la forme du cardita tuber culata de. Sowerby, mais ce n’est pas un cardite; — un donacite qui est aussi un moule intérieur, mais semblable , comme Xhemicardiwn , à ceux qu’on trouve dans le calcaire du Jura proprement dit; — un spatangue, nommé Sp. oblongus par M. Deluc, et qui sera décrit et figuré sous ce nom 5 et peut-être d’autres coquilles dont la position 11e peut pas être assignée avec certitude^
Les coquilles précédentes sont bien du lieu nommé la Perte du Rhône, mais elles ne sont pas près du terrain analogue à la craie chloritée qui lui est superposée.
Ce second terrain, supérieur à celui que nous venons d’indiquer, a une stratification très-distincte et presque horizontale , plongeant un peu au S. E. 5 l’assise inférieure la plus épaisse est composée d’une roche calcaire jaunâtre , souvent même
caractériser. Je connois toutes ces difficultés , je suis en garde contre ces causes de déception qui introduisent dans la géologie des incertitudes comme on en rencontre dans toutes les sciences , et qui exigent du géologue une attention et un travail suivis , pour employer avec discernement les espèces dont il doit tirer ses caractères et pour y attacher la vraie valeur (ju’ils doivent avoir.
J’ai donc examiné avec toute l’attention que les circonstances m’ont permis d’y apporter, l’influence de ces différentes causes dans la structure des terrains de craie dont je vais parler.
Ces terrains sont assez étranges pour que j’aie cru nécessaire d’en faire précéder la description des considérations générales que je viens d’exposer et pour préparer, pour ainsi dire, les naturalistes à reconnoître pour de la craie une roche dure et noire qui se trouve à plus de 2000 mètres d’élévation sur un sommet de montagne d’un si difficile accès à certaines époques, que je n’ai pu atteindre le point ou elle se trouve.
Mais avant d’arriver à la détermination de cette singulière craie , je vais en examiner une autre dont les dissemblances moins étranges nous amèneront aussi moins brusquement à r elie par laquelle je terminerai cette notice.
nuancée ou veinée de parties argilo-ferrugineuses : elle semble composée d’un amas immense de pierres lenticulaires qu’on a prises d’abord pour des camérines ou coquilles multiloculaires, mais qui ont été reconnues depuis pour être des petits madrépores , auxquels M. de Lamarck a donné le nom d’orbitolites ( Orbitolites lenticulata ).
Au-dessus sont des assises alternatives de calcaire marneux et d’argile sableuse mêlée de ces grains verts qu’on trouve constamment dans les parties inférieures des bancs de craie , et que nous avons comparés à de la chlorite.
Cette roche renferme un grand nombre de corps organisés fossiles , dont la ressemblance avec ceux de la craie chloritée me frappa dès l’instant où je les vis : celte ressemblance avoit également et depuis long-temps frappé M. J. A. Deluc , et il me la lit remarquer lorsque nous examinâmes ensemble, dans son cabinet, les nombreuses pétrifications de ce terrain qui y ont été réunies depuis long-temps par son oncle et par son père. L’analogie est encore plus complète et plus sensible lorsqu’on rapproche, comme il l’a fait, ces pétrifications de celles de Folkstoneen Angleterre, qui est un terrain appartenant à la craie chloritée; enfin elle devint pour moi encore plus décisive , lorsque je pus comparer ces coquilles avec celles de la montagne de Sainte -Catherine près Rouen. Néanmoins ces rapports sont plus réels et plus faciles à saisir par leurs traits généraux que par la comparaison spéciale de ces corps. Ainsi on trouve dans ces trois endroits à peu près les mêmes genres , des espèces tellement voisines qu’il faut les mettre à côté l’une de l’autre pour apercevoir leur différence et seulement quelques espèces parfaitement identiques. La liste comparative suivante , qui résulte des coquilles que j'ai ramassées en très-grand nombre dans ce lieu, de celles que MM. Deluc y ont recueillies depuis l’année 1750, et qui m’ont été envoyées avec une obligeance empressée par M. J. A. Deluc , neveu de celui que j’ai si souvent occasion de citer , suffira pour donner une idée assez précise de ces rapports.
Corps organisés fossiles de la glauconie crayeuse ( craie chlo ritéé) de la Perte du Rhône près B elle garde.
ISoms , citations , notes et déterminations. Belemnites . — Indéterminable.
Ammonites injlatus. — Sow. (pl. VI, fig. 1)..
— Deluci. — A. Br. (pl. VI , fig. 4).
— contenants. — Defr. (pl. VI , fig. 7). . . .
— suberistatus. — Deluc. (pl. VII , fig. 10)
— Beudanti. — A. Br. (pl. VII , fig. 10) . . . Hamites rotundus. — Sow. (pl. VU , fig- 5).
Observations et exemples d’autres lieux.
I De Rouen et du Havre. Il varie beaucoup v de grandeur. Le renflement du dernier tour ( n’estpas très-sensible dans lespetits individus.
( Collect. de Deluc. )
( Coll, de Deluc. ) — Il ressemble beaucoup à Vamm. cristatus de Folkstone (fig. g). {Coll. Je Deluc.)
De Rouen. — Ce sont les orthocératites de Desaussnre , § 4I2>
Noms , citations, notes et déterminations.
— funatus. — A. Br. (pi. VII, fig. 7)
— canteriatus. — A. Br. (pl. VII, fig. 8)... Turrilites Bergeri. — A. Br. (pl. VU , fig- 3).
Troclius Gurgitis. — A. Br. (pl. IX, fig. 7).. .
Trochus? Rhodani. — A. Br. (pl. IX, fig. 8)..
Trochus ? Cirroïdes. — A. Br. (IX, fig. 9)..
Observations et exemples d'autres lieux.
( Coll, de Deluc. }- ( Coll, de Deluc. )
( Coll, de Deluc. )
( Coll, de Deluc. ) Ce ne sont en grande partie que des moules intérieurs ; mais un petit reste du test de la coquille qu’on voit sur la base et l’empreinte des stries qui paroît encore sur ce moule , montrent qu’il étoit strié comme la figure le représente.
Même observation que sur le précédent. — On le trouve aussi à Lignerolle au-dessus d’Orbe (Deluc).
On ne trouve que des moules intérieurs; maisleur forme, une rangée deprotubérances arrondies peu saillantes en dessus , et de protubérances allongées en dessous qui semblent indiquer les cavités de la base d’épines ou de tubercules , donnent à ce moule un caractère particulier qui rapproche la coquille qui l’enveloppoit de cette division des turbo dont M. Sorverby a fait un genre sous le nom de cirrus, et cjui fait reconnoitre que le moule de cette même coquille se trouve à Rouen , au Havre , à Brighton dans la craie. M. G. Mantell nous a envoyé un moule semblable sous le nom de cirrus.
s, ,, , ti . . ,rT r . ( Aussi a Rouen. — On les prend au premier
Cassis avellana. — A. Br. (pl. VI, fig. 10)... I , , • - JF j / >.
'■r ’ > 0 J | aspect pour des ampullaires ou des turbo.
Ampullaria ? — Moule intérieur indéterminable.
Eburna.
Cerithium excavatum. — A. Br. (pl.IX, fig. 10).
GripheaAquila. — A. Br. (pl.IX,fig.i i,A,B,C.)<
Pecten quinquecostatus . — Sow. (pl. IV, fig. i).<
Autant qu’on puisse le juger sur un moule intérieur, cette coquille, qui fait partie de la collection de M. Deluc , paroît appartenir , par la couleur du calcaire qu’elle renferme , au banc des orbitoliles. Il en est de même des moules de coquilles spirales, qui ont bien quelque ressemblance avec ceux des terebra, nassa, buccinum, mais qui ne présentent aucun caractère suffisant pour y être rapportés.
( Coll, de Deluc. )
( Coll, de Deluc.) — Ce sont les coquilles indiquées comme des huî très par Desaussure. Je regarde cette gryphée comme de la même espèce que celle qu’on trouve près de la Rochelle (fig. 1 1 , C) dans un terrain qui a aussi beaucoup d’analogie avec la craie tufau. J’attribue les. différences qu’elle paroît présenter à l’influence qu’a eu sur sa forme , le corps sur lequel elle étoit attachée.
( Coll, de Deluc.) Il y a des valves inférieures tellement étroites qu’elles pourroient bien appartenir à une autre espèce. — A Rouen, au Havre et dans tous les terrains de craie.
Noms, citations, notes et déterminations. Observations et exemples d’autres lieux. Lima ou Plagiostoma pectinoides. — Sow. tab. 1 1 4 » fig- 4- {Coll. efe Deluc.)
Spondjlus? Strigilis. — A. Br. (pl. IX, fig. 6). {Coll, de Deluc.)
Trigonia rugosa? — Lam. - Park. Org. rem. , vol. III, tab. 12, fig. 1 1. {Coll. rfeDEuucT)
— scabra. — Lam. Enc. , pl. 237 , fig. 1. — (pl- IX, fig. 5. ) ( Coll, de Deluc.) A Rouen. Inoceramus concentrions. — Park. — (pl. VI , fig. 1 1 ). De Folkstone et de Rouen.
— sulcatus. — Park. — (pl. VI , fig. 12). De Folkstone.
{ Je donne cette espèce parce qu’elle est bien Lutraria Gurgitis.— A. Br. (pl. IX, fig. i5).\ caractérisée et différente de celle qu’on trouve
' danslesmarnes ducalcairedu Jura.
Les autres coquilles bivalves ne présentent que des moules intérieurs dont le genre même est indéterminable et dont l’indication seroit inutile. Cependant deux de ces coquilles engagées dans la roche paroissent indiquer, suivant M. Deluc, l’une une lutraria, l’autre une venus trèsvoisine de 1 ’erycina.
Terebratula Gallina. — A. Br. (pl. IX, fig. 2). ( Coll, de Deluc.)
— ornithocephala. — Sow.
Spatangus lœvis. — Deluc. — (pl. IX, fig. 12). ( Coll, de Deluc.)
....... / i-irr- , ( Le même qu’on trouve dans la glauconie
Cidarites vanolans ? A. Br. (pl. V, fig. 9).. . { crayeuse du Havre.
r Polypier fossile connu depuis long -temps Orbitolites lenticulata. — Lam. — (pl. IX, fig. 4)- < sous ,e nora de pierre lenticulaire de la
( Perte du Rhône.
Cette liste nous fait voir, comme nous venons de le dire, un grand nombre de coquilles de l’époque de la craie , mais elle ne nous montre presque aucune coquille ni des terrains inférieurs et beaucoup plus anciens , ni des terrains supérieurs ou plus nouveaux.
Ces considérations , d’après les principes que nous avons posés , suffisent pour nous porter à conclure que le terrain composé de glauconie crayeuse , superposée au calcaire du Jura à la perte du Rhône , appartient à la formation de la craie chloritée ou craie inférieure , que cette craie chloritée analogue au sable vert ( green sand ) des géologues anglois, comme i]s le reconnoissent eux-mêmes, se voit ici presque immédiatement sur le calcaire compacte fin du Jura , et qu’elle n’en est séparée que par une marne argileuse qui renferme des pyrites, disposition qui est analogue à celle qu’on observe en France, au cap de la Iiève , à Honfleur, à Dives, etc. , et en Angleterre à Tesworth, etc. On pourroit encore augmenter le nombre des analogies, sans être accusé de forcer les rapprochement , en comparant la roche à pierre lenticulaire qui est si pénétrée d’oxyde de fer que Desaussure la désigne comme une vraie mine de fer, en la comparant, dis-je, au sable ferrugineux qui est souvent placé en lits plus ou moins puissans au-dessous de la craie chloritée.
Aiusi , malgré l’éloignement très-considérable des lieux , malgré la forme si différente des montagnes et des terrains, malgré quelques différences minéralogiques, la roche calcaire ferrugineuse , jaunâtre , mêlée de grains verdâtres , etc. , de la
perte du Rhône , offre avec les terrains de craie chloritée du nord de la France et du S. E. de l’Angleterre des analogies qu’on peut appeler complètes, puisque les caractères d’association de roches, de minéraux et de superposition , s’accordent avec ceux que donnent les corps organisés fossiles pour établir cette analogie de formation.
§ Y. Formation de l’époque de la craie dans la chaîne du Buet.
Nous voici arrivés à un rapprochement qui paroît bien plus extraordinaire et que je présenterois même encore avec hésitation (car ma manière de voir à ce sujet date du voyage que j’ai fait en Suisse, en 1817). Si mon opinion n’avoit été puissamment confirmée par celle de M. Buckland, opinion que ce géologue avoit déjà , lors de son passage à Paris à la fin de 1820, et qu’il vient de consigner dans le numéro de juin 1821 , des Annals of Philosophj.
Il part du sommet du Buet, dans la chaîne des Alpes de Savoie, un chaînon de sommets qui semblent en dépendre et qui sont remarquables par leur couleur noire , par leur forme souvent à pic d’un côté et en pente plus ou moins rapide de l’autre, et par leur élévation très-considérable au-dessus de la mer, élévation qui atteint jusqu’à 2Ôoo mètres.
Les montagnes principales qui font partie de celles auxquelles on doit appliquer ce que je vais dire, sont : la montagne de Varens , la dent de Morde, la montagne de Sales et le rocher des Fis dans la vallée de Servoz (1). C’est de ce dernier dont jeparlerai principalement parce que je l’ai gravi , aussi loin que les neiges me l’ont permis , en 1817.
La montagne des Fis, couronnée par le rocher de ce nom , coupée à pic du côté de Servoz dans une grande partie de sa hauteur , et couverte des débris des masses supérieures, est composée de lits nombreux qui, vers Servoz, paroissent presque horizontaux , parce qu’ils s’inclinent du S. E. au N. O. Les roches qui forment ces lits sont calcaires, schisteuses, entremêlées de silex cornés et de jaspe schistoïde; elles appartiennent, comme je l’ai dit ailleurs (2), à la formation de transition. On n’y trouve que fort rarement quelques coquilles , ce sont des ammonites très-déformés , ou même seulement des empreintes de ces coquilles; mais dans celles qu’on m’a montrées ou que j’ai trouvées on en voit encore assez pour y reconnoître une espèce différente des ammonites dont je vais parler plus loin , et assez semblable au contraire à celle que j’ai mentionnée à la page 224 de mon
(1) Je ne comprends pas dans cette énumération les diablerets vers l’est de Bex , dont le sommet me paroît appartenir à une formation différente et plus nouvelle , comme j’ai essayé de le prouver dans un Mémoire que j’imprime actuellement,
(2) Mémoire sur le gisement des Ophiolites, etc. , dans les Apennins. (Annales des Mines, 1821 , p. 177.)
Mémoire sur les Opliiolites, et qui vient d’une montagne alpine (de l’Oberîiassli ) analogue par sa nature à la partie de transition de la montagne des Fis.
C’est vers le plus haut point de la crête de cette montagne , sur la pente roide qui est au N. O. et qui descend vers les chalets de Sales , que se trouve une association de coquilles tout-à-fait distincte de celles qu’on rencontre quelquefois dans la masse même de cette montagne ou des autres montagnes analogues , autant du moins que j’ai pu en juger lorsque , placé avec M. Lainé sur la crête de cette montagne , le guide me fit voir la couche presque toujours inaccessible d’où se détaclioientles coquilles qui étoient l’objet de mes recherches ; cette couche, superposée à toutes les autres , est située vers le sommet sur le plan très-incliné qu’il présente dans cette partie (voyez la coupe pl. II , B ). La roche qui enveloppe les coquilles est un calcaire noir compacte, même assez dur, sublamellaire, et laissant surnager, lors de sa dissolution dans l’acide nitrique , beaucoup d’une poudre noire charbonneuse 5 ces caractères minéralogiques paroissent, comme on le voit, très-éloignés de ceux que présente la craie ; la position élevée est aussi fort différente de celle qu’atteint ordinairement cette roche , et sans les coquilles qu’on y trouve, rien certainement ne rappelleroit ici l’idée de la craie.
Ces coquilles ne sont en général que des moules ou plutôt des reliefs moulés dans la cavité des coquilles dont le test a été presque toujours détruit. Ces reliefs sont en outre très-déformés , fortement engagés l’un dans l’autre et collés l’un contre l’autre. Cependant ils sont encore assez reconnoissables pour qu’on puisse déterminer avec certitude les genres et les espèces compris dans la liste suivante :
Corps organisés jossiles des couches supérieures et non recouvertes > des rochers et montagnes des Fis , de Sales 3 etc., faisant partie de la chaîne du Buet dans les Alpes de Savoie.
!On sait que c’est un genre de coquilles dont la plupart des espèces fossiles appartiennent à la craie.
S caphites obliquas. Sow. — (pl.IV,fig. i3). Dans la craie de Rouen.
Ammonites varions. — Sow Dans la craie de Rouen.
- inflatus. — Sow ( „ Dan? la de Rouen et dans celIe de la
J 1 Perte du Rlione.
— Deluci. — A. Br. (pl. VI , fig. 4) Dans la craie de la Perte du Rhône.
— clavatus. — Deluc. — (pl. VI, fig. i\). ( Coll, de Deluc. )
— Beudant/. — A. Br. (pl. VII, fig. 2)... Dans la craie de la Perte du Rhône.
— Selliguinus. — A. Br. (pl. VII , fig. 1).
llamites virgulatus. — A. Br. (pl. VU, fig. 6).
— funatus. — A. Br. (pl. VU , fig. 7).
Turrilites Bergeri. — A. Br. (pl. Vil , fig-, 4).
— ? Babeli. — A. Br. (pl. IX, fig. 16).
Trochus / Moule indéterminable , mais tout-à-fait sem-
’ ( blable à celui qui a e'té nommé 7V. Gurgitis.
Cassis avellana. — A. Br. (pl. VI, fig. io).
Ampullaria
Cerithium
Inoceramus concentricus . -P a rk . - (pl . Y I , fi g . j r) . De Folkstone,
— sulcatus. — PaRk. — (pl. VI, fig. 12)..
Cytherca ?
Cardium ?
Pectunculus ?
Area
Terebratula ornithocephala. — Sow.tab. 1 0 1 ,
fig 1 »
— plicatilis. — Sow. tab. 118, fig. 1
— obliqua ? — Sow. tab. 277 , fig. 3.
Echinus
Spatangus Coranguinum .
Nucleolites ? Rotula. — A. Br. (pl.IX,fig. i3).
— Castanea. — A. Br. (pl. IX, fig. i4).. .
De la craie de Rouen et de la Perte du Rhône. Il est souvent tellement déformé qu’on ne peut le reconnoître qu’aux stries de la boucle.
Moule intérieur, mais on ne peut guère douter que ce ne soit celui d’un ampullaire.
Deux espèces. — Elles sont écrasées mais parfaitement reconnoissables pour être de véritables cérithes, et l’une d’elles est tellement semblable au cerithium mutabile de Beaucliamp près Paris, que je ne puis jusqu’à présent voir aucune dif- V. férence entre elles.
deRouen etdela Perte du Rhône, De Folkstone et de la Perte du Rhône.
! Moules absolument indéterminables , même pour le genre, excepté ceux del ’arca, qui ont beaucoup de ressemblance avec les moules intérieurs de Y area noe.
1( Coll, de Deluc.) De la montagne du Reposoir. Malgré l’état imparfait de l’individu , il paroît pouvoir être rapporté à l’espèce indiquée.
(Coll, de Deluc.) Absolument semblable à celle qui se trouve dans la craie.
Ovale, assez semblable au mamillaris, mais beaucoup plus petit.
De tous les terrains de craie.
Il a la plus grande ressemblance avec les -N. rotularis de Lamarck , mais la description est trop brève et les figures citées trop vagues pour qu’on puisse déterminer une espèce avec certitude.
Les échinites sont très-abondans , mais tous en très-mauvais état.
Galerites ? depressus. — Lam. — (pl. IX, fig. 17).
On voit par cette liste que le dépôt coquillier du sommet de la montagne des Fis présente un assez grand nombre de coquilles qui appartiennent presque exclusivement à la formation de la craie inférieure ; il n’y a point de bélemnites et peu de térébratules , parce qu’en effet ces coquilles , sans être exclues de la craie chloritée , s’y rencontrent rarement.
Les coquilles que renferme ce dépôt sont tellement semblables à celles de la craie cbloritée qu’il m’a suffi de les nommer pour les faire eonnoîlre , et que je n’en ai eu qu’un très-petit nombre à faire figurer. On remarquera aussi combien les ammonites sont différens de ceux qu’on trouve dans le corps de la montagne.
Je dois convenir que malgré le soin que j’ai pris de me procurer à Servoz, à Chamouny chez les guides , et à Genève toutes les coquilles de cette couche que j’ai pu y découvrir , malgré celles qui m’ont été données par MM. Berger, Lainé, Soret , Selligue et Beudant et qui m’ont été envoyées dernièrement par M. Deluc , je dois convenir, dis -je, que cette liste est encore très -incomplète , mais elle est déjà