‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 18 sur 94 · JOI · texte numérisé non relu

JOI

.assez étendue pour nous indiquer dans quelle proportion se trouve , à la montagne des Fis, le nombre des coquilles de la craie chloritée, comparé à celui des coquilles qu’on trouve dans le même lieu et qu’on n’a pas encore rencontré dans cette craie inférieure (i).

Nous sommes donc autorisés à conclure que certains terrains de la Perte du Rhône et des sommets d’un des chaînons du Buet, doivent être rapportés à la formation de la craie inférieure, ou, pour plus de précision, qu’ils sont semblables par leurs caractères zoologiques aux terrains de craie inférieure de Rouen , de Folkstone , etc. , malgré les différences minéralogiques très-considérables qu’on observe entre les roches qui composent ces terrains et celles qui entrent dans la composition des terrains de craie généralement reconnus.

(i) Mais tout ce qui pouvoit me manquer pour compléter ce rapprochement autant qu’il étoit possible, pour confirmer ce qu’il y avoit de douteux dans la position des terrains, et pour, en ajoutant au nombre des analogies, diminuer ainsi les grandes dissemblances extérieures ; ce qui pouvoit, dis-je , me manquer m’a été fourni par M. Beudant , qui a visité la montagne des Fis en 1818 , et qui est descendu dans le vallon des Chalets de Sales. Il a vu la roche noire coquillière en place , à très-peu de chose près , dans la position ou je l’ai indiquée sur ma coupe , mais il y a trouvé une roche calcaire grenue , micacée , sableuse , qui n’a plus celte couleur noire qui paroît si étrange dans un terrain qu’on rapporte à la craie ; celle-ci est d’un gris blanchâtre et analogue à la craie tufau , elle renferme des débris de coquilles indéterminables; enfin il a reconnu dans la roche noire une multitude de grains d’un vert tellement foncé qu’ils paroissent noirs aussi. Ces grains broyés donnent une poussière verte, ils sont indissolubles dans l’acide nitrique : ils sont donc pareils en tout aux grains verts de la craie chloritée , et complètent ainsi les points de ressemblance qui existent entre la roche noire supérieure de la montagne des Fis et la craie inférieure. Cette circonstance qui paroît si minutieuse couronne le tableau des analogies que j’ai présentées , et offre une nouvelle et remarquable application de la constance des phénomènes géologiques dans presque tous les points connus de la surface du globe.

Article II.

2mc. Formation . — Argile plastique et lignites.

Cette couche, remarquable par l’association assez fréquente qu’elle présente de débris organiques terrestres ou lacustres et de débris marins, ne se montre que d’une manière très-subordonnée et que dans peu d’endroits du bassin de Paris. Nous avons fait connoître presque tous ces lieux, comme exemples, dans les caractères généraux que nous avons donnés de cette formation à l’article II de la première section. Nous n’y reviendrons que pour indiquer quelques autres lieux où des dépôts de l’une des roches, ou des minéraux qui composent ce terrain, se présentent encore.

Au S. E. de Paris, sur la rive droite de la Seine, une eouche d’argile plastique d’un gris-blanchâtre, d’une épaisseur très-variable, recouvre les coteaux de craie qui s’élèvent près de Montereau et sur la rive gauche au lieu dit la montagne de Moret.

Cette argile, souvent assez blanche et conservant sa couleur à un feu modéré, est très-propre à la fabrication de la fayence line, et est employée dans toutes les manufactures des environs de Paris, à plus de dix lieues h la ronde, où l’on fabrique cette fayence. Elle a néanmoins l’inconvénient de devenir rougeâtre à une température élevée, et de donner alors cette teinte que l’on appelle le biscuit de la fayence fine , terre de pipe ou cailloutage ; car ces trois noms sont synonymes.

A l’O. et au N. O. de Beauvais, un banc d’une argile semblable, plus grise, mais toujours infusible, recouvre la craie, surtout dans les environs de Saveignies, aux lieux dits St. -Paul, le Béguet, l’Héraulle, etc. Elle y est exploitée pour les fabriques nombreuses de vases, jarres, grandes terrines, fontaines pour conserver l’eau et autres grandes pièces de celte poterie dure qu’on nomme grès.

Dans l’angle rentrant que la Seine forme en face de Rolleboise à

DES ENVIRONS DE PARIS. io3

l’ouest de Paris, l’argile plastique est placée entre le calcaire grossier et la craie; ici elle renferme, suivant l’observation de Dolomieu, quelques traces de lignite qu’on a pris pour des indices de houille, ainsi que cela arrive très-souvent.

Mais c’est surtout précisément à l’ouest de Paris, sur le plateau de craie qui est entre Houdan et Dreux, principalement vers la bordure orientale de la forêt de Dreux, du côté du village d’ Abondant, que se présente un dépôt d’argile plastique , intéressant par sa blancheur, sa ténacité, son infusibilité, employé à cause de ses qualités dans un grand nombre de fabriques de fayence et même de porcelaine, et tellement recherchée qu’on en transporte à plus de cinquante lieues de distance.

Nous sommes descendus dans un puits creusé pour exploiter l’argile plastique, et nous avons reconnu la succession de couches suivantes :

i°. Agglomérat, composé de fragmens de silex empâtés dans une terre argilo-sablonneuse , d’autant plus rouge qu’on s’approche davantage de la surface du sol.

2°. Sable blanc ou gris ou même verdâtre, selon les lieux où l’on creuse, composé de grains de quarz assez gros, d’un peu de mica, le tout foiblement agglutiné par un peu d’argile.

3°. Argile plastique blanche, très-homogène, très-tenace, avec de grandes marbrures d’argile jaune de même nature. Elle renferme quelquefois des fragmens de craie.

4°- Silex en fragmens et craie.

Ces couches n’ont aucune régularité dans leur épaisseur. On trouve dans la même plaine et dans des points peu distans l’un de l’autre l’argile tantôt à cinq mètres tantôt à vingt mètres et plus. Le banc d’argile varie lui-même d’épaisseur; et ces différences sont si subites qu’il disparoît quelquefois presque entièrement dans les petites galeries de deux ou cinq mètres que les ouvriers percent au fond des puits. La coupe que nous donnons peut servir à expliquer comment on peut concevoir la disposition de ce terrain et l’incertitude où est constamment le tireur d’argile de trouver cette matière au fond du puits qu’il creuse.

Page 1