II. Entre Seine et Marne
i°. On a d’abord, vers l’extrémité orientale du bassin, et immédiatement sur la rive gauche de la Marne , les célèbres exploitations de meulière de la Ferté-sous-.Touarre.
Cette exploitation a lieu sur presque tout le plateau, depuis la Ferté-sous-Jouarre jusque près de Montmirail. Mais c’est à la Ferté que le banc de meulière est le plus étendu, le plus puissant et le plus propre à fournir de grandes et bonnes meules. On pense bien que nous avons visité ce canton avec soin; aussi la description que nous allons en donner a-t-elle été faite sur les lieux.
C’est près de la Ferté, et sur la partie la plus élevée du plateau, spr celle qui porte Tarteret, que se fait la plus forte exploitation de meulières, et c’est de cet endroit qu’on tire les plus belles meules.
Le dessous du plateau est, comme nous l’avons dit, de calcaire marin; au-dessus, mais sur les bords et du côté de la rivière de Marne seulement, se trouvent des marnes gypseuses et des bancs de gypse ; le milieu du plateau est composé d’un banc de sable ferrugineux et argileux qui a dans quelques parties près de 20 mètres de puissance.
C’est dans cet amas de sable qu’on trouve les belles meulières. En le perçant de haut en bas, on traverse d’abord une couche de sable pur quia quelquefois 12 à i5 mètres d’épaisseur; la présence des meulières est annoncée par un lit mince d’argile ferrugineuse qui est remplie de petits fragmens de meulières ; on le nomme pipois. Vient ensuite une couche épaisse de 4 à 5 décimètres, composée de fragmens plus gros de meulière, puis le banc de meulière lui-même, dont l’épaisseur varie entre 3 et 5 mètres. Ce banc, dont la surface est très-inégale , donne quelquefois, mais rarement, trois épaisseurs de meules. Quoique étendu sous presque tout le plateau, on ne le
d’eau douce supérieure, ou des roches d’une nature et d’une origine tout-à-fait differentes de celles qui nous occupent.
DES ENVIRONS DE PARIS. a77
trouve pas toujours avec les qualités qui permettent de l’exploiter, et pour le découvrir on sonde au hasard. Il est quelquefois divisé par des fentes verticales qui permettent de prendre les meules dans le sens vertical, et on a remarqué que les meules qui avoient été extraites de cette manière faisoient plus d’ouvrage que les autres.
Les carrières à meules sont exploitées à ciel ouvert; le terrain meuble qui recouvre ces pierres ne permet pas de les extraire autrement, malgré les frais énormes de déblaiement qu’entraîne ce genre d’extraction. Les eaux, assez abondantes, sont enlevées au moyen de seaux attachés à de longues bascules à contrepoids : des enfans montent, par ce moyen simple, les seaux remplis d’eau d’étage en étage.
Lorsqu’on est arrivé au banc de meulière , on le frappe avec le marteau : si la pierre est sonore, elle est bonne et fait espérer de grandes meules; si elle est sourde , c’est un signe qu’elle se divisera dans l’extraction. On taille alors dans la masse un cylindre qui, selon sa hauteur, doit donner une ou deux meules, mais rarement trois, et jamais plus; on trace sur la circonférence de ce cylindre une rainure de 9 à 12 centimètres de profondeur, qui détermine la hauteur et la séparation de la première meule, et on y fait entrer deux rangées de calles de bois; on place entre ces calles des coins de fer qu’on chasse avec précaution et égalité dans toute la circonférence de la meule, pour la fendre également et pour la séparer de la masse; on prête l’oreille pour juger par le son si les fissures font des progrès égaux.
Les morceaux de meules sont taillés en parallélipipèdes et sont nommés carreaux. On réunit ces carreaux au moyen de cercles de fer, et on en fait d’assez grandes meules. Ces pièces sont principalement vendues pour l’Angleterre et l’Amérique.
Les pores de la meulière portent chez les fabricans le nom de frasier , et le silex plein celui de défense. Il faut, pour qu’une meule soit bonne, que ces deux parties se montrent dans une proportion convenable.
Les meules à frasier rouge et abondant font plus d’ouvrage que
les autres; mais elles ne moulent pas si blanc et sont peu estimées.
Les meules d’un blanc-bleuâtre, a frasier abondant, mais petit et également disséminé, sont les plus estimées. Les meules de cette qualité, ayant 2 mètres de diamètre, se vendent jusqu’à 1200 fr. pièce.
Les trous et fissures de toutes les meules sont bouchés en plâtre pour la vente ,* les meules sont bordées de cerceaux de bois, pour qu’on ne les écorne pas dans le transport.
Cette exploitation de meulière remonte très-haut, et il y a des titres de plus de quatre cents ans qui en constatent dès-lors l’existence; mais on ne faisoit à cette époque que des petites meules, et ce genre d’exploitation s’appeloit mahonner. On a vu par ce que nous avons dit plus haut que les meules extraites des environs de la Ferté-sous-Jouarre sont recherchées dans les pays les plus éloignés.
2°. Plus vers Paris, sur le plateau de Moutry, dont la base appartient au calcaire siliceux, et notamment vers la pente orientale de ce plateau, se voient des meulières rouges, poreuses, sans coquilles, qui sont placées immédiatement sur la marne argileuse verte, ce qui est une disposition assez remarquable, et qui indique que le dépôt de sable et grès marin supérieur manqueroit ici. Ces meulières, en lits peu épais, en plaques souvent interrompues, sont divisées en morceaux peu volumineux, qui offrent presque tous un enduit noir particulier. Quoique très-voisines du calcaire siliceux, abondant dans ce canton, et qui y est même dominant, elles s’en distinguent essentiellement par leur position, et facilement parleur couleur et leurs autres caractères minéralogiques.