D’EAU DOUCE POSTÉRIEURS AU CALCAIRE GROSSIER
HORS DU BASSIN DE PARIS
PAR M. BRONGNIART
Depuis que nous avons fait remarquer que ce terrain formoit aux environs de Paris une des parties constituantes de son sol , la plus importante par son étendue, sa puissance et ses caractères particuliers et constans, depuis que j’ai développé et spécifié ces caractères dans un Mémoire particulier (1), on a reconnu dans une multitude de lieux des terrains de cette même formation. Ces lieux sont maintenant si nombreux que je n’ai pas la prétention d’en donner ici une énumération complète. Je l’étendrai néanmoins suffisamment pour qu’on y trouve des exemples pris de tous les pays où on l’a reconnue , et pour y comprendre tous ceux qui présentent quelques particularités remarquables.
Dès qu’on est sorti du bassin de Paris , où une formation marine bien déterminée sépare les terrains d’eau douce moyens ou gypseux des terrains d’eau douce supérieurs , il devient très - difficile et souvent même impossible de suivre cette distinction. On doit donc s’attendre à trouver réunis ici tous les terrains d’eau douce qui sont postérieurs à la formation du calcaire grossier; et on aura le tableau à peu près complet de ces terrains en y joignant ceux qui ont été décrits ou désignés à la suite de l’article des lignites et de l’argile plastique, p. 107 , et qui viennent d’être décrits à la suite du gypse à ossemens , p. o.5j .
Nous suivrons dans cette description un ordre géographique, en allant généralement de l’ouest à l’est et du nord au sud.
§ I. En Espace.
C’est par M. de Férussac (2) seul que nous avons quelques notions sur l’existence du terrain d’eau douce en Espagne, quoique M. Bosc l’y eût déjà présumé. M. de Férussac indique le calcaire d’eau douce rempli de petites paludines , de planorbes et de limnées dans des endroits très-éloignés les uns des autres.
(1) Ann. du Muséum, t. XV, p. 357.
(2) Mém. géol. sur les terrains formés sous l’eau douce , etc. , par M. J. Dciudebard de Férussac, 1 8 1 4-
i°. Dans la province de Burgos , notamment dans les environs de cette ville et jusqu’à Palencia , la roche fondamentale employée dans la construction est un calcaire lacustre.
20. Dans les environs de Frejenal, sur les frontières de l’Estramadure et du royaume de Séville , la roche est remplie de planorbes qui se rapprochent des planorbis vertex.
§ II. En France .
Les lieux où l’on connoît les terrains d’eau douce en France sont déjà trèsnombreux. Nous nous bornerons à citer les suivans :
Dans le département des Landes. — A Bernos ce sont , d’après M. Greenough , des silex qui renferment des planorbes.
Près de Castries dans le département du Tarn. — C’est un calcaire compacte gris qui recouvre des lignites; il est tantôt solide et tantôt tendre, et renferme constamment, suivant M. Cordier , des planorbes et des limnées.
Dans le département de l 'Aude on voit un calcaire lacustre compacte , solide , grisâtre ou blanchâtre , criblé de cavités et rempli de coquilles d’eau douce , parmi lesquelles paroissent dominer les limnées voisins du L.ovuin, A. Br. Non loin de ce lieu, près de Fitou sur le bord de l’étang de Sigean, on remarque dans la vase de cet étang une aggrégation de coquilles marines de rivage, c’est-à-dire de cérites et de cardium edule , qui peut contribuer à expliquer les mélanges de coquilles d’eau douce et de coquilles marines observées dans des couches maintenant bien loin de la mer et recouvertes d’autres couches (1).
Dans le département de YHémult près de Montpellier , et dans des lieux plus ou moins éloignés de cette ville (2). Le terrain d’eau douce paroît appartenir à une des formations les plus récentes. Il est immédiatement appliqué sur des terrains d’âge très-différens , et plutôt vers le sommet des collines ou sur les plateaux que dans le fond des vallées; il ne s’offre que sur des espaces peu étendus. On l’observe i°. aux environs de Montpellier dans la vallée du Lez; 20. dans la vallée de l’Hérault à Ganges et à Saint-Guillen-le-Désert : il est immédiatement superposé au calcaire marin ; 3°. dans la vallée de Condoulous près d’Avèze : ici il repose sur le schiste argileux ; 4°- dans la vallée d’Arres près de Lasfons où cette meme formation
(1) Je tiens ces renseignemens et les échantillons que je décris de M. Coquebert- Montbret.
(2) Mém. sur les terrains d’eau douce , par M. Marcel de Serres, Journ. de Phys. , t. 87, 3818, juillet, août et septembre.
est placée sur le calcaire à ammonites ; 5°. dans la vallée de Gardon entre Saint- Jean-de-Gardoneuque et Anduze : c’est dans celui-ci que l’auteur a remarqué Y hélix algira ; 6°. au lieu nommé la Vabre près de Mende; 7°. près de Lodève dans les vallées de l’Ergue et du Brez.
Ce terrain , près de Montpellier , est immédiatement situé au-dessous de la terre végétale et composé d’un calcaire jaunâtre mêlé de calcaire rougeâtre. Il renferme en coquilles fossiles des hélix avec leur test à peine altéré , qui ne paroissent pas différer des hélix variabilis , neglecta , stricta , et du cjclostoma elegans. Audessus de Castelnaud ce terrain devient plus épais et s’élève de 100 à i5o mètres au-dessus de la rivière. Il est composé d’un calcaire tendre et poreux , déposé quelquefois en feuillets minces , et présente aussi quelquefois des bancs de calcaire solide quoique léger , qui ont de 20 à 3o mètres d’épaisseur. Ce terrain renferme une grande quantité d’empreintes de végétaux , tant de tiges que de troncs d’arbres , dans toutes sortes de directions , et mêlées néanmoins de coquilles extrêmement fragiles. La disposition du terrain semble indiquer , par le désordre qui règne dans ses couches , une grande agitation dans le liquide qui l’a déposé.
Près de l’église de Castelnaud le terrain d’eau douce repose immédiatement sur le calcaire marin.
On remarque que presque toutes les coquilles enfouies dans ce terrain peuvent se rapporter à des espèces actuellement vivantes en France. M. Marcel de Serres fait observer en outre que X hélix nemoralis , qui fait partie de ces fossiles, se trouve en effet dans le nord de la France , mais ne vit plus maintenant aux environs de Montpellier. Parmi les végétaux, beaucoup de feuilles peuvent se rapporter à celles de la vigne , du aérium, du chêne vert, de l’olivier , etc. ; les fruits à ceux du pin, et aussi à la capsule d’un convolvulus un peu différent de tous ceux que l’on connoît.
Dans le département du Gard on connoît , près de Sommières et près d’Alais , des terrains d’eau douce qui paroissent appartenir à des époques de formation assez différentes.
Le premier a été décrit par M. Marcel de Serres. On l’observe sur les rives du Vidourle depuis Sommières jusqu’au-delà du village de Salinelle : il constitue la colline de Montredon élevée d’environ i5o mètres au-dessus du niveau de la rivière. Cette colline est composée de deux sortes de roches calcaires. La plus inférieure est un calcaire siliceux compacte , gris de fumée pâle , ressemblant par sa cassure et sa texture au calcaire de même formation des environs de Mantes qu’on nomme clicart. On n’y distingue aucune stratification , et il ne renferme que des paludines et des limnées. La roche calcaire supérieure est beaucoup plus tendre, poreuse , traversée d’une multitude de tubulures sinueuses qui indiquent les passages de dégagement d’un gaz. Ce calcaire supérieur est divisé en plusieurs assises un peu inclinées; il renferme des planorbes et des hélices qu’on ne voit pas
dans l’inférieur , et ne présente que très -rarement les paludines et les limnées du calcaire inférieur. Ces coquilles et ces tubulures sont remplies ou enduites d’oxide de fer, et ce calcaire répand souvent par le choc une odeur fétide. Nous ferons remarquer que ces rapports de position du calcaire siliceux et du terrain d’eau douce presque marneux sont les mêmes dans le département du Gard que dans le département de la Seine , où nous les avons observés pour la première fois.
C’est dans le même lieu que se trouve la magnésite de Salinelle , mise dans le commerce sous le nom de pierre à décrasser de Salinelle. Comme le terrain composé de couches alternatives de calcaire et d’argile marneuse qui renferment la magnésite, suit immédiatement, sans aucun indice de séparation et en stratification parfaitement concordante , le terrain évidemment d’eau douce , M. Marcel de Serres regarde cette roche comme appartenant à cette formation, et l’opinion que j’ai émise à ce sujet à l’article du calcaire siliceux et de la magnésite de Coulommier, p. ao5 , se trouve confirmée, et par l’analyse , et par toutes les circonstances de son gisement.
Les coquilles qui se rencontrent dans les deux roches dont nous venons de présenter les caractères minéralogiques sont, d’après M. Marcel de Serres, pour le calcaire inférieur :
Le Limneus elongalus , Br.; le Limneus œqualis , M. df. S.; le Limneus pjgmeus , M. de S.; le P aludina affinis , qui, malgré sa ressemblance avec le Cj'clostoma simile de Drap. , en diffère évidemment.
Pour le calcaire supérieur :
Planorbis rotundatus , Br.; Planorbis prominens , M. de S.; Planorbis compressus , M. de S. ; Ancilus deperditus , Desm. , et quelques autres espèces d’hélices et de planorbes indéterminables.
La différence des corps organisés enfouis et devenus fossiles dans ces deux calcaires , d’ailleurs si immédiatement superposés et si intimement liés, doit nécessairement faire admettre avec M. Marcel de Serres qu’ils ont cependant été déposés à des époques différentes et pendant lesquelles les animaux qui habitoient les eaux de ce même lieu étoient aussi très-différens. C’est seulement dans le second qu’on trouve des coquilles terrestres, et seulement dans le premier qu’on voit des dépouilles de mollusques qui peuvent vivre momentanément dans les eaux saumâtres.
Dans le même département le terrain de Saint-Hippolyte-de-Caton décrit par M. d’Hombres-Firmas présente , avec celui des environs de Paris qui accompagne les parties supérieures de nos collines gypseuses , une analogie fort remarquable.
On y voit des marnes calcaires feuilletées qui renferment des nodules durs , arrondis, ayant la forme de dragées irrégulières sur la surface desquelles adhèrent des petites coquilles bivalves qui ressemblent à des cythérées ou à des cyclades. Ces mêmes coquilles , dont les deux valves sont souvent réunies, se montrent dans Ja marne même , par conséquent ces nodules n’y sont pas étrangers.
On trouve, au-dessous, des bancs de calcaire compacte commun, solide, blanchâtre ou grisâtre , avec les surfaces jaunâtres , remplis de limnées , de planorbes , etc. , et formant par conséquent le terrain d’eau douce proprement dit.
Des veines et des nodules irréguliers de silex corné et des lits de silex jaspoïde accompagnent ces marnes.
Encore au-dessous se présentent des marnes argileuses , brunes , quelquefois très-feuilletées , qui renferment entre leurs feuillets un petit lit de coquilles bivalves , dont les valves , posées à plat et à côté les unes des autres , ressemblent d’une manière tou t-à-fait frappante par leur forme et cette disposition, aux cythérées planes des lits de marnes feuilletées, supérieures au gypse, des collines gypseuses du nord de Paris.
Enfin au-dessous de toutes ces marnes argileuses ou calcaires qui paroissent faire partie de la formation d’eau douce , se voit , suivant M. d’Hombres - Firmas , un calcaire grossier marin , qui , à en juger par les échantillons que ce physicien m’a envoyés , a la plus grande ressemblance avec celui des environs de Paris.
On ne peut méconnoître en Provence , dans le département des Bouches-du- Rhône , un terrain d’eau douce parfaitement caractérisé dans celui des plâtrières d’Aix que j’ai décrit à l’article du gypse à ossemens.
En continuant à remonter la grande vallée du Rhône et ses afïluens , on trouve encore le terrain d’eau douce :
Dans le département de Vaucluse , et près de ce lieu dans la vallée de la Sorgue , c’est M. Beudant qui l’a reconnu. Ce terrain consiste en calcaire compacte, fin et grisâtre , contenant des petites paludines turriculées , et en calcaire grisâtre , fissile, presque marneux, qui renferme entre ses feuillets un grand nombre de limnées et de coquilles turriculées écrasées-, ces dernières paroissent être ou des cérites ou des potamides.
On indique aussi des terrains lacustres dans le département de la Drome , près de Crest; et enfin dans le département du Rhône, près de Lyon, sur le chemin qui conduit à la Carette.
Dans le département de Lot-et-Garonne et Tam-et- Garonne , M. de Férussac nous a fait connoître, dans le Mémoire cité plus haut, la présence d’un terrain d’eau douce qu’il rapporte à la seconde formation , et qui est situé en bancs d’environ trois mètres d’épaisseur sur une roche qu’il appelle molasse. C’est surtout dans les environs de Lauzerte que ce terrain est le plus remarquable. Il consiste en un calcaire blanchâtre ou grisâtre , quelquefois assez dur pour recevoir le poli , renfermant un grand nombre d’espèces d’helix , de limnées , de planorbes et de paludines, une physe et plusieurs autres coquilles que M. de Férussac 11’a pu déterminer. Il se désagrégé facilement à l’air , et cette formation paroît recouvrir une grande partie des plateaux situés entre le Lot et la Garonne, en prenant pour limites Moissac sur le Tarn et Cahors sur le Lot. Auprès d’Agen il renferme des
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silex. Au lieu dit le Pic-de-Bère près d' Aiguillon , et par conséquent à la pointe de ce triangle , on trouve un calcaire lacustre , compacte , gris de fumée foncé , rempli de planorbes , etc.
Dans la Haute-Loire , Giraud-Soulavie avoit signalé autrefois , parmi les roches qui constituent le mont Coirons , un terrain qu’on peut rapporter à ceux que je décris.
J’ai fait connoître la présence de ces mêmes terrains sous une grande puissance et sur une grande étendue dans le département du Cantal et dans celui du Puyde-Dôme , depuis Aurillac jusqu’à Clermont. Ils consistent principalement en calcaire blanc , tendre , presque marneux , ou en calcaire assez dur pour être poli et employé comme du marbre (àNonette près d’Issoire), traversés de tubulures sinueuses et renfermant , surtout le premier , des lits interrompus ou simplement de gros nodules de silex pyromaques ou cornés , et quelquefois de silex résinites , noirâtres , grisâtres , brunâtres , marqués de zones plus foncées , parallèles , soit entre elles , soit aux contours extérieurs des nodules. Toutes ces roches sont remplies de planorbes , de limnées , de potamides et même de gyrogonites ; quelques-unes plus impures, mêlées même avec du sable et des débris de roches volcaniques renferment des pupa ( comme celle qui a été recueillie par M. Desmarest au lieu dit la fontaine du Tambour). Ce terrain, comme celui du Puy en Vêlai décrit à l’occasion du gypse (p. 2 58), est surmonté d’une brèche volcanique, recouverte elle - même d’une masse considérable de lave compacte , remplie de cristaux d’amphiboles , et paroît placé , tantôt sur le sol primitif, tantôt , et comme auprès du Puy, sur un psammite granitoïde ou simplement quarzeux. La position de ce terrain , par rapport au terrain primordial et au terrain volcanique , est donc très -bien déterminée dans le Cantal et dans l’Auvergne (1) , et cette position est entièrement semblable à celle de ce même terrain dans les environs du Puy.
Dans le département delà Loire j on voit quelques lambeaux de terrain lacustre, près de Roane et à Sury-le-Comtal.
Le département de Y Allier renferme des portions de terrain d’eau douce trèsnombreuses et assez variées. M. Omalius d’Halloy, confirmant par ses observations le résultat que j’ai tiré des miennes sur l’absence du calcaire marin dans le Cantal et dans l’Auvergne proprement dite, l’étend à toute la partie de la vallée de l’Ailier comprise dans le département de ce nom. On remarque sur le sommet des collines, outre le terrain d'eau douce ordinaire plus ou moins compacte , un dépôt particulier formé parla réunion de concrétions calcaires composées de tubes droits et courts , qui paroissentles étuis de vers ou de larves de friganeset que M. Bosc a décrits sous le nom d 'indusia tubulata. Ces tubes sont quelquefois entièrement formés, par l’aggrégation , d’une multitude de petites coquilles d’eau douce qui
(1) (:!le est décrite avec des détails plus nombreux et d’une manière plus complète dans mon Mémoire sur les terrains d’eau douce , Ann. du Mus. , t. XV, p. 388.
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paroissent être des paludines. L'origine de ces concrétions ne me laisse plus aucun doute depuis que j’ai vu dans plusieurs mares voisines de la forêt de Bondy , des aggrégations de larves de friganes formant des gâteaux très-considérables , et qui eussent été absolument semblables à ceux du département de l’Ailier près de Moulin, du Puy de Dôme, etc. , si l’eau dans laquelle ils étoient plongés eût eu la propriété de les lier encore plus complètement par un dépôt calcaire.
Les points de ce département où le calcaire d’eau douce se montre de la manière la plus remarquable sont :
Les environs de Gannat où il forme des masses considérables. C’est une roche grisâtre, compacte, très-dure, à grain moyen, à cassure écailleuse , avec des cavités et des infiltrations spathiques, dans laquelle on a trouvé un squelette presque entier de paléothérium.
Les environs de Vichy. On y remarque, principalement au lieu dit le Vernet, un calcaire lacustre solide , mais à grain grossier , qui a l’air d’être presque entièrement composé de ce petit entomostracé auquel M. Desmarest a donné le nom de cypris faha , et qui y paroît sous forme de grains brunâtres et luisans. Ce calcaire devient plus compacte , plus homogène , on n’y voit plus de cypris y mais des coquilles terrestres et lacustres , et parmi les premières X hélix Ramondi dont le test est changé en calcaire blanc farineux. Enfin on observe dans ce même terrain calcaire des veines d’arragonite fibreuse, ce qui est assez remarquable.
Entre Vichy etCusset on trouve des silex résinites en plaquettes concrétionnées, à bords arrondis, semblables à des plaquettes de métal fondues et refroidies au milieu d’une masse de sable, et tout-à-fait semblables, pour la manière dont ils se présentent, aux silex résinites de Menilmontant.
On voit encore ce terrain au port Barraud , près du Veurdre-sur-l’Allier , entre Bourbon-l’Archambaud et Saint-Pierre-le-Moustier.
Le terrain d’eau douce continue à se montrer avec peut-être encore plus d’importance dans les environs de la réunion de la Loire et de l’Ailier , dans la grande vallée de la Loire qui va vers Orléans regagner les bords du grand plateau d’eau douce de la Beauce , et dans les bassins du Cher et de l’Indre qui s’ouvrent dans cette vallée. Nous allons le suivre et l’examiner dans ces différens lieux, d’autant plus intéressans pour notre objet , qu’outre les coquilles d’eau douce , ils renferment des débris nombreux de mammifères.
Dans le département du Cher on trouve du calcaire d’eau douce entre Livet et Bruère , sur la route de Bourges à Saint-Arnaud , au milieu d’un plateau qui s’élève en pente douce dés plaines de la Sologne aux petites montagnes granitiques du département de la Creuse. C’est à M. Omalius d’Halloy que nous devons la connoissance et la description de ce lieu (i). Le sol présente une argile grisâtre qui
(i) Journ. des Mines , t. XXXII , p. 4 2-65.
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recouvre un calcaire blanchâtre, friable , semblable aux couches tendres du calcaire d’eau douce de la Beauce , et un autre calcaire semblable à celui de Blois qui est blanc , légèrement gris de fumée, dur, compacte, mais cependant criblé d’une infinité de pores et traversé par des tubulures sinueuses et renfermant des petits planorbes et de grands limnées qui paroissent se rapprocher du Z. venin cosus > A. Br.
Vers Bruère le plateau s’abaisse, et le calcaire, qui est encore plus compacte, moins caverneux , présente des veines et des nodules de silex gris , blond et blanc, qui ne renferment aucun débris organique-, c’est, comme on voit, le calcaire d’eau douce siliceux sans coquilles sous le calcaire d’eau douce coquillier , rapport constant de ces deux roches lacustres.
On retrouve la même formation au nord de Bourges entre Mehun et Quincy, sur les bords même du Cher. C’est un calcaire généralement blanc , mais rempli de parties du plus beau rose carminé. 11 est siliceux et renferme , suivant M. Berthier , de la silice , de la magnésie , de l’oxide de fer et de l’eau. Il forme des bancs horizontaux qui alterneritavec des silex enveloppant eux-mêmes des nids de ce calcaire.
Les petits plateaux qui bordent la Loire entre Decise et Nevers sont calcaires , et paroissent appartenir , suivant M. Omalius d’Halloy, à la formation de calcaire à gryphées , qui est généralement inférieur au calcaire compacte et oolithique du Jura. A Béard et à Thiaux , dans le département de la Nièvre , ces plateaux présentent deux dépôts superficiels , peu étendus , d’un calcaire lacustre siliceux qui renfermoit ici une masse de calcaire pur, contenant des limnées semblables au Z. longiscalus. A. Br.
Dans le département de l 'Indre le plateau , entre cette rivière et la Creuse , présente aussi des dépôts de terrain d’eau douce. Celui que nous soupçonnons à Argentofi , mais seulement par les échantillons qui en ont été envoyés par M. Bollinat , est remarquable par les nombreux débris d’ossemens de mammifères appartenant au genre lophiodon , et par les fragmens arrondis de calcaire oolithique qu’il renferme. Ces nodules d’un terrain étranger semblent avoir été comme plongés dans une liqueur dissolvante. On ne peut douter que ce terrain ne soit de formation lacustre , d’après la nature de la marne calcaire qui en fait la base , et d’après les limnées, planorbes et autres coquilles d’eau douce quelle renferme (i).
Les terrains d’eau douce du grand bassin de la Loire se représentent encore dans le département de la Nendée près Bonpar , non loin de Pouzange. D’après les échantillons que je possède c’est un calcaire grossier, comme sablonneux, pétri de limnées , de planorbes et de petites paludines.
On le retrouve dans le département cl’ Indre-et-Loire , sur les rives de la Loire près de Tours.
(i) Voyez p. 188 du tom. II des Recherches sur les Ossemens fossiles par M. Cuvier, ce qui est déjà dit sur ce terrain et sur les animaux dont il renferme les ossemens.
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Dans le département de Loir-et-Cher on le voit à Cavron près de Blois. C’est un calcaire lacustre , compacte, fin , dur , sonore même , traversé de canaux sinueux, pénétré de toutes parts de petites dendrites noires.
Plus au N. O. , mais hors de la vallée de la Loire , dans le département de la Sarthe, où M. Ménard-la-Groye l’a observé , non loin du Mans , entre la route d’Alençon et la Sarthe (i). Il paroît, par les silex résinites et les silex nectiques qu’il contient , par la marne argileuse feuilletée qui les accompagne , avoir beaucoup de rapport avec la formation lacustre de Saint-Ouen, de Coulommier, de Salinelle, etc. , qui sont accompagnés de magnésite, et cette marne renferme en elfet de la magnésie.
Pour compléter l’énumération des terrains lacustres de ces clépartemens , je rappellerai ceux de Langeais près Tours et de la Fermeté près Nevers , que nous avons décrits à l’article des silex meulières.
En s’avançant à l’est dans le département du Loiret , et redescendant dans la vallée de la Loire vers Orléans , on rejoint les bords du grand plateau de la Beauce, dont le côté N. E. fait partie du bassin de Paris. Ce terrain d’eau douce, d’une grande épaisseur, d’une grande étendue , forme à lui seul presque tout le Gatinois. Il est composé de calcaire marneux, de calcaire compacte , blanchâtre, grisâtre, roussâtre ; ses assises inférieures sont , comme partout , traversées de veines épaisses ou remplies de masses non limitées de silex résinite , présentant toutes les nuances de couleurs propres à ce silex. C’est l’image d’une gelée siliceuse mêlée de calcaire et durcie. Cette variété ne renferme pas de coquilles 5 mais le calcaire qui n’est pas siliceux et qui vient principalement des environs de Pithiviers , renferme quelquefois une si grande quantité de coquilles d’eau douce ou terrestres qu’il semble en être presque uniquement composé. A Orville près Malsherbe on voit dans ce calcaire lacustre supérieur un banc de meulière blanche qui se continue à peu près dans la même position dans presque tout le Gatinois. J’ai décrit , dans mon Mémoire sur les terrains d’eau douce , les coquilles de ce calcaire, et j’ai indiqué les lieux où le terrain coquillier se montre le plus clairement. Je suis obligé d'y renvoyer pour ces détails.
Revenu maintenant au bassin de Paris, nous quittons les parties occidentales et méridionales de la France , pour rechercher le terrain d’eau douce au N. et à l’E 5 il y est ou moins abondant ou moins connu , et pour trouver un terrain de cette classe parfaitement caractérisé , tout-à-fait hors du bassin de Paris , il faut se transporter en Alsace dans le département du Bas-Rhin , au Bastberg, à la hauteur de Haguenau. Ce terrain a été décrit par M. Hammer dans une lettre à M. Cuvier (2). Nous devons donc nous borner à extraire de cette description et à prendre dans les échantillons que nous possédons , les faits géologiques et minéralogiques propres
(1) Voyez pour les détails le Mémoire sur les terrains d’eau douce déjà cité.
’n) Ann. du Mus. , t. VI, p. 356 ; et dans le tome II des Recherches , etc. p. 195 et p. 345.
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à faire reconnoître les analogies qu’il a avec les autres terrains d’eau douce et les particularités qu’il présente.
Le calcaire lacustre de Bouxviller au pied du Bastberg est généralement compacte tin et compacte commun, d’un gris pâle tirant sur le jaunâtre. Les échantillons nombreux que j’en ai vus présentent moins de cavités et de canaux sinueux que les autres calcaires lacustres , cependant il n’en est pas absolument dépourvu. Ces cavités sont tapissées ou remplies de calcaire spathique ; mais ce qu’il offre de particulier ce sont une multitude de taches rondes , de i à 5 millimètres de diamètre , blanches , composées d’un calcaire plus tendre , plus marneux ; elles montrent quelquefois des couches concentriques , et ressemblent à ces concrétions sphéroïdales qu’on appelle pisolit/ie. Si, comme je le pense, elles les représentent réellement, cette circonstance alors n’est plus une particularité de ce terrain , et ce calcaire peut être comparé aux pisolithes des terrains d’ean douce formés par les eaux thermales de Vichy, de Carlsbad, de Tivoli, de Saint-Philippe , etc.; seulement à Bouxviller la pâte est plus sédimenteuse et les pisolithes moins cristallines. Tous les échantillons de calcaire de ce lieu n’en renferment pas.
Les débris de corps organisés , et notamment les coquilles , y sont dans quelques parties extrêmement abondantes; outre les limnées, les planorbes , les petites paludines , les hélices, les cyclostomes, qui se montrent dans presque tous les terrains d’eau douce, on trouve ici des paludines presque gigantesques ( paludina Hammeri ) , qui ont jusqu’à cinq centimètres de longueur. Dans plusieurs parties les cavités du calcaire et celles que les coquilles ou leur test ont laissées sont couvertes d’un enduit d’oxide de fer jaunâtre. Il ne paroît pas que le gypse des environs ait aucun rapport avec ce calcaire.
§ III. En Angleterre.
Les terrains d’eau douce de l’Angleterre ont été, comme les autres formations de cette île, le sujet des observations des géologues anglais, et leur description a été faite avec assez de détails pour nous dispenser de la reproduire ici.
La seule que nous citerons parce qu’elle est la plus remarquable et quelle appartient bien certainement à notre sujet est celle de l’ile de Wight si bien décrite par M. Webster. Il y a deux dépôts d’eau douce : le plus bas paroît appartenir à l’argile plastique, par -conséquent il est inférieur au calcaire marin grossier , et nous l’avons indiqué à l’article de ces argiles (p. m). Il ne doit point en être question ici où nous ne décrivons que les terrains d’eau douce supérieurs à ce calcaire.
Le supérieur est essentiellement calcaire, il renferme néanmoins quelques lits interrompus et quelques nodules plus durs qui paroissent siliceux, et ressemble en cela à notre calcaire siliceux. Il est rempli d’une quantité prodigieuse de coquilles d’eau douce très-variées en genre et en espèce, très-bien conservées et par conséquent très-bien caractérisées. Ces espèces, remarquables en outre parleur grosseur,
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sont généralement différentes de celles des environs de Paris. Ce sont des planorbes carénés , à tours de spire, plats en dessus , bombés en dessous , et de trois à quatre centimètres de diamètre ( planorbis evomphalus Sow.), et d’autres espèces que M. Webster rapporte aux PL cornu et prevostinus ; des limnées, qui ont bien quelque ressemblance avec le L. longiscatus , mais qui ont près de cinq centimètres de longueur, et que M. Sowerby a décrits sous le nom de L. Jusiformis ; d’autres petites espèces ( L . minimus Sow.); enfin des paludines très-grosses qui ressemblent à celles de Bouxviller ( paludina Hammeri ). M. Webster y cite en outre des gyrogonites. Si nous rapportons à cette même formation une marne argileuse bleuâtre , qui a été trouvée à Newport en creusant un puits, et qui renferme des paludines et des limnées, nous aurons à ajouter à cette liste de corps organisés d’origine lacustre :
i°. Des coquilles bivalves de trois à quatre centimètres de longueur, ayant conservé leur éclat nacré , et paroissant être des roulettes ( unio ) ou de petites espèces d’anodontes ; ce qui est une circonstance rare dans les terrains d’eau douce.
2°. Des graines longues et striées , semblables à celles qu’on trouve à Lonjumeau, mais d’une espèce un peu différente, et que M. Adolphe Brongniart a décrites sous le nom de Ccirpolithes thalitroïdes fVebsteri.
§ IV. Dans le Jura et en Suisse.
La chaîne du Jura proprement dite , présente sur quelques points des terrains qui appartiennent à la formation lacustre et qui sont tout-à-fait différens des calcaires qui constituent ces montagnes.
Le plus remarquable, celui sur lequel M. de Buch a appelé depuis long-temps l’attention des naturalistes (i), s’observe au N. O. de la ville de Neufchatel dans le vallon où sont situés le Locle et la Chaux-de-Fond , gros bourgs connus parleurs fabriques d’horlogerie.
Le vallon , élevé d’environ g5o mètres au-dessus du niveau de la mer , se dirige comme toutes les vallées longitudinales du Jura du S. O. au N. E. C’estprès du Locle que se montre le terrain d’eau douce ; il forme une espèce de barrage élevé de près de ioo mètres dans la vallée (2), divisé en monticules arrondis etcreusésde quelques ravins. Il paroît puissant et composé de couches nombreuses diversement inclinées et contournées , quelques unes sont même presque verticales : c’est une disposition rare dans les terrains d’eau douce, qui suppose que celui-ci a été déposé avant la
(1) Voyez Bull, des Sc. , par la Soc. ptiil. , 1816, p. 1 8c. Nous nous sommes permis d’ajouter à cet article quelques noies pour e’tablir des lors l’analogie de ce terrain avec nos terrains d’eau douce.
(2) Ces barrages sont une des dispositions particulières aux terrains d’eau douce des valle’es. Voyez ci-après, au § de l’Italie, la description des terraius d’eau douce de Tivoli, de Terni et des bains de Saint-Philippe.
3o6 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
cessation des phénomènes géologiques qui ont eu de l’influence sur l’inclinaison des couches du Jura et le creusement de ses vallées , et qu’il a éprouvé l’influence de ces phénomènes.
Ces couches sont principalement composées des roches suivantes :
1*. Un calcaire compacte , fin, grisâtre, criblé de petites cavités, traversé de petits canaux sinueux à la manière de tous les terrains lacustres et rempli d’em* preintes de coquilles d’eau douce ; les cavités sont souvent tapissées de calcaire spathique cristallisé.
Ces coquilles sont : des limitées ou qu’on ne peut déterminer à cause de leur état imparfait ou qui ne sont pas décrits. Le plus gros est certainement dans ce dernier cas-, il a près de cinq centimètres de long. Une plus petite espèce paroît avoir beaucoup de ressemblance avec le limneus sirigosus ; desplanorbes qui par la forme et la grandeur se rapprochent du PL prevostinus ; des hélix en moindre nombre , qui paroissent très-voisins de Y hélix Moroguesi.
2°. Une marne argileuse , friable , feuilletée avec les petites cavités angulaires indiquées par M. de Buch, et qui me paroissent être, au moins pour quelques-unes, des empreintes de cjpiis faba.
3°. Une marne calcaire , blanche , tendre, très-fissile , renfermant entre quelques uns de ses feuillets des empreintes fort nettes et quelquefois même le test de la coquille d’une petite espèce d’anodonte. La longueur des plus grands individus que j’ai trouvés , n’atteint pas cinq centimètres.
4°. Un silex corné brun, fissile, à texture un peu grenue, rempli de planorbes et de limnées tous petits et d’espèces différentes de ceux qui se voient dans le calcaire n°. i. Le limnée a quelques points de ressemblance avec le Z. acumincitus , mais il est plus atténué , et beaucoup plus petit ( au plus treize millimètres) , et on y compte sept tours de spire. Leplanorbe dont les plus gros individus n’ont pas trois millimètres de diamètre, paroît appartenir à une espèce non décrite qui se rapproche un peu du planorbis cornu.
Ce dépôt siliceux renferme des lits de silex grenu , qui semblent entièrement composés de débris de végétaux qu’on ne peut reconnoître et qui lui donnent une couleur noire qui a probablement été prise pour un indice de charbon fossile. On l’a recherché dans ce lieu , et on en a trouvé en effet une couche de six à sept décimètres d’épaisseur, mais de mauvaise qualité et renfermant, suivant M. de Buch , des hélices.
Ces différentes roches forment des couches qui alternent entre elles ; je n’ai décrit ici que celles que j’ai vues et recueillies en employant des expressions minéralogiques qui ne permettent pas de les confondre avec les roches à peu près de même nature, mais de texture différente et qui appartiennent à des terrains beaucoup plus anciens. Il paroît que la marne calcaire et les silex sont situés Le plus profondément , et que le lignite terreux est plus près de la surface.
Ce fenain lacustre est remarquable par sa position élevée, par l’inclinaison de
ses couches , et par la présence des coquilles bivalves si rares dans les terrains d’eau douce connus jusqu’à présent; il montre d’ailleurs tous les caractères des autres terrains de cette formation , c’est-à-dire l’aspect du calcaire compacte et caverneux, l’association des roches calcaires marneuses et siliceuses, la présence des débris de végétaux et celles des coquilles terrestres.
Un terrain célèbre depuis long-temps par les nombreux débris organiques qu'il renferme , et qui ont excité la curiosité de tous les amateurs d’histoire naturelle , est celui qui est placé près d 'OEningen , sur la rive droite du Rhin à sa sortie du lac de Constance , au plus à une heure et demie de chemin ( à pied ) de la petite ville de Stein.
Les roches qui renferment entre leurs assises les nombreuses pétrifications de poissons , de reptiles , d’insectes , de coquilles , de plantes , sont à mi-côte sur la pente qui part de la rive droite du Rhin. Ce terrain m’a paru composé de deux sortes de roches très-différentes minéralogiquement, mais presque toujours associées dans la grande vallée de la Suisse qui sépare le Jura des Alpes, et au milieu de laquelle est situé le gîte d’OEningen. Ces roches, que j’ai souvent eu occasion de citer dans cet ouvrage parce que je les regarde comme de même époque de formation que le terrain de Paris, sont, en allant des supérieures aux inférieures,
i°. Le poudingue polygénique ( nagelflue). Il est ici meuble , composé de cailloux roulés et de sable , forme le sommet de la colline au pied de laquelle est située la roche à pétrification , et en recouvre en partie les pentes. Malgré la différence de texture et même de nature qu’on trouve entre cet aggrégat et les autres poudingues polygéniques , beaucoup de cailloux et le sable lui-même étant siliceux , je ne doute pas, d’après la continuité de ce terrain avec les poudingues du reste de la Suisse , qu’il n’appartienne à la même formation qu’eux.
20. La roche inférieure contribue à le prouver par sa ressemblance générale avec le psammite molasse qu’on voit près de Vevay et dans d’autres lieux au-dessus de ce poudingue. Ce terrain appartient donc à la sous-formation du psammite molasse , quoiqu’il ne soit pas entièrement formé de cette roche.
L’état actuel des carrières qui sont abandonnées depuis long-temps , ne m’a pas permis d'obseiver ( en 1817 ) la succession complette des lits et des couches, mais j’en ai vu suffisamment pour mon objet qui étoit de déterminer à quelle formation précise on pouvoit rapporter ce gîte célèbre de pétrification.
La carrière dont je donne ici la description et la coupe (pi. II, B, fig. 4) est la plus inférieure et présente un escarpement de huit à neuf mètres.
Au-dessous des cailloux roulés qui sont une dépendance du dépôt supérieur dont je viens de parler se présentent en A plusieurs lits de marne argileuse et sablonneuse jaunâtre; B un petit banc de 1 décimètre d’épaisseur de psammite molasse, mais dur et très-consistant ; C une couche de marne argileuse jaunâtre très-feuilletée, séparée en plusieurs assises par des lits c très minces d’un psammite
3o8 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
molasse semblable au précédent; D est une masse de marne argileuse rubanée de zones parallèles jaunâtre et gris bleuâtre qui recouvre un banc fragmentaire E de marne argileuse bleuâtre à grains fins assez compacte et très solide et qui est exploitée pour la fabrication de la tuile; enfin les dernières couches G que j’ai pu voir se composent d’une marne calcaire d’un blanc sale, assez tendre, divisée en trois assises par des lits marneux plus argileux : cette marne répand par le choc une odeur bitumineuse très-sensible. C’est seulement entre ses couches, au rapport des ouvriers, et principalement dans la variété feuilletée qui en sépare les assises les plus inférieures, que se trouvent la plupart des corps organisés fossiles qu’on extrayoit autrefois si abondamment de ces carrières; plus on s’approfondissoit plus ils étoient fréquens, en sorte qu’ils étoient encore plus communs dans une carrière plus inférieure qui est comblée depuis long -temps , et qui , suivant M. Karg, est élevée d’environ 160 mètres au-dessus du niveau du lac de Constance; il est même probable que je n’ai vu que les couches supérieures de la formation et que ma description finit où celle de M. Karg commence , c’est-à-dire , au banc de marne argileuse à briques.
Cette description, jointe à la coupe dont je l’accompagne, suffit pour donner une idée de la disposition des roches à pétrification dans les environs d’OEningen , mais ne suffit pas pour en faire connoître toutes les variétés. Dans quelques parties le psammite est plus grenu, plus sableux et plus micacé; tantôt il renferme beaucoup de mica et tantôt il n’en montre pas ; les échantillons qui portent des empreintes de poissons , et que j’ai vus , m’ont paru généralement moins micacés que ceux qui renferment des coquilles et des débris végétaux.
Tous ces caractères minéralogiques s’accordent fort bien avec ceux du psammite molasse. Les débris de végétaux qu’on voit ici se voient aussi dans cette roche , dans les carrières dites de la Belle-Roche au-dessus et près Lausanne , à Mornex au pied du Salève , etc. Ce sont eux qui , plus abondans et plus condensés , produisent à Vevay, à Paudé, très-probablement aussi à Horgen, les dépôts de lignite que j’ai décrits dans les additions à l’art. II (§ III, p. 1 16), et qui paroissent même se trouvera OEningen en petits lits interrompus dans les parties les plus inférieures. Tous concourent à faire voir que ce terrain appartient à une formation d’eau douce. Il faut examiner maintenant si les débris organiques , si nombreux à OEningen , conduisent au même résultat.
D’abord je n’ai vu sur les lieux , pendant le temps que j’ai mis avec quatre autres personnes à examiner tous les décombres des carrières , aucun indice de corps marin. Je n’en ai vu aucun dans les riches collections de la Suisse (i) que j’ai examinées dans l’intention d’y reconnoîlre la nature du liquide qu’ont dû habiter les
(i) Notamment à Berne, celle de M. Meissner et celle de la ville ; à Zurich, celle de la ville et celle de M. Lavater; à Winterthur, celle de M. Ziegler ; et à SchafFouse, celle de feu le docteur Amman, qui fait maintenant partie de la riche collection du Muséum britannique.
DES ENVIRONS DE PARIS. 3o9
corps organisés fossiles d’OEningen , et on peut dire que ces collections présentent tout ce qui a été trouvé dans les carrières d’OEningen pendant une longue suite d’années.
Je ne peux donner une énumération de ces pétrifications , je n’aurois pas le moyen de la rendre même à peu près complète , et d’ailleurs ce seroit m’écarter de mon objet principal sans nécessité, puisqu’il me reste assez défaits pour établir les résultats que je désire présenter. Je me bornerai donc à dire quelques mots des pétrifications qui me paroissent propres à caractériser, non-seulement l’origine de ce terrain , mais encore son époque de formation aussi exactement qu’il est possible.
Je ferai remarquer d’abord qu’on y a trouvé des mammifères. J’ai vu , dans la collection de M. Ziegler à Wintherthur , deux empreintes d’un animal de l’ordre des rongeurs , dont M. Cuvier a fait mention dans ses Recherches sur les Ossemens fossiles (t. IV, 4e- partie, Ve. mém. ), et qui m’ont paru avoir été évidemment enveloppés dans les couches même de la formation d’OEningen. Je ne sache pas que la présence des oiseaux y ait été bien constatée , mais j’ai remarqué dans la collection du docteur Lavater des os qui m’ont semblé appartenir à cette classe d’animaux.
Les reptiles y sont bien connus , mais ce sont des reptiles aquatiques de l’ordre des batraciens ou des cheloniens 5 on n’en cite aucun de l’ordre des grands sauriens.
Ce gîte est célèbre par la quantité de poissons qu’il présente. On n’en a trouvé aucun qui ne pût être considéré comme lacustre ou fluviatile.
Parmi les crustacés on en voit d’assez semblables aux écrevisses de rivière 5 mais la collection de M. Lavater possède en outre un crabe. Quoique ces crustacés soient généralement marins , on sait qu’il y en a plusieurs espèces qui vivent habituellement dans des eaux douces très-éloignées de la mer (1).
Les coquilles y sont moins nombreuses que dans les autres terrains d’eau douce , mais toutes celles que j’ai pu voir et déterminer sont lacustres. Ce sont : des limnées qui ressemblent un peu au L. ovum ; des petits planorbes de trois à quatre millimètres de diamètre , trop déformés pour être déterminés et décrits , et ce qu’il a d'assez remarquable, une très-grande quantité d’anodontes beaucoup plus petites que Xanodonta cjgnea , et qui ont conservé leur éclat nacré. Elles paroissent différer de celles du locle. Nous désignerons cette espèce sous le nom d 'anodonta Lavateri.
Quant aux végétaux ce sont , ou des débris indéterminables , ou des feuilles de plantes aquatiques et de plantes terrestres dicotylédones -, nous n’y avons vu aucune fougère.
Ces faits me semblent suffisans pour faire établir avec assez de précision l’époque
(1) On pêche près de Sienne en Italie et près de Florence dans les petits lacs et cours d’eau qui entourent ces villes, des crabes que l’on y vend au marché dans les mois de juillet et d’août, et qui appartiennent au genre Potamophile de M. Latreille (cancer Jluviatilis , Herbst. ). ,
3io DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
de formation du gîte de pétrification d’OEningen , d’abord il est sans aucun doute dans les psammites molasses de la Suisse et dans les couches de ces psammites , qui sont supérieures aux dépôts bitumineux des lignites qu’elles renferment quelquefois ; il est recouvert par un poudingue polygénique, et c’est encore la position relative la plus générale de ces poudingues par rapport aux psammites. Or j’ai dit que je regardois le terrain de psammite molasse et de poudingue ( nagelflue ) de la Suisse comme de même époque de formation que nos terrains de sédiment supérieurs, et même que la partie de ces terrains qui est postérieure au gypse. J’en ai développé les raisons aux additions à l’article du lignite, p. n4, et aux additions à l’article du calcaire grossier, p. 186.
Le terrain d’OEningen confirme ce rapprochement et cette dernière position par toutes les circonstances qu’il réunit , par la présence surtout des mammifères. Nous pouvons donc assigner maintenant la place de ce terrain avec précision et certitude, et rapporter sa formation à une époque géologique à peu près contemporaine , et peut-être même postérieure à celle pendant laquelle se sont déposés les gypses à ossement du bassin de Paris.
L’autre terrain d’eau douce qui est lié à la chaîne du Jura est celui que M. Macaire de Genève a observé au pied du petit Salève près de Chatillon , sur le chemin de Veiry à Etrembière 5 on exploite dans ce lieu , dit M. Macaire , une substance particulière qu’on nomme greube et qui sert à nétoyer et à colorer en jaune les boiseries de sapin. C’est un calcaire jaune, friable, léger, poreux , disposé quelquefois en tubes stalactiformes réunis par une pâte, ou en zones concrétionnées , il enveloppe une grande quantité de coquilles terrestres et forme dans ce lieu des petites collines adossées au pied du petit Salève , qui s’élèvent à la hauteur d’environ trente mètres; les couches sont très-régulières et légèrement inclinées dans le même sens que celles du petit Salève; le calcaire compacte analogue à celui du Jura qui constitue ce dernier, percent quelquefois le dépôt de greube et paroissent à la surface du sol. Ce terrain non marin, qui s’éloigne un peu des terrains d’eau douce proprement dits, et qui paroît même avoir une origine différente , occupe une espèce d’enfoncement que forme la montagne et semble le reste d’un dépôt plus étendu, enlevé par la cause qui a creusé la vallée de l’Arves. On retrouve le même calcaire près de l’étang de Veiry au dessous du château ruiné du petit Salève, renfermant ici, avec des débris de coquilles terrestres, des empreintes de feuilles, d’arbres dicotylédons. M. Macaire croit que ces coquilles et ces végétaux sont absolument semblables à ceux qui vivent dans la contrée.
§ V. En Allemagne.
Nous eonnoissons encore peu les terrains d’eau douce de l’Allemagne , parce qu’on les a confondus avec les tufs et qu’on les a généralement regardés comme des dépôts très -récens , et par cette raison d’un très-foible intérêt pour la géologie.
DES ENVIRONS DE PARIS. 3n
Nous ne savons guère à ce sujet que' ce qui nous a été appris par M. Omalius d’Halloy ou par M. Prévost , et parce que nous indiquent les échantillons des collections.
M.O. d’Halloy a observé à Urspring, près d’Ulm (i), le terrain lacustre et toutes ses modifications ; on y voit un calcaire compacte fin , sublamellaire , blanc - jaunâtre , veiné de silex et un calcaire compacte commun gris , pénétré de la même substance. C’est notre calcaire siliceux et comme lui il ne renferme point de coquilles , du moins M. d’Halloy n’en fait pas mention. Dans le même canton on trouve un calcaire marneux compacte gris, blanchâtre ou gris de fumée, criblé de cavités, traversé par ces canaux sinueux si particuliers aux roches du terrain d’eau douce et rempli dans quelques parties de coquilles d’eau douce terrestres , car on y voit beaucoup à' hélix d’une espèce voisine de Y H. Cocquii, mais ce n’est pas elle , celle d’Ulm est plus courte et plus sphéroïdale.
Le calcaire de Kobschutz en Bohême, qu’on place dans les collections faites à Freyberg, sous le nom de tuf calcaire , est un calcaire d’eau douce d’un jaune sale , très-compacte.
M. Prévost a fait connoître dans son mémoire sur les terrains de sédiment supérieurs situés au S. du bassin devienne (2), un calcaire lacustre compacte recouvrant ces terrains et présentant les mêmes caractères de texture et de couleur que les autres calcaires de cette origine. Stiitz, dans son Oryctographie de la Basse- Autriche (3), avoit indiqué sur la colline où est bâtie la gloriette de Schœnbrunn, près Vienne, un calcaire gris-blanc renfermant , dit-il , des hélix semblables à Y hélix ericetorum.
Enfin nous ferons encore mention de celui qu’on cite dans les parties les plus basses de la Thuringe , et qu’on désigne sous le nom de tuf-calcaire ( kalk-tuff ) (4) ; il y occupe de très-grands espaces , notamment près de Langensaltza et entre Grossen-Gottorn, Grœfentonna et Weissensee, mais il renferme , dit-on, de nombreux restes de grands quadrupèdes. Si cette circonstance particulière le distingue de la plupart des terrains d’eau douce que nous avons décrits , elle le rapproche de ceux de Gannat et d’Argenton.
§ VI. En Hongrie.
On ne connoissoit pas la présence des terrains d’eau douce en Hongrie avant le voyage qu’y a fait M. Beudant en 1818 5 mais ce naturaliste les a observés dans ce pays sur un grand nombre de points. Il les a décrits dans l’ouvrage que nous avons déjà cité.
(1) Journ. des Mines , t. XXXII.
(2) Journ. de Phys. , t. XCI, 1820 , p. 347 et 46°-
(3) Stütz , Oryct. von Unter-Osterreicli , etc. , p. 66.
(4) Keferstein, Géognosie de l’Allemagne , chap. VU, n°. 2 , p. 174.
3i2 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
On les voit sur le psammite molasse à Nagy-Vasony dans la contrée de Balaton; ils renferment des limnées , des planorbes et des hélix. Au-dessus de Bloksberg, près de Bude , où ce calcaire présente les canaux sinueux cpie nous avons fait remarquer, il y a douze ans, comme des caractères de tous les terrains d’eau douce des environs de Paris et des parties de la France où nous les connoissions alors.
On voit àTihany, sur des tufs basaltiques, des roches siliceuses analogues à notre meulière ; M. Beudant n’y a pas trouvé de coquilles.
Mais ce qu’il y a de plus remarquable dans les observations de ce naturaliste, parce qu’elles nous mettent sur la voix de découvrir l’origine des terrains d’eau douce, c’est leur formation actuelle dans les marais delà grande plaine de la Hongrie. Il se forme dans le fond de ces marais des sédimens calcaires qui deviennent assez solides pour servir de pierre à bâtir , toutes les maisons de Czegled en sont construites; ce calcaire présente les canaux sinueux qu’on vient de rappeler comme caractère de celte formation, il enveloppe des planorbes et d’aulres coquilles, et répand une odeur assez fétide ; mais les coquilles y conservent leur test et cette circonstance établit une assez grande différence entre cette formation moderne et les formations anciennes dans lesquelles elle se présente très-rarement.
§ VII. En Italie .
M. Omalins d’Halloy est le premier géologue qui ait rapporté à la formation des terrains d’eau douce , les roches calcaires si connues aux environs de Rome et de Sienne , sous le nom de travertin , et qui ait fait voir qu’à l’exception des coquilles d’eau douce qu’il n’avoit pu découvrir dans les travertins de Tivoli, ce calcaire offroit d’ailleurs tous les caractères de texture en petit , de position et de manière d’être en grand, qui appartiennent aux terrains lacustres tels que nous les avons caractérisés. Il présente surtout ces singuliers canaux sinueux si constans dans le calcaire lacustre de tous les pays, cavités tubuleuses qui n’avoientpas échappé à un naturaliste aussi bon observateur que M. de Buch, car ce géologue les avoit décrites avec une précision parfaite (i), avant qu’il en eût connu l’importance comme caractère général de ces terrains.
L’étendue de cette formation d’eau douce dans l’Italie méridionale , son importance sous les rapports de la géologie et des arts , m’engage et m’autorise à entrer dans quelques détails à son sujet pour déterminer les circonstances de sa formation etsa position relativement aux autres terrains.
M. Omalius d’Halloy (2) a reconnu ces terrains à l’entrée des marais Pontins près de Cislerne , au pied des collines volcaniques de Velletri , dans une plaine
(1) Geognost. Beobacht. , t. II , 1809, p. 27.
(2) Journ. des Mines , vol. XXXII , p. 402.
DES ENVIRONS DE PARIS. 3i3
basse. C’est un calcaire blanc compacte et solide, percé d’un grand nombre de cavités tubulaires, renfermant des limnées et des hélix globuleuses ; il le présume recouvert dans plusieurs points, comme celui d’Auvergne, par des breccioles volcaniques. Il paroît que ce calcaire se trouve encore plus au midi vers la Calabre , car on ditqueles temples de Pestum, dans le golfe de Salerne, sont construits avec une pierre concrétionnée qui est très-certainement du travertin.
Ce terrain se montre d’abord en indice au Monte-Verde au S. de Rome , il se trouve ensuite très-bien caractérisé dans Rome meme, puis sur une étendue et avec une épaisseur considérable, à quelque distance de cette ville, vers l’est du côté de Tivoli, et au N.O.ducôté de Civita-Vecchia ; c’est en l’examinant dans ces divers points que j’ai appris à reconnoitre les différentes circonstances de son gisement.
A Monte-Verde il ne se montre qu’en lit mince interrompu et dépourvu même de ses caractères essentiels 5 il est placé sur un sable siliceux, mêlé de quelques pyroxènes qui recouvre un tuf volcanique terreux très-homogène.
Dans Rome, M. Brocchi , avec lequel j’ai eu le précieux avantage de visiter ces lieux , m’a fait remarquer le calcaire d’eau douce au pied oriental de l’Aventin sur les bords du Tibre , dans le lieu dit la Caverne de Cacus ; il est compacte ,il renferme quelques coquilles d’eau douce et est placé sur la brecciole volcanique rougeâtre et terreuse , il n’est recouvert par aucune roche.
La plaine qui règne de Rome jusqu’au pied des montagnes où est situé Tivoli , est couverte dans une grande partie de son étendue d’un dépôt puissant de travertin, il commence à Martellone sur la route de Rome à Tivoli et se continue presque sans interruption jusqu’au pied des montagnes de Tivoli. Cette plaine où sont situées les carrières de Ponte-Lucano qui fournissent le travertin employé dans les constructions, peut être considéré, ainsi que l’a dit M. Omalius d’Halloy, comme le fond d’un grand lac traversé maintenant par le Teverone , bordé parmi terrain de brecciole volcanique, exhaussé par les dépôts calcaires et mis presqu’à sec par cet exhaussement ; car il n’est pas entièrement desséché et on peut regarder avec M. Omalius d’Halloy comme des restes de ce vaste amas d’eau les petits lacs de Tartan , de la Solfatarre , etc. , qui semblent subsister encore pour nous montrer quelques unes des circonstances de la formation des terrains d’eau douce.
Les géologues qui ont examinéce terrain, et notamment MM. de Buch et Omalius d'Halloy , ont fait remarquer , i°. que le travertin inférieur et ancien, celui qui ne seforme plus actuellement, étoitle seul qu’on employât dansles constructions comme offrant une compacité et une solidité suffisantes; celui qui est formé journellement par les eaux du lac de la Solfatarre et du Teverone n’est pas assez dense; 2°. que les coquilles d’eau douce y sont extrêmement rares , car non-seulement M. Omalius d’Halloy dit n’en avoir vu aucune, mais il pense que leur absence est due à l’influence du gaz hydrogène sulfuré qui est en dissolution dans ces eaux et qui s’oppose à ce qu’aueun mollusque lacustre puisse y vivre.
3i 4 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
L’état très-différent du lac de Tartari et du lac de la Solfatarre , s’accorde trèsbien avec cette théorie.
Le premier présente une eau limpide , ses bords sont couverts d’incrustations calcaires à structure cristalline , mais on voit qu’elles sont anciennes , et il m’a paru que les eaux actuelles n’avoient plus la propriété d’en déposer : aussi le fond de ce lac est-il couvert de végétaux , et ses eaux sont peuplées d’animaux de toutes sortes, de reptiles batraciens, d’insectes, etc.
Le lac de la Solfatarre plus près du pied des collines est lout-à-fait différent , c’est un amas considérable d’eau blanchâtre d’où se dégage perpétuellement des bulles d’air et une odeur très-marquée de gaz hydrogène sulfuré; elles déposent sur les végétaux qui croissent sur les bords et dans le canal par lequel elles s’écoulent , une couche épaisse de calcaire sédimentaire blanc à texture compacte, un véritable travertin.
Lorsqu’on agite le fond de ce lac il se produit un dégagement considérable de gaz, l’eau acquiert sur la ligne de passage du gaz une limpidité qui est due sans aucun doute à la dissolution du calcaire par l’acide carbonique qui se dégage. Il n’y a dans cette eau ni sur les bords de ce lac aucun animal vivant , du moins nous n’en avons vu aucun.
Les différences que présentent ces deux lacs semblent être en rapport avec les différences que présentent souvent la partie inférieure et la partie supérieure des terrains d’eau douce ; celui de la Solfatarre montre le phénomène de la formation calcaire dans son époque d’activité. Les eaux sont trop chargées de gaz et de matière terreuse pour que des animaux puissent y vivre, et par conséquent ces premiers dépôts calcaires ne doivent point en renfermer du moins dans les lieux voisins du dégagement de la source; mais à mesure que la masse des matières minérales diminue ou que les canaux s’obstruent par l’effet même des dépôts, les eaux deviennent moins chargées de gaz et de calcaire, le dépôt moins rapide et plus cristallisé , des animaux peuvent y vivre , et ce dépôt chargé des dépouilles de ces animaux doit être supérieur au premier. C’est probablement le cas dans lequel se trouve actuellement le lac du Tartre ( lago de Tartan ), et ce rapport de position du terrain d’eau douce sans coquille et du terrain d’eau douce coquillier, est précisément celui qu’on observe dans presque tous les lieux où l’onconnoît ces deux terrains : ainsi dans le bassin de Paris le calcaire siliceux sans coquilles est placé sous le calcaire d’eau douce coquillier , la meulière sans coquilles est inférieure à la meulière coquillière , etc.
Nous trouvons donc ici une réunion de phénomènes et de circonstances qui permettent d’employer des observations directes, équivalant à des expériences, pour fonder la théorie de la formation des terrains d’eau douce , et peut-être même de plusieurs autres terrains , et pour nous faire présumer que beaucoup de terrains calcaires ont été formés , comme les travertins de la plaine de Tivoli , par des sources abondantes sortant de la terre chargées d’une dissolution de chaux carbonatée qu’elles ont déposée avec plus ou moins de rapidité à la surface du sol.
DES ENVIRONS DE PARIS. 3i5
Ces considérations m’ont paru assez importantes pour nous arrêter quelques momens, car elles contribuent efficacement à completter l’histoire d’un terrain qui a été reconnu pour la première fois aux environs de Paris.
Mais le travertin ou terrain d’eau douce de la plaine de Tivoli n’est pas entièrement dépourvu de débris de mollusques , j’en ai vu près la Villa-Adriana , au pied même de la colline , dans un banc de calcaire , qui montre d’ailleurs d’une manière très-claire sa position par rapport aux autres terrains.
Le sol fondamental des montagnes de Tivoli est un calcaire compacte fin , renfermant des lits interrompus ou des nodules de silex cornés^ et qui m’a paru avoir la plus grande ressemblance avec le calcaire du Jura; tantôt le calcaire d’eau douce est immédiatement appliqué sur ce sol ancien , tantôt il est placé sur une brecciole volcanique qui est elle-même en adossement sur ce calcaire compacte. Le lieu que je viens de citer montre cette superposition de la manière la plus évidente. On voit en allant de la surface du sol dans la profondeur, i°. un travertin compacte avec tubulures sinueuses et quelques coquilles ; 20. un mélange de travertin friable et de débris de brecciole volcanique ; 3°. un banc assez puissant de cette brecciole.
Ainsi tous les faits observés par M. Brocchi et que j’ai eu occasion de revoir avec lui , ceux que j’ai vus de mon côté, établissent pour la position des terrains analogues à ceux des environs de Paris, par rapport aux autres terrains , tant à Rome que dans les environs , l’ordre de succession suivante, en allant maintenant des plus profonds aux plus superficiels.
i°. Un calcaire compacte analogue soit au calcaire du Jura soit peut-être même à la craie. Les pétrifications seules, quand on en trouvera, et elles y sont très-rares , pourront lever ces doutes.
20. Le terrain de calcaire grossier composé à sa base de marne argileuse bleuâtre coquillière, et vers sa partie supérieure, de calcaire sableux rougâtre et quelquefois même de grès marin , comme on le voit parfaitement dans Rome , au pied du M onte- délia- Giita , petite colline parallèle au Janicule et qui en est même une dépendance.
3°. La brecciole volcanique dans toutes ses modifications , recouvrant ce terrain comme on le voit très-clairement au Mont-Marius.
4°. Enfin le terrain d’eau douce. Il seroit donc ici dans une position différente de celui que j’ai reconnu dans le Cantal , dans le département du Puy-de-Dôme et dans celui de l’Ailier. Ceux-ci pourroient être rapportés aux terrains d’eau douce moyens ou gypseux , et ceux des États romains aux terrains d’eau douce supérieurs et postérieurs à la seconde formation marine , et ce rapport s’accorde encore parfaitement bien avec la position que M. Prévost a assignée aux terrains de calcaire grossier des Apennins (1).
(1) M. Brocchi s’occupe d’un ouvrage sur la structure géologique et physique du sol de la
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J’ai dit qu’il y avoit aussi des terrains assez considérables de calcaire d’eau douce ou travertin du côté de Civita-Vecchia. On commence à le voir formant de grands plateaux après Mala-Grotta et au Guido 5 il cesse ensuite : mais après avoir passé le Pulidoro et le hameau de ce nom on traverse des masses considérables de calcaire d’eau douce qui forment des parties saillantes et comme bombées , et qui semblent s’être avancées vers la mer à la manière d’une couche de lave. C’est à Monterone qu’il est le plus abondant et le plus puissant. Il repose ici sur un terrain qui a tous les caractères du terrain de transition.
Les chutes d’eau ou cascades célèbres de Tivoli ne sont pas dues à des escarpemens du calcaire compacte qui forme la masse de ces montagnes , mais à un barrage de la vallée produit par les dépôts des eaux qui en sortent et qui étoient dans les premiers temps beaucoup plus chargées de calcaire qu’elles n’en contiennent actuellement. Cette agitation des eaux donne à ce dépôt des ondulations qu’on ne lui voit pas dans la plaine , et la précipitation moins abondante permet au calcaire de prendre une texture et un aspect cristallin qui l’éloigne du travertin poulie rapprocher des albâtres. Cette même disposition due aux mêmes causes s’observe dans tous ses détails aux belles cascades de Terni. On trouve d’abord dans les environs et dans les parties basses du travertin ou calcaire d’eau douce compacte, et après Rieti , au confluent du Velino et de la Nera , celte petite rivière se précipite en cascade d’un barrage de calcaire concrétionné cristallin , formée par la même voie et sur le même sol fondamental de calcaire compacte qu’à Tivoli. M. d’Halloy y a vu des coquilles d’eau douce enveloppées dans le calcaire concrétionné.
Le terrain d’eau douce se présente au lieu dit les bancs de Saint-Philippe , à quelques milles au N. O. de Radicofani, sur les fontières de la Toscane, lieu cité dans tous les ouvrages de minéralogie , pour l’application que le docteur Yegni a faite de la propriété qu’ont ces eaux thermales de déposer une grande quantité de calcaire, très-fin et très-blanc, à la fabrication de très-jolis bas-reliefs. Nonseulement l’origine du terrain d’eau douce est ici évidente, mais ce terrain est dans une situation si distincte , que ce lieu peut servir pour ainsi dire de module pour faire concevoir la formation des collines et même d’un grand nombre de montagnes calcaires.
En effet , les sources chargées de chaux carbonatée , sortent avec abondance du terrain fondamental qui est un calcaire compacte fin , grisâtre , qu’on peut rapporter au calcaire alpin ou même au calcaire de transition 5 elles sortent vers le fond d’une vallée creusée dans ce calcaire et elles ont élevé dans ce vallon une véritable colline de calcaire blanc concrétionné , quelquefois compacte ', plus souvent cristallin, à structure fibreuse. Cette colline de formation moderne est
ville de Rome. J’en ai vu la carte presque terminée en juin 1820. Je ne sais si cet ouvrage a paru.
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à pentes très-roides, qui sont cependant interrompues par de petites terrasses et terminées par un plateau arrondi sur lequel les bains et les maisons qui forment le hameau de Saint -Philippe sont construites , et où sont établis des jardins et divers genres de culture. Ce calcaire formé successivement , et sous le contact de l’air , n’a pas la compacité et la finesse du grain de celui qui a été déposé au fond d’un lac 5 il enveloppe des corps organisés de toutes sortes , mais la substance de ces corps n’est point pétrifiée.
Je ferai remarquer que cette source calcarifère est, comme celle de Tivoli, comme celle d’un grand nombre de sources des environs de Naples, de la Sicile , etc. , sur les limites des terrains volcaniques , et quelle sort d’un calcaire qu’on peut rapporter au terrain de transition.
Dans les lieux que je viens de décrire comme exemple , l’origine du calcaire d'eau douce n’est point douteuse, et quand on l’a vu se former, pour ainsi dire, sous ses yeux à Tivoli, à Terni, et surtout à Saint-Philippe et au lac de la Solfatarre , on n’hésite pas à attribuer la même origine à celui qui est sur la route de Civita-Vecchia, dont la source n’est plus visible. Or, comme le calcaire d’eau douce que nous allons trouver en Toscanedans les environs de Colle et de Volterra , est absolument semblable, dans beaucoup de ses parties, à celui de la plaine de Tivoli, nous n’aurons plus besoin d’en voir la source, pour lui assigner la même origine.
Ce terrain est ici très-remarquable par son étendue, par sa position évidente et par la grande quantité de coquilles lacustres et terrestres à peine altérées, qu’il renferme.
C’est au pont de la Poderina, qui est à quelques milles au N. O. de St. -Philippe, sur la route de Sienne, que le travertin compacte et dur commence à se montrer de nouveau; mais c’est à Sienne même que reparoît le calcaire d’eau douce, en banc assez puissant; il se continue ainsi recouvrant les sommets des collines, descendant quelquefois sur leur pente , mais cessant dans les vallons, jusqu’au passage de la Staggia sur la route de Poggibonzi. Il présente souvent une texture lâche et enveloppe des tiges de plantes aquatiques et des coquilles lacustres ; ces lieux sont maintenant très-élevés au-dessus des eaux actuelles , et par leur forme et leur position ils ne peuvent recevoir aucun cours d’eau , ni en conserver aucun amas.
En descendant dans le vallon de l’Elza (1) vers Colle, on trouve la même disposition , c’est-à-dire d’abord et sur les hauteurs , un calcaire d’eau douce très-étendu, très-épais et très-compacte , puis un sable fin de même formation, car il renferme
(1) M. Omalius d'Halloy a donné une note très-brève sur ce terrain dans le Journal des Mines, t. XXXII , p. 406. Comme j’ai eu occasion de le voir avec assez d’attention et de prendre une idée de ses rapports avec les autres terrains , j’ai cru devoir le décrire avec quelques détails. Sa position élevée au-dessus de la vallée ne permet de regarder aucune de ses parties comme un tuf ou terrain d’eau douce moderne.
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une multitude de coquilles d’eau douce très-bien conservées , quelques-unes ayant même leur couleur , et ce sont les nérites. Les autres coquilles sont des pliyses , des limnées, des planorbes , quelques hélices et des paludines. On voit ensuite, c’est-à-dire en descendant vers le vallon, non pas précisément au-dessous des couches précédentes , mais toujours à un niveau très-supérieur à celui des plus hautes eaux, un terrain tantôt compacte avec des parties siliceuses qui se fondent dans sa masse, présentant les cavités sinueuses et les coquilles qui caractérisent la formation lacustre, tantôt poreux , mêmetufacé, et qui semble composé de tiges de chara et de myriophjllum^èlv^iês en calcaire. Ce terrain se représente sur la colline opposée , c’est-à-dire sur la rive gauche de l’Elza 5 il ne peut être considéré comme de formation moderne, car il se trouve à une élévation à laquelle l’Elza dans ses plus grandes crues ne peut jamais atteindre, et il repose sur le terrain marin de sédiment supérieur , qui a lui-même une très-grande épaisseur.
Les eaux qui ont déposé ce terrain ne se montrent plus à son niveau ; mais on voit sortir du pied des coteaux de la rive gauche de l’Elza, des ruisseaux qui font mouvoir un moulin et qui ont la propriété de déposer une grande quantité de calcaire. On peut présumer qu’avant l’ouverture du vallon où coule l’Elza , ces mêmes sources sortoient au niveau du sommet des collines qui le bordent. Ce changement est antérieur aux temps historiques , et a eu lieu sans aucun doute à la même époque où les vallées ont été creusées , et où les continens mis en partie à découvert ont pris dans leurs parties basses les formes qu’ils ont actuellement.
Un calcaire d’eau douce semblable aux parties les plus compactes du précédent , se présente de même vers le sommet des collines , au-dessus du terrain marin , dans presque tous les environs de Volterra. Aussi à Castello di Saint-Juliano , on voit des escarpemens très-hauts qui sont composés à leur base de marne argileuse bleuâtre avec coquilles marines , vers leur milieu de sable rougeâtre avec cailloux roulés , renfermant quelquefois des huîtres , des peignes et quelques autres coquilles marines , et à leur sommet un dépôt très-épais de calcaire d’eau douce avec ses tubulures , ses coquilles , etc.
A Pomarance , au S. E. de Volterra , par conséquent à une assez grande distance des deux endroits où je viens d’indiquer le calcaire d’eau douce, ce même terrain se présente encore avec les mêmes caractères, mais pas tout-à-fait dans la même position 5 car ici il semble avoir coulé sur la pente méridionale de la colline au sommet de laquelle est situé Pomarance , il est néanmoins toujours supérieur au calcaire marin et aux marnes gypseuses qui sont dessous, parce que tous ces terrains ou formations ont suivi la même inclinaison et semblent finir ici , puisque de l’autre côté on se trouve sur une toute autre formation composée de calcaire compacte micacé, recouvert d’ophiolite (1).
(1) Je l’ai décrit dans mon Mémoire sur le gisement des ophiolites dans les Apennins,
Ann. des M nés, 1821 , p. 202.
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Je ne poursuivrai pas plus loin la recherche des terrains d’eau douce , les exemples nombreux que je viens de rapporter suffisent pour donner une idée de la grande étendue d’une formation à laquelle on ne faisoitil y a dix ans aucune attention , et pour faire ressortir aux yeux des naturalistes l’analogie remarquable de leurs caractères dans tous ces lieux si éloignés les uns des autres, et si différens par la nature des terrains sur lesquels les formations lacustres se trouvent placées.
J’ai insisté sur les terrains d’eau douce de formation actuelle, parce qu’ils nous offrent des moyens d’apprécier les causes qui ont pù et dû produire les terrains de formation ancienne , et par conséquent d’établir la théorie de ceux des environs de Paris. Les terrains d’eau douce de Rome , de Sienne , de Colle, de Pomarance sont dans une situation géologique , identiquement la même que ceux de Fontainebleau , de la plaine de Trappe, de Montmorency , etc. Nous ne pouvons nous refuser d’attribuer à des eaux calearifères sortant du sein de la terre et de dessous le terrain de sédiment le plus ancien , la formation du terrain d’eau douce d’Italie et de Hongrie. Des résultats parfaitement semblables entre eux permettent de leur altribuer une même cause. Nous pouvons donc présumer que les terrains d’eau douce des environs de Paris sont dus à d’abondantes sources thermales calearifères et silicifères, qui se sont taries comme celles de Pomarance le sont et comme celles de Colle sont près de l’être 5 soit que leur réservoir ait été épuisé, soit que leurs canaux se soient obstrués.
Il est vrai qu’on trouve aux environs de Paris des terrains d’eau douce entièrement siliceux, et qu’011 n’en connoît pas de semblables dans les parties de l’Italie que j’ai citées; mais je rappellerai que ceux de Colle contiennent des parties siliceuses très-distinctes , et d’ailleurs si l’examen de cette circonstance 11e me conduisoit pas tout-à-fait hors des bornes naturelles de cet ouvrage , je pourrois citer des exemples de sources thermales contenant encore dans letat actuel de la surface du globe , une grande quantité de silice en dissolution.
Les terrains d’eau douce d’OEningen ont un caractère tout-à-fait différent de ceux d’Italie, des environs de Paris et de la plupart de ceux dont j’ai fait mention; et on doit aussi leur attribuer une origine différente; ils peuvent être regardés comme des terrains d’eau douce de sédiment , faits presqu’entièrement par voie mécanique, c’est-à-dire par des matières terreuses, souvent même assez grossières, se déposant plus ou moins rapidement au fond d’un lac et enveloppant les corps organisés qui s’y trouvoient; aussi présentent-ils une structure tout-à-fait différente des autres ; les assises y sont très-distinctes et multipliées, le grain est sableux et souvent grossier , enfin on ne voit plus ces tubulures sinueuses qui indiquent dans les autres terrains le dégagement du gaz qui tenoit le calcaire en dissolution.
Nous aurons donc deux sortes de terrains d’eau douce très- différens par leur origines, et reconnoissables par des caractères extérieurs qui indiquent cette différence d’origine; les uns de dissolution et de précipitation plus ou moins pure et cristalline sont sortis de l’intérieur de la terre avec les eaux qui les ont transportés à la sur-
face du sol -, ils peuvent , d’après cette théorie , s’être formés à toutes les élévations où de semblables eaux ont pu se faire jour, et la hauteur où ils se trouvent n’est pas toujours une preuve de celle à laquelle les eaux douces ont dû être élevées (i) 5 ce sont les plus répandus, ce sont ceux des environs de Paris, du Locle de l’Italie, etc. , ils sont rarement mélangés de corps d’origine marine.
Les autres de structure grossière , résultant pour ainsi dire de la désagrégation et du lavage de la surface du sol, se sont formés par voie de sédiment au fond des eaux tranquilles dans lesquelles ils ont été amenés. Ils sont beaucoup moins répandus, moins purs et peuvent renfermer des débris de corps marins; c’est le terrain d’OEningen , c’est une partie de la Limagne d’Auvergne , c’est probablement celui des argiles plastiques et des lignites. C’est enfin à cette classe qu’appartiennent les lits de terrain d’eau douce qu’on observe dans les psammites molasses de la Suisse.
(i) M. Debuch qui avoit bien vu que les travertins de la plaine de Tivoli , dans lesquels on ne trouvoit aucun corps marin , n’étoient pas d’origine marine ( Geogn . Beobacht. , t. II , p. 24) » qui y avoit même remarqué avec M. Breislak des hélicites (p. 33) , dit que la position des travertins , à 3a5 mètres au-dessus du niveau de la mer , suppose que les eaux douce* ont dû être soutenues alors à cette élévation.
Article IX.
7 e. Formation. — Terrains de transport et b alluvion ,