‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 68 sur 94 · CAILLOUX ROULÉS , LIMON D* ATTERRISSEMENT · texte numérisé non relu

CAILLOUX ROULÉS , LIMON D* ATTERRISSEMENT

Nous avons peu de choses à ajouter à ce que nous avons dit sur ces terrains, la distinction que nous avons admise entre les terrains de transport et d’alluvion, les uns anciens et les autres modernes, distinction que nous avions dès-lors indiquée, devroit nous conduire à adopter la même marche dans leur description géographique. Mais cette précision, quelquefois impossible à suivre, seroit toujours sujette à de grands inconvéniens, ces terrains se touchant souvent, se confondant même au point qu’il n’est pas possible d’en indiquer les limites ; d’ailleurs, outre cette distinction d’époques, le sol de transport et d’atterrissement a encore deux positions différentes aux environs de Paris, qui marchent souvent d’accord avec leurs époques de formation. Dans la première il se trouve dans les vallées; tantôt il en remplit le fond ; il est alors ou de sable, ou de limon proprement dit, ou de tourbe : tantôt il forme dans ces mêmes vallées des plaines étendues assez élevées au-dessus du lit actuel des rivières. Ces plaines sont ordinairement composées de cailloux roulés; elles descendent vers le lit des rivières en forme de caps arrondis qui correspondent presque toujours à un sinus abords escarpés qui forme la rive opposée.

Dans la seconde position, et c’est la plus rare, le terrain de transport se trouve dans des plaines éloignées des vallées actuelles, ou même sur des plateaux assez élevés.

Nous ne parlerons point ici du limon d’atterrissement que forment encore actuellement nos rivières, et qui appartient évidemment aux temps historiques, mais seulement de celui qui, par sa position, sa nature, la grosseur de ses parties, etc., ne peut avoir été déposé par

les cours d’eau dans leur état actuel , en supposant même les déborclemens les plus grands dont l’histoire nous ait transmis laconnoissance.

Nous allons d’abord décrire le sol d’atterrissement des vallées, en suivant le cours des principales rivières 5 nous parlerons ensuite de celui des plaines.

La vallée de la Seine nous offre de nombreux exemples de la disposition du sol d’atterrissement en caps avancés, mais bas, et composés de sable ou de cailloux roulés. En remontant cette rivière depuis Meulan, on voit que le cap de Chanteloup en face de Poissy, celui qui porte la forêt de Saint-Germain, celui de Chatou qui porte le bois du Yésinet, celui de Gennevillier, celui de Boulogne qui porte le bois de ce nom, et celui de Yaugirard qui forme la plaine de Grenelle, présentent tous la même disposition, c’est-à-dire un plateau calcaire élevé, placé à une certaine distance du lit actuel de la Seine, et une plaine qui tantôt descend insensiblement de ce plateau vers la rivière, tantôt part du pied escarpé du plateau. La plaine est toujours composée de limon brunâtre près de la rivière, de sable fin dans son milieu et de gros sable ou même de cailloux roulés vers le pied du plateau. Cette distribution est constante dans tous les lieux que nous venons de nommer. Ainsi le sol sablonneux et caillouteux de la partie la plus septentrionale de la forêt de Saint-Germain, celui du bois du Yésinet, celui dubois de Boulogne, etc., appartiennent presque totalement à la partie la plus ancienne et la plus élevée de la formation d’atterrissement. L’épaisseur de ce sol est très-variable : elle est de 4 mètres dans la plaine des Sablons, près la porte Maillot; elle est de plus de 6 mètres dans la plaine de Grenelle , près de Yaugirard. Ce sol renferme quelquefois de gros blocs de grès et de meulières qui y sont épars , et qui , formés ailleurs, y ont été apportés par des forces dont nous ne connoissons plus d’exemples dans nos cantons; car la Seine, dans ses plus grands débordemens, n’est pas capable de faire changer de place un caillou de la grosseur de la tête, et d’ailleurs elle n’atteint jamais la partie élevée de cet ancien sol d’atterrissement. On y trouve aussi quelques morceaux roulés de granité, et d’autres roches primitives.

Les travaux que l’on a faits dans la plaine de Boulogne pour la construction du nouveau pont de Sèvres et de la route qui y conduit, nous ont donné des notions précieuses sur la structure du sol de transport de cette partie de la vallée de la Seine, notions qui sont venues pleinement confirmer l’opinion que nous avons émise à plusieurs reprises, que ce n’est point la Seine actuelle, ni aucun cours d’eau ayant la même origine que cette rivière, qui a creusé la vallée dans laquelle elle coule, ni les ouvertures au travers desquelles elle passe; opinion émise par Deluc et par Dolomieu, et qui ne peut manquer d'être adoptée généralement quand la suite des observations la fera mieux comprendre et sera venue la fortifier de nouvelles preuves.

La partie de la plaine de Boulogne qui avoisine la Seine entre le nouveau pont de Sèvres et celui de Saint-Cloud, et surtout celle qui est le plus près du premier, a été creusée pour fournir le sable grossier et les petits cailloux roulés qui ont servi à former la chaussée élevée qui conduit au pont; on a mis ainsi à découvert la plupart des gros blocs de pierres qui étoient mêlés avec ce sable. Dépouillés du terrain qui les enveloppoit, on les voit maintenant tous à la surface du sol; ils sont en grand nombre, et la plupart ont plus d’un mètre dediamètre, quelques unsavoient même jusqu’à douze mètrescubes. Le sable et les cailloux roulés qui enveloppoient ces blocs sont généralement quarzeux , et ont une teinte de rouille; les cailloux roulés appartiennent principalement au silex pyromaquede la craie. Les uns, et c’est le plus grand nombre, sont arrondis, quelques uns sont cassés. Ces blocs faisoient partie des terrains supérieurs à la craie, et les pïhs gros et les plus communs viennent des roches les plus dures. Ce sont, en suivant l’ordre des formations, du calcaire grossier mais compacte et solide, renfermant des empreintes de cérites, par conséquent ayant fait partie du banc connu sous le nom de roche • des masses énormes de calcaire siliceux, et quelquefois de silex corné et de silex calcédonieux de ce même terrain d’eau douce inférieur ; ensuite de gros blocs de grès, et enfin plusieurs blocs, parmi lesquels se trouvoit le plus volumineux de ceux dont nous avons indiqué les dimensions, d’un poudingue de silex dont le ciment est un sable ferrugineux très-dur.

3a4 DESCRIPTION GÉOLOGIQUE

Nous ne parlons pas de la nature des divers cailloux cjui enveloppoient ces blocs, parce que nous venons de l’indiquer d’une manière générale.

Cette énumération nous montre toutes les pierres et les roches solides de la craie et des formations supérieures. Mais on remarquera que plusieurs d’entre elles doivent venir de loin, car les coteaux qui bordent la vallée de la Seine dans cet endroit, et même beaucoup au-dessus jusqu’à Champigny, sur la Marne, ne présentent ni le cab caire siliceux en grande masse, ni le grès en bancs puissans, ni à plus forte raison les poudingues supérieurs à la craie qu’on ne commence à voir que du côté de Nemours. Or, ce n’est certainement pas la Seine actuelle dans ses plus grandes eaux qui a pu jamais amener des masses aussi puissantes d’une aussi grande distance, en les faisant suivre tous ses circuits et sortir des anses profondes de Melun ou de Saint-Maur. Au milieu de ces blocs et de ces sables se trouvent des coquilles fossiles marines, à arêtes émoussées , sans épines et même arrondies , qui ne laissent pas de doute sur le transport qu’elles ont éprouvé , et dont l’état est bien différent de celui des coquilles qui ont vécu dans le lieu où on les trouve.

A l’extrémité des caps que nous venons de mentionner, la rivière formant un arc, serre de très-près le coteau souvent très-escarpé et toujours en pente rapide qui leur est opposé, comme on peut le voir de Meulan à Triel , de Verneuil à Poissy, de Conflans à Sartrouville , de Saint-Germain à Bougival , de Courbevoye à Sèvres , d’Âuteuil à Chaillot , etc. etc.

De Paris àMoret, la Seine étant beaucoup moins sinueuse, présente aussi beaucoup moins de ces plaines d’atterrissement , et la seule remarquable est celle qui va de Melun à Dammarie.

Les atterrissemens qu’offrent l’Oise et la Marne suivent absolument les mêmes règles; mais ceux de la Marne sont généralement composés d’un limon plus fin, et nous n’y avons pas remarqué ces cailloux volumineux que nous venons de citer dans les atterrissemens de la Seine.

Le limon d’atterrissement des petites rivières, toujours très-fin,

est plus propre à la végétation ; aussi ces atterrissemens sont-ils souvent marécageux et quelquefois tourbeux. La vallée de la rivière d’Essone est remplie de tourbe qu’on exploite avec beaucoup d’avantage ; on en trouve pareillement dans celle de la Bièvre.

C’est dans la partie la plus fine de ces atterrissemens qu’on rencontre fréquemment des arbres dont le bois, peu altéré et comme tourbeux, est encore susceptible d’être brûlé.

Quand on y trouve des objets travaillés par les hommes, tels que des bateaux, des bois taillés, c’est toujours dans les parties qui servent encore de rives à la rivière, et jamais dans l’ancien atterrissement.

Le sol d’atterrissement des plaines éloignées et même séparées de nos vallées actuelles , ne se distingue que très-difficilement du terrain d’eau douce , et dans quelques cas il se confond entièrement avec lui. Il paroît encore plus ancien que celui des vallées, à en juger par sa position et par les fossiles qu’il renferme.

Les environs de Sevran, qui géologiquement font partie de la plaine d’eau douce de Saint-Denis, fouillés très-profondément pour le passage du canal de l’Ourcq, nous ont permis d’observer avec soin la structure de ce sol.

A quelque distance de Sevran, le canal est creusé dans une marne argileuse jaunâtre renfermant des lits d’argile d’un gris perlé , qui contient des silex ménilites et des masses de marne calcaire compacte. Ces silex présentent deux particularités remarquables : i°. ils sont disposés en lignes qui forment des zigzags dont les principales directions sont parallèles ; 20. ils sont tous remplis de coquilles d’eau douce des genres limnées et planorbes. Ces coquilles ne sont pas assez bien conservées pour qu’on puisse en déterminer l’espèce. C’est sans aucun doute une partie du terrain d’eau douce inférieur au gypse.

Plus loin, à environ une lieue de Sevran, on arrive à une éminence de la plaine ; on l’appelle Butte des bois de Saint-Denis. Elle a été coupée pour le passage du canal, et présente la succession de couches suivante : ( pl. I, A, fig. io. )

Page 1