‹ Description historique de l'ancienne abbaye royale de Saint-Ríquier en Ponthieu; suivie d'une notice ... de l'église de Saint-Vulfran d'AbbevilleChapitre 13 sur 17 · FAÇADE PRINCIPALE · texte numérisé non relu

FAÇADE PRINCIPALE

L'édifice de l’église de Saint - Vulfran n’étant pas achevé , ne peut être jugé qu’imparfaitement , la pensée de l’architecte n’ayant pas reçu dans l’exécution les développemens qu’elle devait avoir; cependant ^ d’après l’examen de la partie qui a été élevée, on peut en conclure que l’intérieur de ce vaisseau aurait été beaucoup trop étroit par rapport h la

i96 DESCRIPTION DE L’jfîGLISE

hauteur de la grande voûte de la nef. Dans son état actuel, cet édifice n’offre donc rien de plus remarquable, que sa façade principale qui fixe particulièrement l’attention par la grandeur et la justesse de ses proportions, la régularité de son ensemble , l’harmonie de ses lignes , la richesse de sa structure et la symétrie de ses détails. Elevée sur une grande échelle, cette façade présente dans son ordonnance une heureuse opposition de lisses et de richesses qui se font valoir mutuellement; les ornemens distribués avec une sage économie n’offrent aucune confusion, et les statues qui en décorent la base, quoique de différentes proportions , complètent d’une manière satisfaisante le système de décoration adopté dans sa composition. L’effet général en serait encore mieux senti et apprécié , si elle n’était pas étroitement entourée' d’une multitude de vieilles maisonsjd’une époque contemporaine, que^le^plus sordide 'intérêt et l’oubli des convenances sanitaires a laissé subsister jusqu’à ce jour, mais qui nuisent à son aspect et empêchent d’en saisir l’ensemble (0 : ce n’est que

(1) On dit par tradition que les ouvriers qui ont construit l’église de Saint- Vulfra prenaient leurs repas dans ces vieilles maisons cons-

du Marché-aux-Fruits qui s’ouvre devant cette façade que Ton peut en juger et se rendre compte de ses détails. Elle est construite ainsi que la nef et ses bas- côtés, en pierre blanche et tendre de Pont-Remy, dont le grain fin et la taille facile se prêtent si bien à toutes les finesses du ciseau, dans l’exécution et le brillant effet des statues et des ornemens.

Cette façade se compose de deux hautes tours quadrangulaires , unies entre elles par le frontispice de la nef; leur élévation est de 160 pieds, et la façade a près de 80 pieds de largeur dans sa base. Au-devant règne un perron formant parvis bordé d’un parapet en pierre , et auquel on monte par deux marches. La partie inférieure de la façade présente trois grands portiques , pratiqués sous de profondes voussures en ogive , et surmontés de frontons é vidés. L’arc d’ouverture du portique du milieu est festonné d’une dentelle découpée à

truites en pans de bois à pignon sur rue, avec poutrelles et poteaux corniers en saillie, ornés de mascarons et de guirlandes de pampre et autres ornemens courants d’un travail soigné. Sous le pignon de l’une des maisons de la ville, on lit la maxime suivante, tirée de l’Ecriture:

Honore le bien pour le mal , rar Wuu le mommanfre.

Plusieurs autres légendes se font également remarquer par la naïveté de leur style sentencieux.

jour. Les faces latérales de ces portiques sont décorées de statues colossales , placées sur des consoles orftées de petites figures grotesques , et surmontées de très-jolis dais de style arabesque. Les bandeaux des voussures ogives, disposés en cul-de-four, sont ornés de petits groupes de figures représentant divers sujets tirés de Phistoire du Nouveau-Testament. Les statues de ces trois portiques représentent les patrons des confréries des communautés d’arts et métfiers de la ville , et ceux des différentes paroisses qui les ont fait exécuter h leurs dépens. C’est ainsi que Pesprit d’association a fourni h ces corporations l’occasion d’exercer leur munificence envers cette église: en entretenant la culture des arts, elles ont légué h la postérité d’utiles sujets de méditation et d’étude pour l’historien, l’antiquaire et l’artiste; et aux âmes pieuses , un noble exemple à suivre.

Les statues qui décorent le portique du milieu , sont disposées de la manière suivante, savoir : à la droite du portail, sur l’avant-corps de l’éperon, se voit Saint Pierre, tenant les clefs du Paradis, vêtu d’une tunique et d’un riche manteau très-élégamment drapé. ou espèce de chape sur le bord de laquelle est

DE SAINT-VULFRAIV. 19#

l’inscription suivante en caractère gothique : Ôaïutus | Au-devant du socle de la statue est sculptée une paire de forces ou ciseaux, dont on ignore la signification. Sur ce socle sont représentés deux sujets relatifs k Saint Pierre : dans le premier, on le voit à la porte de Jérusalem ; le second offre les préparatifs de son martyre ; des bourreaux sont sur le point de l'attacher $jur la croix. Près de Saint Pierre est la statue de Saint Jean, apôtre. Plus loin et près de la porte sont deux autres statues d’une proportion moins grande, représentant deux évêques revêtus de leurs ornemens pontificaux ; l’une offre Saint Eloi , évêque de Noyon , patron des orfèvres , et l’autre Saint INicolas , évêque de Myre. Ces deux statues , ainsi que celle de Saint Jean qui les précède , sont ici un mémorial des trois paroisses d’Abbeville, qui étaient sous le vocable de ces saints protecteurs* Saint Nicolas est reconnaissable au baquet placé à ses pieds et contenant les trois jeunes enfans qu’il res^ suscita. Ce Saint, qui était le patron primitif d’Abbeville avant Saint Vulfran , fut également celui du président et des jeunes clercs de la sénéchaussée de Ponthieu , qui en ont sans doute fait don à cette église.

Sur la face latérale à gauche du portail se voit une statue colossale faisant pendant à celle de Saint Pierre , et représentant Saint Paul, patron des vanniers et des cordiers; il est vêtu d’une longue tunique recouverte d’un manteau agraffé ; sa barbe est longue et touffue * il porte une épée et tient un livre ouvert de la main gauche, tandis que la droite est élevée et semble indiquer qu’il adresse la parole au peuple. Saint Paul représente ici l’une des paroisses de la ville. Dans le second compartiment à droite de cette statue , est un lion revêtu d’un manteau royal semé de fleurs-de~ lis, qui ont été grattées depuis les évènemens de la révolution de 1789. Le lion britannique (0 , portant les emblèmes de la monarchie française , est ici le symbole de l'alliance que les deux cours contractèrent à l’occasion du mariage de Louis XII et de la princesse Marie, soeur de Henri VIII , qui fut célébré à Abbeville, le 10 octobre i5i4? avec la plus grande pompe , à l'hotel de la Gruthuse , et

(I) Richard 1er. est le premier des monarques anglais qui fit mettre deux lions dans son écu. Ces armes devinrent héréditaires depuis son avènement au trône en H 89. Jean-sans-Terre qui lui succéda en 1199, ajouta un troisième lion dans l’écusson de ses armes, et ses succès» seurs «on levèrent cet usage.

dont ce monument paraît destiné k perpétuer le souvenir. Sous un autre dais, placé dans le troisième compartiment du même coté, se voit Saint Germain l’Ecossais ^ évêque régionnaire(1), tenant une crosse de la main droite; l’avant-bras gauche a été cassé. Ce prélat porte un riche vêtement couvert d’une châpe agraffée avec un fermai! en trèfle ; à ses pieds est un monstre à six têtes (la sixième a été cassée), symbole du paganisme que cet évêque avait vaincu en répandant la lumière de l’Evangile dans le Ponthieu, où il reçut la couronne du martyre en 480. La statue suivante représente Saint Firmin martyr , premier évêque d’Amiens , apôtre de la Picardie et patron de la corporation des tonneliers. Le socle de la statue présente un écusson sur lequel sont sculptés une futaille et divers outils de cette profession, tels que deux hachettes; à droite de l’écusson est un petit bas-relief, représentant le martyr de Saint Firmin, le bourreau se prépare à lui trancher la tête. De l’autre côté à gauche de l’écusson , le même Saint porte

(l) Les évêques régionnaires étaient des missionnaires évangéliques avec le caractère épiscopal , mais sans être fixés à aucun siège particulier. Ils exerçaient les fonctions de leur ministère, partout où ils étaient conduits par l’esprit de Dieu et le besoin des peuples.

sa tête entre ses mains ; près de la prison où il vient d’être décapité, un personnage, que l'on croit être le sénateur Faustinien , est témoin de ce miracle.

Les moulures des bandeaux de la voussure ogive et des piédroits sont décorées , sur leurs filières, d’une guirlande ou ornement courant , composé de pampre et de chardons , à la naissance desquels sont des lézards , le tout formant des rinceaux.

Deux des bandeaux de la voussure ogive sont décorés de plusieurs petits groupes d’une execution assez soignée , et représentant les traits principaux de la vie de Jésus-Christ. Plusieurs de ces groupes ont été mutilés ou ont totalement disparu; ceux qui restent, en commençant par la droite du portique , offrent les sujets suivans : i°. Jésus-Christ dans le temple au milieu des docteurs, 2°. il est dépouillé de sa robe que l’on tire au sort; 3°. apparition de Notre-Seigneur ; de l’autre côté à gauche, sur le deuxième bandeau en commençant par le bas : 4°» Jésus- Christ est couronné d’épines , 5°. il est conduit devant Pilate , 6°. un voleur lui est préféré. Sur le premier bandeau à gauche de la porte : 70. Jésus-Christ attaché à une colonne est flagellé , 8°. il est

condamné par Pilate , 9°* on délibère sur son supplice. Les antres bas reliefs ont été cassés. Sur le deuxième bandeau , en commençant par le bas: io°. Saint Thomas manifeste son incrédulité , en mettant le doigt dans le côté où Jésus-Christ reçut un coup de lance; n°. le Sauveur est reconnu h la fraction du pain par les pèlerins d’Emaiis.

Sur le trumeau central, entre les deux vantaux de la porte, était placée une statue en pierre représentant Jésus-Christ couvert d’un manteau de pourpre et couronné d’épines : ecce homo . Cette statue a été détruite lors des évènemens de la révolution de 1789. Les deux vantaux de la porte méritent de fixer l’attention par la richesse de leur composition; ils sont divisés tous deux en trois compartimens, présentant une suite de bas-reliefs disposés par en cadrement dans des caissons. Sans être d’une parfaite correction, ces bas-reliefs, avec les ornemens qui les accompagnent, offrent Tune des gracieuses conceptions de la renaissance. Ceux de la partie supérieure représentent les traits principaux de la vie de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge : i°. l’entrevue de Saint Joachim et de Sainte Anne ses père et mère; 20. la naissance de la Vierge; 3°. sa présentation au tem

pie ; 4«. l’annonciation par l’ange Gabriel ; 5°. la naissance de Jésus- Christ ; 6°. sa circoncision. Au-dessus de la corniche de cette porte, sont sculptés de petits génies montés sur des chevaux, et se livrant des combats. Dans la plate-bande régnante sous ces bas-reliefs est sculpté le refrain suivant, en caractères gothiques :

\Vuxqc noir Jjmttains la {Jorte ïramoar rste?\

Cette devise est celle d’un riche marchand d’Abbeville, N. Amourette, devenu maître de la Confrérie de Notre-Dame du Puy, auquel elle fait allusion Ce refrain de son palinod ou chant en l’honneur de la Vierge, se trouve répété dans la plate-bande de l’autre porte , ainsi que sur le revers des memes vantaux dans l’intérieur de l’église, avec cette inscription qui indique la date de l’exécution de cette porte :

3n birfcute ffabor 1550.

Cette inscription est répétée deux fois. Les fleurs-de-lis des losanges ont été supprimées lors de la première révolution. Dans la partie centrale des vantaux sont sculptées les figures

DE SAWT-VULFRAX,

en pied des apôtres Saint Pierre , Saint Paul , et les quatre Evangélistes. Il est fâcheux que la moulure de la baie des deux vantaux de la porte ait été échancrée de chaque côté; cette brèche a été faite pour faciliter le passage du dais , dans les jours de processions. Le fond de l’arc ogive au-dessus de la porte, est orné d’une rosace découpée servant d’encadrement h une croisée feinte.

Le portail situé à droite du spectateur a été décoré de statues des patrons de plusieurs paroisses et corporations des arts et métiers de la ville , également érigées à leurs dépens. La première à droite représente Saint Jacques , vêtu du costume de pèlerin , d’après la tradition qui a pris sa source dans les fréquens voyages qui eurent lieu au moyen-âge à Saint- Jacques en Galice; il porte d’une main le bourdon , et de l'autre la panetière , et représente ici l’une des paroisses de la ville , dédiée à ce Saint. Près de cette statue est celle de Sainte Marie-Madeleine, portant le vase rempli de parfums qu’elle répandit sur la tête de Notre-Seigneur ; cette Sainte était la patronne des marchands de vin ; elle fut donnée par leur corporation , et probablement par celle des boursiers , comme semble l’indiquer l’escar-

celle ou bourse sculptée sur l’écusson placé au-devant du socle. Plus loin , à droite et à gauche du spectateur , sont deux figures de la Sainte Vierge , placées vis-à-vis l’une de l’autre , et vêtues d’un costume dont la richesse est peu en harmonie avec celui que portait Marie , mais qui ne peut s’expliquer que par Fintention qu’ont eue les donateurs et l’artiste de rappeler que sa maternité divine lui avait fait donner le glorieux titre de reine du ciel, c’est pourquoi sa tête est ceinte d’une espèce de couronne ou diadème. On croit reconnaître dans les deux petites figures qui accompagnent celle de la Vierge placée à droite , la vocation de Sainte Catherine à la Mère de Dieu, et sa renonciation à l’alliance qui lui était proposée. Le culte de Sainte Catherine était en grande vénération à Abbeville , et l’une des paroisses de la ville portait le nom de cette Sainte. Dans la statue placée à gauche du spectateur , la Sainte Vierge est représentée portant un livre sous le bras droit, et tenant près de son sein, qui est découvert, l’enfant Jésus, qu’elle se dispose à allaiter; au bas de cette figure se voit le martyre de Sainte Catherine, le bourreau est près de lui trancher la tête. Sur le socle de cette statue est un écus-

son présentant une paire de balances et une escarcelle , attributs des épiciers et des merciers, réunis sous le même patronage et sous la même bannière , conjointement avec les joailliers j quincailliers , apothicaires-droguistes , ciriers et chandeliers , dont la confrérie , érigée en l’honneur de Notre-Dame dans Féglise de Saint-Y ulfran , célébrait sa fête tous les ans le jour de l’Assomption de la Sainte Vierge.

Dans le tympan au-dessus de la porte se voit un groupe représentant l’Assomption de la Vierge ; les deux anges qui l’accompagnent et lui servent de supports , célèbrent son apothéose au ciel, par le son de deux instruraens de musique , dont l’un est une guitarre et l’autre un théorbe. Sous ce groupe est un écusson sur lequel sont répétés les mêmes attributs ci-dessus désignés , c’est-à-dire une escarcelle suspendue au fléau d’une paire de balances. Les traces de dorure et de diverses couleurs que l’on aperçoit encore sur la statue de la Vierge , témoignent que toutes les sculptures de ce portique furent , suivant la coutume de ce temps , originairement peintes et dorées. En dehors du portail , près de la statue de Saint Jacques,, est une autre

figure représentant un Saint, dont les attributs et l’écusson étant mutilés , mettent dans l’impossibilité de pouvoir le désigner. Plus loin, au-dessus de l’une des barraques qui enveloppent la base de la tour, est une statue représentant Saint Maurice, ou plutôt Saint Louis, roi de France; il est vêtu d’une longue robe ceinte d’une cordelière semblable à celle d’un pèlerin, et porte le casque en tête ; près de ce monarque est un écusson semé de fleurs-delis sans nombre , qui servirait , suivant toute apparence, à confirmer notre opinion , que l’artiste a eu l’intention de désigner le saint roi. On sait , par les registres de la ville, que Saint Louis était , au quinzième siècle , le patron des sergens-royaux de la sénéchaussée de Ponthieu; il est probable que ce corps aura voulu également s'associer à cette entreprise, en faisant hommage de sa statue h l’église de Saint-Vulfran.

Le portail situé à gauche du spectateur est de même décoré de statues des saints patrons de plusieurs corporations d’arts et métiers de la ville. A droite, sur la saillie de l’éperon de la tour , est celle de Saint André , apôtre , patron des marchands bouchers ; cet apôtre est vêtu d’une longue tunique serrée à la ceinture

DE SAINT-VULFRA1V.

par une courroie , et recouverte d’un riche manteau à bordure brodée en bosse; il porte un livre sous le bras gauche, et la main droite est appuyée sur la cuisse. Au bas de cette figure, la seule qui existe de ce côté, est un écusson sur lequel se voit une tête de boeuf, symbole expressif de la corporation qui en a fait don. Les deux statues placées h gauche du spectateur, représentent, la première Saint Jean-Baptiste , titulaire de l*une des paroisses de la ville, et la seconde Saint Thomas d’Aquin, patron delà confrérie du Saint-Sacrement, dont la ligure, portée par deux anges, est sculptée sur le socle de la statue. La corporation qui a fait présent de cette statue pourrait être celle des brouliers et porteurs^ au sacq (portefaix), qui avaient choisi la fête du Saint-Sacrement (instituée en 1262) pour celle de leur confrérie. Plus loin , à la naissance de Tare ogive et sur un pilastre orné de moulures, est placé un navire orné de cinq écussons , qui ne présentent aucune trace de sculpture ni signes caractéristiques; sur ce navire sont quatre personnages , dont deux luttent ensemble ; l’un assène un coup de poing à son adversaire,, tandis que l’autre lui donne un croc-en-jambes ; les deux autres, simples spectateurs de cette

scène , sont richement vêtus et paraissent représenter Saint Georges et Sainte Barbe , patrons des gens de mer. L’histoire et la tradition n’ont conservé aucun souvenir de cette lutte des deux mariniers, qui n’offre ici, suivant toute probabilité , que l’image des querelles qui naissent fréquemment entre eux ; tout ce qu’il y a de certain, c’est que ce navire est un symbole parlant des offrandes collectives qui furent également faites par tout ce qui tenait par état au commerce de la navigation sur mer et sur la Somme , qui était trèsflorissant au seizième siècle. On peut en conclure que les corporations des diverses professions qui ont rapport à la navigation , telles que celles des armateurs, des capitaines de vaisseau, des matelots, des charpentiers de marine, des pêcheurs, étaient réunis sous le même patronage. Les cinq écussons mentionnés ci-dessus indiquaient probablement c es diverses professions, avant que les attributs qu’ils contenaient ne fussent effacés (0. A l’angle nord-est de l’éperon de la tour est placée ,

(l) ()n sait que les différentes corporations qui tenaient au commerce de la navigation s’étaient placées sous les patronages suivans : les matelots de la marine marchande invoquaient Saint Georges et Saint Nicolas ; les marchands de poissons , Sainte Barbe; les construc-

DE SAIIVT-VULFRAV.

dans une niche surmontée d’un dais, une statue colossale représentant Saint Fiacre, patron des jardiniers ou hortillons, tenant une bêche de la main droite et un livre fermé de la gauche; son costume, qui n’est rien moins que celui de sa profession, consiste en une espèce de manteau avec un chaperon qui lui couvre la tête et les épaules. Cette statue a été offerte par la corporation des jardiniers de la ville et des faubourgs.

Au-devant du tympan, et au-dessus de la porte du bas côté, se voit la figure en pied de Saint Eustache, auquel ce portail est consacré. Fidèle au système généralement suivi h cette époque ^ l’artiste , sans avoir égard aux convenances historiques, a travesti Saint Eustache en grand seigneur du seizième siècle ; il porte le haut-de-chausse et le pourpoint, et paraît être au milieu d’un gouffre de flammes, tandis que ses deux enfans, placés h ses côtés, sont exposés à la férocité de deux lions , comme martyrs du Christianisme au deuxième siècle. Les marchands de draps- chaussetiers

leurs de bateaux, Saint Jean-Baptiste; les pêcheurs de poissons de douleeyaue , Saint André; et les pêcheurs de poissons de mer, Saint Pierre; mais ces derniers résidaient particulièrement sur la côte, à Cayeux, Saint-Valéry, le Croto.y, etc., etc.

avaient fait choix de Saint Enstache pour patron , c’est pourquoi on aperçoit dans l’écusson placé sous la figure de ce Saint , une pièce de drap , à laquelle est suspendue une paire de chausses (O.

Dans le contour des moulures de ce portail sont sculptés des ornemens courans , composés de pampre et de chardons très-délicatement découpés 5 avec des lézards au bas*

L’absence de toute espèce de connaissance en matière de costume historique, se fait apercevoir dans l’examen des statues de ces trois portiques , dont la forme , qui est celle de l’époque , paraît avoir été totalement abandonnée au caprice des artistes , ou au désir des donateurs , qui , pour honorer les saints , et pour étaler avec magnificence les productions de leurs professions respectives, les ont surchargés, sans discernement, d’ornemens chamarrés de broderies et d'une profusion de

(l) Le commerce de la fabrication des draps a toujours été l’une des principales ressources industrielles d’Abbeville, et la belle manufacture de Van Robais, fondée en 1665 par Josse "Van Robais , de Middelbourg , que Colbert avait fait venir de la Hollande , offre encore un témoignage incontestable de l’état florissant dans lequel se trouvaient les manufactures de draps au dix-septième siècle, avant de subir les effets de la concurrence.

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perles, de pierres précieuses et de bijoux. L’art de costumer les personnages , selon leur siècle et leur rang , était ignoré à cette époque , où le clinquant était recherché avec affectation dans les compositions sacrées. L’éloquence de la chaire croyait rehausser leur mérite en les paraphrasant de citations grecques et latines. Il en était de meme de celle du barreau. Mais au reste, ces anachronismes sont heureusement rachetés par l’exécution de la sculpture , qui se ressent généralement de la révolution introduite dans les arts dépendans du dessin par l’école italienne, et dans laquelle on entrevoit déjà les premiers rayons de l’aurore du retour au genre classique.

Les deux portes latérales de la façade, qui répondent aux bas-côtés , furent exécutées plus de cent ans après sa construction ; l’une , h droite du spectateur, est un don de M. Vincent, qui y fit inscrire ces paroles du psaume 25 , verset 8 :

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