‹ Description historique de l'ancienne abbaye royale de Saint-Ríquier en Ponthieu; suivie d'une notice ... de l'église de Saint-Vulfran d'AbbevilleChapitre 7 sur 17 · CORPUS · texte numérisé non relu

CORPUS

SAN CTI ANGILBERTI HIC RECOND1TUM, ANNO Dm. DCCCXIV,

ELEVAT UM EST NONQ SEPTEMBRIS

MDCLXXXY,

Le buffet d’orgue, exécuté sous l'administration de l’abbé d’Aligre, estun grand seize-pieds ; il est placé h l’entrée de la nef sur une arcade en maçonnerie de briques, construite à la même époque, mais dont le style discordant ne répond pas h la hardiesse ni à l’élégance de l’architecture de ce temple; il en résulte une disparate qui choque le goût et les convenances. Pourquoi l’artiste qui a exécuté cette pesante arcade ne s’est-il pas mieux inspiré en prenant pour modèle celles qui supportent la tribune élevée au fond de la croisée septentrionale, si remarquable par la richesse de sa structure?

(i) Journal d’Agriculture et de Commerce du departement de la Somme, du 20 février 1819, article sur Vèijlise de Saint-Iiiqiiicr, par M. Raymond, page 236 et suivantes.

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Les deux côtés du tympan de l’arcliivolte sont décorés de deux trophées d’insl rumens de musique et d’un groupe d’anges sculpté au centre (*)•

A l’entrée de la nef, sous la tribune de l’orgue , sont adossées aux deux premiers piliers , deux statues colossales, placées sur des colonnes torses accouplées, d’un fort mauvais effet. L’une, à droite du spectateur, représente Saint Christophe, et l’autre, à gauche, Saint Jacques-le-Majeur. Cet apôtre tient le livre des Evangiles de la main gauche et porte suspendue à sa droite la panetière du pèlerin. L’usage de le représenter de la sorte , quoique peu conforme h la vérité historique , vient sans doute de ce que Saint Jacques est ici considéré comme le patron des pèlerins et des voyageurs qui l’invoquaient dans leurs besoins et venaient lui rendre hommage en accomplissant leurs voeux ,• c’est pourquoi sa statue avait été placée dans le lieu le plus ap-

(t) Tel était alors le mauvais goût qui présidait à la composition de ces sortes d’embellissemens ; la même faute fut faite, vers la même époque, dans la construction de la grande arcade qui supportait autrefois le buffet d’orgue de l’église de l’ancienne Abbaye de Saint-Denys, près Paris. Cette arcade a été démolie pendant la restauration de l’église, et fort judicieusement remplacée par un péristyle de style gothique.

.parent de ce iemp le , ainsi que celle de Saint Christophe auquel la crédulité de nos pères attribuait le don de préserver de maladie contagieuse ou de mort subite quiconque l'avait vue. Ce Saint porte l’Enfant- Jésus à genoux sur ses épaules et traverse les eaux d’une rivière, s'appuyant sur un long bâton d’épines quia étecasséen 179J par les républicains belges. Celte manière de représenter Saint Christophe, toute symbolique, est l’emblème de l'amour qu’il portait dans son cœur h Jésus- Christ. et que les artistes du moyen âge ont caractérisé sous un sens matériel, afin de rendre plus palpable aux yeux du peuple l'Esprit saint dont il était animé. Ces deux statues sont surmontées de fort jolis dais de style gothique d'un travail très- recherché.

Aux deux extrémités de la croisée ou transept, se voient deux grands porliques d’une riche structure, divisés en trois arcades ogives, dont les contours sont ornés d'une dentelle composée de trèfles courans découpés à jour. Le portique placé à gauche du spectateur est soutenu sur deux piliers d’une grande légèreté, sur lesquels reposent les arcs ogives qui sont surmontés de trois niches décorées des statues suivantes :

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i°. A droite, le saint anachorète Mauguille , religieux de Saint-Riquier , revêtu de l’habit de son ordre ; 2°. dans la niche du centre , on voit Saint Louis , roi de France. La troisième statue représente Sainte Rose.

La ressemblance qui existe entre le style de ces deux portiques , modèles de grâce et de légèreté, et celui de la façade principale ne laisse aucun doute qu’ils furent exécutés par les mêmes artistes dont les noms sont malheureusement restés inconnus.

Les bas-côtés du choeur sont fermés par de hautes grilles en fer , dont les impostes sont décorées des armes de l’abbé d’Aligre.

Les chapelles qui régnent autour du choeur sont au nombre de onze, et décorées de lambris en menuiserie ; elles sont disposées de la manière suivante , à partir du fond de la croisée sous la tribune (0.

D’abord en commençant à gauche du spectateur, la chapelle des Fonts-baptismaux dédiée à Saint Michel. Dans cette chapelle on voit un

(i) Nous commençons la description des chapelles parle côté gauche, attendu que celte partie du pourtour du chœur est la seule qui soit accessible au public hors les heures des offices.

bas-relief en albâtre , placé vis-à-vis de l’autel , et représentant plusieurs mystères du Nouveau Testament : i°. La Naissance de Jésus-Christ ; 2°. l’Adoration des Mages ; 3°. le Crucifiement , où l’on voit les saintes femmes; 4°- le Sauveur mis au tombeau; 5°. la Résurrrection. Ces sujets sont séparés par des pilastres décorés des figures de Saint Jean -Baptiste , Saint Pierre , Saint Louis et Marguerite de Provence , sa femme. Le travail de ces sculptures est estimé.

Les Fonts-baptismaux , placés dans cette chapelle , proviennent de l’église paroissiale de Notre-Dame de cette ville. Ce monument se compose d’une cuve de forme octogone dont les différentes faces sont ornées de six basreliefs représentant les traits principaux de la vie de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge : i°. L’Annonciation ; 2°. la Visitation de la Vierge ; 3°. la Naissance de Jésus-Christ ; 4°. l’Adoration des Bergers ; 5°. la Circoncision ; 6°. le Baptême de Jésus-Christ par Saint Jean. Le couvercle de cette cuve est surmonté d’une pyramide en bois accompagnée d’obélisques. On distingue dans l’ensemble de ce petit monument la forme pleine de goût de la partie qui contient le bassin, le couvercle ayant été

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ajouté depuis. Ces fonts-baptismaux paraissent avoir été exécutés dans le cours du seizième siècle , d’après l'examen de leur composition qui est d’un bon style.

La deuxième chapelle , en suivant toujours la même ligne, est dédiée à Saint Angilbert, abbé de Saint-Biquier. Le tableau de l’autel représente le gendre de Charlemagne qui, revêtu du costume de guerrier , dépose son casque et son épée aux pieds de l’abbé Symphorien, auquel il se propose pour être admis comme religieux dans son monastère. Ce tableau a été peint par Boulanger en 1770.

Le pourtour de cette chapelle est décoré d’une suite de statues de saints personnages provenant de l’ancienne église ; elles sont placées au-dessus du lambris en menuiserie , sur des consoles en pierre, et dans l’ordre suivant :

i°. Au-dessus du retable d’autel, se voit Saint Jacques-le-Majeur ; 20. en suivant à gauche , Saint Riquier en costume de prince; 3°, Saint Vigor, évêque de Bayeux, tenant un dragon enchaîné; 4°« Saint Benoît; 5°. Sainte Hélène ; 6°. Sainte Véronique, portant le voile

sur lequel est empreinte la Sainte-Face (*)• Ces statues sont surmontées de très-jolis dais de style gothique; elles ont été originairement peintes et rehaussées d’or, suivant la coutume de ce temps, transmise par les artistes grecs et italiens (2).

La troisième chapelle, dédiée h Saint Gervin, abbé de Saiht-Riquier , est décorée d’un

(1) La fête de la Véronique n’a été instituée dans plusieurs églises -que pour honorer Notre-Seigneur, et cela à l’occasion de quelque image de la Sainte-Face. Le plus ancien témoignage qui nous soit resté concernant l'image de Sainte Véronique, ne remonte pas au-delà du sixième siècLe; le nom même de. Sainte Véronique paraît être de l’époque où le portrait en question passait pour la vraie image , vera icon , de Jésus-Christ. Mais depuis le commencement du huitième siècle, où cette image fut placée par le pape Jean VII, sur un autel de la basilique du Vatican , elle n’a jamais cessé d’exciter la vénération du monde chrétien. Vies des Pères , des Martyrs et des autres 'principaux Saints , par Butlers et Godescard , édition de Lyon , tome Içr, page 170. Discours sur V origine , le développement et le caractère des types imitatifs qui constituent Part du Christianisme , par M. Raoul- Rochette , membre de l’Institut. Paris, Ad. Leclère, 1834, page 51 , à la noie.

(2) La belle (collection composant le cabinet de M. Dusommerard , à Paris , renferme une suite de groupes de figures peints et dorés , exécutés en 1887, et représentant la vie , le crucifiement, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Ces objets d’art, d’une très-belle. exécution, faisaient jadis partie d’un retable d’autel provenant de l’église de l’abbaye de Saint-Riquier. Voyez Notices sur Vhôtel de Cluny et sur le palais des Thermes , avec des notes sur la culture des arts , principale^ ment dans les XVe et XVIe siècles , (par M. Dusommerard. ) Paris ^ ÏMrmjn Didot , 1834 . pages 46 et 47.

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tableau placé au-dessus de l’autel , et représentant ^exhumation du corps de Saint An gilbert , qui avait été inhumé devant la porte de l’église. Bibolde , abbé de ce monastère , préside h cette pieuse cérémonie étant assisté de plusieurs de ses religieux; l’un d’eux paraît faire observer à ses confrères l’identité et l’intégrité du corps de ce saint abbé; tous sont pénétrés d'un respect religieux à l’aspect de ces précieuses dépouilles. Ce tableau a etc peint en 1712, par Louis Sylvestre. On lit au bas ces mots: Mex , leæ > lux , pax *

Dans la quatrième chapelle , sous l’invocation de Saint Benoît , on voit un tableau placé au-dessus de l’autel , dont le sujet est la présentation de deux princes royaux à l’abbé de Saint-ffiquier , par leur gouverneur, pour recevoir dans ce monastère une éducation conforme à leur rang. Le gouverneur, en montrant le ciel à l’abbé, paraît lui faire observer que c’est moins pour les choses de ce monde que pour la patrie céleste, que l'éducation de ces princes lui est confiée. La figure de l’abbé est empreinte de cette expression de bonté et d’affabilité que l’artiste a su rendre avec vérité. Ce tableau a été peint par Paillet.

En dehors de la chapelle , dans l’angle à gauche du spectateur, est placée la statue de la Sainte Vierge ; et de l’autre côté, à droite, est celle de Sainte Scolastique , sœur de Saint Benoit.

La cinquième chapelle est connue sous le titre de Saint- Sauveur, à cause de la translation d'une image du Sauveur, qui était autrefois en vénération dans l’ancienne église paroissiale de Notre-Dame de cette ville.

Au-dessus de 1 autel est un tableau représentant Notre- Seigneur donnant une clef h Saint Pierre , symbole de l’admission au royaume des cieux, par laquelle il lui transmet le pouvoir de délier ici-bas les péchés qu’il croira devoir remettre. En lui donnant cette clef, Jésus-Christ semble lui en cacher une autre , celle qui doit lier les consciences , pour lui rappeler que son ministère est tout de miséricorde, et qu’à lui seul appartient, comme souverain juge, le pouvoir de condamner. Cette particularité se rencontre rarement dans les tableaux représentant le même sujet. Celui-ci a été peint par Hallé.

Cette chapelle est ornée de plusieurs statues de grandeur naturelle. On y voit le mystère de

la Sainte-Trinité, sculpté en bois; Dieu le père présente son Fils crucifié aux fidèles ; sur le haut de la croix est le Saint-Esprit.

Au-dessus de la corniche du lambris en menuiserie , à gauche du spectateur, sont placées les statues suivantes , savoir :

Vers le haut du mur de face, i . Notre- Seigneur portant le globe du monde; 2°. plus bas, à droite, Jésus-Christ tenant sa croix, et à gauche , un vieillard à longue barbe placé à ses pieds.

De l’autre côté, à droite, au-dessus de la corniche , sont placées les statues de Saint Pierre et Saint Paul, que l’on reconnaît à leurs attributs. En dehors de la chapelle , sur les deux piliers de chaque côté, se voient deux autres statues ^ dont l’une, à gauche, représente Saint Pierre, et l’autre, à droite,, Saint Léon , pape.

CHxNPELLE DE LA SAINTE VIERGE.

Après avoir franchi la grille qui ferme le pourtour du choeur , on arrive à la sixième chapelle située au rond-point, et dédiée à la Sainte Vierge. Cette chapelle qui , par sa vaste étendue , sort des proportions ordinaires , offre dans le prolongement qu’elle donne à ce vaisseau une seconde église non moins remarquable par sa belle disposition que par les neuf grandes croisées qui l’éclairent ; l’élégance et la hardiesse de sa voûte, dont les nervures croisées en différens sens présentent plusieurs compartimens qui produisent à l’œil un effet très-gracieux. Ainsi que dans plusieurs autres édifices religieux du moyen-âge , on remarque dans l’arête de la voûte de cette chapelle, une déviation avec l’axe de la grande voûte de la nef et du chœur, qui la fait incliner de 7 à 8 pouces du côté du nord-est , mouvement dont on a cru jusqu’à présent devoir attribuer la cause principale à un préjugé pieux , qui aurait pour but

-de rappeler l’inclinaison que prit la tête de Jésus-Christ au moment de son expiration sur la croix'.

Les religieux de cette Abbaye, voulant laisser à la postérité un monument de leur reconnaissance envers la pieuse libéralité de l’abbé d’Aligre pour leur église , lui avaient fait ériger h l'entrée de cette chapelle une épitaphe gravée sur une table de bronze, qui a disparu pendant nos troubles civils avec ceux auxquels ils en avaient confié la conservation. La copie de cette épitaphe, que l’on voit aujourd’hui écrite sur papier dans un cadre placé sur le mur à droite à l’entrée de la chapelle, est un appel fait aux sentimens honorables qui distinguent M. le marquis d’Aligre , pair de France, héritier de son nom et de ses vertus; tout porte h croire qu’il ne laissera pas tomber dans l’oubli la mémoire d’un homme si recommandable à tant de titres, et dont il offre la vivante image par sa généreuse philanthropie , en tendant une main secourable h la vieillesse infortunée.

Voici l’épitaphe de l’abbé d’Aligre ?

ET ILLU5TRISSIMO ABBATI ,

CAROLO D’ÀLIGRE,

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