XIII. CAL. DEC. ANNO DOM. MDCLXXXVIII
DE SAWT-RIQUIER.
Au fond de cette chapelle on voit un autel en forme de tombeau, revêtu en marbre de Lumachelle gris à coquillages. Sur le centre du gradin de l’autel est placée une statue de la Sainte Vierge, exécutée en ï832.
Tout le pourtour de cette chapelle est décoré d’un corps d’architecture d'ordre ionique , exécuté en menuiserie. Au-dessus de la corniche, h l’aplomb des chapiteaux des pilastres, sont placées douze statues en pierre représentant une suite de saints personnages disposés de la manière suivante, en commençant par le haut près de l'autel : i°. Sainte Anne, mère de la Sainte Vierge ; en continuant à droite : 2°. Sainte Marie - Madeleine portant un vase rempli de parfums qu’elle répandit sur la tête de Notre-Seigneur ; 3°. Sainte Marthe, un bénitier à la main , et foulant sous ses pieds un dragon, connu sous le nom de la Tarasque , dont elle délivra, diton, la Provence; 4°* Sainte Marie l’Egyptienne , portant des pains , symbole des trois pains que cette Sainte emporta dans le désert ou elle mourut près du Jourdain ; 5°. Saint Pierre , prince des Apôtres ; 6°. Sainte Apolline ; en continuant dans l’angle à gauche : 70. Sainte Géneviève, patronne de Paris , avec un mouton ;
8’. Saint Paul ; g°. Sainte Marguerite terrassant un dragon; io°. Sainte Marie ; n° Sainte Catherine; 12°. Sainte Agnès. Les consoles en culsdelampes, sur lesquelles sont posées ces statues, sont décorées de petits bas-reliefs accompagnés d’écussons armoriés et représentant une suite de sujets de la vie de Jésus-Christ et de la Vierge : i°. L’Annonciation ; 2°. la Visitation de la Vierge ; 3°. la Naissance de Jésus- Christ ; 4°. l'Adoration des Bergers ; 5°. celle des Mages ; 6°. la Circoncision ; 70. la Fuite en Egypte ; 8°. le Couronnement de la Sainte Vierge ; g°. Jésus-Christ marchant sur la mer au milieu de la tempête, pour rejoindre ses disciples placés dans une barque. Dans les deux angles de la chapelle sont deux autres culs-de-îampes , dont l’un offre Samson luttant contre un lion , et l’autre une Tentation.
Derrière l’autel est une issue qui communique avec la cour du petit Séminaire.
La treizième chapelle, dédiée a Saint Jean- Baptiste , offre , pour tableau d’autel , le Baptême de Jésus-Christ par le saint précurseur. Ce tableau a été peint par Coypel, en i6go.
DE SAIXT-KIQUIER.
La quatorzième chapelle est dédiée h Saint Marcoul (0. Le tableau de l’autel, peint par Jean Jouvenet. représente Louis XIV touchant les écrouelles et prononçant ces mots : «■ Le Roi te touche , Dieu te guérisse . » L’expression des figures de ce tableau est d’une vérité frappante : la foi et la confiance sont empreintes sur la figure de celui dont le monarque touche le front ; on reconnaît généralement dans ce tableau la touche spirituelle et gracieuse qui distingue ce maître dans les compositions de ce genre (1 2). Il offre le souvenir d’une cérémonie qui avait lieu à Reims lors du sacre de nos rois. Elle a été renouvelée à l’époque du sacre de Charles X , célébré dans cette ville, le 29 Mai 1825.
Au-dessus de la corniche de la boiserie à
(1) Saint Marcoul , qai vivait au commencement du sixième siècle, dans le diocèse de Coutances, est en grande vénération dans le Ponthieu et dans toute la Normandie. Son culte est honoré à Saint- Riquier par un grand concours de fidèles qui y viennent pendant le mois de mai pour implorer son secours.
(2) M. d’Aligre , abbé de Saint- Riquier , qui donnait tous ses soins à la décoration de ce temple, ouvrit, en 1690, entre les plus célèbres peintres de cette époque, un concours dont le prix était une médaille de 200 francs. Jouvenet, ayant remporté le prix , fut chargé de l’exécution de ce tableau. Musée de Peinture et de Sculpture , par MM. Duchesse aîné et Réveiu, tome VIII, 96e livraison bis.
droite , sont deux statues représentant Saint Barthélemi et Sainte Barbe ; à gauche , en face de la même corniche , se voient celles de Saint Riquier et de Saint Marcoul. Aux pieds de ce dernier est un prince à genoux qui lui demande sa bénédiction.
La quinzième chapelle , sous l’invpcation de Saint André , est décorée d’un tableau placé au-dessus de l’autel et représentant le martyre de ce Saint, que Ton étend sur une croix. Ce tableau a été peint en 1771 par Lépicié ; il se ressent du mauvais goût qui régnait encore dans les productions de cet art jeté dans une fausse route par les Natoire , les Vanloo et les Boucher, qui pervertirent l'école française et la plongèrent dans un état de dégradation complète.
Le mur de face de la croisée méridionale, correspondant au péristyle du côté opposé , est décoré d’arcades feintes , conçues dans le même système de dessin et exécutées à la même époque que ce péristyle. Ces arcades n’ont pu être percées à jour, attendu que la salle de l’ancienne Trésorerie est pratiquée derrière le mur de la croisée.
Ce mur est richement décoré de cinq niches dans lesquelles sont placées les statues suivan-
tes : Dans celle qui avoisine l’escalier de la Trésorerie , la Sainte Vierge, dont le placement dans cette niche est postérieur à celui des autres figures ; au-dessous de la Vierge est un écusson aux armes de France ^ soutenu par deux anges tenant un ruban sur lequel était sans doute écrite quelque pensée pieuse ou devise ; plus bas se voit un emblème composé d’un croissant et d’un ange , cachet ordinaire des ouvrages d’art exécutés sous le règne de Henri IL Dans la partie centrale , entre les deux pieds-droits , sont placées les statues de Saint Antoine , de Saint Sébastien et de Saint Loch , avec les signes qui les font ordinairement reconnaître. Saint Sébastien a dans la main une flèche , instrument de son martyre. On sait que Saint Sébastien et Saint Loch étaient souvent invoqués dans les temps de peste et de contagion. Saint Antoine le fut également lors de l’apparition subite d’une maladie épidémique, vulgairement appelée le F eu-sacrè ou le mal de Saint- Antoine ; cette espèce de scorbut causa de fréquentes et nombreuses mortalités dans plusieurs contrées de la France, et notamment dans le Dauphiné ; il y donna lieu en iog5 à une association religieuse et hospitalière, composée de plu-
sieurs gentilshommes qui se vouèrent au soulagement clés pauvres affectés de cette maladie. Le meme fléau reparut en Picardie en 1 545 et fit un grand nombre de victimes (*). Ce fut sans doute pendant cette triste calamité que pour satisfaire la dévotion et la confiance des fidèles envers ces trois saints protecteurs , il leur fut érigé des statues dans cette église. Peut-être même que pour compléter la série des Saints que Ton était dans l’usage d’invoquer en temps de peste, la statue de Saint Louis avait été mise à la place qu’occupe aujourd’hui celle de la Sainte Vierge; l’écusson aux armes de France, sculpté sous cette statue, ainsi que celui qui se voit sous la figure de Saint Sébastien^ semblent indiquer que ces statues sont un monument de la piété et de la munificence royale dû, sans doute , à François Ier ou à Henri II son fils.
(i) Ce fut à cette époque que François 1er, dans la guerre qu’il eut avec les anglais, établit un camp entre Abbeville et Montreuil. Le duc d’Orléans, troisième fils de ce monarque, voulant se moquer de ceux qui redoutaient la peste, et se faisant une gloire insensée de la braver, se logea avec sa suite dans une maison abandonnée, où huit personnes en étaient mortes depuis peu ; il renversa les lits, en arracha la plume et la répandit sur ceux qui l’accompagnaient. En revenant au camp , il se sentit tout-à-coup atteint de la maladie et expira peu de jours après dans les bras de son père , que le péril et les représentations des courtisans n'avaient pu arracher à ce funeste spectacle.
Sur la meme ligne et dans la niche suivante est la représentation en pied de Saint Riquier sous l’habit religieux. Toutes ces statues sont d’une fort belle exécution et ont chacune l’expression qui leur convient. Sous celle de la Vierge est un escalier par lequel on descend dans une sacristie basse , reste de l’ancien cloitre, qui communique avec la cour du Petit-Séminaire.
Sur les tailloirs des chapiteaux des piliers qui entourent le sanctuaire , en dehors sous le bas-côté , sont placées plusieurs ligures de saints personnages disposées de la manière suivante , en commençant en face de la chapelle de Saint-André : i°. Saint Jacques-le- Majeur; 2°. Sainte Catherine ; 3°. Saint Honoré , patron des boulangers . l’écusson placé sous cette ligure présente les ustensiles de cette profession ; 4°* Saint Eloi , évéque de Noyon ; 5°. Sainte Anne montrant à lire à la Vierge sa fille; 6°. Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Cette église est totalement dépourvue de monumens funéraires remarquables ; le seul et unique tombeau ou cénotaphe que l’on y voit est celui de Jean de Bruges , fils de Louis de Bruges, seigneur de la*Gruthuse, ou Gruthuyse, prince de Steenhuuse , cham~
bellan du duc de Bourgogne , chevalier de la "Toison-d’Or , gouverneur et lieutenant-général en Hollande. Jean de Bruges , après avoir été fait prisonnier par Louis XI , passa k son service et devint successivement gouverneur du Louvre j grand-maître des arbalétriers de France, Chambellan de ce prince et lieutenantgénéral de Picardie (0; il mourut en i5i2, à la suite d’une longue maladie. On a prétendu que ce seigneur ayant été condamné k mort pour s’étre rendu suspect envers l’Etat , on lui laissa le choix du supplice * et qu’il se fit ouvrir les veines ; mais cette assertion, dénuée de toute espèce de preuve, se trouve démentie par l’extrait suivant tiré du Compte des Argentiers d’Abbeville, du 17 août i5i2.
« A Bobert Pasquier paintre la somme de » LXXII soulz.... pour le nombre de XXIIII » écuchons armoryés des armoyryes de ceste » ville lesquelz ont esté mis et atachez à
(l) Cette famille, l’une des plus illustres des Pays-Bas, avait sa sépulture dans l’église de Notre-Dame de Bruges , qui lui devait en partie sa fondation. Voyez Recherches sur Louis de Bruges , etc., suivies de la Notice des manuscrits qui lui ont appartenu , et dont la plus grande partie est conservée à la bibliothèque du roi , par M. Van Praet, l’un des conservateurs de cet établissement. Paris., 1831, gr.iin-S° avec pl-, etc. La Biographie univers ., suppl., tome 59, art. Louis et Jean de Bruges.
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» XXIIII torches de cire que ont porté lefc a sergens de la vingtaine d’icelle ville h l’ob- » secque et enterrement sollempnellement fait » en l’Eglise et Abbaye de St.-Riquier, du » corps de deffunct monsgr. de la Gruthuze au » jour de son trespas Lieutenant du roy nostre » sire au pays de Picardie en considération » des bons et singuliers plaisirs que auoit » et a fait en son temps icellui seigneur » au corps et communaulté de ceste avant * dite ville . »
Avant son décès , Jean de Bruges avait fait don de son collier de l’Ordre de Saint-Michel à l’Abbaye de Saint-Riquier. Ce collier resta pendant long-temps suspendu au cou de la statue du saint patron. On célébrait autrefois tous les ans à Saint-Riquier un service pour le repos de son âme ; il a cessé d’avoir lieu depuis la révolution de 178g.
Le tombeau de Jean de Bruges est placé au bas de la troisième travée du sanctuaire sous le bas-côté gauche ; il consiste en un sarcophage de marbre noir de Dinant qui occupe toute la largeur de la travée. Il paraît que ce monument était beaucoup plus considérable et qu’il fut détruit en partie en 1682, époque
à laquelle on décora en marbre le pourtour intérieur du sanctuaire. Les écussons aux armes de ce seigneur ont été grattés dans le cours des évènemens de la révolution de
Son épitaphe est incrustée dans le couronnement de la boiserie formant l’encadrement de la troisième grille de la travée du sanctuaire. Elle est conçue en ces termes :
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