CHAPITRE m
C0ii$tnutÎ0tt U Vif/à» ottneUcy h^u\$ U }iomkm èUcU lu^qu'ou iptatAntUott.
La terreur répandue dans tout le monde chrétien par Topinion que l'expiration de l'an looo devait être le terme fixé pour la fin du monde , suivant un passage mal interprété de l'Apocalypse (i)^ avait fait négliger l'entretien d'un grand nombre d'édifices^ et suspendu les progrès de l'intelligence régénérée. Mais quand les terreurs d'un cataclysme universel furent dissipées y la civilisation reprit sa marche progressive, et les arts leur noble élan. Les esprits étant entièrement rassurés , on vit alors les princes et les prélats signaler leur zèle par de pieuses entreprises. L'ardeur de bâtir devint une passion , et la plupart des anciens temples furent démolis même sans nécessité. Depuis l'an looo on ne vit autre chose en France que s'élever des églises d'une structure imposantCi
(1) Apocalypse de saint Jean» chap. XX. — Sancti AugusUai lib. XX, de Civitate DH, cap. VU et seqaent.
18 DESCRIPTION HIST(»IIQU£
Il semblait alors j suivant Texpression d'un auteur contemporain (i ) , que le monde chrétien se fût rajeuni pour prendre une parure nouvelle (2).
Les archevêques de Rouen ne furent pas les derniers à suivre cette impulsion générale; l'événement suivant leur en fournit vraisemblablement l'occasion : la foudre y étanttombée «n 1 1 10 sur la cathédrale, préparasaruine totale, et fit sentir à ces prélats la nécessité de la faire rebâtir sur un plan beaucoup plus vaste.
Ils commencèrent par faire élever la nef et les collatéraux sur une partie des anciens fondements; plus tard on y ajouta la croisée et les chapelles , puis le chœur , auquel on joignit une chapelle dédiée à la Vierge. Nous regrettons de ne pouvoir indiquer les dates précises de ces diverses constructions y qu'aucun historien ne
V (1) Glab. Radulph., fltsi. «ui t«mp., lib. VU, cap. IV; apad dom
\ Bouquet, tom. X , pag. 89.
\ (2) C'est de cette époque que datent les monuments les plus ancleni
de Tarchitecture du moyen-âge : alors furent fondées ou reconstruites réglise de Sainte-Bénigne de Dyon, en Tan 1001 ; celles de Tours, en 1018; de Chartres et de Gambray, en 1080; et la célèbre abbaye de Gluny, en 1088, Kun des temples les plus curieux de cette grande époque de rhistoire de Tarchitecture dont les arts aient À déplorer la destruction totale.
DE LA CAÏ&ÉDRALE DE ROinSN. t9
nous a transmises (i). Tout ce que l^on.sait de ces temps reculés ; o^ést quer les travanx: exe* eûtes dans cette église au commencement. du treizième siècle , après rincendie général de la ville , qui «ut lieu en 1200, furent dirigés par un architecte nommé Enguerrand, ouihgel** ramne, qui rebâtit aussi l'église de l'abbaye du Bée en 1 2 1 4 C^)- C'est vraisemblablement à c^te dernière époque que l'on doit rapporter l'^j^ec** tion de la seconde pyramide en. charpente , incendiée en i5i4> et dont il ne reste malheur reusement aucun dessin. .
Le 4 avril 1 384 , la foudre tomba «U]^ TégUse cathédrale; mais il ne résulta auimn incendie de cet événement , que le père Pômmeraye rapporte de la- manièi^e suivante (5) : «c. Guilf*
(t) la perte des titres occasionnée par les guerres, la muItUiide de sièges dans lesquels cette viHe a saccomhé i le» diasgements (^pyêh de maîtres, le fea et les pillages* tout a contrlb,ué à lui foire perdre une portion de ses archives. Rouen fut pris par âenri V, roi d'Angleterre, en 1418, et repris en 1U9 par Gha^lefi VTI /ensnité plDé.'par les CMvimstes en 1562. On conq< lés d^ordfe» qu'entraînent, ordinairement après elles les révolutions intestines : celle de 1789 nous en offre un Aineste exemple I - 1 ,
(i) Retuéil MMtMiquéâe la vie et desminrages dèf plus célèbres architectes, parJ. F. FéliWen, liv. IV. pag. 205, Paris. 1687. — Dom Duplessis, DescripL de la Haute-Normandie, tom. II, pag. 278.
{^) ffistoire des 'archevêques de Rouen, ^f^.^^S. ?' *
ÎO DESCRIPTION HISTORIQUS
(f laume de Flavacouri, archevêque , célébrant (Y la messe dans .Nostre^-Dame, le jour de Pas- «r. qaesy et le chantre entonnant Tlntroite, le H tonnerre tomba devant le crucifix qui est au u milieu de l'église , blessa quelques personnes , « et frappa du moins d'es^nnement le reste de K l'assistance : la frayeur de plusieurs fust si u grande y qu'ils en tombèrent à terre et perce dirent l'vsage. de là parole, qu'ils repouuré- » rent après avoir esté releuez et conduits te devant le grand-autel. »
Le bâtiment de l'ancien Chapitre des cha-* noines fut démoli en l'an 1 280 y et sur son emplacement on éleva les bas côtés du chœur , ainsi que les chapelles qui l'environnent. L'année suivante, le Chapitre de cette église, et Philippe d'Âmbleville ou d'Imbleville , doyen , animés l'un et l'autre du désir d'accroître et d'embellir leur cathédrale, cédèrent à l'archevêque Guillaume de Flavacourt deux maisons canoniales contigués au palais archiépiscopal , pour une portion de terrain dépendant de Tarchevêché : i** idepuis la rue Saint-Romain jusqu'à l'église, 2*> depuis les murs de l'archevêché jusqu'au cloître. De ce côté était le portail dit des Boursiers, placé vis-à-vis une
petite ruelle qui communiquait à la rue Saint- Romain (i). Les maisons furent démolies, la ruelle élargie, le portail reconstruit; à droite et à gauche de la rue, les libraires de la ville firent construire des échoppes où ils s'établirent, et depuis cette époque ce portail prit le nom At Portail des Libraires. On Venrichit de divers ornements de sculpture et d'architecture, auxquels on employa une somme assez considérable pendant les quatre années qu'on y travailla. Cependant la partie supérieure de la façade qui surmonte ce portail ne fut totalement achevée qu^en l'an 147^- I^ <^ur ^i ^t devant ce portail fut fermée en 1 481 et \efi2 par un portique de style arabesque , percé de deux portes à deux vantaux ; ce portique est appuyé à droite contre l'ancien bâtiment de la bibliothèque , et à gauche aux anciennes prisons de l'OfBcialité. La partie supérieure de cette porte , qui est évidée à jour, fut considérablement endommagée par un ouragan survenu le 3
(1) L^emplacemeat de cette ruelle avait d*abord servi de cimetière, QÙ tous les ans, le jour de la Commémoration des morts, on allait chanter un répons ; mais le cimetière ayant été profané par un meurtre, OD'cessa alors d'y enterrer. — Pommeraye, HUtQire d^ la Car thédfxde de Rouen» liv. I, chap. VU, pag. 40.
tt DEfiCRIPTIOKf HISTORIQUE
février i658 , el depuis cette époque elle n'a pas encore été réparée (i).
Le portail du midi donne sur là place dite de la Calende ^ et en a retenu le nom ; mes recherches n'ont pu me procurer la date précise de sa construction; mais il parait, à l'inspection de sa structure, qu'il a été hâti vers le même temps que le portail des Libraires.
Les grands combles de la nef sont couverts en plomb , et ceux du chœur et de Ijsi croisée S0nt couverts en feuilles de cuivjre lamdné. En l'an II (i 794)> I^l croisée de l'église fut dépouillée de sa couverture en plomb ; et sans les soins et le zèle de plusieurs citoyens , toute l'église aurait été infailliblement découverte.
C'est à la même époque que l'énorme statue équestre de Saint-Georges en plomb , qui surmontait le rond-point du chœur, fut supprimée, ainsi que les monogrammes, les devises et les^ ornements de même matière qui décoraient le faîtage du toit du chœur , et que l'on devait à la munificence deGeorges d'Amboise, deuxième du nom.
• (1) Pommeraye , Histoire de la Cathédrale de Roum , liv. I , chap. TUI,pag. 39et40.
fîT^i PE LA CATHÉDRALE DE ROUEN. JI3
L'ancienne chapelle de la Vierge ^ située aa dievet de l'église , et construite au commencement du treizième siècle par l'architecte En* guerrand, fut abattue en iSoa. Le Chapitre^ considérant que cette chapelle de la Vierge^ ordinairement l'un des plus beaux orne* ments de nos temples, était d'une trop petite étendue proportionnément à la grandeur du vaisseau actuel , la fit reconstruire sur un plan beaucoup plus vaste. L'archevêque Guillaume de Flavacourty preinier du nom, céda à cet effet au Chapitre le terrain nécessaire dans le pourpris (i) de son palais archiépiscopal , à con^ dition que le même Chapitre ferait rebâtir à ses frais la grande porte de l'Archevêché avec le bâtiment du chartrier , qui était placé au-dessus. La nouvelle porte a été construite sur les dessins de Le Garpentier, architecte du roi, d'après les ordres du cardinal deSaulx-Tavannes, alors archevêque de Rouen. Les belles vitres de la chapelle de la Vierge ne furent exécutées qu'en i485. On doit au cardinal Georges d'Am-
(1) PowrpHs, jardin, enclos ou terrain attenant immédiatement à rhabitation du maître. — Roquefort, Glosêairê de la langue romoiM, tome II, pag. 378» ooL a.
Si DESCRIPTION HISTORIQUE
boise^ deuxième du nom^ la charpente ^ la couverture en plomb , ainsi que les ornements de même matière qui décorent à l'extérieur les combles de cette chapelle. Cet ouvrage fut exécuté de i538 à i54o ^ à la même époque où ce prélat faisait renouveler avec la plus grande magnificence le grand comble du chœur^ qui avait été considérablement endommagé par la chute de la pyramide^ arrivée en i5i4 * c'est pourquoi ce comble était , avant sa nouvelle restauration , plus élevé que celui de la nef, qui a conservé sa forme primitive.
En I SgS , Charles YI , roi de France , donna à la Cathédrale de Rouen la somme de 5oo francs pour la fabrication de l'aigle ou lutrin qui se voyait au milieu du chœur avant 1 789.
La chapelle de la Vierge, située au chevet de réglise , est totalement couverte en plomb. Cette couverture fut faite de i54o à i54i ; on y employa soixante milliers de plomb, dont l'achat coûta la somme de 1,260 livres. Â l'extrémité du comble se voit une statue de la Vierge en plomb , placée sur un piédestal triangulaire orné de guirlandes. Cette statue a été exécutée en i54o par Nicolas Quesnel, imaginier de Rouen , qui reçut pour la façon de cet ouvrage
DE LA GATAÉDRALE BE ROUEN. n
la somme de ao livres (i). Les armes des cardinaux d'Amboise^ que l'on y voyait autrefois, ont été supprimées depuis les événements de 1789; toutes les autres chapelles et les bascôtés sont couverts en ardoises et en tuiles.
En i43o, le Chapitre fit refaire à neuf, et dans une plus grande proportion , les fenêtres du chœur, qui estoîent, dit Farin, estroiles et en petit nombre, et ne donnaient pas assez de jour ; celles de la nef paraissaient aussi avoir été agrandies vers le même temps. On acheva en Tan i53o la balustrade en pierre , découpée à jour , qui surmonte le pourtour du chœur en dehors.
Déjà les voûtes de la nef, menaçant ruine , avaient été réparées en iSoy par les libéralités du cardinal Georges d'Âinboise V\
Il a déjà été question de la tour de Saint- Romain (2), située au côté droit de la façade
(1) Lettré à M* Alavùine, architecte de la nouvelle flèche en fonte de la cathédrale de Rouen y sur la flèche de Robert Beequet, etc., par M. Detille, etc. Rouen, 1831, page 11, à la noie,— Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, par le même auteur. Rouen, 1833, pag. 93 et 94, iD-8, fig.
(9) Cette tour fut probablement élevée sur remplacement d'une autre tour beaucoup plus ancienne, et qui sans doute avait été bâtie par saint Romain, arcbevéque de Rouen, vers l'an 633; depuis» l'usage ou l'habitude lui conserva le nom de ce saint.