‹ Description historique de la cathédrale de RouenChapitre 7 sur 33 · EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE

fkct lotre^lPame. — J^tBct'x^tisnhxfpmb portail— -Cour y^Uant. — 'imt

Au-devant de la façade de la Cathédrale règne une grande place appelée dans les anciens registres le Parvis ou Aître de Notre- Dame ^ du mot latin Atrium. Avant l'année i429> cette place servait de marché auxherbes, à la volaille et autres denrées. Rappelé , en iSSy , au respect dû au voisinagedel'église, on abolit cet usage , et la place fut pavée et entourée d'un mur d'enceinte à hauteur d'appui. En 1641^ on érigea aux deux encoignures de l'enceinte deux croix en pierre , que l'on retrouve sur une ancienne gravure de la façade de la Cathédrale , et les entrées du parvis furent fermées de barrières^ pour en défendre l'accès aux voitures et aux chevaux (i). Par un contraste bizarre,

(1} Sur cette place « vis-à-vis de la Cathédrale et au coin de la rue du Petit-Salut, se voit Télégant édifice de Tancien Bureau des Finances, construit en 1509.

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cette place servit successivement de cimetière ainsi qu'aux réjouissances publiques. Pommeraye nous apprend que de son temps on y allumait des. feux de joie dans les circonstances extraordinaires. On y a établi depuis le marché aux fleurs et aux graines , qui s'y tient le dimanche et le vendredi. Au centre de la place, se voit une fontaine en pierre de forme ronde , surmontée d'une coupole terminée par une boule dorée, qui avant la révolution de 178g portait une croix. Cette fontaine, qui jette de l'eau sur ses quatre faces, est accompagnée d'une vasque circulaire.

L'existence des fontaines au-devant des temples remonte à une haute antiquité; elles étaient originairement destinées aux ablutions des chrétiens avant d'entrer dans l'église , comme le témoignent les historiens ecclésiastiques. Le Brun Desmarettes dit avoir vu de son temps des personnes très-bien vêtues se laver les mains et le visage à cette fontaine avant que d'aller à l'office. Il existe encore plusieurs fontaines au-devant de quelques anciennes églises, quoique cet usage soit tombé depuis longtemps en désuétude; elles ont été remplacées par les bénitiers.

DE LA GATHÉOaALE DE ROUEN. as

La façade principale de la Cathédrale de Rouen offre une masse d'architecture des plus imposantes; et quoique les différentes parties qui la composent soient de plusieurs âges et manquent d'harmonie, il n'en résulte pas moins un majestueux ensemble et une grande ri<chesse de détails. Sa surface présente une largeur de 170 pieds sur sSo pieds dans sa plus grande élévation. C'est l'assemblage d'une multitude d'ornements et de figures, de parties lisses et de richesses qui se font valoir mutuellement (i). La tour de Saint-Romain, placée à la droite de la façade, est, sans contredit, le plus ancien morceau d'architecture de cette église , ainsi que les portes latérales de la façade principale, comme nous l'avons fait remarquer dans l'historique de sa construction : c'est pourquoi cette tour contraste avec l'architecture svelte du grand portail et de la tour située à l'opposite, dont la construction est d'une époque beaucoup plus moderne.

Un premier coup d'œil jeté sur toutes les

%i} La vue du portail, placée en tôte de cet ouvrage , joint au mérite de reiécution celui de Texactitude. Elle a été gravée d'après un dessin pris sur les lieux par M. Hyacinthe Langlois, du Pont-de-l' Arche. Le trait de la nouvelle flèche a été gravé par M. Normand fils.

parties de cet édifice fait apercevoir les divers remaniements qu'il a subis , pendant une longue suite de siècles, par l'effet des incendies qui ont nécessité des restaurations toujours en désaccord avec le caractère du monument , sensiblement altéré dans son ensemble et ses détails.

Le grand portail du milieu est un des morceaux d'architecture les plus riches et les plus délicats qui existent en ce genre; sa disposition est celle d'un porche en saillie, travaillé à jour , et accompagné de quatre gros piliers de forme pyramidale, ornés de statues représentant Jésus-Christ et les dou2Ke Apôtres. Sur le tympan, au-dessus de la porte , est un grand bas-relief représentant l'arbre de Jessé ou la généalogie de la Vierge; au-dessous de ce bas-relief, qui occupe toute l'étendue du cadre ogive, règne une frise d'un bon style. Le linteau de la porte était anciennement soutenu par un pilier décoré de la statue de la Vierge : il a été supprimé en 1788 pour faciliter, dans les jours de processions, le passage du dais; sur les contours des arceaux de la voussure de ce portail, sont sculptées des figures de saints et de bienheureux. Les deux côtéslatéraux étaient or-

aës d'une suite de Statues, qui ont été détruites pendant la Révolution (i)* La plupart des basreliefs et des statues qui restent ont souffert quelques mutilations de la part des calvinistes, en i5f)2. Les deux anciens piliers angulaires du portail sont recouverts d'une multitude d'ornements, et surmontés d'obélisques extrêmement délicats. Le bas de cette façade , aujourd'hui totalement débarrassé des ignobles échoppes qui l'obstruaient et en dérobaient les plus riches détails, a reçu en partie le complément de sa décoration , par l'adjonction de deux piliers en saillie, qui, ajoutés aux deux anciens, complètent d'une manière satisfaisante la pensée de RouUand-Ie-Roux , son architecte. Ces travaux ont été exécutés de 1827 à i836, sous la direction de MM. Alavoine etPinchon. Le grand pignon qui surmonte la voussure du portail se

(1) On devrait, afin d'effacer les marqnes de vandalisme révolutionnaire, suivre partout Texemple de la ville de Strasbourg, qui a fait ce qu'aucune ville de France n'a encore eu le courage ou la bonne volonté d'exécuter : cette ville a fait réparer les dévastations de la Révolution en replaçant les statues abattues, et en restaurant les ba^ reliefs mutilés de sa cathédrale ; on a même donné à ces réparations la teinte vénérable que l'édifice a reçue du temps : ce qui fait croir$ qu'il n*a éprouvé aucune dégradation.

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rattache dans le haut à ces obélisques par une suite d'arcades ogives , derrière lesquelles règne une galerie bordée d'une balustrade en pierre (i). Le cadran de l'horloge est placé au centre du pignon. Au-dessus de cette espèce de porche est la grande rose qui éclaire l'intérieur de l'église. L'arc ogive servant d'encadrement à la rose est décoré de la figure de la Vierge, et surmonté d'une galerie décorée d'arcades et d'obélisques, au-dessus de laquelle s'élève un pignon orné de sculptures et d'entrelacs, servant de couronnement à la partie centrale de la façade , dont la structure admirable présente, depuis sa base jusqu'à l'extrémité, ce que ce genre d'architecture possède de plus riche et de plus élégant. L'intervalle régnant entre cette partie et les deux tours se trouve rempli par quatre tourelles ornées d'arcades et de pignons

(1) C*était k cette galerie que le jour de l'AscensioD , au retour de la procession solennelle qui avait Heu à l'occasion de la délivrance du prisonnier, deux chanoines en aube chantaient autrefois le répons Viri Galilœi, quid admiramini aspicientes in eœlum? C'était encore au milieu de cette même galerie que, pendant les trois jours des Rogations et la fête de l'Ascension» on arborait une ancienne bannière sur laquelle était représentée la délivrance du prisonnier qui avait obtenu sa grâce pour quelque cas ou crime qu'il f&t détenu. Voyages liturgiques en France, etc., par Le Brun Desmarettes. Paris, 1718, page 389.

à jour décorés d'entrelacs et surmontés de plusieurs petites figures. Au-dessous des arcades , à gauche de la tour de Saint-Romain, régnent trois rangs de statues placées dans des niches : le premier rang présente sept évêques et un abbé, que Ton reconnaîtà sa mitre qu'il tient dans ses mains; ces évêques sont vraisemblablement les personnages les plus recbmmandables parmi les prélats bienfaiteurs de cette église. Au-dessus sont placés les douze Apôtres, caractérisés par leurs attributs. Le troisième rang offre une suite de statues représentant plusieurs saints et saintes, dont les noms ne sont pas connus. De l'autre côté , à droite de la tour méridionale , on remarque deux rangs de statues représentant plusieurs rois et reines de FAncien-Testament. Les quatre tourelles dont il a été parlé étaient surmontées d'obélisques à jour; mais, le 25 juin i685 , le tonnerre renversa trois de ces tourelles, dont les débris enfoncèrent la voûte de la première travée de la nef et entraînèrent dans leur chute le positif de l'orgue (i). Il n'y eut que la tourelle située près

(1) Le même orage abattit les balustrades en pierre qui servent de couronnements aux quatre tours qui accompagnent les portails dits des Libraires et de la CcUende, Un arc-boutant près de la tour de Saint*

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de la tour de Saint*Romain qui resta intacte. On trouva alors , dans les débris de ces tourelles^ deux inscriptions écrites sur des plaques de plomb; elles indiquaient Tépoque de la construction du portail , avec plusieurs autres circonstances sur le prix des denrées du temps (i).

La tour méridionale, dite <te Georges d^Jrnr^ boise f est d'une belle structure. Les contre-forts sont décorés de statues , parmi lesquelles on reconnaît celles d'Adam et d'Eve j sur le contre-fort du milieu^ dans l'angle à gauche^ se voit celle de Moïse. Deux galeries à jour foraient des espèces de ceintures horizontales.

Celte partie de la tour est percée de quatre fêlures sur chaque face, décorées d'entrelacs et surmontées de pignons à jour; au-dessus des fenêtres règne une terrasse bordée d'une balustrade. En cet endroit la. tour prend une forme octogone; elle est percée d'une grande

RomaiD fut aussi renversé par cet orage, qui détacha uue multitude de tables de plomb de la couverture de Téglise. Plusieurs vitres peintes furent également brisées par la gréie. Enfin il en coûta plus de 290,000 écus pour réparer les nombreux dégâts causés par la tempête. (1) Yoyex dom Pommeraye , BUtùire de la Cathédrale de Rouen , liv. I, cbap. VI, pag. 34 et suiv.

fenêtre sur chaque pan ^ et surmontée d'une balustrade en pierrey garnie d'él^ntes^p^a^ mides et d'aiguilles, en forme de pouronne ducale. ^

La tour dite de Saint-Romain^ depuis la base jusqu'à la partie supérieure , est d'une oon-f strucjtion très-^ditnple, dont on a déjà indiquié l'époque.

Les deux portes latérales du grand portail dépendent , ainsi quUl a été dit , de l'ancienufe construction; il est aisé de s'en eanyainore pat le peu de rapport que leur arehitectSure pré*' sente avec celle des autres parties de Ib façade,, dont la structure est beaueèup plus, délicate. Ces den% portails sont décorés de bas-reliefs; sur le tympan de la porte située priés de la tour méridionak, se voit la Vierge environnée de plusieurs Anges (i). Le bas-«reliefdu por^

(1) A répoque de la construction des nouveaux contre-forts ^u grand portail , dans la yae de prévenir les suites désaîstreuses id'une grande lézarde qui ex|staiit< depuis longif kpps au-desf «s d/s cette p^rie« Tarcbitecte Alavoine crut devoir la faire murer pour fortifier cette partie. Pour ne point 's'assujettir à ouvrir fréquemment les' portés de la caUiédmle, iois de l'administration des £acr(ttentfi> et de rexeretoe des offices paroissiaux dans la chapelle de Saint^Étienne , on a pratiqué une petite ^^^ eotre la touf 4# BfUnp et le.^and portail, afin d'en faciliter Taccès aux fîdèies.

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tail qui avoisine la tour de Saint-Romain représente Hérode célébrant, à table avec ses convives, l'anniversaire de sa naissance; Salorné, sa nièce, pour égayer le festin, a quitté la table, et fait des tours de souplesse, en dansant sur les mains, les pieds en Tair, à la manière de nos modernes saltimbanques, sans que nous puissions garantir que cette danse fut celle de l'époque. Elle plut tellement à ce prince y par sa légèreté et par ses grâces, qu'il lui accorda la tête de saint Jean-Baptiste^ dont elle voulait tirer vengeance , parce qu'il s'était permis de blâmer Hérode sur son commerce illégitime avec Hérodiade, épouse de son frère Philippe. On voit à droite le bâtiment de la prison : saint Jean passe sa tête par une fenêtre, et la présente au bourreau, qui va la lui trancher. Plus loin on aperçoit cette même Salomé qui remet à sa mère la tête de saint Jean-Baptiste, qu'elle vient de faire décapiter dan^la prison. Autour du piédestal de l'une des eolonnes du côté gauche du portail, est gravée l'inscription suivante , qui explique le sujet du bas^relief de la décollation^ placé au-dessus:

Ici la têle est tranchée.

DE LA CATHÉDRALE DE ROUEN. 4i

Les pieds-droits des chambranles de ces deux portes sont décorés de rinceaux d'ornements qui annoncent quelque réminiscence du bon goût.

Pour voir la partie latérale de l'église du côté du nord^ il faut entrer dans la cour dite diAJhane (i), dont la porte donne sur la rue des Quatre-Vents; c'est de là que Ton jouit de l'aspect du monument. Neuf croisées de front éclairent les chapelles de la nef, et sont sur-*montées d'une suite de pignons dont les extrémités ont pour ornements des figures de moyenne proportion. Les piliers bu tans sont décorés de statues d'évêques et de rois tenant des sceptres ; ces statues , soutenues sur des marmousets grotesques, variés, en encorbellement, sont surmontés de très-jolis dais. Audessus des chapelles règne une galerie bordée d'une balustrade à jour.

Au bas des piliers butans qui séparent les

(1) Cette coar est celle d'un ancien collège dont on voit encore les bâtiments; 11 fut fondé en 1245, par Pierre de Colraieu , archevêque de Rouen et cardinal d'Albe , pour des clercs qui étaient tenus d'assister tous les jours aux divers offices de la cathédrale conjointement avec les chanoines. Farin, fii^r. de la \à\U da Rouen, tome I, 3* partie, page 65.

ia DESCRIPTION HISTORIQUE

chapelles, sont des naissances de vontes ou arrachements en pierre qui indiquent Tintention que Ton avait de continuer en retour d'équerre le cloître des Chanoines de la cathédrale, dont une partie déjà bâtie se voit encore près de l'ancienne salle du Chapitre. Il parait que la continuation de ce cloître fut abandonnée à l'époque où les chanoines dits Frères de Sainte-Marie , qui desservaient cette église y se sécularisèrent et quittèrent la vie commune. L'épitaphe de Guillaume, surnommé Bonne-Ame^ archevêque de Rouen, mort en 1 1 lo , parle avec éloge de ce prélat , qui avait fait rebâtir les cloîtres et la maison où les mêmes chanoines étaient obligés de vivre en commun, selon le but de leur institution (i). Il est aisé de s'apercevoir combien le sol des rues de Rouen a été exhaussé depuis la construction du cloître , dont les colonnes se trouvent engagées de plus de moitié en terre. De ce même côté il existe une petite porte qui conduit dans l'intérieur de l'église.

Pour monter dans les tours , il faut entrer

(1) Foyejs dom Pommeraye , i9r<5fotrt (U la CçaMànO» de Rûuen, )iv. ll,chap. II, page 181.

DE LA fATHÉPBALE D£ fiOUEN. 48

par une porte en ogive située tout à l'entrée dii bas coté à gauche ; une cloche est peinte sur la porté d'entrée ; on monte ensuite un esoaher dont laçage est appuyée contre la tour de Saint- Komain» lequel conduit d'abord dans une chambre pratiquée entre l'église et la tour y et dans laquelle est un autel en pierre où jadis on a vraisemblablement célébré la messe. En continuant de monter l'escàlier de la tour, dans une autre chambre pratiquée au-dessus de cette dernière, est le mécanisme de l'horloge ; il se fait remarquer par la longueur extraordinaire de son balancier. Enfin l'on arrive à la partie supérieure de la tour de Saint-Romain, dtos laquelle est un treuil ou cabestan qui sert à monter de gros &r^ deau^iL ; il existe également dans cette jtour un fort bel escalier en bois en spirale, de style gothique, servant à monter dans le beffroi où sont les clo^^ ches« Cette tour en contenait autrefois huit; la plus grosse seule a été conservée. Elle est appelée Quatf^une ou la Réunie , parce qu'elle fut faite de quatre cloches ; son poids est d'environ i :i,oo5 livres ; elle a 6 pieds 4 pouces 6 lignes de diamètre, 5 pieds 4 pouces de hauteur, et5 pouces lo lignes d'épaisseur. Yoici l'inscription latine qu'on lit autour : 1 • GuiLL. Gi:rd. Destoutevijlle.— a. Ro-

MANOft. — 5. MaBIA MinOR. — ^4- COMPLETORIUM EX

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