HAUTE CIVILISATION DES GRECS D'ASIE
en particulier, si justement fières de leurs richesses, de leur puissance commerciale , et surtout du haut degré de culture intellectuelle où elles étaient parvenues, ne supportaient qu'en frémissant le joug des Barbares ; dans leurs généreux efforts pour recouyrer leur indépendance, elles s'adressèrent aux Athéniens leurs ancêtres, et en obtinrent des secours qui devinrent l'occasion de la guerre médique, lutte mémorable, où les peuples de la Grèce , si petits par leur territoire , si grands par leur courage et leurs actions , réunis pour la première fois dans un commun intérêt depuis la guerre de Troie, déployèrent un héroïsme dont les siècles n'ont pas affaibli le souvenir.
Les époques d'agitations politiques sont fréquemment celles où les œuvres de l'esprit humain prennent leur plus rapide essor. Il semble que les facultés de l'âme , fortement sollicitées par la violence même du mouvement extérieur, acquièrent alors un ressort, une puissance, une énergie inconnus aux temps plus calmes. La seconde moitié du sixième siècle avant notre ère, c'est-à-dire la période qui commence à la conquête des colonies helléniques par Crésus , et qui vient aboutir au commencement de la guerre médique après leur soulèvement contre les Perses, est précisément celle où l'Ionie arrive à son plus haut point de splendeur intellectuelle. C'est à cette époque qu'apparurent ces chefs célèbres des premières écoles philosophiques de l'Hellénie, Anaximandre et Anaximène de Milet, Pythagore de Samos, Xénophane de Kolophôn, Héraclite d'Éphèse, Phérécyde de Scyros, OEnipode de Khios; ce fut alors aussi que l'histoire et la géographie, secouant pour la première fois les entraves de la forme poétique et de la mythologie , osèrent parler le simple langage d'une prose encore inexpérimentée , qu'Hérodote devait bientôt parer de tant de charme et de grâce. Déjà familiarisés par leurs lointaines navigations avec le pourtour entier de la Méditerranée et du Pont-Euxin , les Grecs asiatiques, successivement conquis en quelques années par Crésus, le roi de Lydie, et par le fondateur de la monarchie perse, le grand Cyrus, durent inévitablement acquérir, par suite de leurs nouveaux rapports avec les maîtres de l'Orient, des notions nouvelles sur les contrées orientales , et en particulier sur l'intérieur de l' Asie-Mineure. Ce que nous savons des premiers II. 18
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historiens de cette époque immédiatement antérieure à Hérodote , et du sujet ainsi que de la nature de leurs ouvrages , ne peut laisser de doute à cet égard.
Examiné dans son ensemble, ce qui nous reste de ces premiers historiens de l'Hellénie asiatique fournirait un curieux chapitre à l'histoire générale de la géographie de cette ancienne période; ici nous n'avons à nous occuper que de ce qui regarde directement l' Asie-Mineure.
Le plus ancien des logographes antérieurs à Hérodote est un Éolien. Hellanikosde Lesbos, de Tan 520 à l'an 500 avant notre ère , écrivit un grand nombre d'ouvrages historiques et géographiques; les uns traitaient des antiquités du continent hellénique, les autres de l'ensemble du monde alors connu, d'autres enfin de quelques contrées ou de quelques peuples de l'Asie- Mineure en particulier, tels que l'île de Khios, l'Éolide, l'île de Lesbos, la Lydie, la Troade et l'île de Oypre (0. Parmi les livres d'Hellanikos relatifs aux centrées extérieures, un était consacré aux Scythes , un autre à l'histoire des Perses. Si nous avions de ces divers ouvrages autre chose que de rares débris sans suite et sans liaison , nous nous formerions probablement une beaucoup plus grande idée de l'étendue des connaissances historiques et géographiques acquises dès cette époque par les peuples navigateurs de l'Ionie.
Hécatée de Milet, surnommé l'Ancien, pour le distinguer d'un autre historien du même nom contemporain d'Alexandre, florissait vers l'an 500. Il avait écrit un ouvrage historique intitulé les Généalogies , et un grand ouvrage géographique sous le titre de Périple de la Terre (*>. Ce que les citations d'écrivains moins anciens nous ont transmis de ce dernier ouvrage nous montre eue c'était une description du pourtour extérieur des terres connues, telle que les notes et les journaux des navigateurs en pouvaient fournir les éléments , et que nous ne pouvons mieux comparer qu'aux Portulans sur lesquels nos marins dirigeaient
* Mûller, De Hellanico , en tête de l'édition des Fragmenta Historicorum Grœcorum donnés dans la Bibliothèque grecque de M. Didot , p. xxvi.
• Millier, Prolegom. du Recueil cité des Fragmenta Historicor. Grœcor,, et l'ensemble des fragments réunis, p. 1 à 31 du volume ; particulièrement n> 188 à 253.