HISTORIENS ET GÉOGRAPHES ANTERIEURS A HÉRODOTE
Rutrefois leurs courses côlières, principRlement dans la Méditerranée. Bien qu'aucune partie du Périple d'Hécatée ne soit arrivée jusqu'à nous sous sa forme primitive, les citations de détail en sont assez nombreuses , et elles se suivent dans un ordre assez régulier, pour qu'il nous soit permis de juger que le pourtour entier de l'Asie-Mineure , notamment, y était décrit d'une manière très-circonstanciée. Mais rien ne nous y révèle jusqu'où les connaissances d'Hécatée et de ses contemporains s'étendaient dans l'intérieur même des terres ; ou plutôt, on peut assurer que les indications du Périple ne s'éloignaient nulle part du littoral des continents. Toutefois, il ne faudrait passe hâter d'en conclure quelesGrecs asiatiques n'avaient encore à cette époque aucune notion sur les parties intérieures de la Péninsule, depuis FÉgée jusqu'à l'Euphratc : nous serons bientôtà même d'apprécior dans quelles limites se doit renfermer notre opinion à cet égard.
Contemporains d'Hellanikos et d'Hécatée, d'autres historiens nés dans la Grèce asiatique écrivirent comme eux soit sur les antiquités de la mère patrie, soit sur l'histoire et les mœurs des contrées étrangères, principalement de la Perse, de la Phénicie, de l'Egypte et de la Libye, soit sur diverses parties de l'Asie- Mineure. Kadmos de Milet retraça l'histoire de sa ville natale et celle de toute l'Ionie (O5 Xanthos de Lydie écrivit un peu plus tard l'histoire de sa patrie (2). Nous pourrions encore nommer Kharôn de Lampsaque, Phérécyde de Leros, Damaste deSigée et Denys de Milet, tous antérieurs à Hérodote. Mais un autre nom plus célèbre dans leB fastes géographiques mérite de nous arrêter davantage.
Ce nom est celui de Scylax de Karyande.
Scylax , et l'ouvrage géographique qui nous reste sous son nom , ont beaucoup occupé les plus savants hommes du dernier siècle et du siècle actuel. A-t-il existé dans l'antiquité un seul ou plusieurs auteurs de ce nom? S'il en a existé plusieurs, auquel convient-il d'attribuer le Périple que nous possédons encore? Enfin, à quelle époque précise doit-on reporter la rédaction de ce Périple ? — telles sont les questions agitées par la critique , et sur lesquelles les commentateurs sont loin d'être d'ac**
* Vossius, De Htitor. Grœc. Ub. IV, cl. % Mttlter, ubi tuprd cit. p. m.
276 A8IE-MWEURB. [5e SIÈCLE AV. J.-C.
cord. Celte divergence d'opinions tient au vague des renseignements que l'antiquité nous a transmis. Posons d'abord les faits.
Hérodote (0 rapporte que Darius ayant voulu faire reconnaître les mers qui baignaient les côtes méridionales de son empire, fit partir pour cette découverte des vaisseaux montés par des hommes en état de lui faire des rapports exacts, et que de ce nombre « était Scylax , citoyen de Karyanda. » L'historien ajoute que la flotte, parjie de Kaspatyre, descendit l'Jndus jusqu'à l'Océan et navigua de là vers l'ouest pendant trente mois, jusqu'au golfe Arabique où se termina l'expédition. Tel est le récit d'Hérodote. Il n'ajoute rien de plus au sujet de Scylax, et ne dit pas que celui-ci eût rédigé la relation de son voyage, non plus qu'il ne mentionne de lui aucun autre écrit relatif à la géographie.
On remarquera qu'Hérodote, qui écrivait au milieu du cinquième siècle, était presque contemporain du fait mentionné, puisque l'expédition ordonnée par Darius se place à peu près vers Tan 500. 11 ne faut pas être surpris que le monarque persan eût choisi un Grec pour lui confier celte mission scientifique. Scylax , quoique Grec, était sujet de la Perse, puisque la Carie, dont Karyanda était un port, reconnaissait à cette époque la domination persane, de même que toute la côte ionienne; et les Grecs d'Asie étaient certainement alors les plus habiles marins de l'empire.
On ne trouve plus, depuis Hérodote jusqu'aux temps voisins de notre ère, d'autre mention de Scylax ni de ses écrits.
MaisStrabon , cinq cents ans après l'historien d'Halicarnasse, dit, en nommant la ville insulaire de Karyanda dans sa description de la Carie : « Cette ville est la patrie de l'ancien historien Scylax 00. »
Et le compilateur Suidas , dont le Dictionnaire nous a conservé tant de précieuses notions sur les temps anciens (') , dit sous le mot Scylax : « Scylax , né à Karyanda , ville de Carie,
« Historiar. IV, ûû.
» Ub.XIV, p. 658 A. 1020.
» On croit que Suidas rivait yers la fin du onzième siècle de notre ère.