ASIE-MINEURE DHÉRODOTE. TRAITS PHYSIQUES
d'eau principal de cette grande région , où il marqua dès les plus anciens temps la limite commune des deux classes de populations distinctes qui s'étaient partagé la Péninsule, les Araméens , à l'Est et à l'Ouest les peuples de sang thracique ; de même que plus tard il forma la séparation du royaume de Lydie et de la domination assyrienne. Les mémoires consultés par Hérodote lui avaient donné sur le cours du Halys des notions plus justes dans leur généralité que ne le furent celles des géographes qui vinrent après lui. « Ce fleuve, dit-il, descend des montagnes d'Arménie , et après avoir traversé la Cilicic il coule entre le pays des Matiéniens qu'il laisse à droite et celui des Phrygiens qui s'étend sur la gauche, puis, tournant au nord, il sépare les Syro-Cappadociens des Paphlagons, les premiers à la droite du fleuve , les seconds à sa gauche. Ainsi , ajoute l'historien, le Halys sépare presque entièrement, depuis la mer qui regarde l'île de Cypre jusqu'au Pont-Euxin , la haute Asie de l'Asie inférieure (O. » Le vaste coude que décrit le fleuve dans son cours, tendant d'abord à l'Ouest avant de se relever vers le Nord , est ici bien nettement indiqué ; et il n'est nullement question , on le voit, de cette prétendue branche méridionale qui n'a été effacée de nos cartes que par les explorations de ces dernières années.
Parmi les autres rivières qui vont au nord se jeter dans le Pont-Euxin , Hérodote ne mentionne que le Thermodôn et le PartheniosW; il ne nomme pas le Sangarios, trop célèbre, cependant, pour qu'on puisse supposer qu'il ne l'ait pas connu. 11 cite, parmi les affluents de l'Égée , outre le Skamandros, dont les eaux épuisées ne purent suffire à abreuver l'armée de Xercès (3) , les rivières principales de la côte hellénique , le Caïque , le Hermos, le Caïstreei\e sinueux Méandre. Le Hermos, Ëpjxoç, prend sa source au mont Dindumênès , AivSvjj^vtjç, consacré à la mère des dieux, et vient déboucher près de la ville de Phocée après avoir reçu dans son cours un grand nombre de rivières , dont la plus considérable est le Hyllos , fXXo;, qui traverse des
1 Herod. 1 , 72. Notre auteur dit moins exactement dans un autre endroit
(1, 6) : «Le Halys vient du Midi et va se jeter au nord dans le Pont-Euxin* *
> Lib. II, c. 104.
• Lib. VII, c. M,
[£• siècle AV. J.-€.
plaines vastes et nues. Le Ilermos reçoit aussi le Pactôley naxTwXo*, rivière peu étendue qui descend du mont Tmôlos, d'où elle charrie des paillettes d'or, et traverse la grande place de Sardis avant d'aller se joindre au Hermos. Le Méandre, Matavôpoç, prend naissance près d'un lieu nommé Kélaïnai , et il reçoit non loin de là le Katarrhaklès , qui a sa source au même lieu. Une autre rivière, le Marsués , MapaoT,;, se joint aussi à la partie supérieure du Méandre après avoir arrosé le territoire d'Idrias (0. Ces ditférents fleuves, ainsi que le Skamandre, avaient contribué par leurs alluvions à créer, aux dépens de la mer, le bas pays traversé par la partie inférieure de leur cours (2)„
Hérodote dit que l'Asie-Mineure était habitée par trente peuples différents (*) ; le détail qu'il en donne et où nous allons le suivre confirme en effet cette indication générale.
Dans l'organisation administrative que fit Darius de son immense empire , qui fut alors partagé en vingt gouvernements sous le titre persan de Satrapies, l'Asie-Mineure forma cinq de ces grandes juridictions. Indépendamment de son intérêt géographique, le tableau que nous en a laissé Hérodote est assurément le plus ancien relevé de statistique générale que l'histoire nous ait transmis. Ce tableau , évidemment tiré de sources originales, a tous les caractères d'un document authentique.
Les Ioniens et les Magnètes d'Asie, les £o liens, les Cari en s, les Lyciens, les Myliens et les Pamphyliens, formaieutla première satrapie de l'Asie-Mineure ; tous ces peuples étaient eolleciivcment imposés à quatre cents talents d'argent. Ce gouvernement formait une zone étroite bordant la cô;e de la Péninsule depuis le golfe qui porte aujourd'hui le nom de Satalièh jusqu'aux confins de la Troade ; toute la force et les ressources maritimes de l'Asie-Mineure étaient concentrées dans cette première division. Dans le catalogue des nations qui composaient l'armement de Xerxès, tous les peuples qui viennent d'être énumérés, sauf les Myliens, servent sur la flotte. La somme modique à laquelle ces riches provinces étaient imposées indique assez que l'obli-
» Lib. VII , c. U2 ; 1 , 80 ; V, 101 ; II , 29 ; V, 118 ; VII , 26. » Lib. II, c. 10. Comp. Arrian. De Expédit. Alex. M. V,2. » Lib. IV, c. 38.
ASIE-MINEURE d'hÉRODOTE. SATRAPIES.
galion de fournir aux besoins des armements maritimes en était le complément.
Les My siens, les Lydiens, les Lasoniens , les Cabaliens et les Hyghènéens formaient le second gouvernement et payaient cinq cents talents. Cette division peu étendue ne touchait aux côtes sur aucun point. Son tribut était assez élevé -, mais aussi elle renfermait les territoires métallifères d'où l'opulent Crésus avait tiré ses immenses richesses.
Le troisième gouvernement, composé des Hellespontiens , des Phrygiens , des Thraces d'Asie, des Paphlagons, des Mariandyniens et des Syro-Cappadociens , était imposé à trois cent soixante talents. Cette troisième satrapie s'étendait à l'Est le long de la côte du Pont-Euxin jusqu'au Thermodôn. Il est à remarquer qu'à l'exception des Syriens de Cappadoce, les différents peuples de cette division formaient le gros des populations thraciques de l'Asie-Mineure.
Les Ciliciens , formant à eux seuls la quatrième satrapie , fournissaient trois cent soixante chevaux blancs, un par jour, et cinq cents talents^).
Le cinquième gouvernement comprenait cette portion âpre et sauvage de l'Asie Mineure qui s'étendait entre le bas Thermodôn et la Colchide; les peuples qui l'habitaient, resserrés dans les froides vallées de cette région presque inaccessible, étaient les Moskhes , les Tibarènes , les Makrônes , les Mosunèques et les Mares (*). Ces cinq peuples , principalement adonnés aux travaux des mines , payaient ensemble trois cents talents (*).
Telle était la distribution que l'administration de Darius avait faite des peuples divers de l'Asie-Mineure. Nous allons maintenant réunir et grouper sous un même coup d'œil les notions qu'Hérodote fournit sur chacun d'eux , en suivant dans notre aperçu l'ordre même de cette énumération.
L'Ionie est la première province qu'y nomme Hérodote , et c'est celle aussi sur laquelle H offre le plus de détails Le tableau
• Lifc. III , c. 00. - roy, Jtemell, Geogroph, Sytfrn of fferQtptw, p. m et suiv.
* La leçon Mardes que portent beaucoup d'éditions est évidemment fautive. » Lib.III,c.9â.
qu'il en trace est riche de couleurs autant que fidèle. « Les Ioniens, dit l'historien, ont bâti leurs villes sous le ciel le plus pur et dans le climat le plus heureux. On ne peut comparer à 1 lonie ni les contrées situées au nord ou au midi , ni les pays qui la bornent au levant ou au couchant. Tous sont ou exposés à des froids rigoureux et à des gelées, ou dévorés par la chaleur et la sécheresse. Une douce température règne au contraire dans l'heureuse lonie. >» Hérodote ajoute que bien que les Ioniens parlent tous la même langue , cette langue , par le mode d'inflexion des mots, y présente quatre variétés principales et quatre caractères distincts. La première de ces variétés se rencontrait chez les habitants de Milet, de Muous et de Priênê, trois villes de la côte carienne voisines du bas Méandre. Les villes de la côte lydienne, Ephèse , Kolophôn , Lébédos, Téôs, Klazomènes et Phocéc , en avaient une autre qui leur était commune ; Ery thrées se servait du troisième dialecte , et le quatrième existait dans les îles , chez les habitants de Samos et de Khios.
Les habitants de ces douze villes , fiers du titre d'Ioniens que répudiait alors la mère-patrie , avaient formé une confédération et bâti un lieu d'assemblée commun qu'elles avaient nommé le Paniônion. C'est un temple situé dans le territoire de Afykalê, vis-à-vis de l'île de Samos ; ce temple est tourné vers le nord et dédié à Neptune Héliconien. Par leurs vêtements, non plus que par leurs armes , les Ioniens de l'armée de Xerxès ne dîneraient en rien des Hellènes d'Europe. Ils y avaient fourni cent vaisseaux (0.
Les Éoliens en avaient fourni soixante; leurs vêtements et leurs armes étaient également ceux des Hellènes d'Europe, leurs frères originaires. De même que les Ioniens, les Éoliens avaient eu aussi douze cités confédérées : mais Smvrne leur avait été enlevée par les Kolophôniens d'ionie, et il ne leur était ainsi resté que onze villes. C'étaient Kumê , surnommée Phricônis , Larisse , Neon-Teïkhos , Têmnos , Killa , Notion , Aïghiroèssa, Pitanè, Aïgaïai, Myrina et Grneïrya. Ces onze cités, Smyrne ayant cessé d'en faire partie, formaient l'ancienne Éolie.
1 Lib. I , c. 142 et 143 , 145 à 148 ; VU , 04.