‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 121 sur 189 · ÉPHORE ET SON ASIE-MINEURE · texte numérisé non relu

ÉPHORE ET SON ASIE-MINEURE

Nous voyons par un de ces fragments (0 qu'Éphorc comptait dans la Péninsule seize peuples différents , dont trois Grecs (les Éoliens, les Ioniens et les Doriens), et les autres barbares ou mélangés. Hérodote , un siècle auparavant, en avait compté trente 09 : Éphore réunissait sans doute plusieurs petites peuplades aux peuples principaux dont ils n'étaient que des subdivisions ou des tribus détachées 5 et d'ailleurs, par rénumération que Strabon rapporte , nous voyons que l'historien de Cume n'étendait sa nomenclature que jusqu'au Halys. Il n'y fait entrer, en effet, ni les Cappadociens , ni les populations de la côte pontique, à l'exception, toutefois, des Khalubes, exception dont Strabon s'étonne et que rien ne nous explique W.

Quel que fût, dans son ensemble, le mérite de la géographie d'Éphore, nous ne pouvons souscrire, au moins en ce qui regarde l'Asie-Mineure, à l'importance que lui ont atlribuée quelques savants modernes. Ce qui nous reste de fragments pour cette-portion de sa description de l'Asie ne permet pas, nous le répétons, de se former à cet égard une opinion suffisamment motivée. Il faudrait que nous fussions à même de comparer la description de la Péninsule telle qu'Éphorc l'avait écrite , avec les descriptions et les documents antérieurs, et c'est ce que nous ne pouvons plus faire que pour une très-faible partie. Nous ne doutons pas qu'il n'eût profité des nombreux renseignements, qui , depuis le temps d'Hérodote, avaient dû se répandre parmi les Hellènes asiatiques sur les régions intérieures et orientales de la Péninsule; mais cette présomption ne s'appuie maintenant pour nous sur aucun passage, sur aucune citation directe. Ce qui est certain, c'est qu'à l'égard de la côte, la seule partie de l'Asie-Mineure à laquelle se rapporte le peu de fragments que

portent à l'Asie-Mineure , et dans lesquels on pourrait désirer un ordre mieux suivi, vont du n° 80 au n° 103.

1 Fr. 80; ex Strabon. lib. XIV.

* Voy. ci dessus, p. 29/|.

8 II faut remarquer aussi qu'Éphore, si le texte que l'on nous rapporte de lui n'est pas tronqué , comptait les Khalubes parmi les nations méditerranéennes de la Péninsule, par opposition aux peuples du littoral, tl est permis de douter que la citation soit exacte, ou même complète, puisque Ton n'y volt pas figurer les Lydiens.

Ton nous ait transmis , nous ne trouvons rien au delà de ce que nous savons par les documents plus anciens. Pour les peuples qui habitaient vers la mer entre la Colchide et le Halys, notamment les Mossunèques et les Tibarcnes, Kphore avait évidemment puisé ses renseignements aux notions que Xénophon , et d'autres historiens de la retraite des Dix-Mille, en avaient données (0; pour le surplus du littoral , sur le Pont-Euxin et les autres mers environnantes, le Périple de Scylax et les autres anciens documents ioniens, si détaillés et si précis, avaient très-probablement été ses guides. Si donc, comme on Ta dit, et comme on a tout lieu de le croire, la description de l'Asie- Mineure écrite par Éphore fut la source commune à laquelle puisèrent plus tard les auteurs d'ouvrages analogues, tels que Scymnus de Khios et plusieurs autres, il faut du moins reconnaître que cette source, à laquelle les compilateurs ont pu recourir de préférence, n'avait qu'une autorité de seconde main.

Contemporain d'Éphore , et comme lui formé à l'école d'Isocrate, qui les avait poussés l'un et l'autre dans la carrière historique, Théopompe de Khios y marcha l'égal de son condisciple. Il avait écrit, entre autres ouvrages que le temps u'a pas respectés, une histoire hellénique qui commençait ou finissait celle de Thucydide, et une histoire de Philippe, fils d'Amyntas, en cinquante-huit livres. On rapporte qu'il avait beaucoup voyagé, notamment en diverses parties de l'Asie-Mineure, et que plusieurs des nombreuses notices géographiques répandues dans ses écrits étaient le fruit do ses propres observations. La perte de ses ouvrages, dont nous n'avons que de maigres extraits et quelques fragments disséminés, est une 1 icune des plus regrettables dans l'histoire géographique du monde ancien. Rien de ce qui nous reste de lui n'est de nature à figurer dans celle de l'Asie-Mineure.

C'est à cette époque aussi , c'est-à dire de 350 à 340 avant notre ère, qu'il faudrait placer la détermination de la latitude de Byzance, que, sur quelques passages mal interprétés doStrabon, on avait toujours regardée comme l'ouvrage de Pythéas, si M. Le-

* Voy. fragm. 8t et 82, comparés à la relation de Xénophon, ci-dessus, p. 320; ad<l. fr. 85.

MARCHÉS d'aLEXASDRE EN ASIE-MINEURE. 337

tronne n'avait victorieusement démontré(') que d'après les textes mêmes sur lesquels on s'appuie, cette détermination — fautive, on le sait, de plus de deux degrés en excès — ne saurait être attribuée à l'astronome marseillais, et s'il n'avait fait voir, par des inductions au moins très-probables , qu'elle doit être rapprochée de nous de plus d'un siècle et demi. Cette détermination erronée, qui emportait avec elle un faux gisement de la Propontide et de toute la région nord^estde la Péninsule, a eu, comme nous le verrons par la suite, une longue influence sur la géographie astronomique de ces contrées.

Le temps approchait où l'Europe, autrefois menacée dans son indépendance par les armées du grand roi , allait prendre sur l'Asie une éclatante revanche : le prince à qui les destins réservaient cette mission providentielle était né, et se préparait, par une éducation mâle et forte, aux grandes choses qui bientôt allaient étonner le monde.

Ce qu'Aristagoras avait osé concevoir plus de deux siècles et demi auparavant, ce qu'avait préparé l'habile politique de Philippe de Macédoine , son fils Alexandre allait l'exécuter.

La conquête de l'Asie par Alexandre est le fait le plus prodigieux que présentent les annales de l'ancien monde avant l'avénement de la puissance romaine : nous avons dit ailleurs combien cette expédition gigantesque servit aux progrès généraux de la géographie.

Sans doute elle ne formerait pas , dans l'histoire géographique de l'Asie-Mineure , une ère moins notable que dans celle de la généralité de l'Asie , si les monuments originaux qui en furent le fruit étaient arrivés jusqu'à nous.

Chaque nouveau pas que nous faisons dans nos études est ainsi marqué par une lacune et par un regret 5 nous marchons au milieu des débris d'un édifice immense, où quelques colonnes à demi-brisées qui sortent encore çà et là du sein des ruines nousaident seules à en reconnaître l'ensemble et à en restituer la disposition primitive.

* Letronne, Éclaircissements sur les passages de Strabon relatifs à la latitude de Marseille et de Byzance, selon Pythéas et Hipparque; dans le Journal des Savants, 1818 , p. 691.

On sait qu'Alexandre, formé par son maître Aristote au goût éclairé des sciences d'observation aussi bien que des sciences morales, s'était fait accompagner d'hommes habiles, que dans nos langues modernes nous nommerions des ingénieurs, chargés de reconnaître, de mesurer et de décrire non-seulement les pays que traverserait l'armée , mais encore les provinces et les contrées adjacentes. Ces matériaux précieux, qui embrassèrent toute l'Asie de l'Hellespont au Gange , servirent ensuite de base à un ouvrage qui fut rédigé par ses ordres , et qui présentait le tableau le plus complet, le plus exact et le plus détaillé que l'on eût eu jusqu'alors de la presque totalité du monde connu.

Mais ni ces Mémoires géographiques , ni aucune des relations composées par plusieurs des compagnons et des généraux du conquérant, n'ont résisté à l'action dévorante des siècles ; nous n'en connaissons aujourd'hui que ce que nous en ont conservé les écrivains compilateurs, Diodoro, Strabon, Pline, Arrien, Quinte- Curce, et d'autres moins importants. Quelque précieux que ces débris doivent nous paraître , combien ils sont loin de remplacer ce que seraient aujourd'hui pour nous les originaux détruits!

Pour nous renfermer dans l' Asie-Mineure, on ne saurait douter que les marches d'Alexandre, qui en sillonnèrent dans plusieurs directions toute la partie occidentale ainsi que la plupart des contrées du centre et de la zone du sud , n'aient considérablement avancé la géographie de la Péninsule; nous croyons même qu'à l'exception de quelques provinces du nord , telles que la Paphlagonie et la région pontique, auxquelles il faut peut-être ajouter le plateau cappadocien à l'est du Halys, la topographie de l'Asie-Mineure fut dès lors aussi bien connue qu'elle a pu l'être à aucune époque de l'antiquité, depuis le siècle d'Alexandre jusqu'à la fin du Bas-Empire, et beaucoup mieux qu'elle ne l'a été dans les temps modernes jusqu'aux explorations savantes que notre époque a vu s'accomplir. A partirdu temps d'Alexandre , en effet, on sent , en lisant l'histoire, que l'on marche sur un terrain devenu familier. Désormais, les notions de détail peuvent s'améliorer; mais la connaissance de l'ensemble est fixée , et n'a plus à recevoir d'extension notable.

Présentons maintenant rapidement l'aperçu des marches de

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