MARCHES D'ALEXANDRE EN ASIE-MINEURE
celui qui déferait le nœud : Alexandre le trancha d'un coup de son épée.
Le jour suivant , Alexandre se met en marche pour Ankura (Ancyre), dont les habitants se soumettent sans combat; les Paphlagoniens font également leur soumission, sous la condition que l'armée macédonienne n'entrera pas sur leur territoire. Alexandre les range sous l'autorité du gouverneur de la Phrygie -, et continuant de s'avancer vers la Cappadoce , il soumet une grande partie du pays qui s'étend des deux côtés du Halys. Les historiens sont vides de détails, quant à cette partie des marches de l'armée , où nous eussions pu trouver de précieux renseignements sur une région de la Péninsule qu'aucun document antérieur ne nous a jusqu'à présent fait connaître.
De là il se replie vers le Sud , et atteint les Pyles de Cilicie au point où Cyrus avait franchi le Taurus pour descendre dans la plaine maritime. Alexandre atteignit Tarse, sans avoir eu de combat à soutenir : le général persan qui était chargé de défendre le passage, avait précipitamment repassé les défilés et s'était replié vers les plaines de i'Euphrate, où se trouvait le gros de l'armée persane.
C'est pendant son passage à Tarse qu'Alexandre, attaqué d'une fièvre dangereuse que lui avaient occasionnée les eaux glacée» du Kydnos où il s'était imprudemment baigné étant couvert de sueur, excita l'admiration par sa confiance magnanime dans son médecin Philippe, secrètement accusé de s'être vendu à Darius. Promplement guéri de cette maladie, Alexandre déploie de nouveau son activité accoutumée. Des troupes sont envoyées le long du Taurus pour s'emparer des autres défilés qui conduisent de la Cappadoce aux plaines inférieures; pendant que le prince lui-même se porte de Tarse sur Ankhialon, où l'on voyait le tombeau de Sardanapale avec une inscription célèbre, et d'Ankhialon à Soloi, où il jette une garnison. Maître alors de toute la côte cilicienne, comme il l'était déjà de celles de la Pamphylie et de la Lycie , et ne laissant derrière lui aucune partie de la Péninsule qui ne lui obéisse, il se rapproche de Tarse et se dirige vers la frontière syrienne. 11 traverse la plaine Aléienne, pays bas et en partie noyé qui s'étend du Saros au Pyramos, touche à Magareos , atteint Mallos où il passe le Pyrame, longe,
ASIE-MINELRE.
entre la mer et les montagnes, la côte septentrionale du golfe myriandrinien , passe en vue de Sokhos et d'issos , et arrive à Tentrce des Pyles Syro-Ciliciennes qu'il trouve inoccupées, et qu'il met deux jours à franchir pour aller poser son camp près de Myriandros. Mais là il apprend que l'armée ennemie, après avoir traversé le nord de la Syrie au-dessous de TAmanos, avait commis l'imprudence d'abandonner dévastes plaines où pouvait se déployer son immense cavalerie , pour s'engager dans les vallées étroites qui bordent le fond du golfe : il repasse alors en toute hâte le défile qu'il venait de franchir, et vient camper non loin d'issos à la vue du camp persan.
C'est à l'histoire qu'il appartient de raconter maintenant la bataille mémorable à laquelle la plaine d'issos a laissé son nom, et qui ouvrit à Alexandre les chemins de la Haute-Asie, comme la bataille du Granique lui avait ouvert ceux de l'Asie-Inférieure.
Nous n'avons voulu que tracer les marches de l'armée macédonienne à travers l' Asie-Mineure , et recueillir le peu d'indications géographiques que les historiens qui nous sont parvenus ont empruntées à ceux que nous n'ayons plus; la suite de l'expédition n'appartient pas à notre sujet actuel.
La période des successeurs d'Alexandre n'apporte aucun fait nouveau à l'histoire géographique de la Péninsule, bien que pendant un quart de siècle elle ait été le théâtre principal de leurs sanglantes contentions. Des partages faits et défaits au gré de la force des armes; trois ou quatre royaumes qui s'élèvent, s'étendent, se resserrent ou s'absorbent tour à tour selon la fluctuation des événements, peuvent offrir un certain aliment aux recherches laborieuses de l'historien , mais n'éclairent en rien la marche des connaissances géographiques. Ipsos, où se vida, en l'an 301 , ce long conflit d'ambitions rivales , était une bourgade obscure située vers l'extrémité S.-O. du plateau phrygien, non loin de la ville actuelle d'Afioum-Kara-Hissar. La bataille d'Ipsos partagea la Péninsule en deux divisions principales , dont le Halys fut encore une fois la limite commune : à l'Ouest, entre le fleuve et l'Égée, l'ancien empire de Crésus devient un annexe du royaume de Thrace; à l'Est, entre le Halys et l'Euphrate, la Cappadoce et le reste de la côte pontique sont rattachées à l'empire oriental de Seleucus. La Cilicie forma
l'aSIE-MINECKE SOIS LES SUCCESSEURS D'ALEX. 345
un petit royaume séparé. Ce dernier partage lui-même reçut encore dans plusieurs de ses parties de fréquentes modifications. Diverses provinces, la Bithynie, la Carie, la Mysie, la Cappadoce, le Pont, se reformèrent successivement en principautés indépendantes, dont l'histoire fort imparfaitement connue ne reçoit çà et là quelques clartés inégales que du peu de monuments numismatiques recueillis et commentés par les antiquaires. Un résultat qu'il importe davantage de signaler, parce qu'il touche de près à l'histoire morale des races de cette région de l'Asie, est l'influence de cet ensemble d'événements sur le caractère et les développements ultérieurs de la civilisation de la Péninsule. A partir de cette époque, l'Asie-Mineure se rattacha rapidement au monde hellénique ; elle devint grecque par la langue, par les mœurs, par le sentiment même de la nationalité. Toutefois, il y a là encore une distinction importante qui ne nous paraît pas avoir été suffisamment aperçue, et dont aucun historien n'a tenu compte. Cette fusion des habitants de l'Asie- Mineure dans la nationalité hellénique n'est complète et absolue que pour une portion delà Péninsule, pour la portion occidentale, — sauf encore lc3 populations indomptées des montagnes du sud ; — la partie orientale, la Cilicie d'abord, mais surtout la Cappadoce et le Pont , sont bien loin d'adhérer d'une manière aussi intime à cette communauté morale que la domination macédonienne, quoique scindée en plusieurs dynasties, tendait à introduire dans les pays conquis par Alexandre. Cette différence tient à des causes profondes, faciles à saisir, néanmoins, pour qui n'a pas oublié de quelle façon s'étaient distribués les plus anciens habitants de la Péninsule. Le Halys, nous le savons, fut dès l'origine la limite commune de deux classes de populations absolument distinctes : — à l'Ouest, les populations septentrionales de sang thracique ou pélasgiques, sœurs des premiers ancêtres du peuple hellène ; à l'Est, les populations araméennes, tenant par la langue et l'origine à une des familles les plus nombreuses de l'Asie méridionale. Or, quelque imparfaitement que l'histoiie de la Péninsule, avant la période macédonienne, nous soit connue, nous voyons cette différence radicale de ses populations primitives se traduire par un antagonisme constant entre les deux groupes dominants dont elles se composent, et le
Halys , limite des deux races , rester aussi , à toutes les époques, la plus grande et la plus immuable des limites politiques de l'intérieur. En se rapprochant des peuples gréco-macédoniens , en adoptant leur langue , leurs mœurs et leurs usages, en un mot, en ne faisant désormais, vainqueurs et vaincus, qu'un corps et une nation , avec les seules différences de provinces et de dialectes qui distinguaient également entre elles les divisions plus anciennes de la famille hellénique, telles que les tribus Ionienne, Éolienne et Dorienne, les populations thraciques de l'Asie- Mineure occidentale, My siens, Bithyniens, Phrygiens, Lyciens, Paphlagoniens , etc. , obéissaient donc , probablement à leur insu, à cette force mystérieuse d'affinité qui tend incessamment à rapprocher les membres séparés d'une même famille originaire $ de même que les Cappadociens, les Ciliciens et les tribus de la côte pon tique opposaient à cette fusion la barrière si difficilement franchissable d'une nationalité radicalement différente. C'est là un nouvel exemple de cette grande loi de l'affinité ou de l'antagonisme des races, qui se produit d'une manière si constante et si énergique à la fois dans l'histoire de toutes les contrées du globe. Lorsque, un siècle plus tard, les Romains, devenus à leur tour maîtres de l'Asie-Mineure, auront à soutenir contre Mithridate quarante ans d'une lutte acharnée, cet antagonisme profond entre les races de l'Orient et les races de l'Occident n'aura fait que revêtir une forme nouvelle et emprunter de nouveaux instruments.
Un événement marque dans les temps qui touchent à l'établissement de la domination macédonienne sur l'Asie-Mineure : c'est l'établissement dans la Péninsule d'une nouvelle colonie de peuples blonds sous le nom de Galates.
Cette colonie armée que les pays voisins du haut Danube jettent ainsi, 278 ans avant notre ère, sur les côtes asiatiques du Bosphore et de la Propontide , nous peut donner une juste idée des colonies semblables que le Nord versa dans cette région de l'Asie aux époques anté-historiques.
Une grande obscurité plane sur les questions qui se rapportent à l'origine et à la classification des anciennes populations répandues, au nord des Alpes, des deux côtés du Haut-Danube. Cependant, au milieu de cette obscurité et des doutes qui en
résultent, un fait dominant semble se détacher avec une certitude suffisante pour fixer notre esprit à cet égard : c'est que dans la distribution primitive des peuples à cheveux blonds sortis de l'Asie-Moyenne pour se répandre sur l'Europe à des époques inconnues, la bande de pays comprise entre le Haut- Danube et les Alpes orientales, c'est-à-dire les contrées qui furent désignées plus tard sous les noms de Pannonie, de Norique, de Rhétie et de Vindélicie , resta principalement occupée par des tribus de souche celtique , et que les Celtes continuèrent d'être la population dominante de ces contrées danubiennes, quoique de nombreuses infiltrations teutones s'y soient indubitablement mêlées. Un second fait, dont les indices sont plus vagues, bien que nombreux encore, c'est qu'un peuple du nom de Boïens fut long- temps prédominant parmi ces tribus de ce qu'on peut nommer la Celtique orientale. Ces Boïens ou Boïes, qui furent répandus au nord et au sud du Danube, ont laissé leur nom à deux grands pays où l'antiquité les a connus, à la Bohême et à la Bavière. Le premier de ces deux noms , en allemand moderne Bôhmen (prononcé Beumèn), vient du teuton Boïo-Heim, terre ou demeure des Boïens (0 ; le second , écrit dans les chroniques latines du moyen-âge Boiaria, et aujourd'hui dans l'orthographe allemande Baiern,a précisément la même signification. La trace du nom des Boïens , indice probable de l'antique extension vers le sud de quelques-unes de leurs tribus , peut se suivre en outre jusqu'aux extrémités méridionales de la Péninsule hellénique , à travers l'Illyrie , et par les confins de la Thrace (*). Si la grande migration boïenne qui vint se fixer en Italie, 394 ans
1 Dans les écrivains latins Boiohemumy ou par contraction Boiemum. Ptoléroéc écrit le nom de la nation Balmoi , Botîjxoi.
* Polybe ( V, 19 ) connaît un canton des Boïens, Bouôv x^P*! dans le Pélopooèse , à l'extrémité méridionale de la Laconie ; et la Doride thessalienne , d'où les Dorions du Péloponèse étaient originaires , avait aussi une ville du nom de Boion (Thucyd. 1 , 107. Cp. Slrab. IX, p. Û27 B ; Plin. IV , 13 ). On trouve aussi des Boïens, pwïaiot, cités comme un des peuples de l'CEtoIie ; et il ne nous paraît nullement improbable que le nom même de la Béotle (poiwrîa, Terre des Boïens) ait la même origine. Cette extension primordiale des tribus du Nord dans toute PHellade n'aura pas lieu de nous étonner, si nous nous rappelons le grand nombre de faits analogues qui concourent à mettre hors de doute l'antique diffusion vers le Midi des nations blondes de l'Europe centrale {Voy> ci- dessus, p. 230).
ÀS1E-MINEIKE.
[3e SIÈCLE AV. J.-C.
avant Jésus-Christ (0 , à travers le col des Alpes Pennines (le Grand-Saint- Bernard ) sortait de la Gaule comme paraissent l'avoir cru Polybc et Tite-Live, il s'ensuivrait qu'une fraction de la nation boienne se serait aussi avancée anciennement à l'ouest du Rhin ; mais l'origine gauloise de ces Boïens est loin detre un fait certain , et il est tout aussi possible que la Gaule, ou peut-être même seulement l'Helvétie, ait été non le point de départ, mais le lieu de passage de ces anciens Boïens. Quoi qu'il en soit, nous savons que l'immigration boienne de la haute Italie fut très-considérable , puisqu'elle ne comprenait pas moins de cent douze tribus ('). Leur établissement y dura deux siècles. Accablés sous les armes romaines après la seconde guerre punique, dans le cours de laquelle les Gaulois avaient pris parti pour Annibal, les Boïens, écrasés et à demi détruits, se virent contraints de repasser les Alpes. Les débris de leur confédération, naguère si puissante, vinrent chercher un asile au voisinage de leurs frères de la Pannonie, vers le confluent de la Save et du Danube W.
On peut croire que ces terres étaient alors en partie inoccupées. A l'époque où eut lieu cet événement, 191 ans avant notre ère, il y avait près d'un siècle que les Galates étaient venus s'abattre sur T Asie-Mineure; et tout indique que c'était précisément de ces pays gaulois du haut Danube que le gros de l'émigration était parti.
Nous n'avons pas à en raconter les incidents ; cette lâche a d'ailleurs été admirablement remplie par l'éloquent et savant historien qui a su donner la vie aux débris mutilés des annales de nos ancêtres (*). Il nous suffit de rappeler que les Gaulois, partagés en trois corps principaux sous la conduite de Kérétris,
1 C'est M. Walckenaer , Géographie ancienne des Gaules y 1. 1, p. 81, qui fixe cette date à l'aide d'un synchronisme ; M. Am. Thierry, Hist. des Gaul.y 1. 1, p. ûl , recule l'immigration boienne en Italie de cent cinquante ans au moins, faute d'avoir suffisamment distingué les invasions des Gaulois au midi des Alpes , telles que les mentionne le texte un peu obscur de Tlte-LWe (lib. V,c. 35).
* Caton , dans Pline, lib. III , c. 20.
» Strabon , lib. V, p. 203 A. Cet événement eut lieu l'an 101 avant notr* ère. Am. Thierry, Hist. des Gaul. , t. I, p. 300, éd. 1845.
* Am. Thierry, Hist. des Gaul. , 1. 1 , ch. 4 et 5.
Brenn et Belg (0, s'étaient d'abord tournés au Midi contre la Macédoine et l'Hellade. Après avoir traversé la Macédoine et la Thessalie , portant partout devunt eux la terreur et la dévastation, ils arrivèrent aux environs de Delphes , attirés |iar l'espoir du riche butin que leur promettait le pillage de ce temple célèbre du dieu des Doriens. L'Hellénie semblait toucher à sa destruction , lorsqu'un tremblement de terre et un affreux ouragan étant venus porter le désordre parmi les Gaulois consternés, les Hellènes, qui ont cru reconnaître un signe de la protection du dieu, se précipitent avec un nouveau courage sur l'armée des barbares, en massacrent un grand nombre et mettent le reste en fuite. Cet événement eut lieu en 279.
Quoique immensément affaiblis par ces défaites, et plus encore par le froid , la faim et les misères de toute sorte qu'ils essuyèrent au milieu des frimas de cette région alpine, les Gaulois formaient encore une troupe nombreuse 5 quelques-uns d'entre eux reprirent le chemin du Danube , d'où ils poussèrent dit-on jusqu'au cœur même de la Gaule , à l'ouest du Rhône ; les autres se dirigèrent vers la Thrace. Ils étaient arrivés jusqu'aux portes de Byzance, lorsqu'un prince de Bithynie, Nicomède, qui , disputait la couronne à son frère Zipoïtès, les appela comme auxiliaires sur la côte asiatique du Bosphore, en leur promettant des terres dans ces provinces d'Asie qui eurent toujours pour les tribus du Nord un si puissant attrait. Telle fut l'occasion du passage des Gaulois en Asie-Mineure. Un auteur ancien nous a conservé les termes du traité que Nicomède contracta avec eux W. Ils avaient, dit l'historien,
1 II faut noter ce nom , qui semble indiquer la présence d'un corps de Belges dans cette expédition. 11 est en effet plus que probable que des relations intimes auront existé entre les Celtes du haut Danube et les Belges, ceux-ci ayant demeuré a l'est du Rhin jusqu'à une époque assez rapprochée de notre ère. M. Ain. Thierry, qui regarde les Bolcs et les Belges comme deux divisions de la Branche kymrique, ne croit pas que ces derniers aient franchi le Rhin avant les premières années du troisième siècle de notre ère , c'est-à-dire a l'époque même où d'autres hordes gauloises se portaient vers l* Asie-Mineure ( Hist. des Gaul. , 1. 1, ch. 4). Les auteurs compilés par Pline connaissaient des Bel y i tes vers la Save et le Danube ( Plin., III , 28 ).
» Mcmnonfs Historiar. , c. 20; dans Photius, Cod. CCXXIV, p. 719. Comp, Tit.-Liv. XXXVW , 16.
dix -sept chefs, dont les plus renommés étaient Léonor et Loutar (0.
Peu soucieux de stipulations toujours dictées ou acceptées par l'intérêt du moment , les Gaulois ne tardèrent pas à se répandre dans l'intérieur du pays. Les terres qui avoisinent le Halys ou qui s'étendent plus au sud jusqu'au Taurus , furent exposées à leurs incursions. Ces barbares étaient devenus la terreur et le fléau de la Péninsule. Les peuples environnants ne respirèrent que lorsque leurs redoutables hôtes se furent enfin fixés au -dessus de la Bithynie et de la Paphlagonie , dans une portion du territoire phrygien qui fut dès lors désignée sous le nom de Galatie W. Ils ne renoncèrent cependant entièrement à leurs habitudes déprédatrices, que lorsque les armes romaines leur opposèrent un frein qu'ils furent contraints de respecter (3).
D'après les notions recueillies par les géographes de la période gréco-romaine (♦), on voit que les Galates ou Gaulois de F Asie-Mineure formaient trois divisions principales, lesTrokmes, les Tolistoboges ou Tolistoboïes , et les Tectosages. Strabon ajoute que les deux premiers devaient leur nom aux chefs qui les avaient commandés , tandis que les troisièmes avaient gardé celui qu'ils portaient parmi les Celtes; tous, du reste, parlaient la même langue et ne différaient sous aucun rapport i5>. On connaît en effet dans la Gaule un peuple nommé les Yolkes Tectosages v«) $ et les Boïens se retrouvent dans les Tolisto-Boîes
1 Ces deux noms sont teutons. Dans le dernier il est aisé de reconnaître celui de Chlot-herr, si fréquent chez ies Franks Sikambres nos ancêtres, sous la forme de Clotaire que lui ont donnée les chroniqueurs. Chlot-h&rr , ou plutôt Hlod-herr, signifie Chef éminent.
* Dans la bouche des Hellènes, c'est le même mot que Keltie, pays des Keltes.
» Tit.-Liv. XXXVIII, 37.
* Plin. V, 42; Strab. XII, p. 566 D; Conf. Tit.-Liv. XXXVIII, 16. M. Amédée Thierry a consacré un chapitre de son bel ouvrage à l'histoire de la Gallo-Grèce. Hist. des Gau/., 1. 1 , ch. 10.
5 Strabo, loc. cit.
6 Ce nom parait être de l'allemand pur : Volk teuto-sagend , « Peuple parlant teuton.» On a voulu expliquer ce nom de Tectosage par le latin TectosagiSy couverts de la saie (sagum)\ mais plusieurs raisons rendent cette étymologie absolument inadmissible. Il nous suffit d'en noter une seule: c'est qu'à l'époque où l'histoire connaît des Volkes Tectosages en Asie, les Romains
ou Tolistoboges , où le nom du peuple est accouplé à celui du chef, selon la remarque expresse de Strabon.
Les Galates , au rapport de Strabon , parlaient tous la même langue \ or, nous avons un témoignage direct, et du plus grand poids, qui prouve que cette langue était le teuton, ou du moins un dialecte très-rapproché. Saint Jérôme , le plus savant dos pères de l'Église dans la connaissance des langues, selon l'expression de saint Augustin, et qui avait séjourné chez les Trévires , dans le nord de la Gaule , avant de voyager chez les Galates et en d'autres parties de l'Asie-Mineure , saint Jérôme dit positivement que l'idiome des Galates était presque identique à celui des Trévires (0 ; et nous savons que les Trévires, c'est-à-dire le peuple du pays de Trêves, se glorifiaient d'avoir les Germains pour ancêtres W 11 est presque surabondant de faire remarquer que plusieurs des localités connues du pays galate portaient dans leur nom le cachet d'une origine teutone. Ainsi , un canton particulier, voisin des Tectosages , était appelé Teutobodia , — d'où Teutobodiaques pour le nom des habitants C3): Teuto-Boden,en allemand, est littéralement le territoire des Teutons. 11 faut croire que par suite d'un long contact, et sans doute aussi de mélanges avec les peuples Germains, la langue des tribus celtes du haut Danube s'était fortement imprégnée de teuton , et que peut-être même , par des causes qui nous sont inconnues, le teuton était devenu l'idiome de certaines tribus celtes. Plus tard, les Galates, comme presque tous les autres peuples de l'Asie-Mineure , adoptèrent l'usage de la langue hellénique , ce qui leur fit donner le nom de Gallo-
n'avaient eu avec eux aucun rapport, et n'avaient pu conséquerament leur appliquer une qualification qui serait devenue un nom national. Pesterait à expliquer comment une dénomination teutone était devenue l'appellation ethnique d'une tribu celte ; mais l'exposé de nos idées à cet égard nous entraînerait beaucoup trop loin , et n'importe en rien , d'ailleurs, à notre objet actuel. Qu'il nous suffise de faire remarquer que les Tectosages parlaient en effet , sinon le teuton pur, au moins un dialecte très-rapproché du teuton, comme ou va le voir tout à l'heure.
1 Hieronym. ProU lib. // Comment. Epist. ad GalaU 3, t. I, p. 255 , édit. Paris. 1706.
* TaciL Germania , c. 28.
1 Plin. V, A2.
AME-MlNF.lRE
Grecs; mais ils n'oublièrent pas pour cela l'idiome tudesque qu'ils avaient apporté des bords du Danube. Saint Jérôme, que nous venons de citer, distingue bien cet idiome national, lingua propria, de leur langue d'adoption. Il y avait alors six siècles et demi environ qu'ils étaient fixés dans leur nouvelle patrie.
L'établissement des Galates en Asie-Mineure est la dernière de ces grandes immigrations des tribus blondes du nord de l'Europe, qui ont formé le fonds principal de la population des provinces à l'ouest du Halys; près de quatorze siècles vont s'écouler maintenant avant qu'un nouvel et dernier élément, les bordes turques des princes de Seldjouk , vienne modifier d'une manière notable l'état physique et moral des habitants de la Péninsule.
Un grand événement, qui déjà se prépare pour elle, la conquête romaine, fut une révolution toute politique qui n'affecta en rien l'état des populations.
C'est au milieu du troisième siècle, vers l'an 250 avant notre ère, qu' Apollonius, le poète Alexandrin, écrivit sur l'ancien modèle du poème orphique sa helle épopée des Argonautes. Moins scrupuleux que ne l'avait été Homère, Apollonius transporte au siècle de Jason beaucoup de notions géographiques que le sien lui fournit. Il n'y a d'ailleurs , dans les détails que le poète nous donne sur la géographie littorale du nord de Y Asie-Mineure , aucune notion que nous n'ayons déjà trouvée dans les documents antérieurs.
Rome régnait sur l'Occident. La bataille de Zama et l'abaissement de Carlhage , à la fin de la deuxième guerre punique (20J) , venaient de détruire la seule rivale qui pût contenir ses progrès vers la domination universelle. L'Italie était maintenant une province romaine; la Sicile était soumise, l'Afrique enchaînée : les populations belliqueuses de l'Hispanie -et de la Gaule pouvaient occuper ses légions, mais non inquiéter sa puissance. Son regard va se tourner vers un nouvel et plus vaste champ de conquêtes. L'Oriertt et ses richesses sont une proie qui coûtera moins à Rome que ne lui a coûté la réduction de la seule Italie. L'éclat de ce monde oriental, et les prodiges de son antique civilisation, et les immenses ressources d'une nature inépuisable masquaient mal la faiblesse réelle du colosse. Cette