EXPÉDITION DE CN. MANLIUS CONTRE LES RALATES
la plupart des anciennes villes libres de l'Ionie; la Lycie, à l'exception de Telmissos, et la portion de la Carie qui regarde l'île de Rhodes, furent abandonnées aux Rhodiens (0. Ceux-ci ayant donné, un peu plus tard, des sujets de plainte au Sénat romain , les concessions qui leur avaient été faites leur furent retirées, et un décret affranchit de toute sujétion étrangère les Cariens et les Lyciens 00.
Pendant que les commissaires romains réglaient avec ceux d'Antiochus et des autres parties intéressées les conditions de la paix, le consul Cn. Manlius conduisait son armée victorieuse au cœur même de la Péninsule contre les Calâtes, qui avaient envoyé un corps de troupes auxiliaires à l'armée d'Antiochus. Les marches de Cn. Manlius, dont Tite-Live nous a conservé le détail d'après la narration circonstanciée dePolybe(3;, sont au nombre des plus intéressants documents de l'ancienne géographie de TAsie-Mineure ; c'est le troisième itinéraire, avec ceux de TAnabasis et d'Alexandre — car on ne peut mettre sur la même ligne ce qu'Hérodote nous rapporte de la route royale de Sardes à Suseà l'époque de la domination persane, — c'est, disonsnous, le troisième itinéraire ancien dans l'ordre des temps, dont puisse s'aider aujourd'hui l'étude comparée de la géographie de la Péninsule aux différents âges.
Parti d'Éphèse (189 av. J.-C), le consul vient passer le Méandre au-dessous de Tralles, et camper à Hiéra-Komê; il y a là un temple d'Apollon dont les prêtres rendent des oracles. De là en deux jours de marche, en remontant la gauche du Méandre, on gagne les bords du HarpasosW, d'où l'armée arriva à Antiokheïa du Méandre 00. Ce fleuve, nous l'avons vu,
1 Polyb. , Hb. XXII, fragm. 7 et 27 ; Tit.-Liv. XXXVII, 55 et 56 ; XXXVIII, 39. 1 Tit.-Liv., lib. XLIV, c. 15.
8 Tit.-Liv. XXXVIII , 12 à 27. Il ne nous reste plus que quelques fragments de cette partie du grand ouvrage de Polybe (lib. XXII , fr. 16 à 22, éd. Did. ).
* Ce nom subsiste encore dans celui d'Arpa-Sou , que porte un faible affluent de la gauche du Mendéré , l'ancien Méandre.
8 C'était une des nombreuses villes qu'Antiochus le Grand avait fondées dans la vaste étendue de son empire , et auxquelles 11 avait donné son nom. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines de peu d'intérêt, sur la gauche ou au sud du Mendéré. Will. Hamilton les a visitées en 1835 {Researches in Asia-Minor, t. II, p. 529).
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prend sa source à Kelaïnai {Ceîœnœ, dans la transcription latine), ancienne ville royale de la Phrygie; mais ses habitants l'avaient quittée à une époque plus récente , pour fonder près de là une nouvelle ville qu'ils nommèrent Apameïa, en l'honneur d'une princesse, sœur du roi Selcucus (0. L'armée s'avança de là jusqu'à Gordiutichos W , d'où, en trois jours de marche, elle arriva à Tabœ , ville située sur les frontières de la Pisidie, du côté qui regarde la mer de Pamphylie (3). Cette contrée, avant d'être affaiblie par la guerre, avait eu, ajoute l'historien, des habitants belliqueux.
Trois jours après on s'avança jusqu'au fleuve Chaiïs , d'où l'on alla prendre d'assaut la ville d'JSriza; de là on arriva au fort Thabusion, qui commande le fleuve nommé Indus, et l'on continua d'avancer vers Cibyra <A\ Moagète, tyran de ce canton,
i Apameïa , non loin de l'ancienne Kelaïnai , est aujourd'hui représenté* par la petile ville de Dlnnïr (VV. Hamilton, Mes. 1 , 499).
* En grec Tof ô£ou tsïxoç , Blur de Gordios.
» Tabae est sans nul doute la ville actuelle de Daouas ou Dabas, située dans la région montagneuse qui couvre au N.-O. l'ancienne Lycie (Corancez, Itinir. d'une partie peu connue de l'M.-Min. , 1816, p. 432). L'armée romaine, au sortir d'Apamée, avait donc pris sa direction vers le Sud, pour pénétrer au cœur de ces vallées , dont les habitants ne s'étaient jamais pliés qu'avec peine à une domination étrangère. La direction N. — S. , ou , plus exactement, N.-O. 8.-E. de cette partie de l'Itinéraire du consul romain, est d'ailleurs pleinement confirmée par l'ensemble du récit. On comprend difficilement comment M. Leake (Journal of a Tour in u*tsia~Minor, édlt. in-8, 1824, p. 153) a pu identifier cette Tabaî avec le site actuel de Dombaï, qui est contigu vers l'E. à Dlnaïr, l'ancienne Apamée. Les distances, non moins que la direction, sont absolument contraires à ce rapprochement. — Gordiutichos, situé clans l'Intervalle d'Apamée à Tabae, semble avoir laissé la trace de son nom dans celui de Gheïrâ, lieu que l'on a identifié , sur l'autorité des Inscriptions, avec l'Aphrodisias, ou Ville de Vénus, des siècles postérieurs. Il se peut qu'Aphro* dislas se soit élevée près de l'ancien Gordiutichos et se soit agrandie de ses débris, en même temps que la tradition locale aura conservé le nom primitif , contracté maintenant en celui de Gheïra. M. Charles Fellows , dans son second voyage en Lyclc , a examiné les belles ruines d'Aphrodisias et y a recueilli de nombreuses inscriptions, toutes de l époque romaine {Discoveries in Lycie, 1841, chap. 2)
* Villes et cantons des parties montagneuses du Nord de la Lycie, dans l'E. de Tabœ. Nos connaissances positives sur la topographie de ces parties intérieures sont encore tellement imparfaites , qu'on ne saurait hasarder aucune idenUlication précise de ces anciens noms au local actuel,