‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 128 sur 189 · MARCHES DE CN. MANLIUS · texte numérisé non relu

MARCHES DE CN. MANLIUS

L'armée s'étant remise en route , on arriva le premier jour sur les bords du fleuve Alander, et le lendemain au bourg appelé Tyscon. De là le consul marcha sur Plitendus, d'où on alla camper sur les terres des Myattes 0)... L'armée prit ensuite sa route à travers le pays que l'on nomme Axylon (2) : cette contrée doit son nom au manque absolu de bois , même d'épines et de toute autre matière combustible ; la fiente de bœuf en tient lieu aux habitants. Pendant que les Romains étaient campés près d'un fort de la Gallo-Grèce nommé Cuballum , il y eut une alerte qui avertit le consul de se tenir désormais sur ses gardes , et de ne plus avancer sans avoir fait éclairer la marche. On était en pays ennemi.

Arrivé sans s'arrêter sur les bords du Sangarios , et ne le trouvant point guéable , Cn. Manlius résolut d'y jeter un pont. Ce fleuve prend sa source dans le mont Âdorem, traverse la Phrygie, et reçoit le Thymbrios à son entrée dans la Bithynie (*); grossi par cette jonction, qui double le volume de ses eaux , il parcourt la Bithynie et va se jeter dans la Propontide (4) : moins remarquable par sa largeur que par la quantité de poisson qu'il fournit aux riverains.

Le pont achevé, on passa le fleuve ; et pendant qu'on en suivait la rive, les Galli, prêtres de la Grande Déesse, vinrent de Pessinuntewi devantdes Romains, revêtus de leurs habits sacerdotaux et déclamant d'un ton d'oracle des vers prophétiques, où la déesse leur promettait une route facile , une victoire assurée , et l'empire du pays. Le consul répondit qu'il en acceptait l'augure, et campa dans le même endroit. On arriva le lendemain à Gordium, ville peu considérable, mais très-commerçante, quoique enfoncée dans les terres (*). Située à distance à peu près égale de trois mers, c'est-à-dire des côtes de l'Hellespont , de Sinope et de la Gilicie, elle avoisine en outre plusieurs nations considérables dont elle est devenue le comptoir etl'entiepôt

1 Ces localités obscures étaient au sud du Sangarios, dans l'E. de la ville actuelle de KutaTèti.

* AÇuXov,. déboisé.

3 C'est la rivière de Pursek , qui passe à Kutalèh.

♦ Non dans ta ProponUde , mais dans le Pont-Euxin*

» Voyez ci-dessus , p. 3o2.

Le consul apprit là qu'une grande parlie des Galates avaient abandonné leurs habitations de la plaine avec leurs femmes , leurs enfants, leurs troupeaux et tout ce qu'ils pouvaient transporter avec eux, et qu'ils gagnaient le mont Olympe^) pour y trouver une défense dans la force des armes et dans la situation des lieux. Un siècle d'établissement dans les plaines de la Phrygie n'avait pas fait encore oublier à ces peuples leurs anciennes habitudes errantes. Les Tolisboïes en corps s'étaient réfugiés dans le mont Olympe, où les Trocmes devaient venir les rejoindre ; les Tectosages avaient gagné d'autres montagnes nommées Magaba (*). Le consul marcha d'abord contre les Tolistoboïes, les attaqua dans la montagne, les délogea de tous les points, les culbuta dans les ravins et dans les précipices, en fit un grand carnage et s'empara d'un plus grand nombre encore de prisonniers. Le nombre de ceux-ci allait, dit-on, à quarante mille , y compris les femmes, les enfants et les vieillards.

Restait une seconde guerre avec les Tectosages. Le consul se retourna contre eux et arriva le troisième jour à Ancyre, ville la plus importante du pays W ; l'ennemi n'en était éloigné que de dix milles. Complètement défaits dans une bataille rangée, les Galates se retirèrent en toute hâte derrière le fleuve Halys , d'où ils envoyèrent demander la paix au général romain. Manlius ordonna à leurs députés de se rendre à Éphèse. Pour lui, comme on était arrivé au milieu de l'automne, il se hâta de quitter des contrées où l'hiver faisait déjà vivement sentir ses atteintes, et ramena son armée victorieuse hiverner le long des côtes.

Tel est le détail que l'histoire nous a conservé des marches de Cn. Manlius dans sa campagne contre les Galates; nous n'en avons retranché qu'un très-petit nombre de faits accessoires absolument étrangers à l'application géographique de ce morceau précieux. Un voyageur instruit qui suivrait aujourd'hui le même itinéraire enrichirait sûrement la science d'un grand nombre de découvertes ; car il est à remarquer que dans une

i Non l'Olympe myslen , mais une montagne du même nom sur la frontière du pays galate et de la Bithynie.

* Voisines à l'est de l'Olympe bilhynlen.

3 Angoura a conservé à la fois le nom et l'importance de l'ancienne Ancyre, ou plus exactement Ankura , Â-ptopot.

i.LKKHES DIS ROMAINS EN ASIE-MINEURE.

portion considérable de son étendue , cet itinéraire traverse les parties les moins explorées de la Péninsule , et jusqu'à présent les plus imparfaitement reconnues.

Les richesses immenses que rapporta dans Rome l'armée qui venait de vaincre Antiochus et de dompter les Calâtes, portèrent les premières atteintes à l'antique frugalité des mœurs républicaines. « Ce fut l'armée de Manlius, dit l'historien, qui la première introduisit à Rome le luxe de l'Orient; ce fut lui et ses officiers qui apportèrent dans la capitale les lits décorés de bronze, les tapis précieux, les fins tissus (0, et ce qu'on regardait alors comme l'annonce de la magnificence , des guéridons et des buffets. Ce fut alors que les chanteuses, les joueuses de harpe, les jeux des baladins, vinrent ajouter au luxe des tables, et que les festins coûlèrent plus de recherches et plus de frais. Alors le cuisinier, autrefois l'esclave le plus vil , devint le plus nécessaire et le plus estimé; ce qui n'était d'abord qu'un métier fut considéré comme un art. Mais toutes ces innovations n'étaient encore que le germe du luxe , dont les rapides développements devaient être un jour si funestes 00 ». Pareil à. ces voluptueuses esclaves dont il peuple ses propres harems, l'Orient a toujours asservi par la mollesse et le plaisir ceux que la force lui avait donnes pour maîtres.

Jusque-là Rome ne s'était montrée que l'arbitre de l'Asie -, elle en devait être bientôt la dominatrice souveraine. Ces vastes contrées de l'Orient où régnaient les plus puissants des héritiers d'Alexandre, les Ptolémées et les Séleucides; ces riches pays de l'Asie-Mineure , qui avaient formé et formaient encore autant de royaumes détachés de ce magnifique héritage, étaient destinés à prendre rang tour à tour parmi les provinces du nouvel Empire. Ce fut l'Asie-Mineure qui passa la première sous le joug. Le royaume de Pergame, ou, comme disaient les Romain , le royaume d'Asie, dont l'importance et l'étendue furent tant augmentées par l'habile politique du Sénat après la défaite d' Antiochus à Magnésie, avait eu deux rois depuis la mort d'Eumène; le second, Attale 111, se voyant mourir sans héritiers

» Sur ce sujet, voyez un passage de Sénèque le philosophe, epist. 90 ad Lucillum, et de Benef., VII, 9.

» Tlt.-Llv. , llb. XXXIX, c. 6.

362 ASIE-MINEURE. [ 1er SIECLE AV. J.-C.

directs, légua ses États à la République (Tan 133 av. J.-C). Toute l'Asie en deçà du Halys, à l'exception de la Galatie et de la Bilhynic, fut dès lors au nombre des provinces romaines.

Mais Rome allait rencontrer dans Mithridate l'ennemi le plus redoutable qu'elle ait eu à combattre depuis Annibal. Souverain obscur d'un pays barbare, Mithridate, le roi du Pont, osa aspirer à la domination de l'Ouest de l'Asie ; et par son habileté militaire, par son incroyable activité, par les ressources inattendues qu'il puisait incessamment dans son génie audacieux et plus encore dans sa haine contre le nom romain , il tint en échec pendant trente ans la fortune de Rome, et fit un moment trembler pour elle-même sa superbe ennemie. Tout le nord et l'est de l'Asie-Mineure furent le théâtre de cette guerre mémorable (0. Pendant vingt ans et plus les armées romaines sillonnèrent la Mysie, la Phrygie , la Bithynie, la Paphlagonie, la Cappadocc, le Pont et l'Arménie.

Ces diverses contrées de la Péninsule, que n'avaient pas touchées les marches d'Alexandre et dont la géographie était restée jusque-là fort imparfaite, furent dès lors pour le moins aussi bien connues que les provinces de l'Ouest et du Sud. A la fin du premier siècle avant notre ère, l'Asie-Mineure tout entière est donc entrée dans le domaine de la géographie positive.

Toutes les contrées dont elle se compose sont alors réduites à la condition de provinces de l'empire , et gouvernées par des magistrats consulaires.

La plus ancienne, nous l'avons vu, fut le territoire sur lequel avaient régné les rois de Pergame 5 l'incorporation définitive eut lieu en l'an 129.

En l'an 75, Nicomède III, dernier roi de Bithynie, légua, à l'exemple d'Attale , ses États au peuple Romain.

En l'an 65, après la déroute définitive du vieux Mithridate, qui a du moins échappé par une mort volontaire à la honte d'accompagner captif le char triomphal du grand Pompée , le Pont, réuni à la Bithynie, est réduit en province avec la Paphlagonie et une partie de la Cilicie. Relevé par Marc-Antoine au rang de royaume (en l'an 39) , il eut encore trois princes dans l'espace

» Memnon, dans Photius, Cod. CCXXIV, c 32 et su W.; Appian. De BeUù Mithridat.

l'asie-mneuj&e province romaine.

de plus d'un siècle, et fut enfin définitivement incorporé à l'empire sous le règne de Néron , 65 ans après J.-C.

En l'an 60 avant notre ère , Publius Servilius achève de réduire les Isauriens , race montagnarde du Taurus pamphilien , et les oblige de reconnaître l'autorité romain

Trois ans plus tard , en Tan 57, l'île de Cypre, jusque-là partagée entre un grand nombre de petits dynastes, est annexée à l'Empire.

Vers Tan 25 avant notre ère , la Galatie eut le même sort.

En l'an 17 de J.-C, Tibère y réunit aussi laCappadoce. Archelaûs termine obscurément une longue suite de princes qui remontaient à l'époque du démembrement de l'empire d'Assyrie, et dont la dynastie n'avait pas été sans éclat. Les historiens latins, ceux du moins qui sont arrivés jusqu'à nous, s'occupent peu de ces dernières limites de l'Univers romain ; leur attention, principalement concentrée sur Rome où se réglait le sort du monde, ne se porte qu'incidemment sur ces points extrêmes de l'empire. L'histoire des temps antérieurs distingue parmi les ancêtres d'Archelaûs , Ariarathès, sixième de nom, qui régna dans la seconde moitié du deuxième siècle, de 166 à 131. Ce prince introduisit dans ses États les sciences de la Grèce, et protégea ceux qui les cultivaient. « 11 arriva de là, dit Diodore, que la Cappadoce , jusque-là peu connue des Grecs , devint sous le règne d'Ariarathès une retraite favorable aux savants (*). » Le petit royaume de Commagène suivit le sort de la Cappadoce C3).

En l'an 43 de J.-C. , la Lycie fut également rangée parmi les provinces, et annexée au gouvernement dePamphylie. La Lycie se gouvernait par ses propres lois depuis la liberté que lui avait rendue le Sénat après les événements de la guerre d'Antiochus.

Si le long séjour et les marches fréquentes des armées romaines dans les diverses contrées de la Péninsule contribuaient à perfectionner chez les Romains la connaissance de sa topographie, les rapports intimes que les nécessités d'administra-

1 Eutrop.lib. VI, c. 3.

* Diod. Sic, lib. XXXI, p. 26, t. X, édiu Bipont.

3 La Commagène , rendue un instaut à ses princes particuliers , ne fut cependant incorporée définitivement à l'empire qu'en l'an 72, sous Vespasien. II eu fut de môme d'une portion de la Cilicit.

ASIE-MINEURE. [1er SIECLE AV. J-C.

tion établissent entre toutes les parties d'un môme empire avaient pour résultat nécessaire de familiariser Rome avec les mœurs et les coutumes de ces peuples étrangers, en môme temps que ceux-ci, au moins dans les classes supérieures, tendaient à se modeler jusqu'à un certain point sur les usages de la métropole. Nous possédons encore aujourd'hui les notes écrites , de l'an 52 à l'an 50 avant notre ère, par un des gouverneurs envoyés de Rome pour administrer les provinces : ce gouverneur n'est rien moins que Cicéron. Dans ses lettres à Atticus, Cicéron raconte quelques-uns des incidents de son voyage à travers l'Asie-Mineure et de son gouvernement de Cilicie CO ; et il ai me à plaisanter de ses exploits guerriers contre les montagnards encore insoumis du mont Amanus (2). Nous-mêmes avons quelque peine à prendre au sérieux Cicéron général d'armée ; néanmoins , les notes familières du grand orateur, quoique beaucoup plus concises sur certains objets qu'on ne les voudrait aujourd'hui, ne laissent pas de renfermer quelques traits utiles. C'est ainsi que le récit de cette campagne du mont Amanus, dont nul historien n'a fait mention , nous révèle l'existence d'un peuple barbare dont le nom de Tiburani, qu'on ne trouve non plus cité chez aucun géographe , rappelle évidemment celui des Tibareni de la côte Pontique , et nous prouve que ces tribus montagnardes s'étaient répandues, du Nord au Sud, à l'Ouest de l'Eupbrate, à travers toute la largeur du plateau Cappadocien, de même que leurs ancôtres s'étaient avancés de l'Est à l'Ouest , depuis les vallées centrales de l'Isthme caucasien , et probablement depuis des contrées plus orientales encore l3), jusqu'aux bords méridionaux du pont Euxin.

Cicéron fait ailleurs le plus magnifique éloge de la richesse et de la fertilité des parties occidentales delà Péninsule, formant ce qu'on nommait communément la province d'Asie. « Les

1 Epistolœ ad Alticum^ lib. V et VI.

2 Id. , lib. V, cpist. 20. Cf. Epistolœ familiares , lib. II, epist. 10 ad Cœlium, et lib. III, epist. 7 et 8 ad Appium Pulchr.

5 Comp. le Taberistûn ou pays des Tabérls des géographes orientaux; c'est la contrée montagneuse qui borde au sud.Ia mer Caspienne. Ce nom se retrouve jusque dans les anciens monuments de la cosmogonie zende. Nous reviendrons sur ces homonymies, et nous tâcherons d'en démêler la portée historique, lorsque nous nous occuperons des pays Caucasiens.

l'aSIE-MI.NÊLRE DANS LES POETES DU SIECLE D AUGUSTE. 365

tributs que nous retirons des autres provinces nous suffisent à peine pour les défendre, disait-il dans une doses harangues (O: L'Asie seule est si riche et si fertile, que soit par la fécondité des terres, soit par la variété des productions , soit par l'étendue des pâturages et par la multitude des produits qu'elle exporte , elle surpasse infiniment toutes les autres provinces. » Un peu plus loin, il ajoute que les salines y étaient d'un grand produit; mais probablement il entend parler ici de l'exploitation des dépôts salifères des provinces centrales (*). La richesse naturelle de ces contrées de l'Asie-Mineure devînt un texte fécond pour les poètes du siècle d'Auguste ; Virgile aime à citer les abondantes moissons des plaines Mysiennes (*) , et les fougueuses cavales du mont Gargare (*) , et les vins généreux du Tmolus parfumé (*) , et les champs fertiles qu'arrose le Pactole au sable d'or (fi). Le pays à l'Est du Halys était loin d'égaler, sous ces divers rapports, les provinces occidentales. Virgile ne cite les provinces qui bordent l'Euxin , que pour le fer des rudes ChalybesC7), et les buis ondoyants du mont Cytore (»), et le castoréum à l'odeur pénétrante, et les herbes aux sucs vénéneux des montagnes du Pont, riches en pins W. Cicéron, dans un endroit de ses ouvrages, appelle la Cappadoce un désert (,0); de même qu'un poëte contemporain d'Horace et de Virgile la qualifie de contrée sauvage,

» Pro Lege Maniliâ, 6.

* Slrabon nous les fera plus particulièrement connaître. Voy. ci après.

» Géorg. I , v. 102-103. Slrabon nous apprend que les anciens rois de Perse tiraient d'Assos , ville de l'OEolidc au pied du Gargara, le froment desliné à leur table. Géograph. lib. XV, p. 733.

* /d. III , v. 269. C'est au pied du Gargare qu'étaient les domaines de Laomédon, «riche en cavales ». Horace (Carmin., lib. II, od. 9, v. 7) donne au Gargare lépithètede querceta, ombragé de chênes ; c'est en effet un des traits caractéristiques de la haute région de rida.

» Georg. I, v. 56 ; II , 98 , et passim.

« JEneid. X, v. 141; VII, v. 721. Cf. Georg. I, v. 383 ; et Plin. XIV, 9. i Georg. I , v. 58.

8 Georg. II, v. 437. Comp. Plin. HisL natur., lib. XVI , c. 28, édil. Panck , et Strab., lib. XII, p. 545 A , édit. Casaub. 1620.

» Bucol. IX, v. 96; Horat. Carmin., lib. I, Od. 14, v. 11. Comp. Plin., 1 Ib. VIII , c. 47 , et Strab. III , p. 163.

w De Lege Agrariâ , 21.

366 ASIE-MINECRE. [ 1er SIÈCLE àV. J.-C.

regnum ferox Cappadocum (0. Nous voyons que les Phrygiens d'alors , comme ceux du siècle d'Homère, étaient principalement adonnés à l'élève des bestiaux, et que selon les saisons ils passaient de la plaine aux montagnes ou revenaient des montagnes à la plaine ; il en était de même des Ciliciens (*). Rien n'est changé aujourd'hui encore à cet égard. Les Mysiens et les Cariens menaient sûrement une vie à peu près semblable ; car l'orateur romain les assimile aux Phrygiens pour la rudesse des mœurs , et l'absence de politesse (3). En général , les Romains avaient peu d'estime, il faut le dire , pour le caractère des peuples de cette partie de leur empire, ne voyant guère dans les uns que des pâtres grossiers , et dans les autres que des hommes avilis par la corruption des mœurs (*).

Deux historiens latins, contemporains de Cicéron, et conséquemment antérieurs d'un petit nombre d'années à l'époque brillante du siècle d'Auguste où florissaient Horace et le poète de Mantoue , s'étaient occupés de quelques parties au moins de la géographie de l'Asie-Mineure , comme on le voit par les fragments qui ont survécu à la perte de leurs principaux ouvrages : ces deux auteurs sont Cornélius Nepos, dont il ne nous reste qu'un recueil de biographies , et Salluste , l'historien de Catilina et de la guerre de Numidie. Tous les deux avaient donné une attention particulière à l'étude géographique des parties de la terre alors connues. Cornélius Nepos est cité par Pline , parmi les autorités sur lesquelles il s'appuie pour déterminer les dimensions du Pont-Euxin (5); et nous savons que Salluste avait écrit une description spéciale de cette mer et des contrées qu'elle baigne , description qui peut-être faisait partie de sa grande histoire universelle que le temps nous a ravie. Salluste comparait avec beaucoup de justesse la courbure que décrit la côte de l'Asie-Mineure sur le Ponl- Euxin à la forme d'un arc scythe <6) : comparaison qu'on re-

1 Manilius, Astronomicôn , IV, v. 757.

1 Cicéron, De Divinatione , I, 42.

3 Id. Orator, 8.

* t'oyez particulièrement Cicéron , Pro Flacco , 27. » Histor. natur. , lib. IV, c. 24 , édit. Panck. « Servlusad jEneid. III, v. 533.

Page 1