‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 129 sur 189 · ASIE-MINEURE ROMAINE · texte numérisé non relu

ASIE-MINEURE ROMAINE

trouve dans Manilius,et que d'autres encore ont employée (0.

C'est aussi dans le même temps , s'il est permis d'ajouter foi à l'autorité de l'ancien géographe jEticus, qu'il faut placer une reconnaissance générale des provinces de l'empire Romain , ordonnée par Jules César en l'an 46 ou 45 avant notre ère, reconnaissance exécutée sous la direction de quatre ingénieurs habiles, dont jEticus nous a conservé les noms. Zénodoxe, l'un d'eux , aurait eu l'Orient pour sa part, et il n'aurait pas employé à ce grand travail moins de vingt et un ans cinq mois dix jours — le compte est précis. L'Asie-Mineure , de même que les autres parties de l'Asie romaine, aurait donc été mesurée et géométriquement décrite dès l'année 24 avant notre ère , époque à laquelle sa place précisément la description générale du monde Romain rédigée par Agrippa, le gendre d'Auguste, ouvrage qui n'aurait été, à ce qu'il semble, qu'une rédaction méthodique des matériaux réunis par les ingénieurs de Jules César. Les fréquentes citations de Pline l'Ancien ne laissent aucun doute sur l'existence des Mémoires géographiques d'Agrippa et de sa grande carte du monde connu -, mais le silence absolu du naturaliste latin sur l'opération pourtant si remarquable de Zénodoxe et de ses trois collègues a paru fort extraordinaire à quelques critiques , de la part d'un écrivain habituellement si exact et si minutieux dans le recensement des sources de son grand ouvrage , et a fait concevoir des doutes sur la réalité de cette opération. Ces doutes, nous devons le dire, ne sont pas partagés par deux de nos plus savants investigateurs contemporains des antiquités géographiques de l'Occident. M. Walckenaer, dans la belle Introduction dont il a fait précéder son analyse géographique des anciens itinéraires de la Gaule (2), et M. d'Avezac, dans des études encore inédites sur iEticus, regardent comme bien réelle la reconnaissance géodésique du monde romain ordonnée par Jules César et terminée sous Auguste.

Mentionnons en finissant deux ouvrages que nous ne pouvons passer sous silence , bien qu'ils n'apportent aucun fait nouveau à l'histoire géographique de l'Asie-Mineure : nous voulons par-

* Manilius Aslronomicôn, IV, v. 752. Dionys. Perieg. , y. 157. Vid. Strabo, lib. II, p. 125 A.

' Géograph. anc. des Gaules, t. III , Introd. p. xxix.

368 ÀSlE-JUNBlJRfc. [1" SIÈCLE AV. J.-C.

1er du Périple de Scymnus de Khios , et de celui de Denys l'Africain, plus communément désigne sous le nom de Denys le Périégète. Le premier est antérieur de 80 ans au moins à l'Ère chrétienne ; le second est du commencement du premier siècle de cette ère (0. Tous deux sont écrits en vers grecs, et n'offrent qu'une double contre-épreuve , sauf la forme poétique, des périples plus anciens d'Hécatée, de Scylax et d'Éphore. Scymnus paraît avoir pris pour guide principal l'ouvrage d'Éphore, et ne donne , comme celui-ci , que la description du littoral des terres 5 Denys, plus orné dans sa poésie , et remontant souvent à des sources plus anciennes, se borne aussi presque exclusivement à suivre le pourtour d ; la Péninsule , quoique dans l'ensemble de son poëme il décrive les contrées et les peuples de l'intérieur des continents (*). Ni le Périple de Scymnus W, ni la Përiéghèsede Denys, ne sont d'ailleurs des traités de géographie savante : leur unique destination était de présenter dans un abrégé destiné à l'étude élémentaire, les résultats sommaires des connaissances géographiques de l'époque; et leurs auteurs ne les avaient écrits en vers que pour les graver plus aisément dans la mémoire.

Mais nous arrivons à l'époque où la description de l'ancienne Asie-Mineure va prendre pour la première fois, sous la plume élégante et la touche rapide d'un Pomponius Mêla et d'un Pline, mais surtout sous la main savante du géographe Strabon , la forme et les proportions d'un monument achevé dans son ensemble et complet dans ses détails : arrêtons-nous un moment devant l'édifice richement ordonné dont une longue suite de siècles a préparé les matériaux.

1 Dans l'opinion de quelques savants , le poëme de Denys serait d'une époque beaucoup moins ancienne ; cette difficulté , dont nous nous occuperons ailleurs, n'importe en rien a notre objet actuel.

* Ce que Denys dit de l'Asie Mineure est renfermé dans les vers 119 à 169, et 762 à 870. Il faut ajouter les vers 533 , 536 et 635.

8 La majeure partie de l'ouvrage de Scymnus a péri ; ce qui nous en resie ne donne, pour l'Asic-Mineurc , que la description de la côte septentrionale, du Phase au Bosphore. La meilleure édition que nous en ayons est celle de M. Letronne (Fragments des poèmes géographiques de Scymnus de Chio et du faux Dicêarque restitués , etc. Paris, 1840 , ln-8).

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