‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 133 sur 189 · ASIE-MINEURE DE STRABON. NOTIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

ASIE-MINEURE DE STRABON. NOTIONS GÉNÉRALES

Mineure ; mais il n'en est plus ainsi dès que nous descendons de ces généralités auxquelles la science moderne a seule donné des bases certaines, et que sur les pas du géographe nous parcourons les différentes contrées de cette grande région , étudiant avec lui la topographie de ses provinces , arrêtant nos regards sur la majesté des sites qui s'y déploient et sur le spectacle de ses curiosités naturelles, recueillant enfin les traditions des villes et des lieux célèbres, et remontant à travers la nuit du temps jusqu'aux origines des peuples. Ici notre auteur se montre en général observateur instruit et voyageur exact. Il est cependant encore un point sur lequel il ne faut pas s'attendre à trouver dans Slrabon ce que l'on exigerait aujourd'hui de la description détaillée d'une grande région naturelle : nous voulons parler des vues d'ensemble sur la configuration physique du pays. Une appréciation de ce genre ne peut être que le résultat d'une longue série d'observations exactes soigneusement comparées et coordonnées; or, l'art des observations physiques était moins avancé encore , s'il est possible , que l'art alors si imparfait des observations astronomiques. Plus d'un fait noté par notre auteur, et les remarques qu'il y ajoute, révèlent cependant en lui sous ce rapport une portée d'esprit et une direction d'idées rares chez les anciens. C'est ainsi que dans la nature âpre et froide des plaines cappadociennes , il a très-bien vu l'indice de leur élévation considérable au-dessus des vallées de la lisière maritime. Sur ce point particulier, le petit nombre de voyageurs modernes qui ont parcouru celte contrée , ont peu ajouté à ce que le géographe d'Amasée nous en apprend. 11 fait observer avec une grande justesse que même dans les régions méridionales , les montagnes et en général toutes les parties élevées, fussent-elles des plaines, sont froides. « Dans la Cappadoce, ajoute-t-il , la partie voisine du Pont-Euxin est bien plus septentrionale que celle qui se trouve près du Taurus; toutefois, la Bagadaonie, vaste plaine située entre le Taurus et l'Argée, quoique de 3000 stades plus méridionale que la côte du Pont-Euxin (|), porte à

1 Nous ne nous arrêterons pas à signaler la contradiction qui se trouve entre cette Indication de distance, exacte en effet si on a égard aux sinuosités des chemina, et celle qui attribue le même chiffre de 3,000 stades à l'intervalle en

ASIE-MINELKE. [1" SItCLE Al». J.-C.

peine quelques arbres Iruiliers, tandis que le territoire d'Amisos , de Sinope et de la Phanarée abonde en oliviers (0. » Les hautes plaines Ivcaoniennes , à l'ouest de la Bagadaonic el au sud du grand lac salé que les anciens nommaient Tatta, sont d'une nature analogue. Ce sont des lieux froids et nus, qui nourrissent seulement des ânes sauvages et des moutons à laine rude. L'eau y est fort rare ; et dans les endroits mêmes où l'on peut en trouver, il faut la tirer de puits extrêmement profonds f'2\

Strabon mentionne isolément, dans le cours de sa description des provinces, les chaînes de montagnes principales qui se ramifient dans l'étendue delà Péninsule : mais nulle part il n'essaye de lier entre eux ces grands traits du relief de l'Asie-Mineure. Le plus étendu et le plus célèbre , le Taurus , est le seul sur lequel il cherche à réunir quelques vues d'ensemble (3). Cette grande chaîne , el le nom de Taurus qui la distingue, partent de la Cari< -, mais là elle est encore peu élevée et n'a rien de remarquable. C'est en Lycie, à l'endroit où se projette le front sourcilleux du cap Sacré (Upi ax'pa) , vis-à-vis des iles Khélidonies , que l'on s'accorde généralement à en marquer le véritable point de départ, parce que c'est là seulement qu'elle commence à se montrer avec un aspect imposant. Sous le nom particulier de mont Solyma, elle longe ainsi la côte de Phaselis; de là, prenant sa direction à l'orient, elle domine d'abord la Pampbylie , où ses parties les plus hautes sont coupées de vallées fertiles, abondantes en oliviers, en excellents vignobles, en riches pâturages, et que couronnent des forêts de toute espèce d'arbres (*>. Le Taurus couvre ensuite la Cilicie , « où il renferme de petites vallées (5). »

lier d'une mer à l'autre , précisément sous ce méridien , qui esl celui de rentrée du golfe d'Issos.

' Slrab. , llb. II , p. 73 C, - t. I , p. 102 de la trad. fr.

* ld. , lib. XII , p. 568 B ; t. IV. 2' part. , p. 95 de la tr. fr.

3 /d., llb. XI , p. 520 D ; Cf. XIV , 651 A et 666 B. — XII, 570 C.

<* A partir du siècle de Strabon , il faut descendre jusqu'au voyageur Olivier , à la fin du dernier siècle , pour retrouver des notions correspondantes sur l'aspect et les productions de celle partie du Taurus. Voy*, dans le volume suivant, l'histoire des voyages modernes en Asie-Mineure.

8 Lib. XI , p. 520 D. ; t. IV, A" part. , p. 299 de la trad. fr. — Cette phrase remarquable de Strabon parait expliquée et confirmée tout à la fois par la

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