ASIE-MINEURE DE STRABON. PONT
tagnes, en plaçant sur le chemin des pots du miel enivrant qu'on recueille aux extrémités des branches d'arbres ; ils saisirent le moment où les soldats, ayant goûte de ce miel , avaient perdu la raison (0 , pour tomber sur eux et les égorger. Quelques-uns de ces barbares se nommaient Buzères (*). Ceux que Ton connaît aujourd'hui sous le nom de Khaldéens (KaXoaTot), s'appelaient anciennement Khalubes ('•*). »
Les observations que dans plusieurs des chapitres précédents nous avons présentées sur les populations barbares que Strabon vient d'énumérer , nous dispensent de nous arrêter sur cette partie de son texte. Nous y reviendrons d'ailleurs d'une manière plus spéciale , lorsque nous tracerons l'histoire géographique et ethnologique du Caucase , auquel ces tribus appartiennent par l'origine et la langue. Nous ferons seulement remarquer que les Tibarènes ont dans Strabon une bien plus grande importance géographique que ne semblent leur en donner les relations antérieures que nous avons analysées. En maint endroit de son ouvrage , notre géographe emploie dans un sens général les expressions tribus tibarêniques , côte tibarênique, Tibarênic, pour désigner l'ensemble de la contrée maritime qui avoisine Trébizonde et confine à la Kolchide (4) 5 de même que dans l'antique géographie moïsiaque, qui date du seizième siècle avant notre ère, la région caucasienne est personnifiée dans les deux noms de Mesekh et de Tubal , où l'on ne saurait méconnaître les Moskhes et les Tibarènes de la géographie grecque (*). Ces rapprochements pourraient conduire à d'intéressantes inductions ethnologiques, qui seront plus convenablement placées quand nous aurons à traiter de la géographie du Caucase; alors aussi nous retrouverons les Sanni ou Makrônes , et les Khaldéens ou Khaldi , peuples qui appartiennent, comme les précédents, à la souche
* Comp. les effets décrits par Xénophon, ci -dessus, p. 324.
* Ce peuple fut connu dès les temps les plus reculés. On le trouve mommé dans les anciennes Argonautlques d'Orphée , ainsi que dans le périple de Scylax ( ci-dessus , p. 218 et 280 ).
8 Strab. lib. XII, p. 548 D sqq. Voy. t. V, 2' partie, p. 40, de la tr. fr.
* Strab. lib. II , p. 129 D ; VII , 309 C ; XI , 527 A , etc.
« Vid. Boch. Phaleg, lib. III, c. 12; Dubois de Montpcreux , Voyage autour du Caucase, t, IV, p. 321, 338, etc. AdU. ci-dessus, p. 360, note 1.
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géorgienne. Le nom de Petite-Arménie donné aux cantons riverains de la droite de l'Euphrate indique suffisamment l'extension de la race arménienne de ce côté du fleuve.
« Pharnakia , dans le territoire des Kbalubes , possède des mines qui ne fournissent aujourd'hui que du fer, poursuit Strabon , mais qui autrefois produisaient aussi de l'argent. La côte est ici généralement très-étroite , parce qu'elle est immédiatement sous des montagnes pleines de mines et couvertes de forêts ; et comme il y a peu de terres labourables , il ne reste aux habitants d'autres ressources pour subsister que les mines et la pêche : les premières entretiennent un grand nombre de mineurs, et la seconde beaucoup de mariniers Le pays fournit
d'ailleurs des bois de construction en abondance , qui se transportent aisément (jusqua la mer) au moyen de rivières^ on y recueille aussi beaucoup de lin , de chanvre , de cire et de poix. Les productions alimentaires suffisent aux habitants; le miel
seul y est d'une qualité délétère La longue chaîne des monts
Paryadrès , qui domine toutes les vallées côtières , a beaucoup d'eaux et de forêts -, de tous côtés elle est coupée par quantité de ravins et de précipices. Aussi Mithridate l'avait-il choisie pour y faire élever la plupart des forts destinés à garder ses trésors (0. »
Le navigateur , en longeant la côte dans sa course vers l'ouest, rencontrait, avant d'atteindre les bouches du Halys, celles du Thermodôn ( Thermèh-tchaï ) et de Y Iris (ïékil Irmak). Strabon connaît fort en détail ces diverses rivières et leurs affluents, dont aucun voyageur moderne n'a jusqu'à présent exploré complètement les vallées. Ici les montagnes pontiques plus écartées de la côte s'abaissent en collines doucement ondulées, dont les pentes se tapissent de riches vignobles et de bon pâturages ; de spacieuses vallées et de larges plaines ont remplacé les gorges abruptes du Pont oriental et ses chaînes escarpées. Le nom de Themiskura (ou Thémiscyre), célèbre dans les vieilles traditions des siècles héroïques , est resté à une plaine étendue que traversent le Thermodôn et l'Iris avant de se perdre dans l'Euxio. Cette plaine, parée d'une éternelle verdure, nourrit uneim-
» Strab. lib. XII, p. 569 B; XI , 498 C; XII , 555 C.