‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 137 sur 189 · ASIE-MINEURE DE STRABON. PONT · texte numérisé non relu

ASIE-MINEURE DE STRABON. PONT

mense quantité de bœufs et de chevaux estimés , et se couvre , dans ses parties les plus hautes, d'arbres fruitiers de toute espèce. La plaine de Phanarée touche au sud à celle de Thémiscyre Y Iris et le Lykos s'y réunissent près d'une ville qui avait pris de son fondateur , Mithridate Eupator, le nom ô!Eupatoriay nom que le grand Pompée , avait changé en celui de Maqnopolis (0. Le voyageur, tout en admirant aujourd'hui l'exactitude des indications topographiques de notre géographe sur cette partie du Ponl, y cherche en vain les restes de la ville de Mithridate : nul vestige n'en marque l'emplacement au confluent des deux rivières 2). Kabira, à environ 150 stades (6 lieues) plus haut sur le Lykos (Ghermaïli-tchaï), avait servi de résidence à Mithridate , qui y avait un palais. Le nom de Neocœsarea que prit celte ville postérieurement au siècle de Strabon , s'est seul conservé dans celui de Niksar (3).

Amisos , ancienne colonie hellénique que le grand Mithridate avait fort embellie , était située au fond d'un golfe spacieux entre l'embouchure de l'Iris et celles du Halys. La ville actuelle de Samsoun L'a remplacée, sans occuper précisément le sol où s'élevait la vieille cité (*). Tout ce territoire qui avoisine à l'est le cours inférieur du Halys est un excellent pays. C'est là que commençait à se montrer la race , inconnue dans la Cappadoce et dans le reste du Pont , de ces moutons à laine Ane qui étaient une des richesses de la contrée (*).

Amasée , dans une vallée longue et profondément encaissée où coulent les eaux de i'Iris, était la ville natale de Strabon, qui en donne, comme on peut le penser, une description circonstanciée W ; le nom s'en est conservé pur dans la dénomination actuelle d'Amasïa. Zélèh ou Silèh, à quelques lieues dans le sud d'Amasïa, sur un affluent de la gauche de l'ancien Iris, garde

1 Strab. Lib. XII , p. 556 C; Cf. Appian. de Bell. Mithridate c. 78 et 115.

* Eug. Boré , Correspondance et Mémoires d'un voyageur en Orient, ci-après, dans le vol. suiv.; Will. Hamilton , Researches in Asia Minory t I , p. 342.

» Eugène Boré , ibid. ; W. Hamilton , I, 346.

* W. Hamilton, I, 290.

« Strab. lib. XII , p. 546 D ; add. 561 D. «Lib. XII, p. 561 A.

AS1L-MINEUKE. [1er SIÈCLE ÀP. J.-C.

pareillement le nom de Zêla, où il y avait un temple d'Anaîtis, la Vénus assyrienne, célèbre dans tout le Pont. Ce temple était desservi par un collège de prêtres qui le cédait à peine en richesses et en autorité au collège de Komana (0. D'autres temples indigènes s'élevaient encore dans cette partie occidentale de la Cappadoce Pontique , objets de la vénération profonde des peuples et du respect même des rois, lorsque la Cappadoce était indépendante. La vallée de l'Iris avait sa Komana , surnommée Pontique pour la distinguer de la Komana cataonienne dont elle était une colonie-, cette Komana du Nord, où tout rappelait celle de la Grande-Cappadoce, l'organisation intérieure, le culte et les rites, se distinguait seulement par l'extrême corruption des mœurs et par la succession ininterrompue de ses fêtes , où les plaisirs de toute nature auxquels présidait une armée entière de beautés vénales attachées au temple , étaient prescrits plutôt que contenus par les préceptes de cette religion sensuelle, née dans les chaudes contrées de l'Asie. Tous les biens-fonds des habitants, dit Strabon , consistent en vignobles. La ville était ainsi devenue tout à la fois le point de réunion d'un immense concours de pèlerins accourus de toutes les parties du Pont et de la Grande- Cappadoce , et le centre d'un commerce très-important avec les pays d'au delà de l'Euphrate 00.

Strabon , nous l'avons déjà dit , trace avec exactitude le cours du Halys, le plus grand fleuve de la Péninsule. « Le Halys, dit-il, tire son nom des salines (£Xsç) près desquelles il passe; il prend sa source dans la Grande-Cappadocft , près de la Politique, et aux environs de la Kamisène. 11 parcourt un long espace dans la direction de l'orient à l'occident; puis, retournant vers le septentrion , il traverse le pays des Galates et celui des

» Ibid. p. 559 D.

* Ibid. p. 557-559. Heeren , dans son immortel ouvrage sur le Cotnmerct et la Politique des Anciens Peuples , a étudié au point de vue de l'économie publique ces créations de grands centres commerciaux que nous voyons placés, dans l'antiquité comme à l'époque de notre moyen âge européen, sous l'Invocation des dieux populaires et sous la protection de la foi religieuse ; et le professeur Creuzer, dans sa magnifique exposition des Religions de V Antiquité , si remarquablement traduite par M. Guigniault, a particulièrement approfondi les parties dogmatique et symbolique de la religion cappado* tienne.

Page 1