‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 139 sur 189 · ASIE-MINEURE DE STRABON. PAPHLAGONIE , BITH1NIE · texte numérisé non relu

ASIE-MINEURE DE STRABON. PAPHLAGONIE , BITH1NIE

Deux villes moins considérables se succèdent sur la côte : Kinôlis et j4mastri$ , celle-ci à l'occident , celle-là à l'orient du Karambis. Amastris s'est formée de la réunion de quatre bourgades antiques, Téion, Sésamos , Kutôros et Krômnè , mentionnées par Homère dans son dénombrement des Paphlagons. Dans l'intérieur des terres, il n'y avait au temps de Strabon qu'une seule ville à citer, Pompeiopolis , alors de fondation nouvelle. On en a retrouvé l'emplacement dans un lieu maintenant obscur qui porte chez les habitants le nom turk de Tasch-Keupri (0.

Le Parthenios , limite commune des Paphlagons et des Bithyniens, devait son nom, dit Strabon, aux campagnes fleuries qu'il arrosait dans son cours Notre géographe passe rapidement sur le pays bithynien, contrée sans illustration historique, et dont toutes les villes notables , à l'exception de Hêrakhïa ou Héraclée , port renommé sur la côte du Pont, qui conserve encore de nos jours, sous le nom d'Eregli, une partie de son ancienne importance , étaient de fondation récente. Nicèe (Nîxaia, Nikaïa) , capitale de laBithynie, avait été fondée par Antigone, flls de Philippe, qui l'avait d'abord nommée Antigonie. Elle était située sur le lac stskania , au milieu d'une plaine vaste et fertile , mais que les exhalaisons d'un terrain noyé rendaient malsaine durant les chaleurs de l'été. Isnik , comme prononcent aujourd'hui les Turks, occupe l'emplacement de Nikaïa, de même qu'Iskimid , forme contractée d'Isnikmid , rappelle le nom de l'ancienne Nicomédie (N^xo^ôia). Celle-ci avait été fondée par un des rois bithyniens , dont le nom de race était Nicomède ; elle était au fond d'un golfe profond de la Propontide, auquel une petite ville d'origine plus ancienne, Astakos , donnait son nom (3). Au sud de ce golfe , la Propontide en creuse un second dans les terres sur lequel était Prusias , anciennement nommée Kiosy la Cius des écrivains latins. Philippe, père de Persée, roi de Macédoine, ayant détruit Kios et une ville voisine , nommée Myrleïa , les fit rebâtir l'une et l'autre , la pre-

» Slrab., lib. XII, p. 544 et sulv. , et p. 562 C.

« Lib. XII, p- 543 C Voyez la note de M. Coray, t. IV, 2f part. , p. 27 de la trad. franc. Le Parthenios conserve parmi les Grecs du pays le nom de Partheni , que les Turks prononcent Bartan ou Barlïn.

» Aujourd'hui le golfe d'Iskiniid.

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mière sous le nom nouveau de Prusias , la seconde sous celui iïApameia (0. Une seconde Prusa, que l'on a quelquefois confondue avec la première , avait été fondée par Prusias , roi de Bithynie , au pied du mont Olympe -, peu considérable du temps de Strabon , cette Prusa de l'Olympe acquit par la suite une célébrité et une importance qu'elle conserve en partie sous son nom actuel de Brousse. L'embouchure du Rhyndak, un peu à l'ouest d'Apamée , paraît avoir marqué de ce côté la borne extrême de la Bithynie , quoiqu'il fût difficile d'assigner des limites précises aux territoires respectifs des Bithyniens , des Mysiens et des Phrygiens. A l'extrémité de la longue presqu'île que forme la Propontide et le Pont-Euxin , et que l'étroit canal connu sous le nom de Bosphore de Thrace , plus anciennement Bosphore Mysien, sépare de l'Europe, les Bithyniens possédaient encore Khalkèdôn, Ka^x^owv , non loin du bourg de Khrysopolis , KpuaÔ7roXt;, assis sur la pointe môme qui faisait face à Byzance. Skutari,ou, comme disent les Turks, Ouskoudar, occupe aujourd'hui l'emplacement de Khrysopolis ; Khalkèdôn (vulgairement Chalcédoine ) , est représentée par un village que les Turks nomment Kadi-Keuï , le village du Kadi. Le cours inférieur du Sangarios , la plus grande rivière de la Bithynie, avait marqué, au temps du Grand Mithridate , la limite occidentale du royaume du Pont W.

La Galatie, ainsi nommée des Galates ou Gaulois qui étaient venus s'y établir près de trois siècles et demi avant le temps de Strabon W , s'étendait au sud des Paphlagons et dans le sud-est des Bithyniens , sur une portion de l'ancienne Phrygie. Strabon fait connaître avec détail l'organisation civile et politique de cette horde étrangère , qui était venue échanger ici contre un établissement fixe et une vie sédentaire , ses anciennes habitudes de peuple nomade. Pessinûs, leur place la plus considérable, à 1 50 stades ou 6 de nos lieues environ , des sources du Sangarios, était renommée par son ancien temple phrygien d'Agditis,ou

» Prusias est aujourd'hui le bourg de Ghenilik, auquel les Grecs conserrent son nom primitif de Kios sous la forme de Ghio. Myrlcïa, ou Aparaée,c$t Moudania , qui donne maintenant son nom au golfe.

» Strab. lib. XII, p. 542-43, 563-666.

* Ci-dessus, p. 351.

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la Grande-Déesse, dont l'origine était indubitablement cappadocienne : cette ville a été anéantie durant les bouleversements qui accompagnèrent les invasions et l'établissement des hordes turques (0. Au temps de sa prospérité, Pessinûs, comme la Komana du Pont , avait été à la fois un sanctuaire religieux et un grand centre de commerce. Ankara, ou Ancyre, qui n'était alors qu'une forteresse obscure , a hérité , sous son nom actuel d'Angoura, d'une partie au moins de l'ancienne importance de Pessinûs. Les bords du haut Sangarios, dans la région où Pessinûs était située , offraient à la curiosité du voyageur de nombreux vestiges d'anciennes habitations des rois phrygiens. Ces restes de la grandeur passée de la dynastie nationale n'avaient pas même, dit Slrabon , conservé traces de villes : ce n'étaient plus que des bourgades un peu plus considérables que les autres. De ce nombre était Gordion, illustrée par la visite d'Alexandre le Grand , qui sut y faire parler en faveur de sa fortune le présage de domination universelle attaché au nœud célèbre de Midas W.

« Après la Galatie, poursuit Slrabon , on trouve au midi le lac Tatta , situé le long de cette partie de la Grande-Cappadoce voisine des Morimênes; ce lac appartient à la Grande-Phrygie , de même que le pays qui lui est contigu jusqu'au mont Taurus. Les eaux de ce lac se changent naturellement en sel \ et cette concrétion se forme si aisément autour de ce qui touche ses eaux, qu'en y plongeant des cercles de corde on les retire convertis en couronnes de sel. Si des oiseaux viennent à effleurer les eaux du lac, leurs ailes s'embarrassent tellement parle sel qui s'y attache, qu'ils tombent aussitôt et sont pris (3). »»

Strabon continue de décrire le grand plateau phrygien. Im-

* M. William Hamilton a cru en retrouver les ruines au village turk de Baba-Hissar , a mi-chemin environ d'Afioum-Kara-Hissar a Angoura. Res. in Aiia-Min. I, Ml.

* Strab. lib. XII, p. 506 et suiv.

» Lib. XII, p. 568 , t. IV , 2e part. . p. 94 de la trad. fr. MM. Hamilton et Ainsworth sont les premiers voyageurs modernes qui aient bien étudié la nature du lac Tatta , nommé aujourd'hui par les habitants Touz-Gheul ou lac de Sel , et qui en aient correctement dessiné les contours. Payez dans le volume suivant, le précis de leurs relations.

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médiatement après le lac Tatta, du côté du sud, s'étendent les plaines montueuses, froides et nues, des Lykaoniens. Malgré la disctlc d'eau qu'on y éprouve , les moutons y pullulent merveilleusement, mais ils y donnent une laine rude. Ikonion, lieu de peu d'importance , était la ville principale des Lykaoniens dont elle rappelait le nom , qui subsiste encore aujourd'hui dans celui de Konièh. Deux lacs assez étendus situés dans la même contrée, Kôralis et Trôghitis, se retrouvent encore sous les noms de Kéréli et de Soghla (0.

Les parties de la Lykaonie qui touchaient immédiatement au Tau rus portaient le nom particulier d'Isaurie. Ces cantons n'avaient point de villes; les habitants, réunis dans de misérables bourgades et retranchés dans la profondeur de leurs montagnes, désolaient par leurs déprédations toutes les terres environnantes. Pirates en même temps que brigands , ils possédaient nombre de forteresses le long de la côte que borde cette partie du Taurus. La réduction sur mer et sur terre de ces populations pillardes, avait coûté aux Homains de longs efforts CO ; et on les retrouvera plus tard infestant de nouveau les mêmes parages , quand l'empire affaibli et démembré cessera de les contenir par la force ou par la crainte.

Les Pisidiens, contigus aux Lykaoniens vers l'ouest, habitaient comme ceux-ci les hautes vallées du Taurus. Beaucoup de ces vallées , malgré la difficulté des lieux qui les environnent, ne laissent pas d'être fertiles et bien cultivées (3). Les villes principales des Pisidiens étaient Selghê , Sagalassos , Isionda, et Termessos, que les marches d'Alexandre, et l'expédition de Cn. Manlius contre les Galates, nous ont déjà fait connaître.

Le nom de Phrygie s'étendait sur une très-grande partie de l'intérieur de la Péninsule, entre les Lyciens, les Pisidiens, les Lykaoniens, la Cappadoce , les Galates, la Bithynie, la Mysie voisine de l'Hellespont , la Lydie et la Carie (*) ; c'est aux dépens de la Phrygie , nous le savons , que les Galates avaient formé leur vaste établissement dans l' Asie-Mineure. On appelait

» Strab.,ltb. XII, p. 568.

* Id., ibid.

» Ibid. , p. 569 et sui?.

* Ibid. , p. 571 et suiv.

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