ASIE-MINEURE DE STRABON. PHHYCIE
spécialement Grande-Phrygie les parties centrales de cette division considérable de la Péninsule, distinguant par la dénomination de Pelite-Phrygie les cantons beaucoup moins étendus qui confinaient à la Bithynie et aux terres my siennes, et qui bordaient le pied de l'Olympe. Cette petitePhrygie reçut le nom de Phrygie- Épictète ( ajoutée , annexée) , lorsque Prusias , roi de Bithynie , la céda au roi de Pergame , qui l'incorpora à ses Étals. Ajoutons que l'on distinguait encore par le nom de Phrygie-Parorée (qui longe les montagnes ) , les parties contiguês au Taurus pisidien.
La Phrygie est un pays partagé entre des plaines d'une vaste étendue et une longue suite de montagnes , se prolongeant depuis le Taurus auquel elles se rattachent jusqu'au groupe septentrional que domine, non loin de Prusa, le haut sommet de l'Olympe. Les notions chorographiques que possède Strabon sur cette grande province , n'ont pas à beaucoup près le détail de celles que son ouvrage nous offre pour d'autres portions de la Péninsule, telles, notamment, que certaines parties du Pont et les côtes de la mer Égée. On voudrait trouver ici de ces vues d'ensemble qui mettent en relief les traits saillants de toute une région naturelle , et en forment en quelques lignes un tableau dont l'esprit saisit sans peine les grands linéaments , cadre général où les détails se classent et se coordonnent ensuite avec clarté. 11 ne faut pas, nous l'avons déjà dit, chercher dans Strabon , non plus que dans aucun autre géographe ancien , de ces larges aperçus où la géographie physique encadre et circonscrit comme en un riche panorama les arides détails de la géographie politique. Strabon , il faut le dire à sa louange , eut le sentiment de cette méthode descriptive qui procède à la fois de la rigueur scientifique et de la touche animée du peintre ; mais trop souvent les éléments lui manquèrent pour rester fidèle à cette méthode , où doivent s'allier et se fondre en quelque sorte la froide précision de l'astronome , la rigueur mathématique de l'ingénieur, la scrupuleuse exactitude du statisticien, l'investigation laborieuse de l'historien et de l'antiquaire , échauffées et colorées au contact vivifiant de l'imagination. Outre le talent de l'écrivain , une telle manière de procéder dans la description de la terre suppose une masse de renseignements précis sur toutes les parties de la géographie naturelle dont les anciens res-
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tèrent toujours à une énorme distance , et que nous-mêmes sommes loin encore de posséder à un degré aussi complet qu'on le pourrait désirer. L'art d'observer les faits physiques, et particulièrement ceux-là mêmes d'où le géographe peut déduire le relief orographique d'une grande région, était né à peine quant Strabon écrivait : ainsi donc , n'attendons pas de lui à cet égard plus qu'il n'a pu nous donner. Chez lui , nous trouvons des détails, rarement des masses; ou s'il essaye de grouper en une vue sommaire les données qu'il a réunies sur tout un pays, il règne presque toujours dans ses généralités un vague, un défaut de liaison et d'ensemble, qui tiennent à cette absence de notions précises sur le relief du sol , notions en dehors desquelles il n'y a pas de bonne description possible.
Les deux villes principales de la Grande-Phrygie étaient Laodikeïa (Laodicée), et Apamëia surnommée Kibôtos, le Coffre, ou l'Arche (0. La première montre ses ruines près d'un lieu que les Turks nomment Eski-Hissar ou le Vieux-Château , à quelques lieues au sud du haut Méandre ; on a retrouvé remplacement de la seconde à Dînaïr (*) , près de la source même de ce fleuve célèbre par les sinuosités de son cours. Apamée avait succédé à une ville plus ancienne que nous avons mentionnée à plusieurs reprises avec Hérodote et Xénophon, sous le nom de Kèlaïnai. Le pays où elle est assise , de même que toutes les parties de la Phrygie voisines de la Lydie et de la Mysie, était sujet à de violents tremblements de terre, qui plus d'une fois, avant le temps de Strabon , y avaient causé d'affreux bouleversements. Un lac situé entre Laodicée et Apamée , et dont Strabon dit que bien qu'il ressemble à une mer par sa profondeur, il exhale une odeur de bourbe , ne peut être que le lac Tehardak des relations modernes. Le commerce avait fait d'Apamée la seconde ville de l'Asie : Éphèse , sur la côte ionienne, tenait alors le premier rang.
1 L'explicaiion de ce surnom est fort incertaine ; quelques-uns , se fondant surtout sur un vers de l'ancienne Sibylle, ont voulu la rattacher à la tradition diluvienne. Cf. Strabon lui-même, lib. I, p. 49 G; Lycophron, Cass., v. 73, et les remarques de Canlerus ad h. loc.
* Et non à Afioum-Kara-Hissar , qui est beaucoup plus loin au Nord, comme l'avait cru d'An ville.