ASIE-MINKIRE DE STRABON. M\SIE
Les autres villes que Strabon nomme en Phrygie ne méritent pas de nous arrêter , si ce n'est Synnada , célèbre par ses beaux marbres pareils à de l'albâtre , dont s'alimentait le luxe architectural de la ville des Césars 0). Kotiaeïon , devenue par la suite la capitale de l'Anadoli turk sous le nom de Kulaièh , n'était alors qu'une bourgade obscure.
La Mysie , qui confine à la Phrygie du côté du nord et du nordouest, et qui a la Bithynie pour limite orientale, s'étend depuis la Propontide , dont elle borde les cotes, jusqu'aux rivages de l'Égée , où elle vient se terminer vers le Caïque. La partie de cette contrée voisine de la Propontide et du mont Olympe , avait reçu de cette proximité le surnom d'Olympène. Le géographe a d'ailleurs soin d'avertir que les limites entre les habitations des Mysiens , des Bithyniens et des Phrygiens sont ici difficiles à déterminer d'une manière précise W.
« Les terres qui environnent Y Olympe , dit Strabon , sont assez bien habitées-, ses hauteurs sont garnies de forêts prodigieuses, et l'on y trouve des endroits fortifiés qui peuvent servir de retraite aux brigands (3). »>
Au pied de l'Olympe, du côté de l'ouest, s'étend un lac considérable où vient se perdre le Rhindak, qui en ressort plus loin pour aller se jeter dans la Propontide après avoir reçu le Makestos ; ce lac empruntait son nom d' .Jponolliatis d'une ville d'Jponollia, aujourd'hui Aboullionte, située sur ses bords. Deux autres lacs moins étendus se voyaient dans le même canton ; l'un s'appelait le lac àesDaskyliony l'autre de Milé topo lis y deux noms empruntés à des villes voisines. La nature, plus stable que les établissements des hommes, conserve encore aujourd'hui ces traits de conformation physique que le géographe ancien a décrits; mais les villes qui les animaient ont disparu , et leurs ruines mêmes, dispersées sur le sol ou cachées sous les grossières habitationsdu paysan turk, échappenlsouventàlarecherche curieuse du voyageur. Un pauvre village nommé Balkiz occupe maintenant l'emplacement où la ville de Cyzique (KuÇixoç,
> Afloum-Kara Hissar s'est élevée non loin de l'emplacement de Synnada.
* Strab. lib. XII . p. 571 et suiv.
» Id.y p. 574, t. IV de la trad. fr., 2* part., p. lift.
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KyEik ) déployait alors la splendeur de ses édifices qu'admirait ï Asie. Située au col même de l'isthme artificiel qui rattachait File du même nom au continent , Cyzique voyait se presser de nombreux vaisseaux dans chacun des deux ports que séparait cet isthme. Une petite ville très -ancienne déjà mentionnée par Hérodote sous le nom à'Artakê, et qui parait n'avoir été dû temps de Strabon qu'une bourgade insignifiante , a transmis son nom au village actuel d'Artaki , voisin de Balkiz , plus heureuse en cela que la superbe Cyzique dont tout a péri , jusqu'au nom.
De cette frontière occidentale de la Mysie , marquée parle cours do YEsèpe , Strabon nous conduit dans la Troade (0. Ici mille souvenirs dos anciens temps, évoqués par la plume magique d'Homère , viennent planer sur des lieux qui déjà , quand Strabon les décrivait, n'étaient plus qu'un désert couvert de ruines. Chaque nom qui s'Offre au géographe dans cette topographie dont i) fallait emprunter en partie les détails à la tradition , devient pouf lui l'occasion d'une dissertation archéologique; il n'y a pas un village dans cette terre consacrée , pas un monticule , pas une rivière ou un ruisseau, dont le nom me semble l'écho des vers immortels du poëte. Pour nous , qui déjà avons tracé fort en détail la géographie homérique du royaume de Priam , nous passerons rapidement sur ce long chapitre du géographe grec : plus tard , d'ailleurs , quand les explorations des voyageurs modernes rious ramèneront sur le théâtre des combats de l'Iliade , nous réunirons dans un tableau d'ensemble l'histoire géographique delà Troade à toutes les époques de l'histoire, et alors seulement nous pourrons aborder certaines discussions qui maintenant seraient anticipées. Bornons-nous donc à recueillir le petit nombre d'indications géographiques qui appartiennent spécialement au siècle de Strabon. La Troade, nous le savons, est dominée par un groupe de montagnes auquel les temps héroïques avaient attaché le nom d'Ida , et dont le Gargara est à la fois le point culminant et l'extrémité méridionale ; sur la disposition de cette chaîne , non plus que sur les nombreux cours d'eau qui en sortent pour aller se perdre , soit dans la Propon-
» Sirab. Hb. XIII, p. 581 et suiv.