‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 142 sur 189 · ASIE-MINE! RE DR STRA&OX. TROADE · texte numérisé non relu

ASIE-MINE! RE DR STRA&OX. TROADE

tide, soit dans l'Hflllespont , le Géographe n'ajoute rien absolument aux notions qu'en avait données le Poète.

Priaposest la première ville que l'on rencontre sur la côte de la Propontide, après avoir passé la bouche du Granique qui succède à celle de l'Esope ; après Priapos, viennent Parion , Pitya et Prokonnèsos , puis l'entrée de YHellespont. Lampsaque , Ai(x- ^otxoç , avec un bon port, était une place plus considérable que les précédentes-, elle a gardé jusqu'à nos jours sa position et son nom , inaltéré dans celui de Lamsaki. Ni Lampsaque , ni Parion , n'existaient au temps d'Homère. Un peu plus bas , Abydos faisait face, comme au temps du poète , à la ville européenne de Sestos , située dans la Khersonèse thracique. C'est là qu'est la partie la plus étroite du canal , point que les Grecs désignaient sous le nom d'ffeptastadion , ou les Sept Stades ; ce fut là aussi que Xerxès jeta un pont pour le passage de son armée.

Au delàd'Abydos est //ton, ville dont la fondation est postérieure à la destruction de l'Ilion homérique, et qui n'occupait pas non plus le môme emplacement, quoi qu'en dissent les habitants. C'est cette nouvelle Uion que visita Alexandre lors de son passage en Asie -, et bien que Lysimaque , un des successeurs du conquérant macédonien , fidèle à la pensée que celui-ci avait eue de rendre à la ville quelque chose de l'éclat qu'avait gardé son nom, l'eût agrandie et entourée de murs, ce n'était encore qu'une place bien chétive à l'époque où elle passa sous la domination romaine. Plus loin au sud , une place fondée sur la côte, ou du moins agrandie par le même Lysimaque, et qui reçut de lui le nom d'Alexandrie- Troyenne {Alexandrin Troas), occupait, vis-à-vis de l'Ile de Lesbos, l'emplacement de plusieurs de ces bourgades honorées du litre de villes dans les temps héroïques. Les ruines de cette Alexandrie prouvent qu'à une époque plus rapprochée de nous que le temps de Strabon , son heureuse situation et la commodité de son port en avaient fait une ville importante.

La pointe avancée que projette la Troade sur la mer Égée portait, comme dans les poèmes d'Homère , le nom de promontoire Leklon (le Lectum promontorium des Latins) ; à partir de ce cap, la côte tourne brusquement à l'est pour aller former un enfoncement considérable nommé golfe d'Adramyttion. Assos

ASlE-MlNLl ItË.

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et Antandros , que le navigateur apercevait sur cette côte à laquelle fait face 1 île de Lesbos, étaient des villes moins notables que celle d' AdramyUion , qui donnait son nom au golfe. Mais aucune ne pouvait rivaliser, ni par la richesse, ni par la grandeur, avec la ville de Pergame, lUp-p1!*0*, quoique celle-ci fût déjà déchue de la splendeur où elle était arrivée , lorsque sous les rois successeurs d'Attale elle avait eu le rang de capitale du royaume d'Asie. Le Kaïque , Kâïxoç , coulait non loin de Pergame pour aller un peu plus bas verser ses eaux dans le golfe Élaïtique. Elœa, ou plutôt Élaïa, ÈXa(a, à douze stades, ou deux kilomètres, au sud de la bouche du Kaïque , était sur la côte la dernière ville des Éoliens , et marquait ici la frontière de la Mysie.

La Lydie qui lui sucède s'étend au sud jusqu'au Méandre (0. Le Hermos, qui vient de la Grande Pbrygie, traverse de l'est à l'ouest toute la longueur du pays lydien, et le cours entier du Kaïstre y est renfermé dans l'intervalle du Hermos au Méandre. Les plaines qu'arrosent ces fleuves illustrés par les poètes sont les plus fertiles du monde ; mais à côté de ces riches campagnes, sur la limite commune de la Lydie et de la Phrygie, un vaste canton affligeait les regards par son aspect désolé. 11 semblait qu'un immense incendie eût sévi sur toute celle contrée et n'y eût laissé que des cendres et des ruines. Ce canton avait reçu des Grecs le nom significatif de Kalakêkaumènè , le Pays Brûlé. « Tout ce pays, dit Strabon , qui parle ici en témoin oculaire est dépourvu d'arbres, excepté de vignes, lesquelles produisent le vin nommé kalakékauménitê, qui nele cède àaucun des vins les plus renommés. Les plainesde ce canton son tcouverlesde cendres, et les endroits pierreux ou montagneux sont noircis comme par l'action du feu. Quelques-uns se sont imaginé que cet état du terrain a été produit par des foudres et des tourbillons enflammés, et ils ne balancent point à appliquer à ce pays la fable de Typhon. Mais il n'est point raisonnable de supposer que des feux célestes avaient brûlé une si grande étendue de pays à la fois. Il est plus probable que c'est reflet de volcans dont les

» Strab. lib. XIII, p. 625etsuiv.

• C'est ce dont on a la certitude par un passage de sa description de la Lydie, p. 630 A.

ÀSlE-MINElAE DE STRABON. LYDIE.

sources sont épuisées , d'autant plus qu'on y montre encore trois gouffres, à environ quarante stades les uns des autres, que l'on nomme les Sou /filets («fcosoct) , et au-dessus desquelles on voit des collines raboteuses qui paraissent formées de l'amas des matières que ces gouffres ont vomies (O. »> Un savant anglais, qui a visité cette région , il y a peu d'années , en géologue et en antiquaire , a confirmé l'exactitude ponctuelle du géographe ; cette description de la Lydie brûlée semble avoir été tracée d'hier sur les lieux mômes, tant cette sombre région a profondément gardé l'empreinte de l'action corrodante de ses volcans. M. Hamilton y a retrouvé, non loin de la rive gauche du Hermos, ces trois cratères éteints que les habitants nommaient les trois Soufflets («.

Sardes, Sàpostç, l'antique capitale de l'empire de Crésus, n'avait de remarquable que ses souvenirs historiques et sa citadelle ; non loin de là s'élève le Tmolos aux coteaux fertiles. Le Pactole, qui sort du Tmolos et traverse Sardes, ne roulait plus , comme au temps des poètes , l'or qui jadis se mêlait à ses eaux. Moins élevé que le Tmolos, le mont Mesôghisse prolonge sur une plus vaste étendue, couvrant au nord toute la vallée du Méandre depuis Apamée jusqu'à la mer C3).

On sait combien le Méandre fut célèbre de bonne heure par les innombrables sinuosités de son cours; pareil à tous les fleuves aux eaux peu rapides, le Méandre déplaçait fréquemment son lit mal encaissé. On raconte, nous dit Strabon, qu'on intente des procès au fleuve toutes les fois qu'il change les limites des champs en rongeant les angles de ses rives, et que, s'il en est convaincu , on le condamne à des amendes qui sont prises sur les péages (*).

Au midi du haut Méandre , vers les confins communs de la

1 Ibid. , p. 628 , t. IV , 2e part., p. 253 de la traduct. fr. Comp. Diod., lih. III, c. 69. Nous avons dit ailleurs que, selon toute apparence, la vallée du Kaïstre avait dû son nom , devenu celui de la rivière , au même aspect brûlé du terrain; et nous savons d'ailleurs que les anciens Hellènes rapportaient à la même origine le nom même de la Phrygle (de yptireiv, brûler). Cette étymologie, quoique fausse, était spécieuse.

* Researches in Asia-Minor , t. II , p. 136.

3 Lib. XIII, p. 629 A , avec la correction de Casaubon, nota , p. 232.

> Id. lib. XII, p. 580 A.

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Lydie, de la Phrygie et de la Carie, le géographe avait peine à discerner les limites précises de chacune des trpis contrées. Ce qui avait surtout, dès le temps de Strabon, contribué à cette confusion dont il se plaint , c'est que les Romains , dans la distribution administrative de ces pays , n'avaient point eu égard à la différence des nations, et qu'ils les avaient divisés indisr tinctement en juridictions, dont chacune avait une ville princir pale , où les juges s'assemblaient pour tenir les assises (0. C'est ainsi que sous le niveau de plomb d'un peuple conquérant, les différences originelles des tribus et des races tendent inces? samment à s'affaiblir et à s'effacer.

La Lydie avait ici plusieurs villes au sud du fleuve, uor tamment Hiérapolis 00, non loin de Laodicée, Jntiocke du Méandre Kibyra, surnommée la grande, Ktëopa m*y&i)<4>, Sinda et Kabalis. Les traditions du pays, et certains noms lgr caux, rappelaient dans ces cantons la présence des ancien? Solymes, mentionnés par Homère. Le district montagneux <fc Milyas, que nous a déjà fait connaître la géographie d'Héror dote , se trouvait aussi sur ces confins* Strabon nous en décrit d'une manière précise la situation et l'étendue : « On donne je nom de Milyas, nous dit-il, à toute cette chaîne de mour tagnes qui commence aux défilés du Taurus voisins de Termê8sos, et qui s'étend jusqu'à Sagalassos et au territoire d'Apamée (*). »

Strabon parcourt ensuite spécialement Ylonie, c'est-à-dire 1* lisière maritime de la Lydie depuis l'embouchure du Hermos jusqu'au promontoire Posidaïon, au delà du Méandre Nous avons déjà énuméré avec Hérodote les villes de celte heureuse contrée, que notre géographe décrit dans un grand détail ainsi que les îles nombreuses qui bordent la côte. Ephèse, remarquable par ses monuments et riche d'un immense commerce, tenait alors le premier rang parmi les villes ioniennes $ aujour-

» Lib. XIII, p. 628 D.

» Pembuk-Kalèh.

* Aujourd'hui ruinée, t'oyez ci-dessus, p. 3$7, note 2.

* Site incertain , ainsi que pour les deux places suivantes.

* Lib. XIII, p. 631 G.

« Lib. XIV, p. 632 et suiv.

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