ASIE-MINEURE PE PTOLÉMÉE
œuvre. Comme ces matériaux, au moins pour l'intérieur des terres, ne se composaient à peu près exclusivement que d'itU néraires, où l'intervalle des lieux était donné soit en temps, soit en stades , soit en mesures locales , on se rend aisément compte du procédé de réduction employé par le géographe-astronome pour ramener toutes ces indications de distances à leur valeur correspondante en degrés de la sphère terrestre ou en parties de degrés ; mais pour procéder avec quelque exactitude dans cette transformation perpétuelle d'éléments itinéraires en valeurs astronomiques, il eût fallu un degré d'attention, de critique et de sagacité géographique dont il ne paraît pas, en ceci du moins, que l'on puisse faire honneur à Ptolémée. Pour nous en tenir à l'Asie-Mineure , il est évident qu'il a eu à sa disposition un nombre considérable d'itinéraires ou de routiers qui sillonnaient la Péninsule dans tous les sens; mais il est bien évident aussi que dans l'emploi de ces itinéraires il n'a pas même songé à en fixer les points principaux par leur combinaison préliminaire, ou que s'il le tenta, ce fut avec un manque d'habileté que Ton a peine à comprendre. S'il eût préalablement assujetti ses lignes de routes en les faisant converger vers les points communs où elles s'entrecoupaient, il les aurait maintenues du moins dans leurs positions relatives , et ne les eût pas aussi étrangement déplacées qu'il l'a fait. 11 est sans doute étonnant que Ptolémée soit resté étranger à une notion si simple, -si élémentaire, ou que du moins il l'ait négligée : mais il n'y a rien à objecter à l'évidence du fait. Il est hors de doute que dans la rédaction de ses tables , l'astronome d'Alexandrie a opéré isolément et successivement sur chaque itinéraire, sans s'inquiéter de leur dépendance ni de leurs corrélations. Ces itinéraires , ramenés à leur forme première , nous seraient mille fois plus utiles que les tables informes où ils ont été fondus et décomposés; et celui qui essayerait aujourd'hui cette restitution presque divinatoire, mais que nous ne croyons pourtant pas impossible, rendrait à l'ancienne géographie un des plus grands services qu'elle ait reçus de la critique moderne. Peut-être quelque sa^ vant entreprendra-t-il un jour cette tâche herculéenne, dont les difficultés ajouteraient à l'honneur du succès. Ce travail de restitution serait aidé jusqu'à un certain point
ASIE-MINEURE. [3* ET 4e SIÈCLES AP. J.-C
par les monuments de l'époque romaine qui nous sont parvenus sous le titre d'Itiuéraires, Itineraria Romana. Ces itinéraires donnent le relevé des grandes routes ou voies militaires qui traversaient les provinces de l'empire, avec l'indication sur chaque route des lieux de station ou d'étapes, et celle de la distance en milles d'une étape à l'autre (0. Quoiqu'un usage maintenant universel ait attaché le nom d'Antonin au recueil où ces itinéraires sont réunis, et que par conséquent on semble s'accorder à en placer la rédaction au second siècle de notre ère , vers l'époque même de Ptolémée, il ne faudrait pas regarder cette indication comme déterminant une date précise. Une telle précision ne convient pas plus à ces livres de routes qu'aux portulans de la même période dont nous venons de nous occuper. Les uns et les autres appartiennent à une époque , non à une année déterminée. Il est plus que probable que la première rédaction des Itinéraires remonte aux temps de Jules César et d'Auguste, sous lesquels fut commencée et terminée la grande opération du mesurage de l'Empire; et sans doute de nouvelles copies de cette première rédaction étaient faites sous chaque empereur avec les additions, corrections et modifications qui avaient pu survenir depuis l'édition précédente. Si Ton comparait, de dix ans en dix ans, nos livres de poste officiels, on y trouverait d'édition en édition des différences analogues.
La disposition et le choix des routes consignées dans les itinéraires d'Antonin suffiraient seuls à en montrer la destination essentiellement militaire. A la seule exception d'une ligne tracée depuis Abydos, sur l'Hellespont, jusqu'à Laodicée en Phrygie, par llium, Troas, Adramyttium, Pergame, Thyatire, Sardes et Philadelphie , ligne qui avait sûrement une destination administrative, toutes les routes indiquées par l'Itinéraire en Asie- Mineure appartiennent à la partie orientale de la Péninsule, là précisément où la sécurité d'une province frontière obligeait d'entretenir des garnisons à poste fixe, et de veiller à la facile communication d'une place à l'autre. Les principaux postes intérieurs, à en juger par le nombre des voies militaires qui rayonnent de chacun d'eux, étaient Ancyra, chez les Galates,
» Berglcr, Histoire des grands chemins de l'empire romain, llv. in, ch. 9.