LES TURKS EN ASIE -MINEURE
etenim, et passim circumferebantur, pascuorum sectantes commoditatem, non habentes urbesvel oppida, tel alicubi manentem civitatem. Folentes autem proficisci, incedebant simul qui ex eadem tribu erant, aliquem de majoribus contribulium suorum habentes quasi principem , ad quem universœ quœ in eadem tribu simul emergebant referebantur quœsliones, cujusque dicto ab utraque dissonantium parte parebatury cujusque non impune licebat examen declinare. Migrantes autem universam secum suam substantiam transferebant , equitia , greges , et armenta , servos et ancillas : nam in his eorum omne consistebat peculium , nusquam agriculturœ dantes operam, emptionum et venditionum ignorantes contractes , sed solis permutationibus vitœ sibi comparantes necessaria. dolentes autem alicubi, locorum herbidorum amœnitate tracli, tabernacula figere , et ad tempus aliquod moram sine molestia facere , per quosdam ex suis , qui videbantur prudentiores , regionum principes solebant convenire, et pactis initis sub placitis conditionibus , et certa tributorum prœstalione, sub principe qui regioni prœerat , moramjuxta condictum habebant in pascuis et nemoribus ». Guillaume raconte ici , avec des circonstances caractéristiques que ne rapportent pas les historiens orientaux compulsés par Deguignes, comment ces tribus pastorales étaient entrées dans le nord de la Perse , et de quelle manière le roi ayant voulu les en chasser , elles se réunirent , envahirent le pays à force ouverte, s'en rendirent maîtresses et y furent gouvernées par un chef de la famille de Seldjouk qu'elles avaient investi du pouvoir royal ; puis il ajoute : « Utque aliqua esset differentia saltem nominis inter eos qui sibi regem creaverant , et per hoc ingentem erant gloriam consecuti , et eos qui in sua ruditate adhuc permanent , priorem vivendi modum non deserentes, dicunlur isti hodie Turci; illi vero,prisca appellatùme, Turcomanni(0. » Une vieille translation française de l'histoire transmarine de l'archevêque de Tyr, presque contemporaine de l'auteur original (elle est du treizième siècle), rend ainsi le passage que nous venons d'en rapporter ; peut-être ne sera-t-on pas fâché de voir quelle langue parlaient nos pères il y a six
» Wfflermi Tyrensis Archiepiscopi HUtoria rerum in parlibus transma* rinis gestarum, Mb. I, c. 7.
ASIE-MINEURE. [11e SIECLE AP. J.-C.
cents ans : » Li Turc et H Turcamen vindrent d'une racine et issirent d'une terre qui est vers bise quand Ton est en Surie. Si furent gent moult rude et sanz atirement, ne n'avoient nul pais ne nul certein siège et queroient partout pastures à leurs bestes; n'onques n'avoient abité n'en cité n'en chastel. Quant ils voloient aler d'un leu à autre , si aloit touz un lignages par soi ; et avoient fet en chacun paranté un prince qui estoit leur justisiers : par celui estoient amendé tuit li mefFet, et faisoient ce que il commandoit. 11 menoient aveceuls toutes leur choses, leur sers, leur boiasses et bues et vaches et berbiz : en teles choses estoient toutes leur richeces. Nule terre il ne gaengnoient, ne il ne savoient riens acheter ne vendre, quar il n'avoient point de monoie, mès leur bestes , leur fromages et leur lut chanjoient à ce dom il avoient mestier. Quant il avoient esté en un leu et mestiers etoit qu'il alasscnt ailleurs par les pastures, il enveoient des plus sages de leur pueple as princes des terres, et cil faisoient convenance a eux de demorer une pièce en leur bois et en leur pastures par le treu que il lor rendoient selonc ce que il estoit entr'aux accordé... Et avint que cil pueples qui avant estoit si vix et si rudes, et vivoit aussint desatirieement comme bestes, orcnt conquis en moins de 40 anz si grant seignorie com vos oez, et montèrent eu si grant orgueill que il ne vodrent plus avoir non si comme li autre estoient apclé dom il vindrent, einz fur apelez Tur. Li autre qui ne lessierent mie leur manière de vivre furent tozjorz nomez et sont encore Turqueman (0. » Guillaume retrace ensuite l'effrayant tableau des ravages faits par les Turks du sultan de Perse Belfeth (2) « dont l'innombrable multitude couvrait toute la terre, » dans l'étendue entière de l'Asie-Mineure ✓
1 VEstoire de Eracles empereur, et la conqueste de la terre d'Outremer; c'est la translation de l'estoire de Guillaume arcevesque de Sur, Édition donnée par l'Académie des Inscriptions. Paris, I. R. 1844 , in-fol. , p. 22.
» li s'agit indubitablement d'Aboulfétah , fils d'Alparsian et son successeur au trône de l'Irân en 1072, sous le nom de Malek Châh {Deguigncs, Uist. des Huns, t. I, 1" part., p. 242); cependant tous les historiens de l'Orient s'accordent à attribuer à Alparslan lui-même celle expédition dans laquelle l'empereur Romain Diogène fut fait prisonnier (td., t. II, lre part., p. 210 et suiv. ). Au reste, Aboulfélab y accompagnait son père; et ce fut dans cette expédition môme (où ce dernier fut tué), qu'il fut proclamé sultan à la tête de l'armée (û*., p, 214). De là sans doute la confusion.
FONDATION DE l'eMMAU d'iCOMLM.
depuis Laodicée de Syrie jusqu'à l'Hellespont, dans une longueur de trente journées de chemin sur dix à quinze de largeur, s'e m parant des villes, même les mieux fortifiées, détruisant les églises, réduisant le peuple en esclavage, et poursuivant partout l'abolition du culte chrétien (0.
La nécessité de se consolider sur le trône de l'Iran, que lui disputait un compétiteur, avait contraint AbouIfélah-Malck-châh de renoncer momentanément à la conquête déjà fort avancée de l'Asie-Mhieure ; mais en ajournant cette grande entreprise , il était loin de l'abandonner. En 1074, il conféra à Soliman, son proche parent, le commandement des armées destinées à soumettre les pays de /fou m, ainsi qu'on nommait alors dans l'Orient les provinces des empereurs grecs qui se regardaient comme les successeurs des anciens Romains, et il l'investit de la souveraineté de toute la contrée comprise entre l'Euphrate et le Bosphore , à la seule condition que le nouvel empire des Seldjoukides de Roum relèverait de ceux de l'Irân W. u Cette partie de l'empire grec, déjà ruinée par les fréquentes incursions des troupes des khalifes, et ensuite par celles que plusieurs bandes de Turks venaient d'y faire, ne résista pas longtemps aux efforts de cette nouvelle armée. Soliman parvint, sans beaucoup de peine , jusqu'à Nicée, dont il s'empara. Cette ville, autrefois si célèbre par les conciles que les chrétiens y ont tenus, et qui était la capitale de la Bilhynie , devint celle de l'empire lurk (3) et vit ses églises changées en mosquées. Elle servit alors de retraite aux partis turks , qui se répandirent de là dans toutes les provinces voisines et qui osèrent s'avancer jusque sur le bord de la mer, vis-à-vis de Constantinople (*). Alexis Comnène, qui y
1 WHlelmis Tyrensis Àrchiep. Historia rerum transmarin., lib. I, c. 9.
* Gaubil , t. 1 , 1" part. , p. 245 ; t. II , 2e part. > p. 2.
* Les historiens grecs et ceux des "croisades donnent le nom de Persans à tous ces Turks, parce que ces hordes envahissantes sortaient de la Perse. On les nomma plus tard sulthans d'Iconium, quand cette ville fut devenue leur capitale. Jolotille les appelle sultans de Cornue, pour Conte ou lconium. Le vieux traducteur français de Guillaume de Tyr écrit Coine, Licoines, Ycoine, Qoine, avec toute l'irrégularité d'une orthographe non formée cherchant à exprimer une prononciation vicieuse.
* Quod si copiant habuisset navium, dit l'Archevêque de Tyr parlant de Solknan, ipsam urbem regiam sibi procul omni dubio subjecisset; tantum