FONDATION DU ROYAUME DE TRÉBIZONDK
plus préjudiciables à l'empire. Khaï-Kosrou, qui régnai! alors à Iconium. s'empara de plusieurs places importantes de la Phrygie, et les frontières du sulthnnat de Roum s'étendirent notablement de ce côté (0.
La conquête de Conslantinople par les Croisés de 1204 , rétablissement d'une dynastie latine sur le trône de Constantin et la distribution qui se fit alors d'une partie des terres de l'empire, des deux côtés du Bosphore, entre les barons français qui avaient placé la couronne impériale sur le front du comte Baudoin et les Vénitiens qui l'avaient aidé de leurs trésors et de leurs vaisseaux-, ces événements, qui tiennent une si grande place dans l'histoire de la cinquième Croisade, en réclameraient une aussi dans l'histoire géographique d3 l'Asic-Mincurc si les partages réglés par les conventions y eussent jamais reçu une consécration effective 00. Mais il fallait y conquérir, soit sur les Crées, soit sur les Turks, les terres ainsi réparties entre les auxiliaires du nouvel empereur; et les événements ayant pris bientôt un autre cours, nulle expédition ne fut tentée de ce côté. Cependant un fait important se rattache à la révolution byzantine de 1204 : c'est la fondation d'un état grec indépendant dans l'ancienne province du Pont, plus communément désignée par les annalistes byzantins sur le nom de Lazique, état dont Trèbizonde fut la capitale, et qui en frit le nom avec le titre de royaume Le reste des provinces grecques de l'Asie -Mineure , depuis le bas Halys jusqu'au Méandre, continua de reconnaître l'autorité de Théodore Lascaris qui conservait le litre d'empereur, et qui avait choisi Nicée pour sa résidence depuis que le sort des armes avait mis Constanlinople au pouvoir des Latins. Même au milieu de ce grand désastre, les héritiers dispersés de l'empire byzantin s'en disputent avec acharnement les tristes débris. Alexis, le premier roi de Trébizonde, porte ses armes à l'ouest du Halys, et parvient à arracher à Las-
» Lcbcau, t. XVII, nouv. édlt., p. 27.
* Jd.y p. 166 et 175. Comp. ci-dessus, p. 52.
a M. Fallmcrayer, Geschichte des KaUerthums von Trapezunt (Mnnrheu, 1827, in à) . a réuni en un corps d'annales tout ce qui se rattache à l'histoire jusque-là fort obscure du royaume grec de Trébisçonde , qui subsista dans la famille des Comnènes depuis I20r4 jusqu'en Ui62.
caris la Paphlagonie et la Billiynie orientale jusqu'au Sangarios. Mais Trébizonde ne conserva pas longtemps ces deux provinces. Lascaris reprit bientôt après Héraclée et la Bithynie ; et le sulthan d'Iconium , Azzeddïn Kaïkaous, profitant de cette lutte où s'aflaiblissaieut les deux princes grecs, leur enleva en 1214 la place importante de Sinope et toute la Paphlagonie maritime.
La période d'un demi-siècle environ, de 1204 à 1261, qui vit régner à Constanlinople la race des princes latins, fut pour les Vénitiens l'époque de leur plus haute puissance dans le Pont- Euxin. Jamais, depuis les beaux temps de l'Empire romain, cette grande mer intérieure n'avait cessé d'être fréquentée par les navigateurs de l'Italie ; et depuis que Venise, sortie de ses lagunes, s'était élevée au premier rang parmi les cités commerçantes de l'Occident , c'était principalement dans ses mains qu'était passé le commerce de ces plages lointaines , aussi bien que des autres mers de l'Empire grec. Cette souveraineté commerciale avait eu des phases, néanmoins; à diverses reprises, mais particulièrement dans la première moitié du onzième siècle, le Pont-Euxin avait vu flotter deux pavillons rivaux, ceux de Gênes et de Pise, près de l'orgueilleux pavillon de la ville des Doges (0. Cette rivalité fut interrompue lorsque les Vénitiens, tout-puis3ants à Constantinople après l'avènement du comte Baudouin, se furent attribué le monopole presque absolu du commerce de l'Archipel et des ports situés au delà du Bosphore. Gênes, leur rivale la plus redoutable, si elle ne fut pas absolument exc'ue des comptoirs de l'Euxin, dut s'y résoudre à un rôle secondaire. Mais elle eut bientôt après une éclatante revanche : la restauration des empereurs grecs à Constantinople, en 1261 , effectuée avec le secours de la marine génoise comme la conquête latine l'avait été avec l'aide des flottes vénitiennes, valut aux Génois des privilèges plus étendus encore et plus absolus que ne l'avaient été ceux des Vénitiens; et ceux-ci, repoussés à leur tour d'une mer où depuis tant de siècles régnait leur pavillon , se virent contraints de tourner vers d'autres parages leur
1 Pardessus, Tableau du commerce maritime antérieurement à la découverte de l'Amérique en tête de la Collection des lois maritimes antérieures au xvme siècle, in-/». 1831 et a. suiv., 1. 1, p.iv; t. II, p. ix; 1. 111, p*Tn.