VOYAGE DE BEN-BATOUTÀ
Jioumi, à l'extrémité la plus orientale du pays de Roum, non loin des sources de l'Euphrate : quelques-uns la plaçaient en Arménie; Malathïa, près de l'Euphrate-, Ankurïah (Ancyre), avec une citadelle élevée; Ammurïah (l'ancien Amorium), dont le nom figurait dans le annales des Khalifes; Tukat ou Tokat, petite ville à deux journées de Sivas vers le Nord (0. Aboub-Féda nomme encore , mais sans s'y arrêter expressément, Kastamounïah , Sinub, Samsoun et Tarabezoun ou Trébizonde. On voit que, quant à la nomenclature, nous sommes entrés tout à fait dans le domaine de la Géographie moderne.
La même remarque nous est suggérée par la relation du célèbre voyageur arabe dont il nous reste à suivre les courses nombreuses en Asie-Mineure, Abou- Abdallah Ben Batouta. Ben Batouta avait quitté Tanger, sa ville natale, en l'année 725 de l'Hégire (1325 de notre ère) pour accomplir le pèlerinage de la Mekke, devoir sacré que la loi musulmane impose à tout fidèle croyant : de là, le désir de voir le monde le conduisit dans toutes les contrées de l'Asie, jusqu'aux dernières extrémités de l'Orient. Il visita la Turquie (c'est ainsi qu'il nomme l'Asie-Mineure), en 1327 et 1328 , quatre ans avant la mort d'Aboul-Féda. Parti de Ladékhia de Syrie par mer, il vint aborder à Al ai a , sur la côte pamphilienne, ville turque de fondation peu ancienne, et cependant très-fréquentée par les marchands d'Égypte et de Syrie 00; l'idée que nous en donne Batouta s'accorde parfaitement avec
* Abilfedœ Tabula XV 11, latinè facta à J. Reiske , dans le Ma gaz in de Busching, t. V, p. 302 à 305.
* Viagens extensas e dilatadas do célèbre Arabe Abu-Abdallah , mais conhecido pelo nome de Bcn-Batuta. Traducidas por José de Sanlo Anlonio Moura. Lisboa, na typografia da Academia, 1840 , petit in-4 ((. I), p. 361. Cette version portugaise de Ben Batouta est la première qui ait fait passer dans une laugue européenne la relation complète du voyageur arabe; la traduction anglaise du professeur Samuel Lee ( The Travels of Ibn Batuta , tronslated from the abridged arabic manuscript copies preserved in the public library of Cambridge; tvith notes, illustrative of the history , geography, bbtany, antiquilies, etc., by the liev. S. Lee. Lortdon, 1820, in-4) avait été faite non sur l'original même de Batouta, dont il n'existait pas alors d'exemplaire en Europe, mais sur un abrégé très-répandu dans le Levant et en Afrique. Dans la traduction portugaise, les courses du voyageur arabe en Acic-Mineurc occupent de la p. 361 à la p. 420; dans Ja version anglaise, de la p. 68 à la p. 74.
les notions qu'Abouî-Féda en avait recueillies quelques années auparavant de la bouche de plusieurs voyageurs. Elle était possédée par un fils de Karaman.
D'Alaïa, notre voyageur se rend à Satalièh, qu'il nomme jjnadolia (0* il la représente comme une cité vaste, opulente et très-peuplée. Ici Batoula fait mention d'une sorte de confrérie ou d'association établie dans chaque ville où se trouvaient des Turkomans , et qui avait pour objet l'exercice de l'hospitalité envers les étrangers; cette association, qui sans doute ne fut pas de longue durée, car on n'en trouve aucune autre mention, s'intitulait la confrérie des jeunes, et celui qui en était le chef portait le titre de frère W. Le sultan d'Anadolia était Hadro-Bek , fils de Yunas-Bek (»).
La première ville que cite Batouta dans l'intérieur des terres est Bordur ou Bourdur d'où il vient à Akridur M en passant par Sabarta (6\ Akridur était une ville magnifique, bien peuplée, égayée par une multitude d'arbres et de jardins. Le lac d'eau douce sur les bords duquel elle est située a deux journées d'étendue, cl on se rend par la voie de ce lac à Aqkahar (Akchèhr), à Baq-kahar (Yalo-Batch, ou Batch-chèhr?) et à d'autres places des cantons environnants.
Toutes ces villes, de fondation turque pour la plupart, ou qui du moins avaient abandonné leurs dénominations anciennes pour prendre celles que leur imposaient leurs nouveaux maîtres, subsistent encore aujourd'hui sous les mêmes noms qu'au siècle de Batouta. Le sulthan d'Akridur était alors Abou-Ichâk-Begh , fils d'Addardar-Begh , un des principaux chefs de la contrée. • Batouta quitte Akridur pour se rendre à Kara-Hissar^\ petite
4 Une des formes diversement altérées que l'ancien nom û'AUalea a pris dans la bouche des Arabes, des Turks, dos Francs et des Grecs modernes.
5 Voy. les remarques de M. Silvestre de Sacy sur ce passage, Journal des Savants , 1829, p. 482.
8 Hadher, fils de Younis. y oyez ci-dessus, p. 408.
• Bouldour , dans le S.-O. du lac d'Egherdir. «
• Kghcrdir , à la pointe méridionale du lac du même nom (voy. notre carte de l'Asie Mineure).
• Isbarta, non loin des ruines de l'ancienne Sagalassos
7 Le manuscrit sur lequel a été faite la version portugaise donne fautivement Aol-Hessar.