‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 185 sur 189 · VOYAGE DE BEN-BATOUTA · texte numérisé non relu

VOYAGE DE BEN-BATOUTA

ville bien pourvue d'eau , dont le sulthan, Mohammed Tchélébi , était frère d'Abou-lehâk , roi d'Akridur. De Kara-Hissar, changeant brusquement de direction, notre voyageur se rabat au sud-ouest vers le haut Méandre ; et prenant le chemin de Kara- Aqatch, qui est dans la plaine de Godra que parcourent le9 Turkomans, il arrive à ZacW),dontle sulthan était un des plus puissants princes de Roum. De là, Batouta s'enfonce dans les parties intérieures de l'ancienne Carie. Il voit Taouaso (2), puis ;*%/a , et arrive à Milasso (3) , qui est un des meilleurs cantons et des plus grands du pays de Roum, et aussi un des plus riches en eaux vives et en fruits de toute espèce. Le sulthan de Milasso était Ourkhan-Begh al-Mentesché. A 2 milles de Milasso s'élevait une ville de fondation nouvelle, nommée Bargin.

Ici Batouta retourne vers le centre de l'Asie-Mineure, sans avertir autrement ses lecteurs de ce nouveau voyage , que par ces mots : « Nous nous mîmes en route pour la ville de Kounia , cité magnifique, dans un pays bien cultivé, bien arrosé, et orné de nombreux jardins... » Ce pays de Kounia appartenait à Badr^ eddïn fils de Karaman; mais il reconnaissait la souveraineté du sulthan de Babylone, c'est-à-dire des khans mongols de l'Irak (*).

Bientôt Ben-Batouta reprend le cours de ses pérégrinations. 11 visite et décrit Laranda, résidence du sultan Badr- eddïn , fils de Karaman, qui y avait bâti un palais et y avait établi sa . cour; Aksar (Ak-Seraï), une des plus belles villes du pays de Roum, et où il se fabrique une grande quantité de tapis, que Ton exporte dans toutes les contrées de l'Asie; Nakda (Nigdèh), Kaïsaria, Sivas (l'ancienne Sébastê),^massta (l'ancienne

1 L'ancienne Laodicea, dont les ruines portent aujourd'hui, dans le pays, le nom d'Eski-Hissar , ou le Vieux Château.

* Davas, ou Tavas, l'ancienne Tabœ.

» Méiassa, l'ancienne Mylasa.

* Nous savons en effet que danj» les derniers temps des Seidjoukides les Mongols de la Perse avaient établi leur suzeraineté sur les Turks de l'Asie- Mineure ; mais après la dissolution complète d:i sulthanat d'Iconium , les Turkomans de la Cappadoce et ceux du pays de Karaman restèrent seuls assujetti* pour un temps encore à cette vassalité étrangère.

Amasée), Sumosa (») Kemekh (*), sirzanjan, ville presque toute peuplée d'Arméniens; enfin, sfrz-er-Roum, place trèsgrande, que trois rivières traversent. Toutes ces villes, et la vaste étendue de pays où elles sont situées, reconnaissaient l'autorité des khans de Babylone.

11 semble y avoir ici une lacune dans la relation du voyageur; car sans transition aucune il nous ramène des bords de l'Euphrate à l'autre extrémité de la Péninsule , vers les rives de la mer de Roum , l'Égée des temps classiques. Nous nou3 trouvons ainsi transportés tout à coup dans la cité de Berki <3), dont Mohammed, fils d'Aïdïn, était sulthan. Tairata (ou Tira (4 ) était une autre de ses villes. Ben Batouta se rend de cette dernière place à Aiasolouk , où se montraient encore , sous ce nom nou* veau qui avait remplacé le nom si longtemps célèbre d'Éphèse, les vestiges de l'ancienne magnificence de là ville de Diane. Le sulthan d'Aïasolouk était Gadr-Begh , fils de Mohammed, fils d'Aïdïn. De Tira, Ben Batouta vientà Iazmir (Ismir,ou Smyrne), dépendance de la principauté des fils d'Aïdïn. MagnisiaW, Bargama et Balikasri, que le voyageur visite ensuite, appartenaient la première à Sarou-khan, la seconde àlaghikchi-khan, la troisième à Damour-khan. C'étaient surtout ces riches el douces contrées des anciens Hellènes d'Asie qui avaient vu s'élever en plus grand nombre les principautés indépendantes sorties des ruines de l'empire de Seldjouk.

Enfin notre voyageur arrive à Bursa, la résidence déjà splendide du successeur d'Othman. Alors comme aujourd'hui, ses bains chauds y attiraient un nombreux concours de visiteurs de toutes les parties du pays. Orkhan Begh , dit Batouta, est le plus grand des rois Turkomans ; c'est celui de tous qui possède le plus de richesses, qui a la plus nombreuse armée , qui commande à la plus grande étendue du pays. Occupé sans cesse à

1 Le texte porte par corruption Sunosa ou Sunousa. Ce ne peut être que Samsoun, l'ancienne Amisos.

* Kémakh , sur l'Euphrate.

* Birkèh , à quelque dislance au Sud des ruines de Sardes.

4 Selon la leçon plus correcte des manuscrits de M. Lee. C'est Tirèta, sur 11 route de Smyrne à Guzcl-Hissar.

* Magnésie du Slpyle.

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