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dignes de toute l'attention du philosophe et de l'historien, mais sur lesquelles, nonobstant des opinions anticipées, et par cela même contradictoires, la science n'a pas réuni encore assez de documents précis pour se prononcer d'une manière définitive.
Quelle que soit, au surplus, la solution réservée à ce vaste problème par les investigations rigoureuses de la moderne Anthropologie, le fait n'en existe pas moins, éclatant d'évidence , en tête du grand livre de l'histoire universelle, dominant de son incontestable réalité l'incertitude des interprétations et les erreurs mêmes de la science humaine.! Entre toutes les races que des différences natives de couleur, de conformation et de physionomie séparent en groupes profondément distincts, la 1 race blanche se détache par une immense supériorité ; elle s'élève au-dessus de toutes les autres et les domine toutes , non par la force brute de la matière , mais par un ascendant plus puissant et plus durable , celui de l'intelligence. C'est surtout dans le sein de cette race favorisée que Dieu versa le rayon vivifiant de cette intelligence qui élève l'homme au-dessus de la nature matérielle et le rapproche de la source divine d'où il est émané. Des peuples de race différente la devancèrent dans la carrière de la civilisation ; aucun n'y a marché d'un pas aussi ferme et ne s'y est avancé autant qu'elle. Douée à un suprême degré de la faculté d'assimilation, dont les autres races semblent à peine offrir quelques faibles indices, la race européenne — pour réunir dans une grande unité morale les diversités subordonnées— la race européenne, disons- nous, s'est successivement approprié les conquêtes intellectuelles des peuples qui se sont développés dans une autre sphère; et non-seulement elle se les est
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appropriées, mais elle y a prodigieusement ajouté de son propre fonds, elle les a perfectionnées, elle les a étendues par d'incessants efforts. Les nations de race différente — et nous entendons les plus avancées — paraissent à jamais confinées dans un cercle Jimité d'activité et d'intelligence ; l'Européen seul étend son intelligence et son activité jusqu'aux confins de l'infini. C'est en Europe , et en Europe seulement, que se sont accomplis les grands progrès de la civilisation ; c'est là qu'ont eu lieû ou qu'ont été portées à toute leur perfection les inventions et les découvertes qui soumettent la Nature à l'Homme et l'homme à son semblable. C'est là que les sciences ont trouvé leurs plus sublimes spéculations et leurs applications les plus utiles; les arts, leur6 plus admirables chefsd'œuvre ; les lettres, leurs plus magnifiques inspirations : c'est là que l'esprit humain se déploie dans toute sa grandeur et dans tout son éclat.
Cette activité infatigable que l'homme d'Europe porte dans toutes les voies ouvertes à la curiosité humaine, a eu en effet l'Univers entier pour théâtre. Tout ce que l'homme peut rechercher et découvrir, tout ce qu'il lui est donné de savoir et de connaître, l'Européen a voulu le rechercher et le savoir. Sa pensée audacieuse s'est élancée dans les incommensurables profondeurs du monde immatériel, son regard a sondé les espaces infinis où gravitent les astres, ses pas ont sillonné dans tous les sens l'habitation terrestre que Dieu lui a donnée pour domaine. Les mers qui couvrent de vastes parties du Globe ont été pour lui d'impuissantes barrières; des constructions flottantes, œuvres de son génie, l'ont transporté vers les contrées et sous les climats qui semblaient lui devoir rester à jamais étrangers. Il n'a été arrêté ni par les glaces du pôle ni par les
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feux du tropique ; sa curiosité , qui semble s'accroître à chaque découverte , Ta conduit partout où habitent d'autres hommes, il a recherché sous chaque climat les productions du sol pour en enrichir sa propre patrie. Il a mesuré et décrit tous les pays qu'il a visités. Il s'est élevé sur les plus hautes montagnes pour y observer les phénomènes de l'atmosphère qui nous enveloppe; il est descendu dans les entrailles mêmes de la terre pour en connaître la formation et en rechercher l'origine. La Nature tout entière, dans sa vaste étendue et dans son infinie diversité, est ainsi devenue pour l'Européen un immense champ d'études qu'a fécondé sa haute intelligence, et dont les limites se reculent incessamment devant lui.
Parmi toutes les nations et toutes les races qui partagent avec l'Européen l'habitation du Globe , lui seul a donc porté sa pensée et ses investigations au delà des bornes étroites de sa contrée natale. Les peuples mêmes les plus anciennement civilisés de l'Asie, les Hindous et les Chinois, n'ont jamais étendu leurs connaissances bien loin au delà des mers ou des montagnes qui les bornent : pour eux, tout l'univers est dans leur patrie. La patrie de l'Européen , c'est le monde. Isolé par sa religion et ses institutions, repoussant l'étranger qu'il craint par instinct de faiblesse et qu'il méprise par ignorance, l'Asiatique aurait pu voir s'accumuler encore des milliers d'années avant de sortir de cet isolement moral qui l'eût condamné à une éternelle enfance, si nos navigateurs n'avaient été lui apprendre qu'au delà des mers qu'il regardait comme les dernières limites du monde, il existe d'autres contrées plus vastes que celles qui lui étaient connues, et d'autres peuples plus industrieux, plus sa-
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vants et plus puissants. Des mobiles de plus d'une sorte ont poussé l'Européen vers les climats étrangers. Tantôt le désir de la gloire et l'ambition des conquêtes l'ont conduit à d'aventureuses entreprises sur les pas d'un Alexandre ; plus fréquemment, la puissante incitation de l'esprit de commerce lui a fait chercher au loin de nouveaux débouchés et de nouveaux éléments d'échange, ou le zèle de nos missionnaires a porté la parole de l'Évangile au milieu des peuples étrangers à notre foi j enfin , l'amour de la science , non moins ardent et non moins intrépide , a eu comme le prosélytisme religieux ses missionnaires et ses martyrs. Mais quelle qu'ait été l'origine de nos courses lointaines, ambition , commerce, zèle religieux ou curiosité scientifique , la somme des connaissances générales s'en est incessamment accrue , et la civilisation y a gagné de nouveaux progrès. Et qu'on ne demande pas si notre apparition parmi les nations des autres parties du monde a contribué en effet à leur bonheur et au nôtre. Dieu, en jetant h la surface de notre Globe les agglomérations d'hommes qui s'y développèrent, n'a pas vflulu qu'elles y demeurassent éternellement isolées : le progrès est de l'essence humaine , et la condition du progrès c'est le contact. La race qui s'est faite en quelque sorte la chaîne vivante de cette communication universelle , est donc celle qui répond le mieux aux vues éternelles de la suprême Intelligence.
Une nation orientale précéda cependant tes peuples de l'Occident dans la carrière des explorations lointaines : ce sont les Arabes. Sous le nom de Phéniciens, qui appartenait à une de leurs branches, les Arabes accomplirent très- anciennement d'importantes découvertes maritimes , de même qu'après l'apparition de Mohammed
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ils exécutèrent de nombreux voyages dans une partie considérable du monde connu. Mais c'est que les Arabes appartiennent eux-mêmes à la souche des peuples blancs, en qui sont innés le besoin du mouvement et la passion des découvertes; ce sont les Européens de l'Asie, s'il est permis de rapprocher deux dénominations qui semblent s'exclure. Toutefois , aucune des nombreuses ramifications de la race arabe ne se trouva placée sous des conditions parfaitement favorables au complet développement des qualités qui la distinguent ; l'esprit asiatique les a toujours plus ou moins comprimées, et la civilisation générale n'en a pas retiré tout le fruit qu'elle semblait en devoir attendre.
C'est en Grèce seulement, au sein de cette race hellénique si heureusement douée , que nous apparaît l'astre qui va désormais guider l'Humanité dans les voies du progrès intellectuel ; c'est là que nous voyons naître et grandir la civilisation expansive de l'Occident, devant laquelle pâliront bientôt les civilisations concentrées de l'immobile Orient. Dès leurs premiers pas dans la carrière brillante qu'ils se sont ouverte, les»Hellènes montrent ce qu'ils vont être et ce que seront après eux les peuples auxquels se transmettra leur riche héritage. C'est une chose assurément digne de remarque que leur plus ancienne tradition épique , celle de l'expédition à demi fabuleuse des Argonautes, soit une relation de voyage; et le second poëme de l'immortel Homère, l'Odyssée , n'est lui-même , on le sait , que le récit des courses de deux des chefs de l'armée grecque dans toute l'étendue du monde alors connu , après la destruction du royaume de Priam.
C'est donc à l'antiquité hellénique que remonte ce que
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Ton peut nommer la littérature des voyages; dès le 6° siècle avant notre ère , plus de 50 ans avant Hérodote, les Grecs de l'Asie Mineure , précurseurs de ceux d'Europe , avaient des Périodes et des Périples où étaient décrits les pays que des voyageurs avaient visités , et surtout ceux que fréquentaient les navigateurs. C'était principalement aux rivages de la Méditerranée, depuis les côtes phéniciennes jusqu'aux colonnes d'Hercule , que se rapportaient ces premiers monuments de la science géographique. Le nombre s'en accrut considérablement lorsque les expéditions d'Alexandre eurent ouvert l'Asie à l'avide curiosité de ses compatriotes, et plus encore après la vaste extension des armes romaines. Mais c'est surtout dans les temps modernes, depuis la fin du quinzième siècle, époque mémorable où la double découverte du Nouveau-Monde et du passage aux Indes par le sud de l'Afrique fournit un plus vaste champ à la passion toujours croissante des Européens pour les entreprises lointaines, c'est surtout depuis cette époque que la littérature des voyages a pris de larges proportions. Le génie des découvertes, longtemps emprisonné dans d'étroites limites au sein de l'obscurité du Moyen-Age, s'élança d'un vol rapide vers les nouveaux horizons qui s'ouvraient devant lui, et plana bientôt sur le Globe tout entier. Chaque année , depuis lors , a vu la connaissance de la terre et des peuples qui l'habitent s'enrichir de quelque observation nouvelle. Le nombre des voyageurs ne tarda pas à s'accroître, et, en même temps que le nombre des voyageurs , celui des relations où beaucoup d'entre eux déposaient à leur retour le récit de leurs longues pérégrinations. Aux yeux sévères de la critique, ces anciennes relations sont loin sans doute d'être toutes
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de même valeur; néanmoins il en est bien peu, même parmi les moins importantes, qui n'apportent leur tribut à la masse commune, et qui ne réclament une place, si humble soit-elle, dans les archives de l'histoire géographique du Monde.
Dans les premiers temps qui suivirent les découvertes de Christophe Colomb et de Vasco deGama, les relations de voyages étaient loin, cependant, d'offrir les amples développements que ces sortes d'ouvrages ont pris plus tard. Nos premiers découvreurs étaient gens plus entendus à tenir le gouvernail ou à manier l'épée qu'à se servir de la plume ; et quand ils se décidaient à mettre par écrit ce qu'ils avaient vu ou ce qu'ils avaient fait, quelques pages leur suffisaient d'ordinaire pour raconter leurs courses périlleuses et leurs lointaines découvertes. Si cette sobriété avait ses avantages, elle avait aussi ses inconvénients. L'un des plus grands était d'exposer de minces volumes à se perdre ou à se détruire aisément : l'excessive rareté de ces relations originales , après un laps de moins de trois siècles et demi , nous prouve assez aujourd'hui que cet inconvénient était réel. On ne tarda pas à le sentir ; et des hommes zélés pour la géographie espérèrent en prévenir les suites en réunissant ces opuscules épars dans des Recueils où ils se conserveraient plus aisément. Le plus ancien de ces Recueils est celui du Yincentin Montalboddo Francanzo , imprimé à Vicenceen 1507 , sous le titre de Paesi novamente relrovati, dans l'année même qui suivit la mort de Christophe Colomb. Il se compose de six morceaux traduits du portugais et de l'espagnol , et comprend les navigations des Portugais le long des côtes de l'Afrique depuis le célèbre voyage de Ca da Mosto en 1454 jusqu'à la découverte
du cap do Bonne-Espérance en 1 480 ; les premières navigalionsde la même nation dans l'Inde à partir de 1497 ; enfin , les navigations de Christophe Colomb et d'Americ Yespucc au Nouveau-Monde, Le tout ne forme encore qu'un petit volume in-4" de 126 feuillets.
Cette première collection fut suivie successivement, dans le cours du seizième siècle, de plusieurs autres Recueils analogues de plus en plus considérables. Le pre- "mier dans l'ordre des dates est celui que Samuel Grynœus donna à Baie en 1532, sous le titre de Novus Qrbis regionum ac insularum Veteribus vwogn'uarum, en un volume petit in-folio. Le second , plus célèbre que les précédents, et dont le mérite, chose rare, surpasse encore la célébrité , est celui du laborieux et savant Ramusio , dont le premier volume parut en 155Q , et les deux autres en 155G et 1559, Le troisième est le Recueil beaucoup trop vanté des frères de Bry , publié à Francfort-sur-le- Mein de 1590 à 1034, eu vingt-sept parties in-folio divisées en deux séries, Tune, dite des Grands Voyages, consacrée à l'Amérique ; l'autre, dite des Petits Voyages, à l'Afrique et aux Indcs-Orien taies. Enfin, un Recueil allemand , exclusivement composé de voyages par mer traduits du néerlandais et de l'anglais, fut publié à Nuremberg de 1598 à 1650 , en vingt-six volumes in-4°, par le libraire lev'mus Hulsius et ses héritiers.
Jusque-là les collecteurs avaient pu donner à leurs Recueils un certain caractère d'universalité que leur permettait le nombre encore modéré des relations publiera par les voyageurs; mais peu à peu la matière venant à, déborder de toutes parts, les Collections ultérieures durent être resserrées dans de plus étroites limites. Il fallut dès lors s' imposer un choix dans le nombre toujours crois-
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sant des relations, et très-souvent en outre y faire des retranchements, détenninés ou par le goût de l'éditeur ou par la place dont il disposait. Tel est le nouveau caractère de la généralité des collections de voyages du dix-septième et du dix-huitième siècles. L'Anglais Hakluyt, dans ses trois épais volumes donnés en 1599 et 1600, se limita aux voyageurs de sa nation; Purchas, son continuateur (1625-26, 5 volumes in-folio), bien qu'ayant adopté un plan beaucoup plus étendu, ou plutôt même à raison de l'étendue de son plan, ne donna dans leur entier qu'un petit nombre de relations. Son Recueil n'en est pas moins , avec ceux de Hakluyt et de Ramusio, le plus précieux répertoire que l'on ait à consulter aujourd'hui pour l'histoire des découvertes géographiques jusqu'à la fin du seizième siècle. Nous devons réserver aussi une place fort honorable, quoique sur une ligne inférieure, à la collection française de Melchisedech Thévenot, publiée de 1663 à 1672 en quatre parties in-folio.
Nous n'entreprendrons pas d'énumérer tous les Recueils de voyages édités en Angleterre , en France , en Allemagne et en Hollande dans le cours des deux derniers siècles et depuis le commencement du siècle actuel ; il nous suffira de rappeler, parmi les plus dignes d'attention , le Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement et aux progrès delà Compagnie hollandaise des Indes-Orientales, 1702 et années suivantes; les Collections anglaises de John Cliurchill et de Harris , la première donnée en 1704 en quatre volumes in-folio et augmentée de deux volumes en 1732; la seconde publiée en 1705 en deux volumes in-folio et fort augmentée en 1744 ; le Recueil hollandais du libraire Van der Aa, 1706, huit volumes in-folio; le Recueil des Voyages au Nord, 1715 et années
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suivantes ; le Recueil des voyages faits en Asie du douzième au quinzième siècle , publié sous le nom de Bergeron en 1729, deux volumes in-4° ; la Collection anglaise de Thomas Astley, 1745, quatre gros volumes in-4° ; les excellents recueils maritimes d'Alexandre Dalrymple, 1770 et 1775 ; l'intéressante collection allemande des Voyages au Levant, de Paulus, 1792 et années suivantes; enfin, pour terminer une énumération que nous n'avons pas voulu grossir de beaucoup d'ouvrages moins importants, le précieux Recueil de Voyages, Relations et Mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de C Amérique, donné de 1837 à 1841 par M. H. Ternaux-Gompans , en vingt petits volumes in-8°.
De toutes ces Collections plus ou moins utiles, il n'en est qu'une sur laquelle nous nous arrêterons ici plus particulièrement : c'est celle que l'on désigne communément sous le nom de l'éditeur , Th. Astley.
Celle-ci a en effet pour nous un intérêt spécial , comme étant le point de départ et le modèle de toutes les histoires des Voyages publiées en France depuis un siècle. L'abbé Prévost , déjà connu par le succès de ses romans et la fécondité de sa plume , se proposa, dès l'apparition des premiers cahiers de l'ouvrage anglais, d'en donner une traduction française , soutenu dans' cette grande entreprise par les encouragements et les secours de tout genre du chancelier d'Aguesseau et du ministre de la marine , M. de Maurepas. Le premier volume in-4° de l'abbé Prévost parut en 1746 , avec beaucoup d'estampes gravées d'après les dessins du célèbre Cochin , et des cartes géographiques dressées par M. Bellin , ingénieurgéographe de la marine. Les volumes se succédèrent sans interruption jusqu'au t. XV, qui parut en 1759; les II. h