‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 40 sur 189 · AV. J.-C. ] CTÉSIAS. XÉXOPUOS. ALEXANDRE · texte numérisé non relu

AV. J.-C. ] CTÉSIAS. XÉXOPUOS. ALEXANDRE

au-dessus de celle-ci pour le tracé de l'itinéraire, l'exactitude des détails et l'intérêt des remarques sur le pays et les habitants. Si Xénophon , par cette admirable relation , ne recula pas les bornes des connaissances géographiques de ses compatriotes, il 1rs perfectionna du moins pour les pays qu'il avait parcourus, et il laissa uivexcellent modèle à ceux qui viendraient après lui.

Nous touchons à un événement qui marque une grande époque dans l'histoire géographique de l'Asie, à la conquête de la mo- 33* narehie persane par Alexandre. Les marches du héros maeédo- * iiien ne le portèrent pas, à la vérité, sauf sa pointe malheureuse contre les Scythes au delà de l'Oxus, hors des provinces de la monarchie persane déjà décrites par Hérodote et par Ctésias niais indépendamment de la connaissance infiniment pins précise et plus détaillée qu'en donnèrent les ingénieurs attachés à l'armée dans ce but tout spécial , le grand résultat de l'expédition macédonienne fut d'ouvrir l'intérieur de l'Asie aux Euro*péens, et de préparer ainsi des découvertes plus faciles aux générations à venir. C'est là pour nous son caractère essentiel. Envisagé dans ses rapports avec l'histoire générale de l'humanité, cet immense événement serait fécond en considérations d'une plus vaste portée 5 à notre point de vue plus restreint, nous n'y devons chercher que son influence sur l'extension et le perfectionnement de la connaissance de l'Orient chez les Européens.

Nous ne suivrons pas Alexandre dans ses marches rapides du Granique à Issus, d'Issus à Memphis et au temple de Jupiter Hammon, puis de l'Égypte à Arbèles où se décida le sort de Darius, et d'Arbèles en Baclriane où la poursuite des débris do l'armée persane conduisit les Macédoniens. Les provocations des hordes scylhes les attirèrent jusqu'au Jaxartes; mais leur chef avait en vue un plus noble but que le châtiment de quelques barbares. La conquête de l'Inde, de ce pays situé aux derniers confins du Levant et dont on racontait tant de merveilles, était devenue pour Alexandre une pensée dominante. L'armée repassa l'Oxus, traversa la Ractriane, franchit les montagnes du Paropamise , et atteignit enfin l'Indus. Une place nommée Taxila, que l'on a cru reconnaître dans la moderne Attok, fut

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choisie pour lieu de passage. Les Macédoniens étaient alors entrés dans cette contrée qui a reçu son nom hindou de Pcndj-âb des cinq grandes rivières qui l'arrosent. Sur les bords de la première de ces cinq rivières, l'Hydaspès, Alexandre trouva un roi du pays, Porus (0, disposé à lui disputer le passage-, la victoire que remportèrent les' Macédoniens leur livra le Pendj-âb tout entier, et leur ouvrit le chemin du Gange. La renommée de cette rivière si célèbre dans l'Hindoustan était certainement arrivée jusqu'à Alexandre , et l'on ne saurait douter qu'il n'eût conçu le projet de comprendre les riches pays qu'elle arrose dans les limites de son empire; mais les murmures de ses soldats, excédés de fatigues au milieu de la saison des pluies où l'on était alors, le contraignirent de renoncer à son dessein. Son imagination , avide de tout ce qui était grand et hors de la ligne commune, se reporta vers les mers inconnues du midi de l'Asie. Soit qu'il eût dès lors , comme on l'a dit , le projet de jeter les fondements d'un commerce régulier entre l'Égypte et l'Inde , soit que son seul but fût de reconnaître des régions encore inexplorées, laissant aux circonstances ultérieures à fixer ses résolutions, il n'eut plus qu'une pensée : voir l'Océan. Une flotille de deux mille bâtiments de transport fut construite au lieu même où l'on se trouvait; et l'armée tout entière , embarquée après de solennels sacrifices offerts aux dieux protecteurs, descendit ainsi l'Hydaspès, l'Akesinès et l'indus jusqu'à l'issue de l'immense Delta où le fleuve divisé se perd dans l'Océan. Après avoir joui de ce spectacle grandiose, Alexandre régla les dispositions du retour. La flotte, sous les ordres de ISéarque, longerait la côte en se dirigeant à l'ouest pour gagner les bouches de l'Euphrate, tandis que l'armée , conduite par Alexandre lui-même, suivrait par terre une direction parallèle , s'éloignant aussi peu que possible de l'escadre. Le journal de Néarque, qu'Amen nous a conservé en môme temps que le récit des marches de l'armée, est un document précieux pour l'histoire de l'ancienne navigation. Les relations du peu de voyageurs modernes qui aient visité ces contrées inhospitalières, comparées à

1 La véritable forme de ce nom est Pouâr. On le trouve encore parmi les chefs de la tribu guerrière des Radjpoùts.

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celle de l'historien grec, montrent que rien n'y est changé depuis deux mille ans, ni les habitants, ni le pays. Ce que les soldats eurent de souffrances à endurer au milieu des sables de la Gédrosie, sous le soleil ardent du tropique, est indescriptible; ce ne fut qu'après de grandes pertes et des privations inouïes que l'on gagna les terres moins arides de la Caramanie, le moderne Kermân. La flotte n'eut guère moins à souifrir durant son trajet de cinq mois le long d'une côte barbare et dans une mer inconnue; enfin Néarque atteignit Armozeia, à l'entrée du golfe Persique. Ici la partie pénible du voyage était terminée; le reste de la route jusqu'aux bouches de l'Euphrate, au fond du golfe Persique, longeait une côte connue, bien peuplée, et pouvant fournir abondamment à tous les besoins de l'équipage. L'amiral fut informé à Armozeia que l'armée ne se trouvait qu'à la distance de cinq journées; il se hâta de se rendre au camp. Alexandre, en l'apercevant, ne put retenir ses larmes, car depuis longtemps il désespérait du sort de la flotte, et sa première pensée fut que Néarque était échappé seul au désastre. Mais lorsqu'il apprit l'heureuse issue du voyage, les larmes de douleur se changèrent en larmes de joie , et le roi protesta que la conservation de sa flotte le rendait plus heureux que la conquête de l'Asie.

Alexandre songeait à compléter l'exploration de l'Océan méridional en faisant achever la reconnaissance du pourtour de l'Arabie et celle de la mer Rouge; mais la mort inopinée du héros arrêta l'expédition déjà commencée. L'établissement d'une navigation suivie entre l'Inde et l'Égyptc était réservée aux Ptolémées.

Bien qu'Alexandre n'ait pas pénétré au delà du Pendj-âb , les observations des officiers intelligents qui l'accompagnaient donnèrent à l'Europe une idée beaucoup plus exacte qu'on ne l'avait auparavant de l'aspect du monde hindou. Ce qui semble avoir frappé d'abord Alexandre et ses compagnons est l'aspect grandiose sous lequel la nature s'y présente. L'Indus leur parut surpasser par la masse de ses eaux le Nil et le Danube, les deux fleuves les plus considérables de l'Occident; outre qu'un nombre considérable d'affluents, pouvant rivaliser avec les plus grandes rivières de l'Europe, lui apportaient le tribut de leurs

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eaux réunies. On disait le Gange plus large encore que l'Indus. La chaîne de l'Imaûs, et les neiges éternelles dont elle est couverte, et les pics énormes qui la eouronnent, ne restèrent pas inconnus à Alexandre, quoiqu'il ne les ail pas visités. Il semble que les Macédoniens aient été particulièrement frappés de la grandeur gigantesque des arbres dont cette région est ombragée. On en citait un qui aurait pu, disait-on, abriter de ses rameaux une armée toute entière. Quelque prodigieuses que k soient les dimensions de certains arbres des forêts du Haut- Ilindoustan, on ne peut disculper ces rapports d'un peu d'exagération. Le cotonnier parut aussi aux Crées un singulier phénomène -, ils remarquent avec étonnement que « les arbres » fournissent l'habillement des Indiens, » el que « la laine croît >» sur les arbres. »» Parmi les animaux , leur attention s'arrêta particulièrement sur l'éléphant, inconnu en Europe et dans l'ouest de l'Asie, landis que chez les Indiens ce géant de la nature animée est d'un si fréquent emploi , tant dans les armées que dans les pompes royales.

Mais parmi les indications conservées par les historiens d'Alexandre, les plus intéressantes sont celles qui se rapportent aux usages et aux institutions de la nation. Nous voyons par ces rapports que les Hindous, sur tous les points essentiels, étaient exactement ce qu'ils sont aujourd'hui. L'institution des castes, et le lien qui attache chaque individu à celle où il est né, paraissait avoir eu alors la même force que de nos jours. Là prééminence de la caste sacerdotale, et les marques particulières qui la distinguent au milieu de la nation , ces deux traits qui ont longtemps prédominé dans la société hindoue, excitèrent également la surprise et la curiosité des conquérants. D'autres faits furent pareillement notés, qui montrent combien sont immuables, chez cetle antique nation, certaines particularités de ses habitudes et de ses mœurs. Tel est l'usage de brûler les veuves après la mort de leur mari ; le mariage des femmes dès l'âge de sept ans; le culte du Gange; l'usage exclusif des végétaux pour nourriture , et d'autres faits en grand nombre qui sont exactement aujourd'hui ce qu'ils étaient . il y a vingt-deux siècles. 11 ne paraît pas que dans leur passage rapide les Macédoniens aient recueilli aucune notion

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sur la littérature des Hindous, non plus que 6ur leurs livres sacrés (0.

Au nombre des fructueux résultats de l'expédition d'Alexandre pour l'avancement général dis connaissances humaines, il faut accorder une large place à ceux des ouvrages d'Aristolc qui ont les sciences naturelles pour objet. Précepteur de la jeunesse d'Alexandre, Aristote avait fait germer dans l'esprit de son illustre disciple un goût éclairé pour les sciences que n'étouffa pas en lui la passion des conquêtes. L1 Histoire des Ani- • maux, la plus belle œuvre peut-être du philosophe de Stagirc, fut principalement due, on le sait, aux richesses inattendues que l'accès de l'Asie intérieure faisait entrer dans le domaine du naturaliste; on a même prétendu, non sans quelque vraisemblance, qu' Aristote- avait visité, sur les pas de l'armée macédonienne, quelques-unes au moins des contrées où elle pénétra. S'il était bien établi , ce dont on a de fortes raisons de douter, que le traité attribué à Aristote sous le titre du Monde, rap? Kos- [lo'j, fût en effet de lui , au moins dans l'état où ce traité nous est parvenu, le nom du précepteur d'Alexandre se rattacherait d'une manière encore plus directe à l'histoire géographique de l'Asie; car on y trouve quelques détails qu'aucun document antérieur ne nous avait encore présentés. C'est ainsi que le nom de la Taprobane, la moderne Ccylan , s'y trouve mentionné pour la première fois. 11 ne serait pas impossible, toutefois, quoique l'Inde méridionale fût restée complètement en dehors de la route d'Alexandre, que des renseignements sur ces contrées du Midi eussent été recueillis dans l'armée macédonienne. N'oublions pas qu'aucun des documents originaux de l'expédition ne nous est intégralement parvenu , et que nous ne devons qu'à des extraits plus ou moins tronqués ce qui en est arrivé jusqu'à nous.

Dans le partage des immenses conquêtes macédoniennes entre les généraux du conquérant , la haute Asie , depuis les provinces de l'Indus jusqu'à la Cappadoce , échut à Sélcucus ; l'Égypte, avec Chypre et la Syrie, à Ptolémée. L'un et l'autre

i H. Murray, Historical Account of Oiscovertes and Travels in Asia, t. I, p. 24.

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devint dans ces riches contrées la tige d'une dynastie célèbre ; tous deux, poursuivant les projets interrompus d'Alexandre, contribuant par leurs entreprises , ou guerrières ou commer- 3oû. ciales, à l'avancement de la géographie de l'Orient. Une armée macédonienne , appelée dans les parties orientales du haut Hindouslan par les hostilités du roi de cette contrée, Sandracotta parait avoir pénétré jusqu'aux provinces gangétiques; malheureusement aucune relation de cette campagne ne nous a été conservée. Nous savons du moins qu'obligé de rappeler son armée dans l'ouest de l'Asie, Séleucus désigna Mégasthènes pour aller négocier la paix à la cour de Sandracotta , et que des renseignements fort étendus sur toute la péninsule de l'Inde furent le fruit de cette ambassade. Les richesses de l'empire de Sandracotta, et sa population immense, sont décrites dans les termes d'une haute admiration, ainsi que la vaste cité de Palibothra sa capitale -, et l'on sait d'ailleurs que les noms de Tchan- Jra-Goupta et de Pali-Poûlra sont en effet célèbres dans les chants historiques de l'antique Hindoustan. Patrocle, commandant de la flotte de Seleucus , donna , dans le môme temps, une relation des contrées méridionales de l'Asie, où se trouve la première mention authentique de Ceylan sous le nom de Taprobane. La teinte fabuleuse qui avait autrefois dominé dans les récits d'Hérodote et de Ctésias n'était pas entièrement exclue de ces relations nouvelles de contrées où tout frappait, par sa nouveauté, l'ardente et mobile imagination des Grecs. Mais la philologie moderne, nous l'avons dit, jointe à l'observation attentive du pays, adonné, dans plus d'un cas, l'explication satisfaisante de prétendus faits que le bon sens rejetait comme impossibles. C'est ainsi que dans le nom des Atchâmi, puissante tribu qui habite un canton montagneux non loin du Gange, on a reconnu les AorojAiot, ou hommes sans bouche, de Mégasthènes ; c'est ainsi que les habitudes de quelques tribus montagnardes du nord, qui aiment à se vêtir de peaux d'animaux , et qui en conservent la tête en guise de coiffure pour inspirer plus de terreur ù leurs ennemis , ont conduit à l'explication la plus naturelle de l'antique fable des Kuvoxicp aXot , ou hommes à tête de chien. De même , le nom de Koûta-Bourrâka , pic élevé du Caucase indien , se transforma chez les Grecs en Ko(tt) Bopéou,

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la couche de Borée; et du mont Déva-Nichî on fit le lieu de naissance de Dionousos, le Bacchus grec.

La tentative année de Sélcucus vers la région du Gange fut la dernière que firent les Grecs dans cette direction. A partir de ce jour, c'est surtout aux relations suscitées par le commerce que sont réservées les découvertes qui doivent compléter pour nous la connaissance du monde asiatique.

Dès le temps des Plolémées d'Égypte , c'est-à-dire durant les trois siècles qui ont précédé notre ère , de notables progrès eurent lieu dans cette nouvelle voie de découvertes commerciales. Des rapports réguliers s'établirent entre l'Égypte et l'Inde peu après l'avènement de la nouvelle dynastie grecque au trône des Pharaons, et se continuèrent, sans interruption , après le passage de TÉgypte sous la domination romaine, jusqu'à l'époque où l'apparition des Musulmans sur la scène politique vint donner une nouvelle face à l'Asie occidentale. Ces rapports, il est vrai , n'eurent longtemps lieu que par l'entremise des Arabes de l'Yémen. Ceux-ci n'avaient pas cessé, depuis une très-haute antiquité, de pratiquer la navigation de l'Inde , et nous les retrouvons ici ce qu'ils avaient été au temps de la splendeur des Phéniciens, les courtiers du commerce de l'Occident avec l'Orient. Mais lorsque les négociants romains de l'Egypte connurent la nature et les époques des vents périodiques qui régnent sur la mer des Indes et sur la mer Rouge, ce qui eut lieu, dit-on, vers le milieu du premier siècle après J.-C, leurs bâtiments ne craignirent plus de s'abandonner en haute mer au souffle régulier de ces moussons du tropique , et leurs voyages dans l'Inde se firent dès lors sans intermédiaires. Les bénéfices s'en accrurent dans une proportion énorme , et l'activité de relations si profitables ne put que s'en augmenter.

Pendant près de neuf cents ans, depuis l'avénemcnt des Ptolémées jusqu'à l'époque de Mohammed , le commerce extérieur de l'Occident se porta principalement sur ce point; et ce commerce avec l'Inde , qui alimenta longtemps la sensualité raffinée en même temps que le luxe presque fabuleux de Rome , fut poussé durant les derniers siècles avec une très-grande activité. On aurait donc lieu de s'étonner qu'une navigation si longtemps suivie dans ces régions de l'Inde n'ait pas amené dès lors

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une connaissance exacte et détaillée des parties sud-est de l'Asie, si Ton ne savait que les Anciens ne furent pas comme nous mus par ce sentiment de curiosité purement scientifique qui nous porte à étendre incessamment le cercle de nos découvertes. Chez eux, tout était essentiellement pratique 5 et leurs marchands, satisfaits d'un négoce dont les profits étaient certains et très-considérables, ne songeaient pas à porter plus loin dans l'est des explorations dont le résultat commercial était inconnu. Ces explorations, d'ailleurs, étaient beaucoup plus périlleuses alors et beaucoup plus difficiles que de nos jours, où nos marins ont pour eux le secours précieux de la boussole et celui d'une navigation prodigieusement perfectionnée.

L'examen comparé des documents géographiques de cette longue période comprise entre la mort d'Alexandre et rétablissement de la puissance musulmane, permet de suivre, en quelque sorte siècle par siècle, le progrès des connaissances que les Grecs d'abord, et ensuite les Romains, recueillirent sur les parties orientales de l'Asie. Ces progrès eussent sans doute été plus rapides si l'isolement des provinces bactriennes, démenbrées de l'empire des Séleucidcs au milieu du troisième siècle avant notre ère, n'eût élevé en quelque sorte une nouvelle barrière entre le centre de l'Asie et les contrées de TOccidcnt. Nous ne consignerons ici de cet examen que les résultats sommaires ; les détails ont trouvé leur place ailleurs (0.

Memphis, la vieille capitale des Pharaons, avait perdu son rang de métropole de l'Égypte, remplacée par la ville qu'Alexandre avait fondée, dans une admirable situation, à la pointe occidentale du Delta. En faisant d'Alexandrie le siège de l'Empire, les Ptolémées y appelèrent les littérateurs et les savants de toutes les parties de la Grèce ; bientôt celle ville devint le foyer des lumières de l'Occident. La science géographique, à laquelle les conquêtes macédoniennes avaient donné une puissante impulsion, y fut particulièrement en honneur, aidée surtout dans ses nouveaux progrès par les matériaux recueillis pen-

1 Nous sommes fréquemment dans le cas de renvoyer le lecteur à notre premier volume , où tous les faits et tous les documents de l'ancienne géographie grecque et romaine sont classés et discutés dans un ordre rigoureusement chronologique.

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ASIE d'ÉRATOSTHÈNES.

dant les expéditions d'Alexandre , et pouvant compulser aussi les écrits si longtemps inaccessibles de Babylone et de Tyr, qui avaient été transportés dans la bibliothèque de la nouvelle capitale. C'est principalement comme géographes qu'Ératosthènes et Agatharchides, tous deux conservateurs de ce riche dépôt de toutes les connaissances humaines, laissèrent un nom que leurs contemporains ont transmis à la postérité. Ératosthènes tenta le vers 200. premier de donner à la géographie une forme et un corps j le premier il essaya de constituer en science régulière ce qui n'avait été jusque-là qu'un amas incohérent de notions sans lien commun. Les fragments qui nous restent de sa description de la Terre montrent qu'un siècle de rapports entre l'Égypte et l'Inde n'avait encore donné, quant à la géographie naturelle, qu'une connaissance imparfaite de cette grande presqu'île. La côte orientale du Dékan forme l'extrême limite des notions positives d'Ératosthènes ; encore la partie de cette côte la plus avancée au nord n'avait-elle pas été reconnue^ car le géographe deCyrène semble présumer, plutôt qu'il ne le sait positivement, que le Gange a son embouchure sur cette côte. Au delà, il croyait que le littoral extrême du continent asiatique continuait de se prolonger dans cette direction sud-nord , et que s'infléchissant ensuite vers l'ouest ou le nord-ouest , à la hauteur à peu près du nord delà mer Caspienne, elle allait plus loin se lier aux côtes septentrionales de l'Europe, qu'un navigateur marseillais, Pythéas, avait parcourues en partie peu de temps avant Alexandre. On voit que dans l'idée très-rétrécie qu'Ératosthènes se fait des bornes orientales et septentrionales du Continent, non-seulement la péninsule trans-gangétique , mais encore la Chine entière, plus de la moitié de l'Asie centrale et la vaste étendue des plaines sibériennes sont occupées par son Océan oriental. Néanmoins, malgré cet immense rétrécissement de l'Asie sur la mappemonde du géographe de Cyrène , nous serions portés à croire, avec un écrivain anglais (0, que bien que le Crées n'eussent pas pénétré au delà des frontières de l'Inde et de la Scythie, les rapports qu'ils y eurent nécessairement avec des marchands venus par le nord du Tibet des parties plus orientales,

* H. Murray, Travsls and Discnvery in stsia. I, ft75.

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