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avaient pu leur donner une notion vague de cet Océan qui limite le Continent à l'est et au nord, sans que toutefois ils eussent été à même de se former une juste idée de la forme non plus que de l'étendue des contrées intermédiaires.
Éralosthènes avait cependant appris qu'à une distance considérable au delà de l'Inde , il existait une ville nommée Thinœ , capitale d'une grande nation commerçante. Qu'il faille chercher sur la côte d'Ava ou de Siam l'application de ce nom qui a fort exercé la sagacité des critiques modernes , ou , ce qui paraît plus probable, que l'on doive y reconnaître le nom même de la Chine, où régnait alors la dynastie des ïhsin, qui, selon l'usage invariable, avait transmis son nom à l'empire, toujours est-il que déjà de vagues indices, dus aux peuples avec lesquels les Grecs se trouvaient en contact aux limites extrêmes de leurs voyages dans l'est , révélaient l'existence de régions plus orientales. C'est la lueur encore incertaine qui précède à l'horizon la clarté du jour.
APEèsJ.-C. Strabon, qui écrivait peu de temps après le commencement de notre ère , est ainsi postérieur de deux siècles à tratosthènes ; et cependant ses notions sur les extrémités orientales du continent asiatique n'ajoutent rien absolument à celles du géographe d'Alexandrie. Strabon, comme Eratosthènes , n'a de connaissances un peu précises que jusqu'aux bouches du Gange : encore fait-il observer que très-peu de navigateurs grecs s'étaient avancés aussi loin. Au delà , il donne à la côte asiatique la forme que lui avait supposée Ératosthènes , plaçant comme celui-ci, et non moins vaguement, le nom de Thime à l'extrême orient de l'Asie. Comparée à l'Asie d'Hérodote, quant à l'adjonction de découvertes nouvelles, l'Asie d'Ératoslhcnes et de Strabon n'a d'extension que vers les deux grandes péninsules de la côte méridionale, l'Inde et l'Arabie 5 à l'est et au nord, les notions des deux géographes n'ont guère dépassé les limites où s'arrêtaient celles de l'historien. C'est donc moins par l'étendue que par les détails que les connaissances de Strabon dans l'Asie antérieure l'emportent sur ce que l'on en savait quatre cent cinquante ans avant lui. Mais aussi ce détail est riche de faits nombreux, puisés soit dans les relations contemporaines de l'expédition d'Alexandre pour l'Iran et l'Inde, soit à des sources plus récentes pour
AP. J.-C.] STP.ABON. PÉMW.F. DE f \ M.W 1- RYTHBLE. 3,rj
l'Arabie, la Syrie, la Phénicie, les pays caucasiens et l'Asie Mineure. Les campagnes des généraux romains contre le grand Mitliridate avaient surtout fourni de riches matériaux pour la description de ces deux dernières régions.
Le premier siècle depuis notre ère , nous l'avons déjà fait remarquer, fut signalé par une nouvelle impulsion donnée aux relations maritimes de l'Occident avec l'Inde. C'est vers le mi- Vers 50. lieu de ce siècle qu'un affranchi romain , Hippalus , fit l'importante découverte de la périodicité des moussons qui soufflent alternativement de six mois en six mois de la côte d'Afrique à celle de l'Inde, et de l'Inde à la côte d'Afrique (0. Ce serait aussi dans le même temps, selon une opinion accréditée, qu'aurait paru un des documents les plus importants qui soient arrivés jusqu'à nous sur l'ancienne géographie de l'Inde : nous voulons parler du Périple de la Mer Érythrée, attribué à un Arrien qu'il faudrait distinguer , dans ce cas , de l'auteur de la Fie d'Alexandre, lequel vivait dans la première moitié du second siècle. Quoique les connaissances positives de l'auteur du Périple comme celles de Strabon et d'Ératosthênes , s'arrêtent en deçà des bouches du Gange } quoique le Delta que forme ce flçuve , avec un pays limitrophe que le Périple nomme Xputrîj, ou Région " de l'Or, et une île de l'Océan renommée pour la beauté de ses tortues à carapace dorée, soient pour lui les points extrêmes des terres connues à l'orient, il sait néanmoins qu'au delà, dans la direction du nord et loin des côtes de l'Océan , il existe une grande ville nommée Tkina, d'où l'on tire des étoffes de soie et de la soie en nature , que des caravanes apportent jusqu'à Barygaza (Baroudj), et de là dans la Limyrique (le Konkan), deux localités situées sur la côte occidentale de la péninsule hindoue, et qui étaient les principaux points d'entrepôt fréquentés par les navires d'Égypte et d'Arabie. L'auteur du Périple nous indique suffisamment la direction que suivaient ces caravanes dans l'Asie centrale, en nous disant qu'elles passaient par Bactra (la moderne Balkh), c'est-à-dire qu'elles traversaient la partie orientale delà Bactriane. Aujourd'hui encore, après dix-huit cents
! F*. W. Vincent , The commerce and the Navigation ofthe sincienls in the Jndian Océan, I, p. 47, 49.
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ans, les caravanes de l'intérieur de l'Asie suivent exactement les mêmes routes et apportent dans l'Inde les mêmes denrées , notamment la soie écrue (0. « 11 est fort difficile d'atteindre Thina, ajoute le Périple, et bien peu de marchands vont jusquelà ; car ce lieu est situe sous la petite Ourse même (sous le pôle , aux dernières extrémités du nord (*) ) , et on dit qu'il confine aux contrées qui touchent au Pont et à la mer Caspienne, du côté où les Palus-Méotides se dégorgent dans l'Océan. » Non loin de Thina demeurait un peuple nommé Sèsata-, c'était une race trapue, robuste, violente et grossière, avec de larges figures et des nez écrasés;— portrait auquel on ne saurait méconnaître une tribu de sang mongol. Après quelques détails sur une sorte de foire tenue chaque année par ces Sèsata aux confins des Thinae, l'auteur du Périple ajoute : « Les régions qui sont au delà n'ont pu jusqu'à présent être explorées , soit à cause de l'intempérie des saisons et de la rigueur du froid qui en rendent l'accès trèsdifficile, soit aussi que ce n'ait pas été la volonté des dieux. » L'ensemble de cet important passage, qui demanderait plus d'un commentaire dont ce n'est pas ici la place, rend évident que les informations qu'il renferme avaient été transmises par ces caravanes mêmes qui venaient de Thina à Barygaza par la roule de Bactres : et l'on ne peut se refuser à voir dans Thina la Chine septentrionale, à laquelle confinent les Mongols. Ces nouveaux détails, quoique bien imparfaits encore, peuvent néanmoins servir à fixer la vraie position de la Thinai d'Ératosthènes, dont le nom était déjà arrivé jusqu'aux oreilles des navigateurs égyptiens près de trois cents ans avant le siècle d'Arrien.
Pline et Ptolémée , le premier contemporain de l'Age présumé de l'auteur .du Périple, le second postérieur de plus d'un
* V*. Vigne, A personal Narrative ofa Visil to Ghuzni, Kabul, etc. Lond. 1843, ln-8 , p. 69.
* II ne faudrait pas prendre dans un sens rigoureux cette expression purement métaphorique; on la rencontre fréquemment dans lesPourânas, pour désigner les âpres et froides montagnes qui couvrent au nord les chaudes plaines de l'Hindoustan , celles, notamment, où le Gange prend sa source. fr. WHford, On the Ancient Geographia of India, Aslat. Res. XIV, Û55. La description que donne Quinte-Curce {VII, 3) de la région Paropamisade, description confirmée do tout point parles relations modernes, était bien propre, au surplus, à donner l'idée d'une région polaire.
^j.-c. ] Kmtp* M&$iék. sLiugiE. :;7
siècle, ajou^ffipun et loutre de*nouveaux détails à ce qu'Ârri< n
avait rapporté du commerce par caravanes qui se faisait à travers l'Asie centrale avec la région orientale d'où venait la soie. Cette région , dans Pline et dans Ptolémée , est désignée par le nom de Sérique, nom déjà connu en Asie du temps de Ctésias , si le texte de cet ancien auteur , ou plutôt l'abrégé qui nous en reste, n'a pas été altéré ou interpole. Ce nom, d'ailleurs, nous ramène encore vers le nord de la Chine ; car il a été prouvé que c'est dans la langue chinoise seulement que la soie porte le nom de sir, d'où il suit que le mot Serica, ou Région de la soie, est une simple appellation , et non une dénomination géographique. Plolémée surtout, vers le milieu du second siècle de notre ère, Veri 170> a reçu beaucoup d'informations nouvelles sur les routes suivies par les grandes caravanes de l'intérieur de l'Asie, aussi bien que surles peuples et les pays que traversaient ces caravanes. Quoi-^t que d'une nature encore vague, quant à la configuration géné- ' raie de ces vastes régions intérieures, les itinéraires qui servirent à Ptolémée pour la construction des parties orientales de sa carte d'Asie lui montraient clairement, par la simple évaluation des distances, que l'Océan oriental de l'école d'Ératos- Ihènes rétrécissait beaucoup trop les dimensions du continent asiatique; et rejetant comme purement hypothétique l'existence de cet Océan , où nul Européen n'avait pénétré , il le bannit de sa nomenclature et se contenta de désigner comme Terra incognito, ce qui s'étendait vers l'est et le nord au delà du pays des Sères, le dernier dont il connût l'existence dans cette direction. Plus au midi, ses renseignements sur les pays maritimes qui se prolongent à l'orient de l'Inde ont aussi reçu une notable extension, si on les compare à ceux que l'on avait même à l'époque peu éloignée du Périple d'Arrien. Le vague extrême de ces renseignements montre, toutefois, que si quelque navigation accidentelle avait permis de les recueillir, il n'en était pas résulté de rapports réguliers qui missent à même de les perfectionner. Le pays de l'Or, qui, chez l'auteur du Périple de lajner Erythrée, est contigu à la basse région du Gange, est dOTenu dans Ptolémée une grande péninsule, la Khersonèse d'Or, que le golfe Cangétique sépare de l'Inde, ce qui semble nous désiguer la longue presqu'île de Malakka. Au delà de la Kher-
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sonèse d'Or, un enfoncement de la côte, assez étendu pour avoir reçu le nom de Grande Baie, ne parait avoir de correspondance convenable que dans le vaste golfe de Siam ; et la côte qui vient ensuite avec le nom de Thinœ, quoique mal orientée sur la mappemonde du géographe grec, s'identifierait dès lors avec celle du midi de la Chine. L'application de cette nomenclature au local actuel a donné lieu , du reste, à des systèmes fort différents ; mais dans des appréciations de cette nature , quand les indications sont aussi peu précises, il nous semble qu'il importe plutôt d'en bien saisir le sens général que d'en vouloir déterminer rigoureusement les correspondances de détail. On ne saurait édifier solidement sur ce terrain mouvant , qui semble se prêter et se dérober tour à tour à toutes les démonstrations; et l'énorme différence des résultats auxquels sont arrivés des hommes d'un égal savoir au moyen de rapprochements qui semblent également spécieux , montre bien que de semblables recherches , quand on les veut pousser au delà de certaines limites d'appréciation générale , sont des jeux d'esprit et des exercices d'érudition plutôt qu'un travail sérieux susceptible de conduire à de solides résultats.
11 pourrait paraître surprenant de retrouver ici, dans une situation tout à fait méridionale, le nom de Thinœ que précédemment nous avons vu fort loin dans le nord. Mais ce déplacement s'explique si l'on reconnaît que ce nom de eiva, qui, dans la prononciation grecque, prenait la forme de Sina ou Tsina , se rapportait moins à une ville qu'à une contrée d'une grande étendue. 11 n'e3t même pas invraisemblable que les informations que nous trouvons dans Ptolémée sur les dernières contrées situées à l'orient de l'Inde , les Grecs d'Égypte les eussent au moins en partie reçues par l'intermédiaire des Malais, race errante répandue de temps immémorial dans toute cette région maritime du sud-est de l'Asie , soit comme marchands ou courtiers , soit comme pirates; or, depuis une époque antérieure à notre ère , le* Malais n'ont connu que sous le nom de Tchina ce vaste empire que plus tard les Portugais d'après eux, et le reste de l'Europe moderne d'après les Portugais, ont pris et conservé l'habitude de nommer la Chine.
S'il pouvait rester quelque doute sur la connaissance de cet
AP. J.-C