A CHINE CONNUE DES ROMAINS
empire en Europe à une époque aussi ancienne que celle de Ptolémée, ce doute disparaîtrait devant un fait historique que les annales chinoises nous ont révélé : c'est l'envoi d'une ambassade romaine vers l'empereur de la Chine en Tannée 1G6 de notre ère (0, quatre ans avant la mort du géographe d'Alexandrie. Les annales chiuoises nomment 4n-thun le souverain de qui venait cette ambassade; et Marc-Aurèle-Antonin occupait en effet alors le trône des Césars, qu'il honorait par ses vertus. L'année précédente, 165, Marc-Aurèle avait conclu la paix avec les Parlhcs, qui depuis longtemps interceptaient les relations de commerce entre les Romains et l'intérieur de l'Asie l'objet de l'ambassade s'explique donc naturellement par le désir de renouer ces relations également favorables aux deux peuples. Les conquêtes des empereurs de la Chine dans la zone moyenne e avaient d'ailleurs à cette époque comblé presque entièl'immense intervalle qui séparait les deux empires ; audessus du pays où dominaient les Parlhes, il n'y avait presque plus entre eux que la mer Caspienne. Si l'histoire de l'Occident se tait sur des rapports d'un si grand intérêt politique, de même qu'elle garde un silence presque absolu sur la guerre qui avait eu lieu avec les Parthes et sur le traité dont elle fut suivie, c'est que les inaigres chroniqueurs aux mains desquels était tombée la plume émoussée de Tacite et de Tite-Live ont à peine arrêté leurs regards sur les événements de l'Orient. Que nous restet-il sur le règne de Trajan, sur ce règne si brillant et si bien rempli qui ouvre le siècle glorieux des Antonins?
Il est donc certain que l'on avait alors à Rome des notions au moins générales sur les contrées orientales de l'Asie ; et Ton admettra difficilement que ces notions , principalement transmises par les voyageurs que le commerce y avait conduits, fussent restées étrangères à Ptolémée, placé comme il l'était au centre même des relations commerciales établies entre les deux
* De Guignes, Hist. des Huns, 1. 1, 2" part. , p. lxxix. On mentionne une seconde ambassade romaine en Chine , sous la date de 638. Jacquet , dans le JVouv. Journ. sisial. , t. IX , 1832, p. 463.
* La même circonstance se reproduisit en d'autres temps , et par la môme cause. Il y a à ce sujet un passage digne d'attention dans Procope, Guerre Persique, liv. 1 , ch. 20.
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extrémités de l'Ancien Monde , et que la nature de ses études portait particulièrement à ces sortes d'investigations. C'est faute de s'être suffisamment rendu compte de cet ensemble de circonstances , que des géographes modernes , dominés par une préoccupation systématique, ont voulu restreindre à la côte du Pégu d'un côté , et de l'autre au Tibet occidental et à la Petite Boukbârie, c'est-à-dire à la pente occidentale du Grand Plateau , les indications géographiques consignées par Ptolémée dans sa description de l'Asie.
En étendant comme il convient de le faire le rayon des connaissances que Ptolémée avait recueillies sur les extrémités orientales de la terre , il ne faudrait cependant pas , nous avons eu déjà lieu de le remarquer, accorder à toutes ces notions indistinctement une égale valeur. Du Pont-Euxin et du fond de la Méditerranée au golfe Gangétique, la zone oblique ayant l'Océan méridional d'un côté , et de l'autre le Paropamisus et la Cas^ . pienne, représente pour l'Asie ce que dans Ptolémée , ainsi que chez les géographes qui l'avaient précédé depuis Ératosthènes , l'on peut nommer le domaine de la géographie positive : cet espace, d'environ 60 degrés en longitude, sur une largeur moyenne de moins de 20 degrés, comprend l'Inde, l'Iran, la Mésopotamie, l'Arabie, la Syrie, les pays Caucasiens et l'Asie Mineure. Ce n'est pas le quart du continent asiatique. Au delà , soit à l'est vers la péninsule Trans-Gangétique et le grand Archipel d'Asie , soit au nord-est du côté de la Chine et des plaines élevées du Grand Plateau , soit au nord dans la basse région de l'Aral , Ptolémée n'avait que des notions généralement vagues, très-confuses et fort incomplètes. Mais enfin il n'ignorait pas que dans ces diverses directions il y avait de vastes contrées et de grandes nations; et la moitié du continent n'était plus , comme dans la Mappemonde d'Ératosthènes et de Strabon , ensevelie sous un océan imaginaire.
Il est d'autant plus important de se représenter l'étendue précise des connaissances géographiques de Ptolémée , que pour l'Asie , de même que pour le reste du monde alors connu , son ouvrage nous donne le seul tableau complet que nous ayons de l'ensemble des notions acquises par les Anciens sur les pays situés en dehors du inonde romain. Quelque imparfaite qu'elle