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soit à bien des égards, la géographie de Ptoléniéc se dresse comme un phare lumineux à la limite commune de deux grandes époques : d'un côté , projetant sa clarté sur les découvertes antérieures ; de l'autre , devant éclairer plus tard les pas encore incertains de la géographie renaissante.
L'époque de Ptolémée, ou le milieu du second siècle après notre ère, marque en Asie le point culminant des connaissances géographiques des Romains , de même qu'elle est aussi celle de la plus haute splendeur de l'Empire. A partir de cette époque , une décroissance rapide succède à la longue période d'accroissement et de prospérité qui avait fait de Rome le foyer de la civilisation européenne et la dominatrice de l'Occident. Affaiblie par sa Du 3e au s* grandeur même , énervée par le luxe , rongée de corruption , s,ècle* livrée aux funestes désordres d'un gouvernement militaire , Rome, cette reine superbe, se vit dépouiller un à un des insignes glorieux de sa toute-puissance. Il y eut une terrible réaction au sein des nations conquises ; et l'empire des Césars , attaqué à son tour ou menacé sur toute l'étendue de ses immenses frontières, eut assez de se défendre contre les irruptions incessantes d'une foule de peuples barbares que ne contenait plus la terreur de son nom. Des guerres continuelles , non plus des guerres de conquête , mais de défense et de conservation , achevèrent ce qu'avait commencé la dégénération morale : en même temps que déclinait la puissance de Rome, le flambeau du savoir, dépérissant dans ses mains, ne jetait plus qu'à de rares intervalles une lueur affaiblie, pâle reflet de son ancien éclat. Puis un moment vint où les faibles barrières qui contenaient 5* siècle, encore le flot des peuples du Nord furent brisées , et où l'inondation envahit jusqu'au cœur de l'Italie. Alors l'Empire d'Oc- û80i cident cessa d'exister, et Rome captive — terrible retour des grandeurs humaines! — vit régner dans ses murs le chef d'une des hordes nomades que les grands déplacements de peuples qui eurent lieu durant cette période avaient arrachées du fond de l'Asie pour les précipiter sur l'Europe.
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Un démembrement de l'Empire des Césars se maintint cependant encore durant plusieurs siècles dans les provinces orientales; l'antique Byzance, agrandie par Constantin qui lui laissa son nom, en était devenue la capitale (330). Mais quoique principalement formé des provinces asiatiques, Y Empire d'Orient n'était plus en position de continuer les découvertes géographiques dans l'intérieur de l'Asie. Perpétuellement harassé sur ses frontières du nord par d'innombrables essaims de peuples barbares , souvent en guerre avec la Perse qui bordait sa frontière orientale et lui interceptait l'accès du Continent, il fut d'ailleurs livré presque sans interruption à de sanglantes dissensions ou à des luttes religieuses , où s'épuisait stérilement ce qui lui restait de force et de vie.
Le peu de monuments ou d'indications que nous avons encore des connaissances géographiques de l'Europe à cette époque de dégénération , nous montre ces connaissances englouties dans le naufrage commun des lettres , des sciences et des arts. Dans toute l'Europe occidentale , et en grande partie aussi dans les provinces de l'Empire Grec , ou avait perdu , en môme temps que le goût et l'intelligence de la belle littérature classique , jusqu'au souvenir des ouvrages savants des Ératostbènes , des Pline, desStrabon, des Ptolémée. Des moines ignorants effaçaient l'écriture des anciens manuscrits pour y substituer d'absurdes légendes ou de lourdes homélies ; et c'est un grand bonheur qu'un petit nombre de ces manuscrits des beaux siècles, obscurément enfouis dans quelques monastères, aient alors échappé à la destruction. Ce sont ces faibles débris qui hâteront plus tard en Europe la régénération de l'esprit humain , après le long assoupissement du Moyen Age.
Pendant qu'un génie funeste étendait ainsi ses ailes de plomb sur ces belles contrées où avaient autrefois brillé les immortels écrivains de l'Ionie , d'Athènes et de Rome , un coin ignoré de l'Asie voyait s'accomplir une révolution d'une autre nature, destinée, par un de ces mystérieux enchaînements marqués du doigt puissant de la Providence , à ramener plus promptement sur l'Europe l'aurore d'une civilisation nouvelle. 622 Mohammed , le réformateur religieux des Arabes, ouvrait aux e musu,m-)' sectateurs de son nouveau culte une carrière où l'Arabie tout
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.•frontière se précipita avec la double ardeur du prosélytisme religieux et de l'entraînement des conquêtes.
A peine la voix du Prophète a-t-elle proclamé la loi renfermée dans les prescriptions du Koran, que déjà les Khalifes qui continuent sa mission ont planté son étendard victorieux sur le 634-039. Liban , sur l'Euphrate et sur le Nil. Un demi-siècle à peine s'est écoulé, que la conquête de la Perse jusqu'au Sindh, et celle du nord de l'Afrique jusqu'à l'Océan occidental, ont étendu la loi musulmane sur les plus belles parties de l'Ancien Monde. L'Es- 711. pagne subit bientôt après le même sort, et un moment toute l'Europe put se croire menacée de voir le symbole sacré de la Croix disparaître devant le Croissant.
Cependant les peuples de l'Europe chrétienne n'avaient pas cessé de tourner leurs regards vers la contrée que Jésus-Christ, leur divin Rédempteur, avait sanctifiée par sa naissance et par sa mort ; au sein de la nuit profonde où ils étaient plongés , le nom vénéré de la Palestine était le dernier souvenir qui leur fût resté de l'Orient. Même après l'invasion de la Syrie par les Musulmans , les saints lieux continuèrent d'être pour l'Europe un but de pieux pèlerinages ; et les récits de plusieurs de ces pèlerins, récits dont quelques-uns remontent jusqu'au septième siècle , nous ont été conservés dans les légendes et dans les chroniques du temps. Ces pèlerinages devinrent de plus en plus fréquents pendant les quatre siècles qui suivirent, favorisés par les Arabes ix-mêmes à qui leur propre Loi prescrivait de respecter le lambeau de Jésus, et qui reliraient d'ailleurs de grands avantages de cette afiluence de voyageurs chrétiens. Mais une nouvelle révolution politique dont l'Asie Occidentale fut le théâtre vers la fin du onzième siècle vint changer ces rapports et donner lieu à de grands événements.
Sortis de la région moyenne de l'Asie, cette inépuisable pépinière d'émigrations armées , les Turks s'étaient répandus dans l'Iran qu'ils enlevèrent aux Arabes, et où ils fondèrent les deux 907-1034. dynasties des Ghaznévidcs et des Seldjoukides. Un demi-siècle plus tard ils s'emparèrent également de la Syrie, possédée jusque- 1078. là par les sultans d'Égypte. A partir de ce moment, les pèlerins d'Europe cessèrent d'avoir un accès facile en Palestine ; pressurés et maltraités parles nouveaux maîtres du pays incompa-