‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 49 sur 189 · AME · texte numérisé non relu

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science se sont frayé lour à tour de nouvelles routes et ont tous apporté leur pierre à l'œuvre commune.

Les explorations dont l'Asie a été le théâtre depuis trois siècles et demi n'ont pas connu non plus ces fréquentes interruptions, ces longs intervalles qui séparaient autrefois les explorations accidentelles du Moyen Age et de l'Antiquité. A compter de 1497, où le navire de Vasco de Cama vint mouiller au port de Calicut, on trouverait difficilement une année qui n'ait pas été marquée par une découverte, une année qui n'ait pas ajouté quelque chose à nos connaissances géographiques, ethnologiques ou historiques sur les pays et les peuples du monde oriental.

Ce vaste et fécond ensemble de travaux accomplis à la fois et par l'ardeur infatigable des voyageurs, et par le patient labeur de la science, a eu néanmoins ses phases distinctes, ses périodes successives. Dans les premiers temps on est surtout impatient de prendre possession de ce monde nouveau que la découverte de la route maritime de l'Inde vient de livrer à l'Europe; on voudrait en reconnaître toute l'étendue sur cet immense Océan oriental dont l'existence même n'était jusqu'alors que vaguement connue, et qui maintenant déploie ses profondeurs infinies aux regards intimidés du navigateur. Cette première époque est une période toute de découvertes et de reconnaissances nautiques. L'immensité de ces régions , dont les limites semblent fuir devant le marin qui les poursuit, n'eût pas permis qu'on en fit dès lors un relèvement précis et détaillé, lors même que la science des observations astronomiques eût été plus avancée et d'un usage plus communément répandu. On voit doue plus de terres qu'on n'en peut décrire; on reconnût les pays plutôt qu'on ne les étudie. Ce que l'on y cherche avant tout, ce sont les productions dont le commerce peut s'enrichir; ce sont aussi les points favorables pour la fondation d'établissements commerciaux. Ce n'est en quelque sorte qu'accidentellement et comme en passant, que le navigateur note sur son journal quelques points qui l'auront particulièrement frappé, soit dans la physionomie des populations, soit dans leurs mœurs et leurs usages, soit dans la nature et l'aspect des pays qu'il a visités.

Mais à la suite du marchand tout préoccupé de ses spécula-

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lions, vient bientôt l'apotre de la foi chrétienne. Le prosélytisme religieux est le second trait qui domine dans le tableau de l'histoire géographique de l'Asie au seizième et au dixseptième siècle. Et il y a là déjà un très-grand progrès dans la marche de nos connaissances : on ne proclamera jamais assez haut combien les sciences historiques et géographiques doivent aux travaux si complètement désintéressés de ces saints hommes, admirables modèles de dévouement et d'abnégation. Fixés à demeure au milieu des populations qu'ils voulaient convertir, souvent contraints d'en adopter le costume et les usages extérieurs, obligés de se rendre maîtres de leurs idiomes pour prêcher la parole, ils avaient plus de facilités mille fois que n'en saurait avoir le commun des voyageurs pour étudier à loisir et bien connaître les pays et les peuples au milieu desquels les poussait leur zèle évangélique. Aussi est-ce aux Missionnaires que nous devons, aujourd'hui encore, ce que nous savons de plus certain sur quelques unes des contrées orientales de l'Asie; et là mémo où la marche de nos connaissances a dépassé les notions qu'ils avaient transmises à l'Europe, c'est aux moyens d élude dont on leur est redevable que l'on a dû souvent de pouvoir aller plus loin qu'eux.

Cependant ceux-là même que les seules vues du commerce poussaient vers ces régions lointaines ne restèrent pas toujours confinés dans le cercle étroit où les premiers occupants s'étaient généralement renfermés. Il était impossible qu'un contact prolongé avec des peuples si riiflerents de ceux de l'Occident n'étendit pas peu à peu le champ des observations. D'ailleurs les Portugais eurent des concurrents dans le commerce de l'Asie : les Anglais d'abord, et bientôt après les Hollandais, suivis un peu plus tard des Français et des Danois , vinrent partager avec eux celte riche moisson dont pendant un siècle entier les marchands de Lisbonne avaient eu le monopole. Le nombre des établissements européens se multiplia; les relations imprimées dans toutes les langues d'Europe devinrent plus nombreuses; bien des renseignements auparavant tenus secrets se divulguèrent, et nos connaissances sur l'Asie orientale , de même que sur les vastes archipels qui l'avoisinent, s'accrurent ainsi rapidement. A ces différentes sources d'informations, les relations politiques

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des diverses nations de l'Europe avec les gouvernements de l'Asie en ont ajouté une dont il faut tenir compte. Les Hollandais, les Anglais, et à des époques moins anciennes les Russcsel les Français, ont envoyé au Japon, en Chine, dans l'Inde, dans la Péninsule Trans-Gangétique , en Perse et à d'autres souverains de l'Asie intérieure, des ambassades auxquelles la géographie a dû souvent d'utiles lumières. Enfin , parmi les causes qui depuis un siècle ont le plus activement contribué à l'extension de nos connaissances générales sur l'Asie, il faut mettre au premier rang l'établissement de la domination britannique dans l'Hindoustan.

Ce développement progressif de nos connaissances sur les parties du Globe situées en dehors de l'Europe, et en particulier sur les vastes contrées de l'Orient, a eu nécessairement une grande influence sur l'avancement de toutes les sciences d'observation parmi les nations européennes ; et par une réaction naturelle , le progrès des sciences a puissamment influé à son tour sur la marche des découvertes géographiques. A mesure que les sciences physiques, les sciences naturelles, les sciences historiques et l'astronomie, incessamment enrichies de nouveaux faits recueillis par les voyageurs, étendaient leur domaine et perfectionnaient leurs méthodes, Tart nautique en recevait des forces nouvelles pour s'élancer avec plus de confiance à de nouvelles recherches, et le voyageur mieux préparé par de fécondes éludes pouvait étendre ses investigations à un plus grand nombre d'objets et leur donner de plus fructueuses directions.

Tel est l'aperçu le plus général qui nous paraît ressortir de l'étude synchronique des faits de détail dont se compose depuis la fin du quinzième siècle l'histoire géographique de l'Asie. Cinq mobiles principaux s'y produisent successivement ou simultanément : les relations de commerce, le prosélytisme religieux , les intérêts politiques , les conquêtes territoriales et l'impulsion scientifique. De ces cinq mobiles, trois ont été communs à tous les temps et à tous les peuples; mais il en est deux, celui de la religion et celui de la science, qui appartiennent exclusivement aux siècles modernes et aux nations de l'Occident. Et si l'on fait attention que ces deux mobiles de découvertes géographiques, malgré le rôle important qu'ont joué les trois

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autres depuis l'origine des temps connus, sont précisément les plus puissants et les plus féconds en grands résultats , on eu comprendra mieux la cause de l'immense supériorité de l'Europe moderne entre tous les peuples et toutes les époques qui ont contribué pour une part quelconque à faire connaître aux hommes le Globe qu'ils habitent.

On n'attend pas de nous que descendant de ces sommités historiques nous touchions ici aux détails infinis qui appartiennent à l'histoire géographique de chaque contrée de l'Asie moderne. De tels détails ne peuvent trouver place que dans le travail spécial dont chacune de ces contrées sera successivement l'objet. Dans la rapide esquisse que nous allons maintenant tracer de ce magnifique ensemble, nous devrons nous borner aux traits saillants de chaque partie du tableau , nous attachant surtout à montrer d'époque en époque les perfectionnements apportés à la carte de l'Asie , soit par l'extension des découvertes , soit par l'amélioration des détails.

A peine établis sur la côte occidentale de la péninsule hin- 1498. doue , où avait abordé la flotte de Vasco de Gama, les Portugais songèrent à pousser plus loin dans l'est leurs courses aventureuses. Ils brûlaient surtout d'enlever aux Arabes le riche commerce des épices dont ceux-ci étaient depuis des siècles les courtiers à peu près exclusifs entre les pays de production et les navigateurs de la Méditerranée, lesquels à leur tour les répandaient en Europe. Ce commerce avait été la grande source des richesses de Venise ; mais le temps était venu où ces richesses allaient passer en d'autres mains. On n'avait encore que des idées très-confuses sur les pays d'où les Arabes tiraient ces précieux produits 5 cependant, un voyageur qui visita ces pays dans les 16e siècle premières années de l'établissement des Portugais aux Indes leur fournit à ce sujet des renseignements qui leur servirent de direction. Ce voyageur, trop peu connu quoique bien digne de l'être , était un Italien de Bologne nommé Lodovico Barthema. Il avait quitté sa ville natale aux premiers rapports répandus par la renommée des grandes découvertes des Portugais dans les contrées d'Orient, « curieux, ainsi qu'il le dit lui-même, de tes propres yeux voir et connaître la situation des lieux, la qualité des gens y habitant, la diversité des bêtes, la variété

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