SIECLE.] CAUCASE. PERSE. LEVANT
guère plus de lumières sur les mêmes contrées. Plusieurs autres voyageurs, Pietro délia Valle en 1627, Olearius en 1636 et 1638, Tavernier à peu près dans le même temps , Chardin en 1671 , le P. Avril en 1686, en virent occasionnellement quelques points isolés dans le cours de leurs pérégrinations. La relation de la Circassie par le médecin Ferrand , en 1702 , est moins instructive que celle qu'en avait donnée Interiano cent cinquante ans auparavant. Mais le temps approchait où ces contrées allaient attirer les regards du gouvernement russe. Sur ce point du Globe, de même que sur tant d'autres, la Géographie a profité des vues de la politique.
La Perse est plus riche en documents nouveaux fournis par le dix-septième siècle. L'Espagnol Pedro Teixeira traversa, en 1604, une portion de ce royaume à son retour des Indes en Europe ; et Dom Garcia de Sylva donna une relation curieuse de son ambassade à la cour de Chah Abbas, en 1621 , au nom de Philippe 111 d'Espagne. La relation d'une autre ambassade , envoyée en 1633 au successeur d' Abbas par le duc de Holstein , qui avait conçu la pensée d'établir des manufactures de soieries sur ses domaines et qui espérait tirer de la Perse la soie brute nécessaire à cette grande industrie, a été écrite par Adam Olearws, secrétaire de l'ambassadeur. Environ trente ans plus tard, la Perse fut visitée par un antiquaire vénitien nommé Bcmbo; malheureusement ses desseins n'ont pas été publiés, bien qu'ils existent encore , et sa relation ne nous est connue que par un insuffisant extrait. Mais tous ces noms s'effacent devant le nom d'un voyageur dont la relation est demeurée classique , malgré sa date et les excellents ouvrages qui nous ont été donnés depuis sur la même contrée : ce voyageur est Chardin. Chardin parcourut diverses provinces de la Perse , une première fois de 1666 à 1669, et, dans un second voyage, depuis 1673 jusqu'en 1677. Il faut assigner aussi une place distinguée aux observations recueillies par Kœmpfer en 1684 principalement sur quelques points de la Perse méridionale.
La classe des Voyages au Levant nous offre, pendant la même période, une suite de noms extrêmement recommandables. Pour nous en tenir aux plus notables , les Anglais Sandys , Smith, fVheler, Maundrell, et nos compatriotes Deshayes ,
86 ASIE. [18e SlfcCLE.
Du Loir, d'Arvieux, Des Mousseaux, Petis de la Croix et Sport, ont donné , dans le cours du dix-septième siècle , d'excellentes observations et de savantes recherches de géographie et d'antiquités sur quelques parties de l'Asie Mineure , sur les îles de la Méditerranée orientale et sur la Syrie.
Une autre classe de voyageurs que l'on pourrait nommer les touristes de l'Asie, comme ces derniers sont les touristes du Levant, nous reste encore à mentionner. Ceux-là, en effet, se mettent en route pour les contrées de l'Orient , généralement sans autre but que de visiter des peuples nouveaux pour eux, d'en observer les mœurs et les usages , et de voir en passant ce qu'il y a de curieux dans chaque pays. Ces odyssées ont habituellement pour théâtre l'Asie-Mineure , la Syrie , la Perse , quelquefois l'Inde ; et bien que les résultats n'en soient pas d'une bien grande importance pour l'avancement des connaissances géographiques, ils ne sont pourtant pas toujours dénués d'intérêt. L'Antiquité ne connut pas ces courses de pure fantaisie, que des rapports faciles et devenus habituels de pays à pays peuvent seuls provoquer et rendre fréquentes. L'époque immédiatement antérieure au dix-septième siècle en compte déjà quelques-unes , parmi lesquelles nous en avons cité une remarquable, celle de Lodovico Barthcma; mais c'est dans la période où nous sommes qu'elles se sont multipliées. Les noms du Romain Pietro délia F aile , des Anglais Herbert et Fryer , de nos compatriotes Tavernier , la Boullaye le Gouz et Jean Thévenot , qu'il ne faut pas confondre , ainsi qu'on l'a fait souvent, avec son oncle Mclchisedech , auteur d'une curieuse Collection de Voyages ; enfin , ceux du Néerlandais Struys, de son compatriote Bruyn et du Napolitain Gemelli Carreri, lequel n'a peut-être pas visité tous les pays qu'il décrit , mais qui en a certainement parcouru un grand nombre ; tous ces noms , dont nous aurions pu étendre la liste , ont eu et conservent encore une certaine célébrité. Nul d'entre eux n'occupe une place marquante dans l'histoire géographique de l'Asie au dix-septième siècle ; et cependant on ne pourrait les en effacer sans y laisser une lacune.
De\Voi ài753. Le WX-|IU1TIÈME 81ECLE ou nous entrons achève de fixer la géo-
DE 1701 A 1753.] WITSEN ET VALENTYN.
graphie de l'Asie. Des reconnaissances nautiques d'une exactitude au moins approximative en ont déjà ou en auront bientôt entièrement dessiné le contour ; de bonnes observations astronomiques en ont fixé les points principaux de manière à en assurer la configuration générale et les véritables dimensions : des explorations déjà nombreuses, ou l'étude des écrits géographiques des nations mêmes de l'Orient, vont permettre d'augmenter et de rectifier tout à la fois le détail de ces diverses contrées.
Deux ouvrages fort importants pour la géographie générale de l'Asie et pour l'histoire géographique du Continent, ouvrent la période du dix-huitième siècle : ce sont ceux des Hollandais Witsen et Valentyn. Ces deux ouvrages, presque inconnus en France et que très-peu d'écrivains ont cités, jouiraient sans nul cloute d'une réputation égale à leur mérite s'ils étaient écrits dans une langue plus répandue que ne l'est le néerlandais. Nicolaas Ji^itsen , bourguemestre d'Amsterdam , homme riche et instruit, qui n'avait rien épargné pour réunir une foule de documents précieux sur l'intérieur de l'Asie, publia en 1705, sous le titre de Tartarie Septentrionale et Orientale (0 , une description des diverses contrées de l'Asie centrale, orientale et septentrionale. Son ouvrage, où l'on pourrait désirer plus d'ordre et de régularité, mais qui s'étend à un plus grand nombre d'objets que ne semble en annoncer le titre, embasse dans son cadre la totalité de l'Asie à l'exception de la zone méridionale , c'està-dire de l'Asie Mineure, de la Perse, de l'Hindoustan et de la région Trans-Gangétique. Celui de Valentyn , qui a pour titre Les Indes Orientales anciennes et modernes (*), traite précisé-
1 Noord en Oost Tartaryen; behelzende eene Beschryving van verscheidene Tartersche en JVabuurige Gewesten, in de Noorder en Oostelyste Deelen van Aziën en fiuropa. Door M. Nie. Witsen. Amsterdam , 1705, in-fol. , 2 v. , avec de nombreuses cartes et figures. L'ouvrage de Witsen , on ne sait pourquoi, avait été fort peu répandu. En 1785, un libraire d'Amsterdam acheta les exemplaires qui étaient restés déposés dans la famflle et le remit en vente avec un nouveau titre qui porte cette fausse date de 1785. Mais le frontispice gravé, qui n'a pas été refait, a conservé celle de 1705.
s Ouden ATieuu) Oost-Indiën, vervattende een Naaukeurige en Uitvoerige Ferhandelinge van Nederlands Mogentheyd in die Geu>e*fcn, etc. Door M. François Valentyn , onlangs Bedienaar des Goddelyken Woords in Amboina, Banda, etc. Dordrecht en Amst., 1724, in-fol., neuf parties ou vol. Cartes et fig.
ASIE
ment de la plupart des contrées restées en dehors des recherches de Witsen. Il fut public de 1724 à 1726 en neuf parties , formant autant de volumes in-fol. (0. L'auteur avait passé vingt années aux Moluques comme pasteur évangelique, et y avait réuni les riches matériaux de son travail. Outre l'Archipel Asiatique tout entier (à l'exception du groupe espagnol des Philippines), Valentyn décrit tous les pays de l'Orient où les Néerlandais avaient des établissements, le Japon, Formose, la Chine, le Tunkin, le Kanbodje, Siam, Ceylan, l'Hindoustan et l'Afrique . australe. Ces deux ouvrages, se complétant ainsi l'un par l'autre, présentent, à peu d'exceptions près, un tableau détaillé des connaissances acquises sur l'Asie au commencement du dixhuitième siècle.
Les explorations des navigateurs et les notions fournies par les voyageurs sur l'intérieur de l'Ancien Continent, avaient devancé la marche de cette partie importante de la science géographique qui a pour objet de représenter graphiquement sur des cartes l'image fidèle de chaque contrée du Monde. Les erreurs considérables commises par Ptolémée dans l'appréciation des longitudes avaient longtemps influé sur les travaux des premiers géographes de la Renaissance ; les cartes d'Ortelius , celles de Mercator, des Sanson et des autres géographes de la même période, se bornant à fondre les anciennes indications de Ptolémée avec celles de Marco Polo et des voyageurs des quinzième et seizième siècles, continuaient invariablement de donner à l'Asie cinq à six cents lieues de trop , et même parfois beaucoup plus, dans le sens de sa longueur, depuis le fond de la Méditerranée jusqu'à l'Océan Oriental. Le peu d'observations directes fournies par les premiers navigateurs, ainsi que les mesures partielles données par leurs relèvements nautiques, pouvaient faire soupçonner l'erreur énorme commise dans les représentations figurées du Continent , mais ne suffisaient pas à en opérer la réforme. Nul, du moins, n'avait osé l'entreprendre jusqu'à la fin du dix-septième siècle. A cette dernière époque, cependant, les observations astronomiques des Missionnaires français envoyés dans les parties orientales de l'Asie étaient assez nombreuses pour
1 Le titre général n'annonce que cinq parties ; mais quatre de ces parties sont divisées en deux volumes.